Je crois que je ferais en sorte de rétablir l’équilibre. J’ai bien réfléchi (oui ça m’arrive 😂).
Pour ce faire, je distillerai une poignée de poudre de perlimpinpin que j’appellerais tolérance. Si chacun oubliait les trop de ou pas assez, l’équilibre se ferait tout seul. Si chacun y mettait un peu plus d’amour, tu ne crois pas que ça irait mieux ?
Regarde un peu l’équilibriste sur son fil, il ne faut pas grand-chose pour que ça bascule d’un côté ou de l’autre. Alors contrebalance pour ne pas te casser la figure 😊.
Agis de la même façon, quand ça penche d’un côté, tu rétablis le tir et surtout… sois heureux avec ce que tu possèdes et ne cherche pas à piquer ce que le voisin, lui, il a. Pose toi la bonne question : Est-ce que tu serais plus heureux ? Si ça lui convient à lui, est-ce que ça te conviendrait à toi ?
Si j’étais le Père Noël, je mettrais un peu plus de plomb dans la cervelle de chacun, même dans la mienne. Bien sûr que c’est bien de vouloir progresser, mais garde l’équilibre. À vouloir tout, tu n’auras plus rien.
La nature, les animaux y arrivent, (quand on ne s’en mêle pas 🥴) pourquoi pas nous ?
Je sais, c’est complètement fou comme idée, utopique même ! Mais n’est-ce pas ça la magie de Noël ?
Et toi ? Si tu étais le Père Noël, tu ferais quoi ?
Gardons le sourire, j’enfourche mon vélo pour la distribution 😉🎅
Si je reprends mon calendrier de l’Avent, sourire à un inconnu, as-tu déjà essayé ?
Alors dans ce monde bizarroïde plusieurs scénarii s’offrent à toi. Comme je suis assez joueuse, j’imagine …Evidemment, je me suis inspirée de scènes vécues, vues, regardées, va savoir… Amuses-toi à faire le tri dans ce qui est la réalité ou pas 😁.
Ernest avait l’habitude de promener son chien. Celui-ci tirait sur sa laisse parce que son maître n’allait pas assez vite. Il trainait un peu la patte, mais Médor pas du tout. Fougueux et plein de vie, il avait envie de sentir l’herbe là-bas…
Augustine était sourde comme un pot aussi pour se faire respecter par Lino, son berger australien elle lui hurlait dessus. Pauvre bête qui ne savait pas si elle le disputait ou si elle lui faisait un compliment vu que le ton était toujours le même.
Médor repéra aussitôt son congénère. De même taille, mais pas du tout de la même race, lui, il serait plutôt un croisement d’un chien avec un autre… il tira plus fort.
Ernest suivit parce qu’il ne voulut pas lâcher la laisse et arriva ce qui devait arriver, elles s’emmêlèrent et l’homme faillit s’étaler devant Augustine. Elle lui fit son plus beau sourire oubliant qu’elle n’avait pas mis son dentier.
— Vous ne vous êtes pas fait mal ? Lino couché !
Le chien mort de trouille s’allongea instantanément et Ernest ne sut que dire devant le ton employé et le sourire qui lui fit froid dans le dos. Il ne put que bégayer un Excusez-moi en se baissant pour dégager la laisse et sans demander son reste, aussi vite qu’il le put, il s’enfuit, Médor se faisant trainer parce que lui avait envie de jouer avec son nouveau copain. Les gens sont vraiment bizarres, se dit Ernest. Pourquoi me criait-elle dessus ? Je n’ai pourtant rien fait de mal.
Augustine quant à elle pensa tout haut : quel malotru ! ça m’apprendra à sourire à un inconnu.
Morale de cette histoire : Vérifie toujours que tu aies ton dentier avant de sourire 😁🥴.
Ginette faisait son footing tous les matins. Elle ne croisait pas souvent grand monde et ça l’arrangeait, du genre plutôt sauvage, la solitude lui allait très bien.
Robert venait d’emménager. Il ne connaissait pas trop l’endroit, mais féru de course à pied il décida de découvrir son nouvel environnement. Il chaussa ses baskets et prit le premier chemin qui se présentait à lui.
Il repéra rapidement la joggeuse qui s’avançait vers lui. Elle allait sans doute pouvoir le renseigner sur les itinéraires intéressants. Elle semblait être du coin et vu les foulées qu’elle allongeait, pourquoi ne pas s’entrainer avec elle ?
Il lui fit son plus beau sourire quand elle arriva à sa hauteur et tenta un début de conversation :
— Bonjour !
À peine un salut et Ginette ne ralentit même pas sa course. Pour qui se prend — il ce mec ? Ce n’est pas parce qu’il s’est parfumé qu’il doit se croire tout permis. Il a dû renverser la bouteille.
Dépité, Robert continua sa course en solitaire.
Morale de cette histoire 1 : Si tu pars faire ton jogging, oublie le déo Axe, ça ne marche pas à tous les coups et tu sais bien que la pub est mensongère, les filles ne tombent pas à tes pieds.
Morale de cette histoire 2 : N’imagine pas que tous les mecs veuillent te draguer quand ils te font un sourire, ils veulent peut-être juste te dire bonjour.
Gérard et Huguette ont l’habitude de faire une promenade digestive. Ils avancent tranquillement sur ce petit chemin qu’ils empruntent régulièrement.
Marcelle se sent bien seule. Voilà quelques semaines que son compagnon est parti pour le long voyage. Elle n’a pas encore osé refaire les balades qu’ils arpentaient ensemble main dans la main, mais aujourd’hui, le soleil l’incite à prendre l’air. Triste, elle se met en route.
Tête baissée, elle avance, le cœur en déroute et les yeux noyés. Elle n’a pas vu le couple en face d’elle qui s’écarte pour la laisser passer sur ce chemin étroit. C’est en levant la tête qu’elle croise leurs regards. Elle affiche alors un sourire tremblant et s’excuse de sa distraction.
Ils lui rendent son sourire et engagent la conversation. Ils ont l’habitude de faire cette promenade après leur repas, ils habitent juste à côté. Si ça l’intéresse, elle peut se joindre à eux, c’est toujours plus agréable à plusieurs, on peut discuter et faire connaissance, bien sûr si ça ne la dérange pas.
Marcelle accepte, cette première sortie en solitaire était vraiment trop difficile.
Morale de cette histoire : Fais confiance à la vie, un sourire ne t’engage à rien, mais il peut t’apporter tellement.
Lulu n’aime pas l’école. C’est pourtant sa 1ère rentrée, mais il sait que ça ne va pas être son truc parce qu’il va quitter sa maman, d’ailleurs rien qu’à voir comment elle s’y prend pour lui faire un câlin, il a tout compris, la séparation n’est pas loin.
Clara adore retrouver ses copines de crèche. Elle commence l’école aujourd’hui, mais elle a déjà aperçu Lily qui était arrivée, elle embrasse sa mère et part mettre son sac au porte-manteau comme une habituée.
Elle manque renverser Lulu qui s’accroche aux bras maternels comme à une bouée de sauvetage.
— Faut pas pleurer !
Lulu lève la tête et rencontre deux yeux bleus entourés de deux couettes avec des élastiques en forme de cerise. Le tout est accompagné d’un sourire éblouissant. Il oublie sa peine et sourit en retour.
— La petite souris est passée ? T’en as de la chance, moi ma dent n’est pas encore tombée, mais regarde elle bouge.
Morale de cette histoire : Un sourire édenté n’a pas le même impact à trois ans qu’à 70 😂.
Parce que c’est Noël, parce que j’ai envie de te faire plaisir, parce que je suis trop gentille, je partage 2 chapitres aujourd’hui 🙂.
Chapitre 16
Ah ! Ah ! Ah ! Ah !
Le rire sardonique résonnait encore à ses oreilles.
— Docteur vous allez bien ?
Le Procureur avait toujours son téléphone à la main et il entendait les appels du Commandant.
— Qu’est-ce qu’il se passe ? Répondez-moi bon sang !
Le magistrat reprit ses esprits et rugit dans l’appareil :
— Où êtes-vous Faventiny ? Rappliquez ici immédiatement.
— Je fais au plus vite !
Dans la voiture, Hugo et Esteban le bombardaient de questions.
— Taisez-vous ! Je ne sais pas ce qui est arrivé. Appelez plutôt un collègue qui vienne nous dépanner illico.
Coralie se tenait face au Procureur.
— Vous avez vu comme moi qu’il lui ressemble !
— Impressionnant ! Je n’ai rien pressenti. Cherchons l’ouverture. C’était par là.
Ils eurent beau fouiller, ils ne trouvèrent rien.
— Il avait une télécommande, j’en suis certain.
— Redescendons dans le salon.
Une fois en bas, elle lui fit signe de se taire et montra les voitures. Ils enfilèrent leur manteau et se retrouvèrent dans celle de Coralie.
— Daniel pense qu’il y a peut-être des micros et des caméras. Il vaut mieux ne pas parler dans la maison.
— Partez de chez vous, vous n’êtes plus en sécurité.
— Je ne comprends pas ce qu’il veut. Il a pris de sacrés risques en se montrant à vous. On dirait qu’il joue.
Le procureur ne répondit pas.
Une voiture de police fonça sur eux et freina brutalement devant le perron. Daniel et ses deux collègues en sortirent comme des pantins de leurs boites.
Daniel ouvrit la portière côté conducteur et saisit les mains de sa femme.
— Dieu soit loué tu n’as rien !
Il jeta un œil sur le procureur et murmura :
— Claude, vous me croyez maintenant ?
Le magistrat, Claude Darcin, sourit.
— Vous devez être sacrément secoué pour m’appeler par mon prénom !
— Désolé !
— Ne vous excusez pas, je comprends.
Il sortit de la voiture.
— C’est flippant ! Il vous ressemble trait pour trait. Je n’ai pas vu de différence. Il a votre voix. Il est habillé de la même façon que vous. Votre femme également ne s’est rendu compte de rien. Pour vous que s’est-il passé ?
— La voiture a démarré normalement puis s’est arrêtée au bout de quelques mètres. Réservoir vide alors qu’Hugo venait d’en faire le plein.
— C’était donc un coup monté. Ce qui veut dire qu’il savait parfaitement que nous allions nous rendre chez vous.
Coralie sursauta.
— Vous êtes aussi surveillé ? Les micros sont partout ?
— Je vais faire le nécessaire dans nos locaux. Faventiny, faites la même chose au commissariat et envoyez une autre équipe à l’institut médico-légal. Pour chez vous, nous verrons plus tard. Suivant ce que nous allons trouver, nous aviserons. Restez sur vos gardes.
— Pas besoin de me le répéter, monsieur le Procureur.
— Laissez tomber ce titre, continuez de m’appeler Claude. Nous nous connaissons depuis assez longtemps, pas vrai ?
Il posa sa main sur l’épaule du Commandant et rejoignit sa voiture.
— Tenez-moi au courant, je file au tribunal.
Aucune des équipes ne détecta de micros dans les trois endroits. Par contre, il y avait des caméras, mais c’était tout à fait normal dans ces locaux. Elles cherchèrent alors comment elles étaient reliées. Ils ne trouvèrent rien.
— Ce tordu est vraiment très fort.
— Il vous connait bien Commandant. Vous êtes certain que vous n’avez pas eu dans votre jeunesse un copain qui vous souhaiterait du mal ? Qui voulait vous ressembler ?
— Non !
— Pas de frère jumeau ?
— Pas que je sache. Mes parents me l’auraient dit.
— Peut-être pourriez-vous aller leur demander ? suggéra Esteban.
— Bien sûr, je vais aller les inquiéter avec ça.
— Il faudrait les prévenir. Imaginez qu’il aille les voir ?
— Sait-il où ils habitent ? Mais tu as raison, je vais leur téléphoner, histoire d’avoir de leurs nouvelles. Ils ne seront pas surpris, je les appelle toutes les semaines.
****
Gérard et Anne-Marie Faventiny étaient ravis. Leur fils avait pris le temps de venir leur rendre visite malgré un planning chargé. Ils avaient juste regretté que Coralie ne l’accompagnât pas. Il les avait rassurés en racontant qu’elle était très occupée.
Gérard, ancien colonel de gendarmerie, l’avait questionné sur son travail. Il était fier de son Daniel. Il avait compris qu’il ne veuille rien divulguer de ses enquêtes en cours. Il aurait bien aimé pourtant se replonger pour quelques instants dans cette ambiance de terrain, mais son fils avait été intraitable. Une fois la voiture disparue au bout du chemin, les mains levées en un dernier au revoir, Gérard murmura dans sa moustache :
— Quel fichu caractère !
Anne-Marie qui n’était pas sourde lui tapa sur l’épaule.
— Tu étais pareil à son âge.
— Tu n’as rien trouvé de bizarre toi ?
— Non.
— Il bavardait davantage avant. Il avait toujours une anecdote à raconter. Là, rien.
— Peut-être que ses enquêtes sont sordides et qu’il n’y a pas en rire.
— Justement, c’est le contraire d’habitude, histoire de dédramatiser. Et puis, il aimait me demander conseil.
— Voilà c’est ça ! tu es déçu et jaloux parce qu’il sait se débrouiller tout seul maintenant !
Elle lui sourit.
— Pas du tout Anne-Marie. C’est autre chose. Tu n’as rien remarqué d’autre ?
— Mais non ! Ah ! tu ne vas pas jouer au flic avec lui quand même !
— Pourquoi ne portait-il pas son alliance ? Il n’est pas marié depuis un mois que déjà, il ne la met plus ?
La musique du réveil au clairon résonna.
— Ah quand on parle du loup !
Gérard décrocha le sourire aux lèvres.
— Alors fiston ? Tu as oublié de nous dire quelque chose ?
Anne-Marie faisait des signes désespérés à Gérard pour qu’il branche le micro, ce qu’il faisait automatiquement d’habitude.
Exaspérée, elle s’approcha de lui et se colla à son oreille.
Elle ne comprit rien à ce qu’il baragouinait. Elle arracha le portable des mains de son mari.
— Qu’est-ce que tu racontes mon chéri ? Tu étais là avec nous, il n’y a pas dix minutes. Ton père remarquait justement que tu n’avais pas mis ton alliance. Tu ne l’as pas perdue au moins ?
Le colonel reprit l’appareil en bougonnant.
— Elle a de ces questions ta mère alors que nous avons un sérieux problème. Je me disais bien aussi que tu n’étais pas comme d’habitude. Ne t’inquiète pas, je vais ouvrir l’œil.
****
Voilà ! J’ai testé toutes les personnes qui gravitent autour de toi et personne n’a fait de différence, même pas ta maman. Comme quoi, on raconte qu’elles reconnaissent leur enfant, tu parles ! Elle n’a rien compris, rien senti. Pourtant je l’ai embrassé, je l’ai complimentée sur sa bonne mine comme tu le fais toujours, elle n’y a vu que du feu. Elle était trop contente de me serrer dans ses bras. Et ton père ! Tout colonel qu’il a été, il a bien perdu de son flair. C’en est presque pas drôle et triste. Je veux jouer avec les grands moi, pas avec les secondes divisions. Mon vœu le plus cher est de gagner haut la main avec les meilleurs.
Moi, je suis prêt. Alors on joue ? À nous deux Faventiny !
Chapitre 17
Une semaine plus tard…
Coralie Faventiny reçut un appel de son ami Frédéric Marteau qui souhaitait la voir.
— Tu as des nouvelles ? l’interrogea la jeune femme.
— Ce serait plutôt à moi de te demander, tu ne penses pas ?
Elle devina son sourire.
— Je ne pourrai rien te dire de toute façon et comme je te l’ai déjà dit, ce n’est pas moi qui m’occupe de l’enquête. Je ne suis pas flic !
— Pour répondre à ta question, non, je n’ai rien trouvé chez moi qui pourrait t’aider. Je ne vois pas, de toute manière, qui aurait l’idée de ressembler à ton mari. Je désirais juste bavarder avec toi.
— Viens à la maison, tu parleras avec Daniel.
— Je ne suis pas certain qu’il ait envie de me voir.
— Ça me gêne d’être seule avec toi.
— Pourquoi ? Tu n’es pas libre de rencontrer qui tu veux ? Ne me dis pas qu’il est jaloux ?
Coralie n’aimait pas le ton de la conversation.
— Alors, tu m’appelais juste comme ça ?
— Non, j’ai réfléchi. Est-ce que ton mari avait pensé qu’on pouvait souhaiter s’en prendre à moi ?
— Je te répète que je ne parle pas de ses enquêtes avec lui. Demande-lui Fred ! Je vais devoir t’abandonner, j’ai du travail.
— Tu es fâchée ? Désolé ! Je te laisse.
Il raccrocha. Coralie rangea son portable. Elle appela aussitôt le Commandant.
— Coralie, ne te mêle pas de ça ! Tu ne vas quand même pas m’apprendre mon boulot ?
Il ne semblait pas dans son assiette.
— Tu vas bien ?
— Un mal de crâne qui ne me lâche pas ! Je vais aller à la pharmacie m’acheter du paracétamol.
— Tu couves quelque chose ?
— Ne t’inquiète pas, c’est juste une migraine. Il faut dire qu’avec le jumeau qui rôde autour de moi, je ne suis pas tranquille.
Deux fois en peu de temps, qu’elle se faisait raccrocher au nez. Ce n’était décidément pas sa journée. Vincenzo était en congés et Sophia occupée ailleurs. Elle était seule.
Faventiny saisit son manteau, son arme, et signala à Esteban qu’il voulait prendre l’air.
****
Cécilia Joly était assise face à son psychiatre, le Docteur Antoine Mercy.
— Vous devriez aller parler à la police.
— J’ai peur. Je ne peux pas. Si mon compagnon me voyait. Je n’ose même plus sortir de chez moi.
— Vous venez bien ici !
— Toujours en fin de journée. Je suis certaine de ne pas le croiser.
— Mon cabinet n’est pas à côté de chez lui, ni de l’hôpital où il exerce. Vous ne risquez rien. D’autant plus qu’il ne s’attend pas à vous voir.
— Il me croit morte. Il n’était pas au courant que j’avais une sœur jumelle. Comment faire ? Même au niveau de l’état civil, je suis décédée
— Il vous battait ! Vous auriez déjà dû le signaler.
— Vous connaissez sa réputation ? Jamais, la police aurait avalé mon histoire. Il est le grand chirurgien plasticien Frédéric Marteau.
— Il n’a pas le droit de vous frapper tout grand chirurgien qu’il est !
— Ce que je ne pige pas docteur, c’est pourquoi, les flics disent que c’est Martine sa compagne. Vous croyez qu’il était au courant ?
— Que vous vous étiez échangées ?
Cécilia Joly se tordait les mains. Elle ne savait plus quoi penser. Quand Hugo Cortilla l’avait questionnée, elle n’avait pas compris pourquoi il parlait de sa sœur comme étant la femme de Marteau.
— Je suis certaine qu’il a réalisé que je ne suis pas morte. Il est très fort et dangereux.
— Pourquoi ne voulez-vous pas exposer tout ça au gendarme qui est venu vous interroger ?
— J’ai peur. Mais je dois me confier à quelqu’un. Je ne peux pas garder ça pour moi. C’est trop grave. Vous me jurez que vous ne direz rien ?
— Vous connaissez quand même le secret médical ? Tout ce qui se dit ici ne sort pas de mon bureau.
— Alors, je vais vous raconter et ensuite je disparaitrais. Je sais où me cacher.
****
Le colonel Faventiny était fou de rage.
— Tu te rends compte que ça fait une semaine et nous n’avons rien appris de ce foutu bonhomme qui se fait passer pour notre fils.
Anne-Marie Faventiny, depuis qu’elle avait assimilé la nouvelle, n’en dormait plus. Elle s’en voulait énormément de ne pas avoir senti qu’elle parlait avec un parfait inconnu.
Il l’avait embrassée, elle aussi. Elle s’était blottie dans ses bras et avait respiré son parfum habituel. Elle n’avait qu’une envie, revoir son Daniel, le vrai.
— Gérard, j’ai besoin de bavarder avec lui, de le toucher. Tu peux comprendre ça ?
— Chérie, il doit avoir tellement de travail.
— Je n’imagine même pas ce que peut ressentir Coralie. Tu te rends compte s’il a l’idée de dormir dans son lit ?
Le colonel secoua la tête.
— J’espère qu’il n’ira pas jusque-là.
— Appelle-le, je t’en prie.
— Tu as vu l’heure ? Si ça se trouve, il est sur le terrain. Je vais le déranger. Nous le ferons ce soir. Au pire, nous pourrons parler avec sa femme.
Elle hocha la tête. Il fallait qu’elle s’occupe en attendant.
— Si nous allions prendre l’air tous les deux ?
— Allez, mets ton manteau, et sortons. Tu as raison, ça nous fera du bien.
****
Faventiny se dirigeait vers la pharmacie la plus proche du commissariat quand il reçut un appel de Claude Darcin, le Procureur.
— Faventiny, pouvez-vous me rejoindre au tribunal ? J’ai eu une idée ?
Le Commandant fit demi-tour, son mal de tête attendrait.
— Vous êtes fou, Monsieur.
— Ce chien vous sentira. J’en suis certain. Caressez-le. Regardez, il vous lèche déjà.
Daniel contemplait le Malinois magnifique qui frétillait de plaisir devant lui.
— Je le reconnais. C’est Hubert.
— Vous l’avez sauvé une fois de la noyade, vous vous rappelez ? En tout cas, lui il s’en souvient. Emmenez-le avec vous.
— Il n’appartient à personne ?
— Il est à vous maintenant. Il réagit très bien à deux mots, alors utilisez-les à bon escient. Il saura ce qu’il faut faire, désirez-vous une démonstration ? N’oubliez jamais, commencez toujours votre phrase par Hubert, son prénom. Ensuite, sur le mot que vous choisissez d’employer, vous forcez le ton. Il comprendra. Je vous montre ? Vous devrez en parler à votre femme. Si vous l’expliquez à votre chien, il réalisera qu’elle est aussi sa maitresse et qu’il doit la protéger autant que vous. Prêt ?
C’était écrit sur le calendrier alors je l’ai faite… ma lettre… la voici 👇
Bonjour père Noël,
J’espère que ma lettre ne va pas se perdre dans tout le courrier que tu as déjà reçu et que tu vas encore recevoir.
J’imagine que tu n’es pas tout à fait réveillé. Tes lutins ne font pas trop de bruit en préparant toutes les surprises que tu vas devoir charger sur ton traineau ?
Je bavarde, je bavarde, mais tu vois cette année, je t’écris cette lettre juste pour le plaisir d’avoir de tes nouvelles. C’est vrai quoi, tout le monde t’envoie un mot pour avoir des cadeaux, mais est-ce que quelqu’un pense à te demander comment tu vas ?
Il ne fait pas trop froid dans ton pays ? T’es-tu bien reposé depuis l’année dernière ? Chez nous, il a fait chaud cet été, mais l’hiver est maintenant arrivé et tu sais quoi ? Il parait que peut-être nous allons être privés d’électricité parce qu’il n’y en a plus trop en réserve. Il faut faire des économies. Tu ne trouves pas étrange et un peu tard pour qu’on se rende compte que nous avions tout et que nous le gaspillions ? C’est juste aujourd’hui qu’on réfléchit et qu’on fait attention. Tu ne crois pas qu’on aurait pu le faire avant pour ne pas être dans la panade maintenant ? C’est un peu comme dans la fable de la cigale et la fourmi, on joue aux cigales et après… sauve-qui-peut.
Je suis sûre que tu n’es pas au courant (sans jeu de mots hein 😏) de tout ça toi ! Tu n’utilises pas d’essence, tu ne risques pas de polluer avec tes rennes qui volent dans le ciel. D’ailleurs, il faudrait peut-être que tu nous expliques comment tu fais, peut-être qu’un jour, on y viendra à voler dans le ciel avec des chevaux ou des rennes comme toi. Mais je suis sûre que tu ne nous laisseras pas faire, ce n’est que toi qui as ce monopole et gardes le bien ! Il ne faudrait pas que tu te mettes en grève à ton tour parce qu’on t’a piqué ton idée et que le ciel soit encombré ! Imagine un peu le bazar ! Parce que tu sais, les grèves, nous on sait faire !
Je pense à tes lutins, ils ne t’ont pas demandé d’augmentation ? Parce qu’ici, tous les prix ont augmenté, mais quand je te dis augmenté, ce n’est pas de la rigolade. Pourtant personne n’est allé leur demander aux prix d’augmenter ! Quand tu penses qu’il faut bien calculer son coup pour aller demander à son chef s’il veut bien penser à revoir à la hausse ton salaire, eux, les prix, ils n’ont rien demandé à personne et se sont servis tout seul. D’ailleurs, pour faire tes cadeaux, tu les as trouvés où tes matières premières ? Parce que chez nous, il n’y a plus rien, il parait qu’on ne sait pas faire, c’est dans les autres pays que se fabriquent plein de trucs qui manquent aujourd’hui. Pourtant, on n’est pas idiot quand même ! Mais là aussi, tu vois, il a fallu qu’on s’en rende compte quand c’est trop tard.
Nous avons pourtant la chance d’avoir un grand patron qui nous dit tout ce qu’il faut faire et même qu’il ne faut pas s’inquiéter. En tout cas, tout le monde s’inquiète.
J’espère que tu vas me donner de tes nouvelles parce que tu es assez discret quand même.
Sinon, tout va bien. Est-ce que je peux oser te demander de nous apporter de la joie dans les cœurs, du bonheur dans les yeux, du rire dans la voix et surtout de l’espoir, tu sais, celui qui fait voir la vie en rose, celui qui te fait croire que tout peut arriver. N’est-ce pas ça Noël ?
Je te souhaite bon courage pour ta tournée, couvre-toi bien, occupe-toi bien de tes rennes et si tu as le temps, écris-moi un petit mot, je sais que tu es très occupé, mais peut-être que tu pourras me donner un petit peu de ton temps.
Daniel regarda sa femme. Heureusement qu’il lui en avait parlé, sinon il aurait pensé qu’il devenait fou.
— Coralie, il va falloir faire très attention chez nous. Peut-être y-at-il des micros, des caméras. Je ne peux pas faire venir une équipe sans éveiller les soupçons de ce tordu.
— Tu veux dire qu’il me voit quand je suis dans la salle de bains ? Quand nous sommes ensemble dans notre chambre ?
— Je ne sais pas. La première chose que nous allons faire c’est que tu vas me montrer la pièce où tu étais avec lui.
— Et s’il s’en rend compte ?
— J’imagine qu’il a désiré que tu la connaisses, cela fait partie de son plan diabolique.
— Pourquoi ?
— C’est quelqu’un qui m’en veut, je n’ai pas encore trouvé pourquoi. Le soir où tu étais avec lui, Esteban était dans le parc. Il a aperçu la lumière et vos deux silhouettes. Quand je suis allé le voir, il m’a demandé si j’étais avec toi. Tu connais la réponse.
— C’est pour ça que tu n’es pas monté tout de suite. Mais alors… Il ne m’a pas suivi. Il est donc resté en haut ?
Coralie se mit en colère.
— Tu vas faire quelque chose Daniel ?
— Promets-moi de ne jamais m’oublier et que je t’aime.
— Pourquoi me dis-tu ça ? Tu me fais peur !
— S’il est vraiment très fort, peut-être parviendra-t-il à me prendre de vitesse et que tu croiras être avec moi alors que tu seras avec lui.
— Jamais je ne pourrais te confondre.
— Tu l’as bien fait une fois. Surtout, ne parle jamais de ma signature. C’est bien la seule chose qu’il ne connaît pas.
— Il y a autre chose…
Elle sourit.
— Notre mot magique, nous ne sommes que tous les deux à savoir.
Il lui caressa le visage.
— Peut-être l’avons-nous déjà dit et qu’il l’a entendu.
— Tu m’agaces Dany. Il n’a pas tous tes grains de beauté non plus, j’en suis certaine.
— Il faudrait alors qu’il se déshabille pour que tu comprennes qu’il est l’imposteur ?
Elle baissa la tête.
— J’y pense ! Tu es allergique aux kiwis. Si j’en mets à table et qu’il en mange, je saurais que ce n’est pas toi.
— Écoute Coralie, ce sera plus subtil que ça pour le coincer. Je te demande donc de rester naturelle chez nous et surtout d’agir comme une professionnelle. Pourquoi ne pas nous disputer ? Je partirais de la maison…
— Et tu me laisseras toute seule ?
— Non, mais si nous nous engueulons régulièrement, nous allons faire chambre à part, nous ne nous embrasserons plus, du coup, ça va être compliqué pour lui.
— Essayons !
— Tu ne dis rien à tes collègues, compris !
— S’ils se rendent compte que nous sommes fâchés, ils vont se poser des questions.
— D’accord ! alors nous allons les convoquer au bureau et nous allons monter un plan.
Il caressa tendrement son visage. Elle prit une bouchée de panettone pour lui faire plaisir, elle avait l’appétit coupé.
****
Avec l’argent, c’est tellement facile. Pour quelques billets, les scrupules s’envolent. Certaines personnes n’ont plus rien à perdre, alors qu’elles terminent en prison ou qu’elles se fassent exterminer leur est égal. Elles n’ont souvent plus de famille et personne qui les regrettera.
****
— Bonjour monsieur le Procureur !
— Je vous ai convoqué parce que j’ai un sérieux problème. J’aimerais que vous m’expliquiez ce que vous faisiez chez Frédéric Marteau, le soir du meurtre de sa compagne.
— Ce n’était pas moi, monsieur. La voisine l’a d’ailleurs confirmé. Elle a trouvé qu’il était plus grand.
— Ce n’est pas ce que raconte son mari.
— Son mari ?
— Ne faites pas l’imbécile Faventiny, et cessez de faire le perroquet.
Daniel se tut. Il n’avait pas le souvenir qu’elle avait un homme dans sa vie.
— D’autre part, le chirurgien Marteau a demandé où vous en étiez.
— Vous connaissez bien cet homme ?
— Il a aidé ma femme à un moment difficile. Bref… je souhaiterais lui renvoyer l’ascenseur et régler cette affaire rapidement.
— Nous avons un autre problème dont je ne vous ai pas encore parlé. La compagne de Marteau a une sœur jumelle, Cécilia Joly. Le soir du meurtre, elles se sont échangées parce que Cécilia avait peur du toubib.
— Pardon ? Qu’est-ce que vous me racontez ?
— Martine Joly est morte et Marteau croit que c’est sa concubine, alors que c’est sa frangine. Rappelez-vous que nous avons trouvé un papier avec mes coordonnées dessus. Cette femme savait quelque chose et c’est pour ça qu’elle a été assassinée. Quelqu’un veut se faire passer pour moi monsieur le Procureur, il est chez moi, il parle avec Coralie.
— Mais vous êtes fou !
— Non, demandez à Coralie. Elle était avec lui dans une pièce que nous n’avons jamais découverte. Il lui a montré un mécanisme, le mur a basculé.
— Vous l’avez vu, vous ?
— Pas encore.
— Très bien, je veux en avoir le cœur net. Convoquez votre femme et allons donc visiter cette fameuse pièce.
— Je vous avais dit Commandant qu’il fallait lui en parler le plus vite possible.
— C’est chose faite. Nous allons résoudre enfin ce problème.
Coralie était déjà sur place. Fébrile, elle n’avait pas osé monter au 2e étage.
Quand elle vit arriver son mari suivi du Procureur, elle se sentit rassurée.
— Bonjour madame Faventiny. Allons ne perdons pas de temps.
Daniel passa devant lui et grimpa les deux étages rapidement. Il entra dans le bureau et s’approcha de la bibliothèque. Coralie contempla les planches vides, toucha le bois, chercha, soupira, et contempla son mari. Elle avoua qu’elle ne retrouvait pas l’endroit.
— Comment ça tu ne t’en souviens pas ma chérie ? Regarde !
Daniel appuya sur un mécanisme que lui seul maîtrisait et la porte s’ouvrit.
— Putain ! Tu as oublié de mettre de l’essence dans la voiture, Hugo ? Qui est le dernier qui s’en est servi ?
— Non Commandant, j’ai fait le plein avant de partir. C’est sûr ! Vous pourrez vérifier. J’ai encore le ticket.
— Merde, ça sent le coup fourré à plein nez ! appelle le Proc. Immédiatement.
Le Procureur fronça les sourcils. Il regarda Coralie qui semblait très surprise. Le portable du magistrat vibra. Il le saisit et se détourna de la porte. Celle-ci se referma Faventiny à l’intérieur. Un rire se fit entendre. Coralie se laissa tomber au sol.
— Monsieur le Procureur ? C’est Faventiny à l’appareil, dites-moi que vous êtes seul avec ma femme ? Allo ?
Bien sûr que non je n’ai pas oublié les fans de mon thriller, ce n’est pas parce que c’est le mois de décembre pas vrai ? 😉😊.
Voici donc la suite 😊
Chapitre 14
— Coralie, il faut qu’on se parle.
Faventiny, cette fois ne tergiversait plus, ça devenait trop grave. Ce Frédéric Marteau, il ne le sentait pas. Il allait finalement écouter ses collègues et tout raconter à sa femme.
— Maintenant ? Je suis occupée Daniel !
— C’est urgent.
— Ce soir à la maison ?
— Pas chez nous.
— Retrouve-moi ici alors !
— Non, il y a une petite brasserie face au commissariat.
— Mais enfin, je ne suis déjà pas en avance.
Il aurait pu répondre qu’elle n’aurait pas dû rencontrer son copain le toubib. Il n’en fit rien.
— Je viens te chercher.
Il ne lui laissa pas le temps de répliquer, il raccrocha.
— Vous avez raison Commandant ! il faut agir vite.
— Commandant ? Le docteur Marteau est à l’’accueil, il souhaite vous parler.
Les trois hommes se consultèrent du regard. C’est Hugo qui se sacrifia pour le ramener dans le bureau.
— Vous restez là, je veux que vous entendiez vous aussi ce qu’il va me raconter.
Frédéric Marteau entra et s’approcha main tendue vers Daniel.
— Bonjour commandant, je ne vais pas y aller par quatre chemins. Je n’ai pas beaucoup de temps, j’ai déjà retardé mes rendez-vous de la matinée.
— Que puis-je faire pour vous ? S’il s’agit de votre enquête, je n’ai malheureusement pas de nouveaux indices, à part celui que vous aviez omis de nous signaler. La femme retrouvée assassinée chez vous n’était que votre compagne.
— Je ne venais pas pour ça. Puis-je m’assoir ?
Daniel désigna la chaise face à lui.
— Merci. Je suis très inquiet. Votre épouse, Coralie, a demandé à me rencontrer ce matin.
Faventiny ne bougea pas ni ses collègues.
— Vous n’êtes pas sans savoir que nous étions copains de fac et que nous avons fait nos études de médecine ensemble. Nous nous étions perdus de vue et il a fallu ce meurtre abominable pour que nous nous retrouvions.
— Venons en fait, je vous prie. Vous disiez que vous étiez pressé.
— Coralie m’a raconté que quelqu’un se faisait passer pour vous. Elle m’a demandé de faire des recherches sur d’éventuels patients qui auraient eu envie de changer de visage pour vous ressembler. Elle a ajouté qu’elle était inquiète parce que cette personne s’identifiait beaucoup à vous jusqu’à la voix. Comme j’étais très intéressé par le clonage de l’humain quand nous faisions nos études, elle s’en est rappelé. Je l’ai immédiatement rassurée. Il ne s’agit pas de ça dans votre cas, du moins je ne le pense pas. Je voulais aussi vous dire que ma voisine m’avait signalé qu’un inconnu vous ressemblant était venu chez moi, le soir du meurtre. Elle vous a reconnu lorsque vous êtes passé pour l’enquête. J’imagine que vous allez me dire qu’elle est très curieuse, mais si j’ajoute qu’elle a remarqué qu’il était plus petit que vous, j’ai réfléchi que ça pourrait peut-être rassurer votre femme.
— Votre voisine est bavarde aussi.
— C’est vrai. Elle m’a d’ailleurs averti que vous étiez au courant. Elle vous a fait passer sous le panier de basket.
Il sourit en repensant à ce détail.
— C’est quelqu’un cette bonne femme !
Faventiny et ses collègues restèrent dubitatifs.
— Vous n’en avez pas parlé à ma femme ?
— Si, mais j’ai oublié d’ajouter qu’il était plus petit que vous. J’étais pressé, vous comprenez.
Le silence s’installa. Frédéric Marteau se leva.
— Je ne vais pas vous retenir plus longtemps. Je vais mener une enquête discrète de mon côté et si je trouve quelque chose, je vous appelle.
Il tendit la main à Faventiny qui machinalement lui serra. Deux secondes après, il était parti.
— Qu’en pensez-vous Commandant ?
Esteban regardait son supérieur, les sourcils froncés. Hugo prit la parole.
— J’ai oublié de te dire que ce matin quand j’ai aperçu ta femme, elle ne m’a pas vue. Mais le toubib si ! J’en suis certain.
Faventiny arriva à l’institut médico-légal peu de temps après la visite du médecin. Il avait ainsi une belle entrée en matière.
— Ah commandant ! Vous allez bien ?
Vincenzo lui serra la main et lui indiqua où se trouvait Coralie. Celle-ci enleva sa blouse, ses gants et son masque et le rejoignit avec le sourire.
— C’est vraiment important à ce que je vois.
Elle donna quelques consignes à Sophia et Vincenzo et enfila son manteau.
— Où m’emmènes-tu ?
— Chez Marcello !
Elle soupira d’aise.
Une pizzeria à l’ancienne. Marcello y servait aussi des petits-déjeuners.
— Buongiorno Daniele !
Marcello, habillé d’un tablier blanc à la manière de Tony dans La Belle et le Clochard accueillit le couple avec le sourire jusqu’aux oreilles. Une énorme moustache lui mangeait le visage, mais ses yeux bleus, emplis de malice, parlaient pour lui.
Il ne leur demanda même pas ce qu’ils désiraient et leur apporta deux cappuccinos accompagnés de deux tranches de panettone.
— Et ne me dis pas que tu n’as pas faim, tésoro .
Il envoya un baiser du bout des doigts à Coralie qu’il adorait appeler ma chérie dans sa langue.
— Ici, nous serons tranquilles pour bavarder.
Elle trempa ses lèvres dans la boisson chaude. Comme toujours, la mousse s’y colla. Il ne put s’empêcher de rire.
— Tu voulais m’annoncer quelque chose ?
— Frédéric Marteau est venu me parler. Vous vous êtes rencontrés ce matin ?
Elle posa sa tasse brusquement.
— Heureusement que je lui avais demandé d’être discret.
— Coralie, il y a un homme dans la maison qui se fait passer pour moi.
— Oui ça, je l’avais compris.
— Tu ne l’as jamais vu ?
Elle hésita.
— Alors, l’as-tu déjà rencontré ?
— Un matin.
Il fronça les sourcils.
— Quand ça ?
— Le jour où tu m’as appelée pour me demander où j’étais. Tu étais au téléphone et moi je regardais la voiture s’éloigner. J’avais été surprise que tu ne ranges pas ton arme.
— Tu ne l’as jamais revu ?
— Non.
— Tu es certaine ?
— Mais oui !
— Coralie, tu es bien allée dans une petite pièce au 2e étage ?
— Oui, c’est toi qui l’as découverte.
— Non, ce n’est pas moi. Je ne sais même pas comment on y entre.
— Il y a un mécanisme dans la bibliothèque, je crois.
Elle réalisa alors ce qu’il venait de dire.
— C’était l’autre ? Mais quelle horreur, je ne me suis rendu compte de rien. Imagine qu’il ait voulu m’embrasser ?
— T’es-tu rendu compte de sa taille ?
— Il est pareil que toi, quand j’étais à côté de lui, je n’ai pas vu de différence. Ce n’est pas celui qui a assassiné la femme de Frédéric alors ?
Pourquoi ne pas terminer le mois de novembre avec une histoire d’Héloïse et Stefano. Je t’ai déjà parlé de ces personnages dont je n’ai rien publié ici 😁 mais ils existent bel et bien. Va donc voir ici
Comme c’est le jour des enfants et que demain c’est le 1er décembre et le début de mon calendrier pourquoi ne pas commencer avec le rêve d’Héloïse ?
Quand Héloïse ouvrit les yeux, elle fut surprise de se retrouver dans son lit. Elle se rappelait qu’elle avait eu froid parce qu’elle avait fait du chien de traineau.
Sérieux ? Il fallait qu’elle raconte ça à Stefano, même s’il se moquait d’elle, il l’écouterait sans broncher.
Elle enfila ses pantoufles, un pull au-dessus de son pyjama et descendit l’escalier. Personne ! Tant mieux ! Elle remonta dans sa chambre et s’habilla en vitesse : Tee-shirt rouge sweat assorti, jupe en jeans et leggins noirs.
Elle brossa ses cheveux parce que maman Charlie ne rigolait pas avec ça et repartit à la course.
— Combien de fois t’ai-je dit de ne pas courir !
Papa Joe se servait un café dans la cuisine. Elle ne l’avait pas vu. Il s’approcha pour l’embrasser.
— Bien dormi ?
Elle répondit à son baiser et demanda aussitôt où était Stefano.
Papa Joe lui fit signe que son fils était attablé sous la véranda, plongé dans un bouquin.
Elle s’approcha de lui en faisant attention de ne pas le déranger, mais le petit garçon leva la tête et lui sourit.
— Enfin tu es debout ?
Elle murmura à son oreille :
— J’ai fait un rêve merveilleux. J’étais au pays du père Noël. Tu veux que je te raconte ?
Stefano lâcha son livre et écouta. Héloïse se cala contre lui et de sa voix cristalline commença :
J’avais des frissons alors je me suis réveillée pour me couvrir. En fait, j’étais dans une forêt et il y avait de la neige. Un petit bonhomme tout habillé en vert avec un bonnet à grelot rouge s’est approché de moi.
— Tu es venue pour l’embauche ? D’habitude il n’y a pas de fille, mais comme il manque du monde en ce moment, je ne pense pas que le patron fasse le difficile.
Je ne comprenais rien à ce qu’il me racontait et je ne savais pas de quoi il parlait. Il s’en rendit compte parce qu’il me trouva bien petite. Pourtant, il dit :
— Tu n’es pas un lutin toi !
Je n’osais pas répondre et me mis à trembler. Du coup, il tapa dans ses mains et un traîneau tiré par quatre grands chiens apparut. Le lutin me fit grimper dedans et m’emmitoufla dans la couverture qu’il y avait. Il enfonça un bonnet sur ma tête comme le sien et donna un ordre aux animaux.
Ils démarrèrent aussitôt et moi j’étais bien au chaud et je regardais le paysage magnifique. Ils se sont arrêtés devant une grande maison tout illuminée. Je te garantis qu’il y avait du bruit et du monde à l’intérieur. Je suis descendue et j’ai collé mon nez à la fenêtre. Imagine un peu ! Il y avait plein de lutins qui fabriquaient des cadeaux.
— Au lieu de faire ta curieuse, tu ferais mieux de rentrer avant de tomber malade. Je ne sais pas si tu as compris qu’il faisait -20° ici.
Il faisait rudement chaud dans la pièce et ça sentait trop bon, comme une odeur de bonbons et de chocolats. C’était magique !
— Surtout, ne fais pas de bruit, le patron dort encore. Il se repose.
J’ai failli rigoler parce que du bruit, il y en avait plein. Je crois que le lutin avait compris, il me dit à l’oreille.
— Si tu parles, le patron saura que tu n’es pas un lutin. Nous n’avons pas le même langage que toi.
— Mais je comprends ce que tu dis.
— Oui parce que je suis le chef et que mon rôle est de surveiller ce qu’il se passe à l’extérieur et je parle toutes les langues. Je t’ai entendue arriver. Suis-moi, regarde et ne touche à rien.
Tu ne peux pas savoir Stefano comme c’était beau de voir tous ces petits bonhommes se dépêchaient pour fabriquer et emballer tous les cadeaux qui allaient être distribués.
— Tu as vu le mien ? l’’interrompt son petit compagnon.
Héloïse ouvrit de grands yeux horrifiés et répondit très sérieusement.
— Mais je n’ai pas le droit de te le dire voyons ! Je continue.
Il y avait des poupées, des ours en peluche, des camions, des voitures, des jeux de société, des ordinateurs, des déguisements, des livres de coloriage, c’était magnifique.
J’ai même vu la fabrique de chocolats et de biscuits de Noël. Et c’est là que tout s’est gâté.
— Je parie que gourmande comme tu l’es, tu as voulu goûter.
Héloïse baissa les yeux et reprit son histoire.
Je n’avais même pas encore trempé un doigt dans le chocolat qu’une grosse voix a crié :
— Qui va là ? Qui es-tu ?
Et là, devine qui est arrivé devant moi ?
Stefano soupire :
— Le père Noël évidemment.
Il était un peu comme on le voit dans les livres ou dans les magasins, mais c’était pas pareil. J’ai compris tout de suite que c’était le vrai. Sa barbe est toute blanche et toute douce, il a des petites lunettes rondes sur le nez, tu sais comme celles que met Papa Joe quand il doit lire et qu’il dit qu’il voit sans, mais qu’il les met quand même. Il a des petits yeux qui sourient, il est vieux ça c’est sûr, mais il est tout gentil. Alors il m’a demandé qui j’étais. J’ai répondu que j’étais Héloïse. Il s’est mis à rire. Il n’avait pas l’air trop bien réveillé, il n’avait même pas de chaussures.
— Tu crois vraiment que je vais me rappeler de toi ?
Le lutin chef s’est alors approché de lui et lui a dit quelque chose à l’oreille et lui a tendu une liste.
— Ah je vois. C’est toi qui as demandé que Papa Joe devienne ton papa et que ta maman soit toujours heureuse avec lui.
— Sérieux ? Tu as demandé ça au père Noël ? Je pensais que tu voulais le poney qui vient de naître chez Mathurin.
— Je sais bien que c’est pas possible donc je veux ça.
— Et que t’a-t-il répondu ?
— Tu vois que tu y crois toi aussi ? Pourtant tu te moquais de moi…
— Continue ton histoire va !
Le père Noël m’a dit qu’il fallait que j’y pense très fort et que peut-être ça pourrait se réaliser, mais que ça ne dépendait pas tout de lui. Il a ajouté aussi que comme j’avais été sage…