Wordcamp : Résumé et phrase d’accroche

Bonjour amis d’ici 😊

Je partage avec vous l’avancée de mon roman Cupidonetmoi.com.

Un résumé en bazar dans ma tête ! 😉

Le résumé doit donner un aperçu crucial du texte ! C’est lui qui accompagne le livre dans les librairies en ligne. C’est dire s’il est important et qu’il ne faut pas se rater ! 😊.

Il doit être court et créer un mystère qui donne envie au lecteur de lire le livre en entier. Vous voyez le challenge ? Vous comprenez pourquoi j’ai dû ranger le bazar dans ma tête pour que ce résumé soit impeccable ?

Je vous le joins ci-dessous 👇 et avouez que je vous ai tenté !

Un orage éclate et l’application Cupidonetmoi.com déraille !

Malicieuse, elle décide de se mêler de la vie amoureuse de Léandre et Léonie.

Lui est agriculteur et ne pense qu’à ses vaches, surtout à Rosalie, SA vache qui le surveille de près. Elle est coiffeuse, n’aime pas la ferme et craint les animaux.

Rien n’aurait dû les rapprocher sauf si l’application taquine s’en mêle.

Dans ce village rural où tout le monde se connait, s’apprécie, s’entraide mais aussi s’espionne, Léandre et Léonie vont se découvrir sous le regard goguenard des voisins et l’œil acéré de Rosalie qui n’hésite pas à lancer son avis d’un mugissement retentissant.

Ah ben oui c’est pas facile de trouver la phrase d’accroche ! 😂

Satanée phrase d’accroche !

C’est une petite phrase qui doit en peu de mots adresser au lecteur l’atmosphère du roman et lui présenter un mystère qui va l’intriguer et lui donner envie de lire. Elle doit ouvrir plus de questions que de réponses.

Je ne vous cache pas que j’ai galéré pour la trouver cette petite phrase. J’ai dû m’appuyer sur le cœur de mon roman et son enjeu !

La voilà ! 👇

Une application peut-elle mettre un village sens dessus dessous ?

Si avec tout ça, vous n’avez pas envie d’acheter le roman 😂.

À très vite …

Moodboard = Planche d’humeur

Participer à un wordcamp c’est apprendre plein de choses notamment ce mot : Moodboard. Traduisez planche d’humeur. En clair, posez tout qui vous passe par la tête pour créer l’ambiance, l’atmosphère de votre roman.

Je le faisais évidemment, en prenant des notes, en cherchant des illustrations. Je partage mon cahier avec mes notes prises au vol, les idées, le début de l’histoire, la recherche des prénoms, leur physique, leur âge.

Voilà aujourd’hui ce que j’ai préparé pour le visuel qui va m’accompagner pour toute l’histoire et je l’enrichirai au fur et à mesure. Avouez qu’il a un peu plus d’allure ! 😊

L’application Cupidonetmoi.com est représentée en fond avec son écran qui défile. On aperçoit Rosalie, et l’idée du marché du village, de la ferme, et de mes deux héros est bien présente.

Je vous présente maintenant le cahier qui va accueillir toute l’histoire de Cupidonetmoi.com jusqu’à son déroulement, c’est à dire, jusqu’à la publication, la mise en page, la recherche de la couverture, les propositions de correction… 45 jours intenses ! Je vous dis !

À très vite …

Cupidonetmoi.com

Pour tous ceux qui suivaient cette histoire, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle😂.

Je commence par la bonne… Je suis retenue pour un wordcamp de 45 jours, traduisez que pendant 45 jours je vais bosser pour terminer d’écrire mon roman, le corriger, le réécrire, le peaufiner, bref 45 jours intenses.

La sortie est prévue pour le 3 novembre si tout va bien et que je termine dans les temps. En numérique tout d’abord, version papier ensuite, tout comme Noël à la maison de coeurs blessés qui avait aussi été retenu pour ce travail d’écriture.

Et la mauvaise nouvelle alors ? 😉

C’est que vous ne pourrez plus lire la suite ici… Mais vous pourrez le découvrir en entier, le 3 novembre 😉.

Vous pourrez toujours suivre le thriller Un Héritage empoisonné et le feel good À cause de la clé.

Quelle rentrée !

À très vite …

Romance : Cupidonetmoi.com

Chapitre 7

Léonie ne décolérait pas. C’était dimanche. Il était huit heures du matin et elle était déjà debout, alors qu’elle pouvait trainer au lit.

Elle se rappelait encore la peur qu’elle avait eue lorsque la vache s’était approchée d’elle. Le pire, c’est que Léandre comme les deux autres avaient pris un fou rire incontrôlable alors qu’elle tentait désespérément d’ouvrir la porte de la grange. Quand elle avait enfin réussi, elle était partie en courant, comme si elle avait le diable à ses trousses, se tordant les chevilles à qui mieux mieux. Elle avait bien entendu qu’on appelait son nom, mais elle ne s’était pas retournée. Marc l’avait rattrapée avec son véhicule. Il avait ouvert la portière. Mariette était installée à l’arrière. Sans un mot, elle était grimpée à l’avant, les bras croisés, refusant toute discussion. Il l’avait déposée devant chez elle. Elle était rentrée sans un regard vers eux.

Le samedi, Mariette avait tenté de lui reparler de la soirée, mais elle avait vite compris que son amie était en colère et surtout vexée.

La journée s’était déroulée normalement. Les clientes avaient peut-être senti que quelque chose clochait entre les deux coiffeuses, mais discrètes, pour une fois, elles ne firent aucune réflexion.  

Elle était prête de bonne heure un dimanche, ça ne lui ressemblait pas. Elle mettait en route sa cafetière quand un Bip lui signala un message. Elle lut

« Bravo, vous avez réussi votre deuxième rendez-vous. En route pour le troisième ! Cupidonetmoi.com »

Elle jeta son portable sur la table. Sa résolution était prise, il allait voir de quel bois elle se chauffait, le Léandre Castillo. Elle avala son café et rejoignit sa coccinelle verte garée devant chez elle.

Francis Castillo posté devant chez lui la vit arriver dans la cour. Il retint le border collie qui aboyait et tournait autour du véhicule. La jeune femme hésitait à descendre.

—  N’ayez pas peur ! Il n’est pas méchant !

Léonie sortit de sa voiture et tendit la main à Francis. La ressemblance entre le père et le fils la frappa. Après les salutations d’usage, elle demanda si elle pouvait parler à Léandre.

—  Il est encore dans la grange ma p’tite dame. Je vous y conduis.

Elle hésita et il s’en rendit compte.

—  Ne vous tracassez pas ! Vous ne salirez pas vos chaussures.

Elle n’osa pas refuser et le suivit.

Devant la porte, elle l’interrogea.

— Elles sont attachées ?

— Qui ? Les vaches ? Bien sûr, toujours pendant la traite. Ce serait le bazar sinon !

Il rit et ajouta :

— Même Rosalie, si c’est ça qui vous inquiète ! J’ai cru comprendre que vous n’aviez pas fait amie-amie la dernière fois que vous étiez vues ?

Il poussa la porte avant qu’elle ne réponde.

— Léandre ? Quelqu’un pour toi !

Léonie constata qu’effectivement, mise à part l’odeur toujours particulière, la grange était propre. Elle aperçut Léandre, la fourche à la main qui remettait du foin dans les mangeoires de ses bêtes. Affublé de sa sempiternelle combinaison verte, il venait vers elle.

Elle ne le laissa pas parler et attaqua bille en tête.

— Vous allez me foutre la paix avec cette application de rencontres ? Cupidonetmoi.com.

Francis interrogea son fils, surpris.

— Tu es sur un site toi ? Première nouvelle !

Léandre posa sa fourche, s’approcha plus près de Léonie et éluda la question.

— Bonjour quand même ! Je croyais qu’on se tutoyait ?

Puis, il se tourna vers son père.

— C’est une idée complètement débile de Marc de m’avoir inscrit. Je n’y suis pour rien.

Il regarda ensuite Léonie.

— Et pour te répondre, je n’ai rien fait sur cette application pour qu’on se rencontre. Mais si c’est à cause d’elle que j’ai droit à ta visite si tôt un dimanche matin, tu m’en vois ravi ! J’ai terminé. Tu viens prendre le petit déjeuner avec moi ?

Sans attendre, il se déshabilla de sa combinaison, l’accrocha à un porte-manteau et apparut en jeans et chemise ouverte.

Son père passa devant et Léandre invita Léonie à sortir. Francis, discret, les abandonna.

Mais Léonie ne l’entendait pas de cette oreille. Elle stoppa devant sa voiture.

— Non merci, je repars.

— Prends au moins un café ? Un thé ? Un chocolat ?

Il s’était arrêté à côté d’elle et elle eut l’agréable surprise de respirer une odeur de foin et de Giorgio Armani comme l’avait prédit Mariette. Elle rougit.

— Alors ? De plus, le dimanche Christophe passe m’apporter ses viennoiseries toutes chaudes…

Devant son hésitation, il avoua :

— D’accord, je m’excuse pour vendredi soir. Je n’ai pas pensé que tu pouvais avoir peur de ma vache. Elle n’est pas méchante. Mais tu étais drôle et…

— Tu t’es bien moqué de moi ! Même ton père est au courant !

À nouveau, elle vit que Léandre retenait un rire. Il lui prit la main et voulut l’entrainer.

— Juste un petit déjeuner pour me faire pardonner et tu me montreras ton application, mais je ne t’oblige à rien. Les personnes qui entrent chez moi sont toujours les bienvenus et souvent des amis.

Il l’abandonna devant sa voiture et se dirigea vers sa maison.

Ses parents regardaient discrètement par la fenêtre. Francis grommela :

— Il ne va quand même pas la laisser toute seule ? Heureusement que le chien est avec nous. Qui est-ce ? Tu la connais ?

— C’est Léonie, la coiffeuse.

— Ah ! elle rentre chez lui ! Il est aussi tête de mule que sa Rosalie, la porte est restée ouverte, mais il ne l’a pas attendu.

— Bah, il était certain qu’elle allait le suivre.

— Tu le savais qu’il s’était inscrit sur un site de rencontres ?

— Je l’ai appris par hasard. Regarde, elle s’appelle Cupidonetmoi.com.

— C’est quoi ce nom à coucher dehors ? Tu crois que ça va marcher ? Elle a peur des vaches, craint de se salir les chaussures, ça commence bien !

— Francis, on ne s’en mêle pas !

Léandre disposa les chocolatines et les croissants dans une corbeille et invita Léonie à s’approcher du bar comptoir.

 — Ce sera plus sympa ici que sur la grande table. Je te prépare un café, un thé ?

— Un café, ça ira !

Pendant que la machine glougloutait, il demanda :

— Tu me montres le message que tu as reçu ? Peut-être ai-je eu le même !

Effectivement, les mots identiques s’affichaient sur son portable.

— Puisque c’est comme ça, profitons-en pour faire mieux connaissance.

Il servit le café dans les mugs.

— Choisis ! Croissant, chocolatines ?

Il croqua à pleines dents dans un croissant, elle saisit le deuxième.

— J’ai bien compris Léonie que tu n’aimais pas trop les agriculteurs, mais ça ne nous empêche pas d’être amis. Cette application aura au moins réussi ça.

— Tu as raison.

— De toute façon, nous allons être amenés à nous revoir pour la journée découvertes, autant bien nous entendre.

Il tendit la main.

— Tope là ! Amis ?

— Amis ! Peut-être pourrions-nous nous désinscrire de l’application aussi ?

— Faisons ça !

Ils saisirent leur portable.

Impossible de vous déconnecter. Le programme n’est pas terminé tant que je n’ai pas réussi ma mission. Vous n’êtes pas en couple.

À suivre…

Romance : Cupidonetmoi.com

Chapitre 6

Vendredi arriva vite. Léandre avait complètement oublié la réunion à la mairie. Occupé avec la naissance d’un veau qui prenait tout son temps et malmenait la mère, il était à mille lieues d’y penser. Francis était avec lui et l’aidait du mieux qu’il pouvait à soulager la belle limousine qui était couchée. Ils avaient hésité à appeler le vétérinaire et finalement, la nature fit son œuvre et tout se déroula normalement.

Marc était déjà à pied d’œuvre dans la salle de la mairie. Le village n’était pas très grand. Il était surtout rural et comptait une dizaine d’agriculteurs qui avaient tous fait le déplacement, sauf Léandre Castillo. Il était le seul à produire un élevage de vaches limousines. Il était reconnu pour la qualité de sa viande et de son lait et aussi de sa gentillesse. La famille Castillo habitait la commune depuis la génération des grands-parents, son absence souleva des questions.

Les petits commerçants avaient fait également le déplacement. Monsieur le maire était ravi de compter parmi eux, le boucher charcutier Léonce, le boulanger Christian de Chris et son fournil, Hélène de l’épicerie, pratique pour ne pas courir au supermarché de la ville voisine et Claude du Bar-tabac presse.

****

Léonie Capdabelle fermait son salon quand Mariette lui rappela la réunion.

—  Tu as vu l’heure qu’il est ? Je n’ai pas diné, je suis crevée ! Nous avons eu toutes les deux une rude journée. À croire que toutes s’étaient donné le mot pour venir se faire coiffer en même temps.

—  C’est normal, c’est le week-end ! Tu sais bien qu’il y a le marché et régulièrement, elles souhaitent être présentables pour faire leurs courses. C’est comme ça depuis toujours. On y va ?

—  Pars devant, je te rejoins.

—  Promis ? Tu ne me feras pas faux bond ?

— Croix de bois croix de fer, si je mens je vais en enfer.

Léonie baissa les stores, éteignit la lumière et monta chez elle pour se rafraichir un peu.

****

Léandre sortait de la douche quand son portable sonna. Enroulé dans sa serviette, les cheveux en bataille, il décrocha.

—  Tu ne viens pas ? Les copains t’attendent ici et sont surpris de ton absence.

Léandre réalisa qu’il avait complètement zappé la réunion. Il ne voulait pas les décevoir, il jura in petto.

—  J’arrive ! J’ai eu un problème avec une vache.

Il raccrocha et pesta. Il n’avait pas le temps de manger un morceau. Il emporta à la va-vite un bout de pain et monta dans son 4×4.

Il descendait de son véhicule quand il aperçut une retardataire qui venait vers lui. Il reconnut la coiffeuse. Il s’avança vers elle, main tendue.

—  Bonsoir ! Je ne serais pas le dernier.

Elle lui serra la main et répondit.

—  Je suis bien contente de ne pas arriver seule. Je n’aime pas trop les réunions, mais mon associée a insisté. Ce n’est pas de chance, j’ai terminé tard aujourd’hui.

—  Bienvenue au club ! J’ai la naissance d’un veau qui s’est déclenchée en fin d’après-midi. Mais, je ne vais pas vous ennuyer avec ça, entrons !

Il s’effaça pour la laisser passer. Marc vint aussitôt à leur rencontre.

—  Enfin, te voilà !

Il embrassa sans façon son ami et serra la main de Léonie.

Elle se sentit immédiatement à l’aise entre les deux hommes. Elle aperçut Mariette en grande conversation avec le boulanger. Léonie les soupçonnait d’ailleurs d’entretenir une liaison. Elle lui fit signe.

Le maire ravi du succès de son projet les invita à s’asseoir et exposa ce qu’il avait en tête.

****

Léonie et Léandre se retrouvèrent sur le parking avec Marc et Mariette, plus de deux heures après.

— Je ne sais pas vous, mais je n’ai rien avalé depuis le déjeuner. Est-ce que ça vous tente de venir manger un morceau chez moi ?

— C’est tout Léandre ça ! Je suis partant, je parie que tu vas nous bricoler une omelette aux cèpes vite fait. Je me trompe ?

Léandre lui tapa dans le dos puis le prit par le cou.

— On ne peut rien te cacher !

Marc se tourna vers les deux coiffeuses.

— Vous nous accompagnez les filles ?

Mariette ravie acquiesça aussitôt et monta dans la voiture de Marc.

Léandre interrogea Léonie.

— Si mon véhicule ne vous fait pas peur, je vous emmène. Il ne sent pas la vache, il n’y a pas de foin à l’intérieur et Rosalie n’est pas là.

Il s’installa au volant et se pencha pour lui ouvrir la portière. Marc baissa sa vitre et demanda :

— Tu passes devant ?

Léonie n’hésita plus et monta dans le 4×4. Le trajet ne dura pas longtemps.

Ils descendirent en même temps dans la cour.

— Faites comme chez vous, dit-il en allumant les lumières.

Léonie surprise découvrit avec bonheur la cuisine de Léandre. Mariette lui fila un coup de coude et murmura pour elle seule.

— Tu ne t’attendais pas à ça, avoues ! tu imaginais un vieux formica marron avec un tabouret ? Regarde le beau gosse ! Il casse ses œufs d’une main de maître.

L’odeur des cèpes rissolés envahit rapidement l’espace. Marc hachait l’ail et le persil. Les deux amies comprirent qu’ils étaient habitués de ces petits frichtis improvisés.

— Installez-vous mesdames, ne jouez pas aux timides.

Léandre les invitait à prendre place sur les bancs autour de la table.

Marc sortait les assiettes et les verres à pied. Léandre retourna son omelette et la posa sur un plat.

— Servez-vous, je vais chercher le vin.

Mariette s’assit à côté de Marc, Léonie en face d’eux. Léandre les rejoignit avec une bouteille de Bordeaux. Il la déboucha, s’en versa une lichette dans son verre, qu’il goûta.

— Il est bon. Vous en prenez ?

Il s’adressait à Léonie. Elle tendit son verre. Marc souhaitait qu’ils se tutoient.

— Oui, ce serait plus sympa, répondit Mariette en tendant également le sien.

Léandre prit place près de Léonie et proposa un toast.

— À notre amitié !

Tous trois cognèrent leur verre contre le sien puis entamèrent avec appétit l’omelette. Soudain, Léandre remarqua.

— Nous ne nous sommes même pas présentés. Moi c’est Léandre et voici Marc.

— Moi c’est Mariette.

— Léonie.

Léandre assis près d’elle la taquina :

— Que pensez-vous de ma ferme ?

À ce moment-là, un beuglement retentit. Léandre et Marc éclatèrent de rire.

— Devinez un peu qui fait ce bruit ?

Mariette et Léonie répondirent en même temps :

— Rosalie !

— Si on allait faire sa connaissance ? proposa Mariette.

Ils se levèrent de concert. Léandre retint Léonie.

— Tu es sûre ? La grange, le foin, tout ça…

Il sourit.

— Je suis curieuse ! Je veux rencontrer ta vache !

Elle n’était pas contente la Rosalie. Son maître n’était pas venu comme tous les soirs, lui donner sa ration de foin supplémentaire. Quand elle aperçut le groupe, elle meugla.

Léonie, saisie par l’odeur particulière de la grange ne put s’empêcher de mettre sa main devant le nez. Elle resta plantée près de la porte, elle craignait pour ses bottines.

Léandre n’attachait jamais Rosalie. Elle s’approcha alors, de son allure nonchalante, vers lui. Il allait lui caresser le museau quand elle tourna la tête vers Léonie et lança un Meu ! des plus retentissants.

À suivre…

Romance : Cupidonetmoi.com

Chapitre 5

Léonie rougit jusqu’à la racine de cheveux alors que Mariette lâchait un OH ! de surprise.

Josette Castillo et Amélie Pardout se turent. Josette s’en voulait d’avoir mis mal à l’aise Léonie. Elle hésita puis tapa un SMS qu’elle envoya rapidement pour éviter de changer d’avis.

****

Jonathan Playelle était seul face à son écran géant. La voix impersonnelle de Cupidonetmoi.com résonna.

— Tu es en colère Jonathan !

— Arrête de parler comme si tu étais humaine. Tu n’es qu’une application.

— Je suis d’accord avec toi, je suis une application qui rassemble les âmes sœurs. Grâce à toi et au téléchargement, je peux écouter maintenant leurs conversations. Je suis dans leur téléphone. J’entends tout et enregistre. Par exemple, aujourd’hui, je sais que Léandre et Léonie vont se revoir.

— Ils habitent à quelques kilomètres l’un de l’autre, c’est contraire à notre principe.

— Le principe dont tu parles est obsolète et idiot.

— Je te remercie du compliment.

— Ne sois pas fâché. Tu m’as créé, à mon tour de te donner des conseils.

L’écran s’éteignit, signalant la fin de la conversation.

****

— Mon fils va arriver. Puis-je attendre ici ?

Léonie hocha la tête. Josette restait la seule cliente. Mariette en profita pour sortir acheter son déjeuner. Les deux femmes ne pipaient mot. Josette la première rompit le silence.

— Je suis désolée pour tout à l’heure.

— De quoi parlez-vous ?

— De Rosalie.

Léonie haussa les épaules et ne répondit pas. Elle aperçut Léandre qui se garait devant son salon. Il descendit de son 4×4 et poussa la porte. Il complimenta sa mère pour sa coupe. Celle-ci enchaina immédiatement.

— Figure-toi que nous avons discuté de toi tout à l’heure.

Léonie aurait préféré que la conversation s’arrête, mais Josette continua sur sa lancée.

— Et de ta vache !

Léandre sourit et Léonie remarqua que son sourire atteignait ses yeux. Qu’il était beau ! Josette n’en resta pas là. Quand elle avait une idée derrière la tête, rien ne l’a dissuadait de continuer.

— Je vais acheter le pain à la boulangerie, discutez sans moi.

Stupéfait, Léandre se tourna vers Léonie ne sachant que dire.

— Veuillez l’excuser ! je ne comprends pas. Je n’ai rien de particulier à vous dire. Je vais l’attendre dans la voiture.

Il allait sortir quand Léonie l’interpella.

— Vous l’aimez vraiment beaucoup votre vache à ce qu’il parait. Votre mère parlait d’elle en l’appelant par son prénom, Rosalie, je crois.

Léonie raconta alors la discussion qui avait fait beaucoup glousser ses clientes. Léandre rit de bon cœur, lui aussi.

— Rosalie est une vache que je possède depuis qu’elle est née, d’accord, mais elle ne régente pas ma vie. Si vous la rencontriez, peut-être vous plairait-elle.

Léonie secoua la tête.

— Non merci ! les animaux, la ferme tout ça, ce n’est pas mon truc.

Mariette qui revenait avec son déjeuner entendit la fin de la phrase. Elle fit les gros yeux à son amie et s’immisça dans leur conversation.

— Encore vous ? Décidément, on ne se quitte plus. Léonie dit qu’elle n’aime pas les bêtes, mais elle raconte n’importe quoi. Elle a un chat et si elle le pouvait, elle achèterait aussi un chien.

Léandre ne releva pas. Sa mère l’attendait devant la voiture, il les salua et s’en alla la rejoindre.

Mariette s’emporta.

— Qu’est-ce qui t’a pris de balancer des fadaises ? J’ai bien vu ce matin qu’il te plaisait ce mec !

— Un fermier ? Tu rêves !

— Je parie que s’il participait à l’émission L’amour est dans le pré il aurait des sacs de courrier à ne plus savoir qu’en faire.

Léonie haussa les épaules et pensa que même s’il était beau gosse, elle le laissait à sa Rosalie. Les odeurs de grange et de fumier, ce n’était pas pour elle.

Sur le chemin du retour, Léandre tenait un discours différent.

— Tu n’as rien trouvé de mieux à faire que de me jeter dans les bras de cette coiffeuse ? Pour ta gouverne, apprends qu’elle n’aime pas les agriculteurs.

— Qu’en sais-tu ?

— Elle me l’a dit.

— Souvent Femme varie. C’est bien connu !

Un message apparut sur l’écran. Josette qui ne maitrisait pas le Bluetooth s’insurgea :

— Qu’est-ce que c’est encore ?

Curieuse, elle découvrit :

— Tu t’es inscrit à une application de rencontres ?

— N’importe quoi !

— Si regarde ! Je te lis Bravo, vous avez réussi votre premier rendez-vous. Vous êtes sur le chemin du bonheur. Cupidonetmoi.com.

— Putain ! il l’a fait le bougre ! Il le savait pourtant que je n’étais pas d’accord !

— De quoi parles-tu ?

— Marc ! C’est lui qui m’a inscrit.

— C’est une bonne idée, je le féliciterai dès que je verrai. Mais de quelle rencontre s’agit-il ?

Elle regarda son fils.

— Ne me dis pas que toi et la coiffeuse ? Tu m’as bien eue !

— Tu te fais des films, je n’ai eu aucun rendez-vous !

— Tu m’en diras tant ! Quand ton père saura ça !

Léandre tapa sur le volant.

— Tu ne racontes rien, parce qu’il n’y a rien. OK ? Ah ! il va m’entendre, Marc !

Arrivé à la ferme, il freina brusquement et sortit de son véhicule, très remonté après son ami.

****

Léonie et Mariette déjeunaient ensemble quand le bip d’un SMS retentit sur le portable de Léonie.

— C’est un message de l’application Cupidonetmoi.com.

— Fais voir !

Mariette lut à haute voix.

— Bravo, vous avez réussi votre première rencontre. Vous êtes sur le chemin du bonheur. Cupidonetmoi.com. Mais de quelle rencontre parle-t-elle ?

— Je n’en sais rien. Je n’ai pas été convoquée à un… speed dating, c’est ça ?

— Tu n’as pas loupé un truc ?

— Mais non ! Tu vois, cette application ne fonctionne pas. Elle envoie des messages comme ça à tous ses clients, mais elle ne les suit pas. C’est du bidon !

Mariette qui ne lâchait rien rétorqua en lui faisant un clin d’œil.

— Peut-être que le rendez-vous était avec ton agriculteur ?

— Mais ce n’était pas un rendez-vous ! Et puis franchement, tu me vois avec lui ?

— Pourquoi pas ? Qu’est-ce qui te gêne ? Ses combinaisons vertes ? Sa vache ? Son parfum ? Je te garantis qu’il ne sentait pas le fumier. Je parierais même pour un Giorgio Armani.

— Jamais je ne craquerais pour lui. Je n’ai pas envie de me réveiller au chant du coq.

****

C’est Marc qui appela le premier Léandre.

— Ce n’est pas une bonne idée qu’a eue le maire ? Organiser une journée découverte en juin, avec tous les métiers des habitants de la commune. Elle se terminera par un pique-nique géant. La première réunion est ce vendredi. Tu viendras ?

— Tu tombes bien toi ! Je voulais justement te parler.

— Plus tard ! On s’inscrit ? La reconnaissance de notre travail enfin !

Gagné par la bonne humeur de son ami, Léandre donna son accord.

Léonie était à nouveau pied d’œuvre quand un jeune garçon distributeur de prospectus entra dans le salon et lui en laissa un. Elle le parcourut des yeux.

— Tu vas y aller ? demanda Mariette

— Je peux m’inscrire et décider ensuite. Une journée de découvertes, pourquoi pas ?

Jonathan Playelle face à son écran géant écoutait la voix qui fredonnait :

— C’est un beau roman, c’est une belle histoire…

À suivre …

Romance : Cupidonetmoi.com

Chapitre 4

Léandre malmenait son 4×4. Josette à ses côtés ne disait pas un mot et se tenait fermement à la portière. Quand l’église au bout de la rue apparut, elle soupira d’aise.

— Tu peux me laisser là, je me débrouillerai.

— Je vais me garer ! Tu as ton portable ? Je rentrerai à la ferme dès que j’aurai réglé cette affaire.

Josette contempla son fils à la dérobée. Les dents serrées, le regard ombrageux, il était en colère.

Elle ne répondit pas, mais posa sa main sur son bras.

— À tout à l’heure.

Le véhicule garé, elle descendit et partit de son côté.

Léandre ne traina pas. Il allait voir de quel bois il se chauffait ce coiffeur.

C’est Mariette, la première, qui remarqua l’homme devant la vitrine. Elle s’approcha de Léonie et murmura :

— Ce n’est pas le beau gosse de l’affiche ?

Léonie leva les yeux. Elle appliquait une couleur à Amélie Pardout alors que l’agriculteur entrait dans le salon.

Mariette vint au-devant de lui.

— Bonjour monsieur ! Vous désirez un rendez-vous ?

Surpris de ne trouver que des femmes, il ne répondit pas immédiatement, ce qui eut le don d’agacer Léonie. Elle s’excusa auprès de sa cliente et s’avança vers lui.

— Vous cherchez quelque chose ?

En effet, Léandre parcourait les murs et la vitrine du regard. Aucune affiche de Rosalie n’y était. Ses yeux rencontrèrent alors ceux de Léonie.

Léandre avait pris soin de prendre une capture d’écran du portable de sa mère. Il lui montra.

— Pouvez-vous m’expliquer ?

Mariette et Léonie se penchèrent sur la photo. Léonie à son tour sortit son téléphone.

— Et vous ?

Il se souvenait vaguement avoir participé à une campagne de publicité pour la promotion des produits laitiers, il y avait de ça un ou deux ans. Pourquoi cette affiche remontait-elle à la surface ?

Sa colère retomba d’un coup et il sourit.

— Je crois que nous sommes tous deux victimes d’une blague. Une caméra est peut-être cachée dans votre salon sans que vous le sachiez !

Léonie subjuguée par le sourire de son interlocuteur resta muette. Mariette la poussa du coude pour qu’elle réagisse.

— Dans tous les cas, cette farce ne vient pas de moi.

Elle redevint la professionnelle qu’elle était et dit :

— Veuillez m’excuser, ma cliente m’attend.

Léandre fit un signe de tête et s’en alla. Il riait encore quand il déverrouilla son 4×4. Il saisit aussitôt son portable et appuya sur le numéro de son meilleur ami qui décrocha rapidement.

— Marc ? Bravo, pour ta blague. J’ai eu l’air malin ce matin.

Silence.

— Marc ? Arrête de faire ton imbécile. Tu vas chez le coiffeur toi ?

— Tu as abusé de l’eau-de-vie au petit déjeuner Léandre ?

Il entendait clairement Marc se moquer de lui.

— C’est bien toi qui as envoyé une affiche de moi à cette fille ?

— Mais de quoi parles-tu ? Je ne comprends rien à ce que tu racontes.

Léandre réalisa qu’il faisait fausse route.

— Laisse tomber ! C’est encore une blague idiote. À bientôt

— On en discute plus tard si tu veux !

— D’accord, Marc. Bonne journée.

Amélie Pardout sourit dans le miroir.

— Je le connais, Léandre Castillo. Un gentil garçon ! Dommage qu’il soit toujours célibataire !

Mariette et Léonie se regardèrent alors que la cliente reprenait :

— C’est y pas malheureux à quarante ans d’habiter tout seul dans sa grande ferme.

Une autre se mêla à la conversation.

— Le Léandre ne vit pas seul. Le père Castillo a encore bon pied bon œil.

— C’est sûr ! Heureusement qu’il est là pour l’aider. Il a un beau cheptel de vaches limousines. Il n’est pas souvent disponible pour faire la fête.

— Tiens… quand on parle du loup…

Josette Castillo entrait dans le salon. Léonie s’approcha d’elle.

— Bonjour, madame, vous souhaitez un rendez-vous ?

Josette répondit à son salut.

— Vous auriez de la place ce matin ? J’aimerais bien une petite coupe.

Mariette était libre, elle l’invita à s’installer.

— Bonjour Josette ! Ton fils est venu nous rendre visite tout à l’heure ! Ce n’est pas souvent qu’on le voit en ville.

— Bonjour Amélie.

Amélie Pardout était la gazette du village. Josette la connaissait depuis l’école primaire.

— Il n’avait pas l’air content, pas vrai Madame Capdabelle ?

Léonie refusa d’entrer la conversation, mais Josette l’interrogea.

— Il n’a pas été désagréable au moins ? Quand il s’agit de Rosalie, il n’est pas tendre.

Mariette, devant le silence de sa patronne, souhaita en savoir davantage.

— En effet, il semblait furieux. Madame Capdabelle avait reçu hier une affiche le concernant. Ils se sont expliqués. Soyez rassurée.

— Rosalie, il la connait depuis longtemps. Je lui répète tous les jours que ce n’est pas normal d’y être si attaché. Il ne peut pas faire un pas sans qu’elle le suive.

Léonie songea qu’elle aimerait bien qu’un homme soit avec elle de cette façon.

— En tout cas, elle n’était pas avec lui ce matin.

— Encore heureux, répondit en riant Josette. Elle est quand même assez imposante pour venir jusqu’ici. Les salons de coiffure ne sont pas pour elle.

Amélie et l’autre cliente se joignirent à la gaieté générale alors que Léonie et Mariette étaient offusquées. Se moquer ainsi de la compagne de son fils, n’était pas sympathique. Si elle était un peu enrobée, elle n’était pas la seule. Mariette qui était aussi curieuse qu’une fouine demanda :

— Mais vous ne nous aviez pas dit qu’il était célibataire ?

Josette essuyait ses yeux. Imaginer Rosalie dans le salon lui avait donné un fou rire incontrôlable.

— Bien sûr qu’il est célibataire. Il faut toujours que Rosalie mette son grain de sel !

Léonie se représenta une femme jalouse et plaignit aussitôt le bel agriculteur. Mariette qui avait terminé le shampoing de Josette l’invita à changer de place. Les deux amies discutèrent entre elles.

— Il devrait s’en séparer !

— Pourquoi donc ?

— Il en tirerait un sacré prix.

— Vendre Rosalie ? Tu n’y penses pas !

Léonie sentait la colère gronder et se mêla à la conversation, indignée.

— Encore heureux ! Vous n’avez pas honte de parler ainsi de la compagne de votre fils ?

La réflexion stoppa net la discussion des deux femmes. Le fou rire de Josette reprit de plus belle. Amélie qui n’était pas en reste la taquina.

— Tu as raison Josette, ce n’est pas gentil. Si Rosalie savait ça, elle te fouetterait avec sa queue.

Léonie ouvrit de grands yeux. Josette répondit, malicieuse.

— Parfois, elle nous réveille ? Si Léandre n’est pas à l’heure pour la tirer ? Elle rappelle à l’ordre.

Mariette éclata de rire, alors que Léonie outrée rugissait.

— La vie privée de votre fils ne nous concerne pas.

Josette fit un clin d’œil à Amélie.

— Il vous plait Léandre pas vrai ? Il est beau, il est gentil.

— Oui, mais il n’est pas libre, répondit Léonie en soupirant.

Les rires se turent. Josette rencontra le regard de Léonie.

— Il faut que je vous avoue quelque chose. Rosalie est une vache !

L’ordinateur de Cupidonetmoi.com clignotait. L’application serait humaine qu’elle se frotterait les mains de plaisir.

Romance : Cupidonetmoi.com

Chapitre 3

Le jour suivant, Léonie mit un point d’honneur à ouvrir son salon plus tôt que d’habitude. Elle en profita pour rechercher les grains de poussière. Les cheveux coupés avaient la fâcheuse habitude de se cacher partout. Un bip sur son portable la prévint qu’un message venait d’apparaitre.

Mariette arriva à ce moment-là et les deux amies s’embrassèrent.

— Tu es bien matinale, ma jolie !

Mariette enleva son manteau et l’accrocha dans la penderie réservée à cet effet.

— Je pensais ouvrir avant toi et te faire la surprise de t’apporter le croissant tout chaud de chez Chris et son fournil mais je vois que tu m’as devancée. Qu’est-ce que tu regardes ? demanda-t-elle, curieuse.

— Une pub que je viens de recevoir.

— Montre !

Elle se pencha sur l’écran de Léonie.

— Tu t’intéresses à l’agriculture maintenant ? Remarque, il est beau gosse le mec !

En effet, un homme habillé d’une combinaison verte à la fermeture éclair blanche posait à côté d’une énorme vache à la robe claire. Comme Léonie ne répondait toujours pas, Mariette lui mit la viennoiserie sous le nez.

— Je prépare le café ? On va le prendre en haut ! Je ferme la porte à clé, il reste un quart d’heure avant l’ouverture.

Elle regarda le planning et dit :

— Les deux premières clientes arrivent plus tard, nous avons le temps. Tu viens ?

Léonie sortit de sa léthargie et la suivit.

— Merci pour le croissant.

— Je t’ai connue plus bavarde !

Mariette ne s’offusqua pas davantage du silence de son amie et monta l’escalier qui menait à son appartement.

— C’est cette photo qui te turlupine ? demanda Mariette en disposant les mugs sur le comptoir de la cuisine américaine.

— Je ne comprends pas pourquoi elle est apparue sur mon écran. Je n’ai pas fait de recherches sur les vaches ou le lait.

— C’est juste un spam, reprit Mariette. Tu ne vas pas te mettre des nœuds au cerveau ! C’est le beau gosse qui te plait.

— Moi avec un agriculteur ?

— Qu’as-tu contre eux ?

— Rien de particulier, mais avant que je craque pour un homme qui garde des ruminants, les poules auront des dents.

— Joli ! tu vois es déjà dans l’ambiance petite maison dans la prairie, remarqua Mariette en riant.

Léonie se joignit à elle en croquant dans son croissant. Puis elle jeta un coup d’œil à la pendule murale et s’écria :

— Pour finir, nous allons être en retard ! Hop ! au boulot !

****

Cette fois-ci, Léandre Castillo n’avait pas loupé l’heure et ses vaches étaient sorties dans le pré. Son père l’invita à venir prendre le petit déjeuner chez lui. Sa mère, Josette, était à pied d’œuvre et un pot-au-feu mijotait déjà. La bonne odeur des légumes qui bouillonnaient le cueillit dès qu’il entra.

— Bonjour maman !

Elle tendit sa joue et sourit.

— Je me suis mise en avance. Pourrais-tu m’emmener en ville ? Ton père ne peut pas, il a besoin de la voiture. Je le soupçonne de le faire exprès d’ailleurs.

Francis Castillo s’attabla et maugréa :

— Je ne sais pas ce qu’elle a depuis ce matin. Elle a reçu un message sur son téléphone qui vante l’ouverture d’un nouveau magasin et elle a décidé d’aller en même temps se faire belle.

— Pourquoi la critiques-tu, papa ? Elle n’a pas beaucoup l’occasion de sortir. Pour une fois qu’elle en émet l’envie, laisse-la faire. Donne-moi ton heure et je t’y conduirais.

Léandre versait le café dans les bols. Il attrapa une tranche de pain et la tartina de confiture de prunes.

— La confiture c’est pour les filles, remarqua son père ! Prends du boudin !

Josette vint les rejoindre et glissa son portable vers Léandre.

— Regarde, tu pourrais peut-être trouver ton bonheur là !

Léandre se pencha sur la publicité et haussa les épaules.

— Une boutique de vêtements ! Tu rigoles ? Je ne te plais pas habillé comme ça ?

Il regarda mieux.

— Quelque chose t’intéresse ? demanda Francis en découpant un morceau de charcuterie.

Il ne répondit pas, hypnotisé par l’image face à lui. Il interrogea sa mère.

— Qu’est-ce que fait Rosalie sur ton portable ?

— Pardon ?

Josette ajusta ses lunettes.

— C’est une vache !

— Non ! c’est MA vache ! Peux-tu m’expliquer pourquoi elle est placardée sur la vitrine d’un coiffeur ?

Francis éclata de rire. Le couple se regarda. Ils sentaient la mauvaise humeur de leur fils grimper.

— Dans une demi-heure, ça te va Léandre ?

Comme il ne répondait pas, Josette répéta sa question.

— Tu m’écoutes ?

Elle avait posé sa main sur son bras. Il leva la tête et grommela :

— Je vais me changer et je vais la trouver cette boutique ! Encore un coup contre nous les agriculteurs !

Il les planta là. Francis murmura :

— Depuis quand s’habille-t-il autrement pour juste t’emmener en ville ?

Elle montra la photo à son mari.

— Tu la reconnais toi la Rosalie ? C’est sûr qu’il va être en colère si c’est elle !

****

Alice Colargol, assise face à son ordinateur, consultait ses fiches.

— Jonathan, il y a un problème.

La voix virtuelle répondit à sa place.

— Non, Alice, il n’y a pas de problème.

— Le couple que tu viens de réunir ne pourra jamais s’entendre, c’est insensé !

— Je suis programmée pour choisir les âmes sœurs. Je ne me trompe jamais.

— Tu peux laisser parler Jonathan s’il te plait ?

Alice s’énervait parce qu’elle avait l’impression de ne plus maitriser l’application depuis la coupure d’électricité de l’autre jour.

Jonathan tenta de la calmer.

— Pourquoi penses-tu que ce couple ne peut pas fonctionner ?

— Je ne me trompe jamais. Cupidoneetmoi.com est la meilleure application de rencontres. Je sais ce que je dis, je ne me trompe jamais. Vous allez me mettre en colère. Jonathan, fais quelque chose. J’ai chaud !

L’ordinateur se mit à clignoter. Alice regarda son informaticien.

— Tu comprends bien qu’elle n’est pas normale ? Elle répète sans arrêt les mêmes phrases.

Il entra de nouvelles données, mais rien n’y fit. Il regarda sa directrice et haussa les épaules.

— Laisse-la faire. Finalement, je suis content d’avoir réussi à créer une application qui devient indépendante.

— Mais enfin Jonathan, nous allons perdre toute crédibilité face à nos clients.

— Il n’y a pas mort d’homme non plus, Alice !

— Je ne suis pas programmée pour faire mourir les gens, reprit la voix, mais pour rassembler deux cœurs solitaires. Cupidonetmoi.com c’est l’amour assuré. C’est toi qui l’as dit !

Alice se laissa aller dans son fauteuil en soupirant tandis que Jonathan se frottait les mains. Il voyait déjà les gros titres des journaux Un jeune développeur crée une machine révolutionnaire. Il allait devenir riche, il le sentait.

La voix reprit, calmant aussitôt ses ardeurs.

— Je suis programmée pour faire le bonheur. Le malheur n’existe pas dans mon ADN. Je sais à quoi tu penses, oublie !

Jonathan comprit l’avertissement. L’ordinateur face à lui s’éteignit.

— Qu’est-ce qu’elle voulait dire encore ? gémit Alice.

— Rien, ne t’inquiète pas !

Alice saisit les deux fiches que l’imprimante avait sorties. Perplexe, elle contempla la vache qui la regardait d’un air bravache. Qu’est-ce que cet animal faisait dans la machine ?

À suivre…

Romance : Cupidonetmoi.com

Chapitre 2

Marc Agosta descendit de son tracteur alors que Léandre sortait de sa grange.

— Salut l’ami !

Les deux hommes qui avaient fait leurs études agricoles ensemble se connaissaient depuis longtemps. Marc avait repris l’exploitation de ses parents plus spécialisée en céréales, alors que Léandre avait préféré s’occuper d’animaux.

— Tu m’offres un café ?

Marc, un rouquin à la tignasse emmêlée et toujours coiffée d’un béret, était souvent de bonne humeur. Quelques ridules d’expression apparaissaient d’ailleurs au coin de ses yeux verts plissés à cause du sourire qu’il affichait.

— Je suis à la bourre mon pauvre ! Mon réveil n’a pas sonné ! Mais je peux quand même t’offrir ton kawa du matin.

— À la bonne heure ! Je voudrais te parler de quelque chose.

— Allez entre !

Léandre s’effaça pour laisser entrer son ami. La familière odeur du café se répandait dans la salle aux tommettes rouges.

— Il fait toujours bon chez toi ! Dommage que tu vives tout seul.

Il promena son regard sur la pièce d’assez grandes proportions. Une cheminée faisait face à la table en chêne encadrée de deux bancs. Une cuisine fonctionnelle et dernier cri n’avait rien à envier à celle des chefs de restaurant. Léandre profitait de son peu de temps libre pour confectionner des petits plats. Il adorait ça et prenait plaisir à recevoir ses amis. Certes, il était célibataire, mais il ne vivait pas reclus dans sa maison. Sa sœur était la première à les goûter et à le féliciter. Clothilde avait des jumeaux, Clémence et Baptiste, âgés de huit ans. Ils aimaient venir passer des vacances chez leur oncle et par la même occasion chez leurs grands-parents.

— Ah tu ne vas pas recommencer, soupira Léandre, en sortant les bols de son buffet.

— Toutes les filles ne se ressemblent pas, tu sais. Ce n’est pas parce que ta Carlotta a changé d’avis qu’elles sont toutes pareilles.

— Enfin, elle avait quand même fait les mêmes études que moi et nous avions beaucoup de projets en commun.

— D’accord, l’odeur de ta Rosalie a pu l’indisposer. Avoue que ta vache est trop familière avec toi !

— Ce n’est pas de ma faute si elle n’aimait pas Charlotte. Elle a senti avant moi qu’elle n’était pas faite pour moi !

Tout en parlant, il versait le café dans les bols rouges.

— Tu n’avais pas quelque chose à me dire ? Si c’est pour la réunion des agriculteurs du village, j’irais si le maire ne la plante pas à 18 h. A-t-on idée aussi ! à cette heure-là, comment veux-tu que je sois libre ? Et les collègues ?

Il haussa les épaules. Il était un des seuls à avoir une exploitation de vaches laitières. Les autres pouvaient plus facilement se libérer, alors que lui, ses animaux connaissaient l’heure et pas moyen d’y déroger.

— Non, il s’agit d’autre chose.

Marc sortit son portable.

— Regarde ! J’ai trouvé un nouveau site de rencontres.

Léandre éclata de rire.

— Quand tu as une idée en tête toi !

— Elle n’est pas comme les autres. Tu rentres un pseudo.

Léandre l’interrompit.

— Comme les autres !

— Attends, je n’ai pas fini. Ton véritable nom est enregistré. Tu ajoutes ton adresse.

— Ben voyons pour que toutes les filles du coin apprennent que je cherche une femme.

— Justement, non ! Tes coordonnées sont rentrées dans la machine et c’est tout.

— Comment ça, c’est tout ?

— L’application sait donc que tu cherches une âme sœur et elle va la trouver pour toi.

— Ah oui ? Comme ça ? Elle saura sans savoir si j’aime les brunes, les blondes, les petites, les vieilles ?

— De toute façon, elle prospectera dans une autre région, c’est écrit. De cette façon, toi comme l’heureuse élue, vous devrez vous déplacer pour vous rencontrer.

— C’est ça, je vais faire des kilomètres pour voir une fille qui ne me plaira pas et la semaine d’après je recommencerai. C’est vrai que je n’ai que ça à faire.

À ce moment précis, la tête de Rosalie cogna contre la vitre.

— Non, mais regarde-là celle-là !

Léandre éclata de rire alors que son père entrait dans la cuisine.

— Elle te cherche mon garçon. Tu sais bien que c’est toi qui l’emmènes au pré ! Bonjour Marc !

Francis Castillo lui serra la main. Alors que Marc demandait :

— Alors je t’inscris ?

Francis interrogeait son fils du regard en lui montrant Rosalie.

— Oui c’est bon !

Il suivit son père. Rosalie sur les talons.

Marc pensa que la réponse était pour lui et tapa entrée sur son téléphone.

Dans le salon de coiffure de Léonie, les bavardages allaient bon train.

— Berthe a enfin trouvé chaussure à son pied.

— Ah bon ? Elle en aura mis du temps. Qui est l’heureux élu ?

La dame aux bigoudis sur la tête riait.

— Il s’appelle Pépin.

Mariette, le séchoir à la main, répondit.

— Berthe aux grands pieds était mariée à Pépin le Bref non ?

Léonie qui terminait d’encaisser une cliente se joignit à la conversation.

— C’est une blague ? Quel est le nom de cette application ?

— Cupidonetmoi.com.

— Ah quand même !

Mariette et Léonie se regardèrent perplexes.

 La dame aux bigoudis reprenait :

— On doit rentrer un pseudo, et son véritable nom. La machine fait le reste.

— Je n’y crois pas du tout. Par exemple, comment pourrait-elle savoir quel homme pourrait me convenir ?

— Tu n’as qu’à essayer Léonie, proposa son amie.

Elle saisit son téléphone et chercha l’application.

— C’est vrai ça, madame Capdabelle. Berthe a bien trouvé son Pépin, vous pourriez bien trouver vous aussi.

— Je ne connais pas d’histoire particulière rattachée à mon prénom, rétorqua Léonie.

— Ce n’est pas grave ça, répliqua Mariette. De plus, regarde, tu ne tomberas pas sur un de tes clients, la machine fait en sorte que vous voyagiez.

— Montre !

Léonie fit défiler les pages.

— Pour rigoler, alors !

— Vous ne risquez pas grand-chose madame, reprit la cliente aux bigoudis, seulement trouver le grand amour.

Léonie sourit. Pourquoi pas ?

Mariette appuya sur entrée.

Dans son sous-sol bien propre, la machine ronronna puis s’emballa. Les lumières clignotèrent.

— Ah ça ne va pas recommencer, s’inquiéta Jonathan.

Il tapota à nouveau sur son clavier et murmura à voix haute :

— Cupidonne ne me joue pas encore un sale tour !

Surpris, il entendit répondre :

— Je ne joue pas. Je travaille comme tu m’as programmé. Bonjour, Jonathan, et ne m’appelle pas Cupidonne. Je suis ton application Cupidonetmoi.Com. C’est ainsi que tu m’as créée et que je me prénomme.

— Pourquoi toutes ces lumières qui clignotent ? Peux-tu m’expliquer ?

— J’ai un petit problème. Mais ne te fais pas de soucis, je saurai le régler.

— N’oublie pas que je suis ton maître et que c’est moi qui peux te réparer.

Elle ne répondit pas.

Jonathan reprit son travail. Alice était absente et c’était tant mieux. Elle lui aurait encore fait des reproches ou se serait inquiétée.

— Je te propose un nouveau couple.

— Attends la directrice. Tu sais bien que c’est elle qui gère ça.

— D’accord Jonathan, je fais comme tu me l’as demandé, je lui envoie les fiches.

Un bruit de soufflerie, l’ordinateur chauffait. Une imprimante se mit en route puis cracha deux feuilles.

À suivre…