Chapitre 4

Léandre malmenait son 4×4. Josette à ses côtés ne disait pas un mot et se tenait fermement à la portière. Quand l’église au bout de la rue apparut, elle soupira d’aise.

— Tu peux me laisser là, je me débrouillerai.

— Je vais me garer ! Tu as ton portable ? Je rentrerai à la ferme dès que j’aurai réglé cette affaire.

Josette contempla son fils à la dérobée. Les dents serrées, le regard ombrageux, il était en colère.

Elle ne répondit pas, mais posa sa main sur son bras.

— À tout à l’heure.

Le véhicule garé, elle descendit et partit de son côté.

Léandre ne traina pas. Il allait voir de quel bois il se chauffait ce coiffeur.

C’est Mariette, la première, qui remarqua l’homme devant la vitrine. Elle s’approcha de Léonie et murmura :

— Ce n’est pas le beau gosse de l’affiche ?

Léonie leva les yeux. Elle appliquait une couleur à Amélie Pardout alors que l’agriculteur entrait dans le salon.

Mariette vint au-devant de lui.

— Bonjour monsieur ! Vous désirez un rendez-vous ?

Surpris de ne trouver que des femmes, il ne répondit pas immédiatement, ce qui eut le don d’agacer Léonie. Elle s’excusa auprès de sa cliente et s’avança vers lui.

— Vous cherchez quelque chose ?

En effet, Léandre parcourait les murs et la vitrine du regard. Aucune affiche de Rosalie n’y était. Ses yeux rencontrèrent alors ceux de Léonie.

Léandre avait pris soin de prendre une capture d’écran du portable de sa mère. Il lui montra.

— Pouvez-vous m’expliquer ?

Mariette et Léonie se penchèrent sur la photo. Léonie à son tour sortit son téléphone.

— Et vous ?

Il se souvenait vaguement avoir participé à une campagne de publicité pour la promotion des produits laitiers, il y avait de ça un ou deux ans. Pourquoi cette affiche remontait-elle à la surface ?

Sa colère retomba d’un coup et il sourit.

— Je crois que nous sommes tous deux victimes d’une blague. Une caméra est peut-être cachée dans votre salon sans que vous le sachiez !

Léonie subjuguée par le sourire de son interlocuteur resta muette. Mariette la poussa du coude pour qu’elle réagisse.

— Dans tous les cas, cette farce ne vient pas de moi.

Elle redevint la professionnelle qu’elle était et dit :

— Veuillez m’excuser, ma cliente m’attend.

Léandre fit un signe de tête et s’en alla. Il riait encore quand il déverrouilla son 4×4. Il saisit aussitôt son portable et appuya sur le numéro de son meilleur ami qui décrocha rapidement.

— Marc ? Bravo, pour ta blague. J’ai eu l’air malin ce matin.

Silence.

— Marc ? Arrête de faire ton imbécile. Tu vas chez le coiffeur toi ?

— Tu as abusé de l’eau-de-vie au petit déjeuner Léandre ?

Il entendait clairement Marc se moquer de lui.

— C’est bien toi qui as envoyé une affiche de moi à cette fille ?

— Mais de quoi parles-tu ? Je ne comprends rien à ce que tu racontes.

Léandre réalisa qu’il faisait fausse route.

— Laisse tomber ! C’est encore une blague idiote. À bientôt

— On en discute plus tard si tu veux !

— D’accord, Marc. Bonne journée.

Amélie Pardout sourit dans le miroir.

— Je le connais, Léandre Castillo. Un gentil garçon ! Dommage qu’il soit toujours célibataire !

Mariette et Léonie se regardèrent alors que la cliente reprenait :

— C’est y pas malheureux à quarante ans d’habiter tout seul dans sa grande ferme.

Une autre se mêla à la conversation.

— Le Léandre ne vit pas seul. Le père Castillo a encore bon pied bon œil.

— C’est sûr ! Heureusement qu’il est là pour l’aider. Il a un beau cheptel de vaches limousines. Il n’est pas souvent disponible pour faire la fête.

— Tiens… quand on parle du loup…

Josette Castillo entrait dans le salon. Léonie s’approcha d’elle.

— Bonjour, madame, vous souhaitez un rendez-vous ?

Josette répondit à son salut.

— Vous auriez de la place ce matin ? J’aimerais bien une petite coupe.

Mariette était libre, elle l’invita à s’installer.

— Bonjour Josette ! Ton fils est venu nous rendre visite tout à l’heure ! Ce n’est pas souvent qu’on le voit en ville.

— Bonjour Amélie.

Amélie Pardout était la gazette du village. Josette la connaissait depuis l’école primaire.

— Il n’avait pas l’air content, pas vrai Madame Capdabelle ?

Léonie refusa d’entrer la conversation, mais Josette l’interrogea.

— Il n’a pas été désagréable au moins ? Quand il s’agit de Rosalie, il n’est pas tendre.

Mariette, devant le silence de sa patronne, souhaita en savoir davantage.

— En effet, il semblait furieux. Madame Capdabelle avait reçu hier une affiche le concernant. Ils se sont expliqués. Soyez rassurée.

— Rosalie, il la connait depuis longtemps. Je lui répète tous les jours que ce n’est pas normal d’y être si attaché. Il ne peut pas faire un pas sans qu’elle le suive.

Léonie songea qu’elle aimerait bien qu’un homme soit avec elle de cette façon.

— En tout cas, elle n’était pas avec lui ce matin.

— Encore heureux, répondit en riant Josette. Elle est quand même assez imposante pour venir jusqu’ici. Les salons de coiffure ne sont pas pour elle.

Amélie et l’autre cliente se joignirent à la gaieté générale alors que Léonie et Mariette étaient offusquées. Se moquer ainsi de la compagne de son fils, n’était pas sympathique. Si elle était un peu enrobée, elle n’était pas la seule. Mariette qui était aussi curieuse qu’une fouine demanda :

— Mais vous ne nous aviez pas dit qu’il était célibataire ?

Josette essuyait ses yeux. Imaginer Rosalie dans le salon lui avait donné un fou rire incontrôlable.

— Bien sûr qu’il est célibataire. Il faut toujours que Rosalie mette son grain de sel !

Léonie se représenta une femme jalouse et plaignit aussitôt le bel agriculteur. Mariette qui avait terminé le shampoing de Josette l’invita à changer de place. Les deux amies discutèrent entre elles.

— Il devrait s’en séparer !

— Pourquoi donc ?

— Il en tirerait un sacré prix.

— Vendre Rosalie ? Tu n’y penses pas !

Léonie sentait la colère gronder et se mêla à la conversation, indignée.

— Encore heureux ! Vous n’avez pas honte de parler ainsi de la compagne de votre fils ?

La réflexion stoppa net la discussion des deux femmes. Le fou rire de Josette reprit de plus belle. Amélie qui n’était pas en reste la taquina.

— Tu as raison Josette, ce n’est pas gentil. Si Rosalie savait ça, elle te fouetterait avec sa queue.

Léonie ouvrit de grands yeux. Josette répondit, malicieuse.

— Parfois, elle nous réveille ? Si Léandre n’est pas à l’heure pour la tirer ? Elle rappelle à l’ordre.

Mariette éclata de rire, alors que Léonie outrée rugissait.

— La vie privée de votre fils ne nous concerne pas.

Josette fit un clin d’œil à Amélie.

— Il vous plait Léandre pas vrai ? Il est beau, il est gentil.

— Oui, mais il n’est pas libre, répondit Léonie en soupirant.

Les rires se turent. Josette rencontra le regard de Léonie.

— Il faut que je vous avoue quelque chose. Rosalie est une vache !

L’ordinateur de Cupidonetmoi.com clignotait. L’application serait humaine qu’elle se frotterait les mains de plaisir.

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