
Me revoilà pour l’agenda ironique qui se passe chez la Licorne .
Le thème de ce mois sera :« porte-bonheur ». Sur ce thème, placer le plus de mots possible commençant par « mai » (ou mei, mè, mê, mé) (dont, 7 mots, au moins, choisis parmi ceux-là : maitrise, maigrelet, mainate, messire, mets, mèche, mêler, méjuger, Merlin, mécréant). Il s’agira de manier aussi la prosopopée….Et en option, vous pourriez vous inspirer de cette phrase de Jules Renard :
« Le bonheur, c’est être heureux ; ce n’est pas de faire croire aux autres qu’on l’est. »
Voici donc mon texte :

Quand un brin de muguet se fait la malle
C’est par un beau matin de mai ensoleillé qu’il arriva une drôle d’aventure à Médard, le jardinier du jardin d’à côté qui préférait celui d’en face.
Avec son prénom vieillot, mais si c’en est un, avoue que ce n’est pas tous les jours qu’on appelle son gamin ou sa gamine Médard (ne te mêle pas de m’emmêler les pinceaux, le prénom est mixte, arrête de m’interrompre,) donc je continue, Médard (mais non, ce n’est pas celui qui fait la pluie et le beau temps, enfin si peut-être, c’est à cause de Barnabé celui qui lui coupe l’herbe sous le pied) se prenait pour un Messire.
Comme il en pinçait pour la merveille blonde d’en face qui lui faisait les yeux doux avec sa robe longue dont il ne savait pas de quel siècle elle était, la robe, pas la blonde, il saisit son sécateur pour couper un brin de muguet qu’il lui offrirait. Il maîtrisait parfaitement son geste quand surgie de nulle part, une voix l’interpella :
— Me que, Me que, qu’est-ce que tu fais ?
Surpris, Médard lâcha la fleur qui s’écrasa au sol.
— Ben voyons, t’as qu’à me laisser tomber comme une vieille chaussette, mécréant que tu es. Aucun respect pour mes clochettes. Tu aimerais, toi, recevoir un coup de Merlin sur la tête ?
Médard en tomba sur le cul. Fort heureusement, il n’était pas maigrelet, ce qui eut le don d’amortir le choc.
— Un muguet qui parle ? Te prendrais-tu pour un mainate ?
— Mes nattes ? Mé Mé Mé…
Médusé, Médard, toujours le cul par terre, contemplait sa voisine qui bêlait comme une chèvre, ses mèches blondes qu’il voyait aujourd’hui plutôt grises, en bataille. Serait-ce une mégère ?
Elle vociférait en répétant :
— Mes nattes ? Elles ne vous plaisent pas mes nattes ?
Médard tenta de se relever élégamment et redressé, de toute sa hauteur, il dit :
— Messire Médard pour vous servir (il tenta une révérence qui le fit chanceler). Acceptez ma gente Dame, ce brin de muguet qui vous portera bonheur.
Il tendit ce qu’il pensait avoir ramassé. Hélas, le Muguet s’était fait la malle. À sa place, un pissenlit d’un jaune éclatant se dressait fièrement dans sa main.
Confus, Médard allait présenter ses excuses quant à sa grande surprise, la Dame rougit et murmura d’une voix émue :
— Jamais personne ne m’avait offert de fleurs. Merci mon beau Messire.
Et elle s’en fut, ses mèches grises au vent, serrant sur son cœur, le pissenlit qui soit dit en passant, n’en revenait pas d’être si apprécié, même s’il se sentait un peu à l’étroit oppressé contre la poitrine de la Dame. Il pensa aussi que le jardinier aurait bien aimé être à sa place.
© Isabelle -Marie d’Angèle (mai 2026)
