Le dialogue qui va suivre est complètement absurde. Je me suis amusée à employer des expressions connues et à les détourner. Je te présente mes deux commères Gertrude et Rachel.
Gertrude et Rachel, deux vieilles amies de longue date bavardaient comme d’habitude sur leur banc de prédilection. Elles se vouvoyaient toujours, prétextant que ça faisait classe !
– L’autre jour, le boucher m’a dit que j’avais la langue bien pendue,
– Pas autant que celle du pôvre Anatole, sûr qu’elle était bien pendue, autant que lui, répond Rachel.
– Dire qu’il s’était cassé le nez, y a pas une semaine, comme moi d’ailleurs quand j’suis allée chez ma fille.
– Mon Dieu, Rachel, vous vous êtes fait mal ? Pourtant, j’men suis pas aperçue.
– Elle était pas là ma fille, c’est pour ça !
– C’est sûr que prendre un coup dans l’nez ça fait mal, murmura Gertrude.
– Vous racontez quoi là ma pôvre Gertrude, j’avais pas bu. Vous perdriez la tête que j’en serais pas étonnée.
– Pour sûr que j’aimerais bien en changer de tête, je la prendrais plus jolie avec des cheveux plus frisés.
– Et plus grosse, comme ça on dira que vous avez la grosse tête, ricana Rachel.
– Elle n’est pas grosse ma tête, mais vous, vous l’avez en l’air, répliqua son amie, vexée.
– Comment ça en l’air ? C’est vrai qu’il fait bon aujourd’hui prendre l’air.
– Laissez-en un peu pour les autres quand même !
– Ouais, il faut bien partager, sinon j’aurais droit aux gros yeux, dit Rachel.
– Ma tête à couper que vous préfériez en avoir d’autres.
– Décidément, vous ne l’aimez pas votre tête. Je me demande d’ailleurs comment vous avez tapé dans l’œil de votre mari.
– Mais je ne l’ai pas tapé, s’offusqua Gertrude. Vous êtes vraiment une langue de vipère, vous !
– Ah ! nous revoilà avec le boucher, justement, j’irai bien lui acheter une langue de veau. Vous aimez ça vous, la langue de veau ? Avec une sauce piquante, c’est bon. Vous m’accompagnez ?
— C’est vrai que j’ai les crocs.
— Pas besoin de belles chaussures pour aller chez le boucher, voyons. Vos sandales vont très bien.
Gertrude contempla son amie :
— Ne seriez vous pas tombée sur la tête ? Je disais juste que j’avais faim.
— Ce n’est pas bien d’avoir les dents longues Gertrude, vous ne pourriez pas claquer des dents.
— Mais enfin, qu’avez-vous ce matin Rachel, protesta Gertrude, vous me cassez les pieds à la fin. Je m’en retourne chez moi, allez faire le joli cœur chez votre boucher.
— Vous avez une dent contre lui ?
Gertrude haussa les épaules et planta Rachel, elle n’avait pas de couteau heureusement !
Pourquoi ce titre ? Tu comprendras au cours de ta lecture 😉 et surtout n’hésite pas à dire ce que tu en penses 😊.
Marie-Sophie
Il n’était pas bien loin Charles ! Il expliqua à Célestine qu’il retrouvait Morgan régulièrement, histoire de le mettre au courant de ce qui se passait au village.
Pauvre Charles ! Il s’était pris un savon par la mère de Morgan qui n’avait pas compris pourquoi son fils ne lui avait pas fait confiance à elle. Il avait rétorqué qu’elle était trop bavarde et qu’elle n’aurait pas tenu sa langue cinq minutes et m’aurait immédiatement tout raconté. Célestine a été très vexée et a fait la tête à Charles, à tel point qu’il venait souvent déjeuner à la maison. Il repartait tard le soir, quand la lumière de notre voisine était éteinte. Je n’ai pas osé lui poser la question, s’il dormait quand même avec elle ou s’il utilisait le canapé du salon. À son âge, ça n’aurait pas été raisonnable.
Il tenait aussi souvent la boulangerie et bavardait avec les habitants et Archibald. C’est ainsi qu’un jour, je l’ai vu débarquer dans ma cuisine, très énervé.
— Vous n’avez pas assez perdu de temps toi et Archibald ?
Il s’était laissé tomber sur une chaise et m’avait réclamé quelque chose à boire. Il faisait chaud et il transpirait. Je lui versai un verre d’eau qu’il avala d’un trait, puis il posa son regard sur moi, il me détailla des pieds à la tête, ce qui me mit mal à l’aise.
— Quel âge as-tu maintenant gamine ?
Quand il m’appelait ainsi pépé Charles, c’est qu’il allait m’assener quatre vérités bien senties. Je la connaissais bien cette phrase, elle n’annonçait en général rien de bon.
J’étais seule. C’était le tour de Mélusine de tenir la boulangerie et pour une fois, le food truck ne bougeait pas. J’avais ma journée de repos, mais elle commençait mal. Je claculai mon âge, c’est vrai que les années passaient et que je me rapprochais des trente-cinq ans.
— Et Archibald ?
Ah ! nous y voilà ! encore le même refrain, mais ce qui suivit me scotcha.
— Morgan va rentrer. Il n’était pas très loin d’ailleurs. Il m’a dit qu’il pensait t’avoir laissé assez de temps pour réfléchir à ta situation. Je viens de sermonner Archibald, c’est ton tour. Quand est-ce que vous allez enfin réaliser que vous êtes faits l’un pour l’autre ? Même Morgan en est persuadé. Tu ne t’es jamais demandé pourquoi il n’avait pas insisté pour que tu t’installes chez lui ? Au fond de lui, il avait compris tu ne l’aimais pas assez pour vivre avec lui. Il m’a avoué que s’il avait su que tu étais enceinte, il se serait interrogé, étais tu étais prête à abandonner Archibald ? C’est pour cette raison que lorsqu’il a retrouvé la mémoire, il est parti. Il avait trop honte d’avoir pensé que finalement c’était mieux comme ça, tu n’avais pas à choisir. Aujourd’hui, il rentre. Il espère bien que vous resterez amis même si ses sentiments sont plus forts que les tiens.
Lorsque Charles se tut et qu’il me dévisagea, je ne sus quoi répondre. Est-ce que Morgan avait raison ? Est-ce pour ça que je n’avais pas réussi à lui annoncer la nouvelle de ma grossesse ? S’il n’avait pas eu son accident, qu’est-ce qui serait arrivé ? Je me replongeais dans le passé quand Gabriel s’était installé devant chez moi, j’imaginais avoir des sentiments pour lui, mais Archibald était dans mon coeur. C’est pour cette raison que j’avais fui et atterri ici. Seule avec Morgan, je croyais en être tombée amoureuse, mais dès que j’avais retrouvé Archibald, même Gabriel n’avait plus compté. Je pensais à Morgan, mais c’était toujours Archibald qui était dans ma tête.
Seulement, Archibald ne voulait voir en moi que sa meilleure amie.
Au stade où j’en suis de mon écriture, je suis à un carrefour. Aussi, voici le journal d’Archibald à partir de ce moment, son regard d’homme m’aidera peut-être à y voir plus clair. Ma plume ne parvient pas à se décider entre Morgan ou Archibald. Il y a un truc qui cloche quelque part, je ne vois pas lequel. Que pense donc Archibald ?
Archibald
Quelle mouche avait piqué Charles ? Je l’aime bien ce vieil homme. Il fait partie de notre vie à MarieSophe et Mélusine depuis longtemps. MarieSophe en a toujours parlé, je sais qu’elle le considère comme le grand-père qu’elle n’a jamais eu. Il a eu quand même un sacré courage de déménager pour la suivre jusqu’ici, parce que je ne me fais aucune illusion, c’est pour elle qu’il est là, même si Célestine y est pour quelque chose, sans MarieSophe, il aurait été perdu. Il m’a tellement raconté comment le fait de voir quotidiennement la maison fermée puis vendue le rendait malade et triste. Aussi, je n’ai pas compris pourquoi aujourd’hui, il est venu me passer un savon sorti de je ne sais où.
Heureusement que mes mains pétrissent la pâte, ça m’occupe l’esprit. J’entends Mélusine qui bavarde avec un client. Ce n’est pas MarieSophe, mais avec elle, nous formons un chouette trio et notre amitié est tellement solide que…
Je soupirai. J’ai peur ! mes sentiments pour ma meilleure amie, enfin, ai-je encore le droit de l’appeler ainsi, ont évolué et pépé Charles l’a compris. J’ai de plus en plus de mal à faire semblant, mais je m’en veux beaucoup d’avoir été soulagé qu’elle n’ait pas gardé ce bébé. Je sais, je suis un monstre. J’aime bien Morgan, il ne méritait pas ça, je m’étais presque fait à l’idée qu’ils allaient faire un couple, mais quand il a perdu la mémoire et que j’ai vu comment MarieSophe était malheureuse, mes sentiments sont revenus en force et je n’en suis pas fier. J’ai bien essayé de me rapprocher de Cybèle, mais elle a vite compris qu’elle et moi, ça ne marcherait jamais. En plus, elle n’était pas libre. Je me souviens du jour où en riant, elle m’a demandé pourquoi je me mentais à moi-même.
Faut-il être con pour ne pas oser franchir le pas ? MarieSophe est libre, elle ! dès que je la regarde, j’ai le cœur qui s’affole alors que je la connais depuis longtemps. Je la trouve belle, amusante, elle me fait rire et sortir de mes gonds aussi. Elle n’a pas conscience de ce qu’elle renvoie quand elle est face à moi, mon cœur fond de tendresse pour elle. Je l’admire, elle a su parfaitement s’adapter au food truck, elle plait aux clients. Quand, elle ne m’accompagne pas, qu’elle reste à la boulangerie, il ne se passe pas un instant sans qu’on me parle d’elle. Ce qu’elle ne sait pas c’est que souvent, on l’appelle ma femme lorsqu’ on me demande votre femme n’est pas avec vous aujourd’hui ? Elle n’est pas malade au moins ? Et moi, pauvre idiot, vous croyez que je rectifie en disant qu’elle n’est que mon amie ? Non, parce que pendant quelques minutes, elle est mon épouse.
Donc ce matin, Charles est venu me demander quand j’allais enfin me conduire comme un homme ? Le ton est monté, même Mélusine était inquiète, il parait qu’on nous entendait depuis la boutique. Charles m’a laissé en plan et je suis certain qu’il est parti chez MarieSophe, remonté comme une horloge, il n’allait pas s’arrêter en si bon chemin.
Je regarde ma pâte, elle est magnifique. À force d’être pétri, le pain va être encore meilleur, pour une fois que je n’utilise pas la machine, je verrai si je peux le proposer à la vente. Je le ferai goûter à MarieSophe, elle me dira ce qu’elle en pense. Je souris. Décidément, que ferais-je sans elle ?
Comme c’est le jour des enfants, je retrouve avec plaisir Héloïse qui a une version de Blanche-Neige a te raconter.
Alors que Stefano bricolait avec son père, Héloïse était restée dans la cuisine avec sa maman. Les deux coudes sur la table, elle fixait une belle pomme rouge qui la narguait dans le compotier.
— Elle ressemble à la pomme de Blanche-Neige, murmura la petite fille.
Charlie qui préparait un gâteau demanda :
— Tu as faim ?
— Pas du tout, répondit Héloïse. Tu crois que la pomme était d’accord pour empoisonner Blanche-Neige ?
— Je ne pense pas qu’elle ait eu son mot à dire. Donne-la-moi, je vais la couper en morceaux et la glisser dans ma pâte.
— Mais non, tu vas lui faire mal.
Charlie sourit.
— Tu ne dis pas la même chose quand tu croques dedans à pleines dents.
Héloïse souffla.
— Oui, mais là, c’est pas pareil. Dis maman, imagine que la pomme dans le conte, ait refusé d’être empoisonnée, qu’est-ce qui ce serait passé ? La princesse ne se serait pas endormie et la sorcière n’aurait pas été contente.
— Certainement qu’elle aurait été en colère, peut-être que le sort de Blanche-Neige aurait été pire.
— Pire comment ? Elle aurait été morte vraiment ? Les nains auraient été très malheureux alors !
— Et le prince aussi, ajouta Charlie en faisant un clin d’œil à sa fille.
— Tu sais quoi, je vais écrire une histoire où la pomme raconte ce qui s’est vraiment passé. En fait, la sorcière voulait tuer Blanche-Neige, mais elle n’a pas réussi. Stefano m’a lu une version où un morceau de pomme était resté coincé dans sa bouche. Je suis sûre que la pomme l’avait fait exprès.
— Quelle serait donc ta version, je t’écoute ma puce.
Héloïse se sentit remplie de fierté, surtout quand Charlie abandonna son gâteau et vint s’assoir près d’elle.
— Alors voilà : quand la méchante sorcière commença sa recette pour fabriquer sa pomme, elle était dans une cave froide et laide. Elle mit à chauffer des potions dans un grand chaudron. Seulement, lorsque la pomme prit sa forme, elle devint aussi vivante, parce que la sorcière s’était trompée dans ses mélanges. Tu sais, elle était un peu vieille et elle n’y voyait plus très bien quand elle lisait son gros livre de magie.
Charlie sourit et encouragea sa petite fille à continuer. Elle était toujours ébahie et stupéfaite par l’imagination d’Héloïse.
— La pomme se trouvait bien jolie, toute rouge et brillante, mais elle ne se sentait pas bien. Elle avait mal au ventre, tu sais un peu comme moi quand j’ai mangé trop de bonbons, elle comprit que sa peau n’était pas normale et qu’à l’intérieur d’elle, il y avait quelque chose de méchant. Bien sûr, elle n’avait pas d’yeux, mais sa peau brillait tellement fort parce que la sorcière la frottait pour qu’elle soit belle, que son reflet s’imprima sur sa peau. Elle aperçut les gros yeux de la vieille femme et elle eut tellement peur qu’elle décida de lui faire une farce pour la punir. C’était une pomme chipie !
Charlie eut du mal à garder son sérieux, mais elle respecta Héloïse et la laissa continuer sans l’interrompre.
— Tu te souviens que la sorcière avait mis plusieurs pommes dans un panier. Celle qui devait être empoisonnée était au-dessus. Sauf qu’elle échangea sa place avec une autre et quand Blanche-Neige la choisit et qu’elle l’approcha de sa bouche, elle lut sur la peau de faire semblant de mourir. Comme Blanche-Neige était très intelligente, elle joua la comédie sans poser de questions. C’est pour ça qu’elle met sa main à son front et qu’elle dit qu’elle ne se sent pas bien. Quand la sorcière est partie, Blanche-Neige se relève et ramasse la pomme tombée au sol. Elle la remercie. C’est alors que la pomme se change en prince charmant.
Charlie applaudit, mais elle fut vite remise à sa place, l’histoire n’était pas finie.
— Attends, et la méchante alors ? Figure-toi qu’elle aussi avait faim et comme elle avait un panier rempli de pommes, elle choisit évidemment celle qui était empoisonnée. Elle mourut dans d’atroces souffrances.
Charlie éclata de rire.
— Tu en as du vocabulaire dis-donc ! Atroces souffrances, rien que ça !
— Mathurin le dit tout le temps quand il parle de sa belle-mère qui a d’atroces souffrances dans ses jambes. Comme elle se plaint tout le temps qu’il dit, elle doit avoir sacrément mal !
Charlie se leva pour terminer son gâteau, cachant un sourire. Effectivement, la belle-mère du voisin était réputée pour être hypocondriaque et elle répétait à tout va que personne ne comprenait ses atroces souffrances, Héloïse avait bien compris le terme et l’avait placé exactement où il fallait dans son histoire.
— Du coup, on prend quelle pomme pour la couper dans ton gâteau ? demanda Héloïse, la moche toute ridée là ?
Je reprends avec plaisir le jeu des questions. N’hésite pas à y jouer aussi, ça permet de mieux se connaitre 🙂.
⁕ Je préfère la mer, je dirais même plus l’océan. La montagne m’oppresse. L’été, je fais un peu de randonnée, mais avec modération 😉. Par contre, l’océan, hors saison. Il y a trop de monde sur les plages et je ne suis pas partageuse de serviette et de sable 😁.
⁕ Le camping, mais en Mobil home. Il parait que ça s’appelle l’hôtellerie de plein air. Exit, les tentes et les caravanes. J’ai bien envie de tenter le camping-car. L’hôtel, j’aime aussi, mais ce n’est pas ce que je recherche en premier, d’autant plus que les hôteliers ne prennent pas forcément les chiens et de plus, il ne faut pas se leurrer, le prix n’est pas le même.
⁕ Le train sans aucune hésitation. Je n’ai jamais pris l’avion et je ne suis pas tentée. La voiture c’est aussi très bien, en fait, j’aime bien pouvoir emmener ce que je veux même si monsieur Chéri dit qu’il n’a pas J7 😁 (traduis un camping-car ou un fourgon 😏).
⁕ Je suis très casanière et pourtant j’y travaille à sortir de chez moi. Je suis toujours ravie de préparer les vacances, de trouver l’hébergement, et quand le jour du départ approche, je commence à stresser 🤣.
⁕ J’ai essayé les deux, le petit déjeuner sucré reste quand même mon préféré.
⁕ Fromage et dessert, mais pas le soir et pas tous les jours. Quand je dis dessert, c’est un yaourt ou un fruit, ce n’est pas le gros gâteau à la crème. Au restaurant, c’est souvent le dessert et pas de fromage. J’ai du mal à terminer le repas sans une touche de sucrée.
⁕ Glace au chocolat sans hésitation. Sur le bord de plage, je n’arrive pas à goûter autre chose, je ne suis pas joueuse.
⁕ Livre papier même si le numérique est pratique et ne prend guère de place. Tourner les pages, sentir le papier, avoue que c’est bien 💖.
Si tu le veux bien, réponds en commentaires aux questions ou partage sur ton blog sans oublier de me taguer sinon je n’aurai pas le plaisir de te lire.
Je n’avais rien raconté à Kawas, j’avais éludé les questions, lui rappelant que j’étais son commandant, qu’il devait me faire confiance. Je l’avais vexé, il s’était muré dans un silence hostile et devant le commissariat, il n’attendit pas que la voiture soit arrêtée, il en sortit en claquant la porte.
Je devais faire face. J’avais une équipe à diriger, je ne pouvais pas faire n’importe quoi. J’aimais mon métier et Ô grand jamais, je ne trahirai ce pour quoi j’avais signé.
Je détachai mes cheveux, posai mes pieds sur le bureau et laissa tomber ma tête en arrière. Je regardai le plafond tentant de faire le vide dans mon esprit quand la ligne du téléphone m’avertit que j’avais un appel extérieur.
Surprise parce que c’était le travail du collègue de l’entrée de me passer les appels, je répondis.
— Commandant Merlin, j’écoute.
— Rendez-vous à 12 heures à votre brasserie habituelle.
Je n’eus pas le temps de réagir que l’inconnu avait raccroché. J’avais entendu une voix d’homme, c’est tout. Je pensais qu’en plein midi, je ne risquais pas grand-chose, mais j’hésitai à prévenir Kawas. Pourtant, mon intuition me conseillait de le faire. Après tout, on ne m’avait pas dit de venir seule.
Théo Kawas entra dans le bureau, le regard noir.
— Vous m’avez fait appeler Commandant ?
Je souris pour calmer le jeu.
— D’accord, tu es en colère et je le comprends. C’est pourquoi je fais appel à ton avis.
Je lui relatai le coup de fil. Il fronça les sourcils, mais ne dit rien.
— Je vais y aller, mais tu vas te planquer dans la brasserie. Tu pourras surveiller la personne qui va me parler et voir si elle est connue de nos services. Au moindre problème, tu interviendras. En plein midi, je ne risque pas grand-chose.
Il hocha la tête et sortit du bureau sans un mot. Je l’avais vraiment vexé. J’appelai ensuite les urgences, déclinai mon identité et demandai des nouvelles de Paco. Elles étaient rassurantes et l’on m’informa qu’il pourrait rentrer chez lui en fin de journée. Je cherchai le numéro de la clinique vétérinaire, et là aussi, Tuck allait bien. La balle lui avait effleuré la patte, son maître pourrait venir le récupérer dès que ce sera possible.
La matinée passa vite à signer des papiers et régler des affaires courantes. Kawas me rejoignit à midi moins cinq. Sans un mot, nous quittâmes le commissariat à pied pour trouver la brasserie située au coin de la rue.
Le capitaine marchait devant et ne s’occupait pas de moi, il s’installa au bar le premier. Il était connu, je vis le patron le saluer et lui désigner l’ardoise. Je l’entendis commander le plat du jour alors que j’entrais à mon tour. Je choisis une table d’où je pouvais regarder les allées venues des passants.
Je reconnus immédiatement l’homme qui s’assit face à moi. Kawas l’avait repéré également, il me fixa aussitôt attendant un signe de ma part. Je baissai les yeux. Il n’intervint pas.
— Diego Destrio.
— Lui-même et enchanté de faire enfin votre connaissance.
Ce bandit hors-norme n’avait jamais été pris. Comme tous les collègues à qui ils avaient eu à faire, je n’avais pas réussi à le coffrer. Il était de toutes les histoires de vols, arnaques, j’en étais certaine, mais il était très doué. Un genre de Gentleman cambrioleur, ma foi ! Et soudain, je réalisai.
— Vous connaissez François ? C’est pour ça que vous m’avez fait venir ?
Diego Destrio affichait une soixantaine bien conservée. Habillé d’un costume de lin noir, il faisait classe avec son borsalino vissé sur ses cheveux attachés en catogan.
— Est-ce que je peux vous faire confiance ? Paco est sûr de vous, mais pas moi.
Il s’adossa à sa chaise et sourit.
— Appelez donc votre collègue, qu’il se joigne à nous. Il m’a reconnu de toute façon, ne le laissez pas mijoter seul au bar.
— Qu’attendez-vous de moi, Destrio ? Ne me racontez pas que Paco fait alliance avec vous ?
— Faire alliance avec moi ? Paco est mon fils. Comprenez alors que je sois inquiet.
J’en restai coite. Je le vis comme dans un brouillard faire signe à Kawas. Le capitaine saisit une chaise et s’assit à côté de moi. Destrio lui tendit la main. Si un jour j’avais pu imaginer qu’il serrerait la main du voyou qu’il cherchait à coffrer depuis des années !
Destrio reprit :
— Comme je le disais à votre Commandant, Paco est mon fils. Je ne veux pas qu’il lui arrive quoique ce soit, sinon… vous me connaissez, je me vengerai et là…
Il laissa sa phrase en suspens, balaya la salle de la brasserie du regard et continua :
— Vous savez très bien que jamais le sang n’a coulé dans mes affaires et…
Kawas l’interrompit en tapant du poing sur la table. Le bruit fit se retourner quelques clients et le patron, surpris, faillit lâcher ses verres. Destrio, d’un geste de la main, signifia que ce n’était rien.
— Bon Dieu Destrio, je pourrais vous coffrer pour ce que vous venez d’avouer.
— Avouer quoi mon ami ? Qu’il n’y a jamais eu de meurtres dans mes affaires ? Fort heureusement ! mais, s’il arrive quelque chose à mon fils, je ne garantirais plus rien. Est-ce clair ?
Il leva la main.
— C’est moi qui vous invite. Faites donc apporter le plat de mon ami à cette table.
Kawas bouscula sa chaise en affirmant qu’il n’avait plus faim, mais Destrio lui attrapa le bras.
— Ne me mettez pas en colère, j’ai horreur de ça, rasseyez-vous et agissez comme votre commandant, elle reste digne et prête à m’écouter. Prenez-en de la graine, Capitaine.
— C’est ton père ? Il me fout la trouille.
Paco éclata de rire. Je découvrais son père qui sortait de la voiture et semblait de fort méchante humeur. Le grand-père de Paco l’attrapait par les épaules et le forçait à rentrer.
— Qu’est-ce qu’il a ton père ?
— C’est surement son travail.
— Il fait quoi ?
— Alors là j’en sais rien. Dans les affaires qu’il me dit ! en tout cas, il gagne bien sa vie, ça, c’est sûr.
— Et ta mère ?
— Elle est morte. Un accident !
— Désolée. T’es malheureux ?
— Je ne l’ai pas beaucoup connue. J’étais bébé. Papa raconte souvent qu’il a fait payer ceux qui s’en sont pris à elle.
— Commandant Merlin ?
Je sursautai. Destrio me regardait. Il avait toujours le même regard que lorsque j’étais gamine. Je me souvenais qu’il me faisait peur parce que ses yeux bleus avaient le don de vous transpercer, ce n’est pas qu’ils n’étaient pas beaux, mais leur couleur vous mettait mal à l’aise. Ceux de Paco étaient bruns.
— Désolée, vous disiez ?
— Je compte sur vous pour coffrer ceux qui s’en sont pris à mon fils.
Les plats arrivaient. Je n’avais pas réagi lorsque Destrio avait commandé pour moi. Le confit de canard me rappela la cuisine que faisait le grand-père de Paco. Il pensait la même chose que moi, car il en fit la remarque.
— Vous pourriez m’en dire un peu plus ?
Le goût de la volaille me fit retrouver la parole. Destrio posa ses couverts et me fixa. Kawas repoussa son assiette.
— Une bande voyous l’a tabassé, je veux savoir qui et pourquoi.
Le capitaine leva les yeux au ciel et gronda :
— Ne me faites pas croire que vous n’êtes au courant de rien. Votre fils est certainement celui qui vide les coffres et distribue l’argent à ceux qui en ont besoin. Un Robin des bois des temps modernes.
Destrio ne releva pas.
— Vous commandant, quelle est votre opinion ? Mon fils un voyou ?
Son regard m’indiquait clairement de me taire. Heureusement, le serveur vint nous débarrasser et nous proposer un dessert.
— Un café suffira, répondit Kawas.
— 3 cafés et l’addition. C’est pour moi !
Kawas se rebiffa et sortit sa carte, mais Destrio posa sa main sur la sienne.
— Ne refusez pas, c’est cadeau.
Le capitaine repoussa brutalement sa chaise et quitta le bar. Destrio haussa les épaules et indiqua au patron de n’apporter que 2 cafés. Puis il saisit ma main et m’attira vers lui.
— Angèle, je compte sur vous. Mon fils est tout ce qu’il me reste. Je refuse qu’il lui arrive quoique ce soit. D’ailleurs, je lui avais dit de ne pas se rapprocher de vous, mais il n’en a fait qu’à sa tête. J’imagine que vous avez compris que son poste de directeur de banque n’est qu’une couverture. Dans nos affaires, il faut garder l’esprit clair et ne pas s’abandonner aux sentiments. J’en ai fait les frais, il y a longtemps, je me suis promis que ça ne se reproduirait jamais. Dois-je encore répéter ?
— Qu’attendez-vous de moi ?
— Que vous coffriez les énergumènes qui s’en sont pris à mon fils et qu’ensuite vous le laissiez mener ses histoires à sa guise. Il se pourrait qu’il ait besoin de vos services et dans ce cas-là, vous fermerez les yeux.
— Comme vous le dites si bien, j’ai une équipe qui me fait confiance. Le capitaine Kawas ne me laissera jamais cacher des preuves. J’ai aussi une hiérarchie et des comptes à lui rendre.
— Je le sais comme je me souviens que gamine, vous couvriez régulièrement les bêtises de Paco.
Les cafés arrivèrent. Il l’avala d’un trait et paya l’addition. Il se leva, posa sa main sur mon épaule.
— J’espère ne pas avoir à vous revoir même si c’était un plaisir.
C’est chez Toutlopera que ça se passe ou de l’autre côté du miroir avec quelques contraintes : une pincée de coriandre et de poudre de perlimpinpin. Ah oui, si je pouvais ajouter un oxymore ce serait sympa 😉.
Voici donc mon texte pour cet agenda ironique du mois de juin.
Héloïse et Stefano ne tenaient pas en place. Papa Joe était parti chercher le camping-car. Ils avaient vu les photos sur le catalogue, ils avaient compris qu’ils allaient dormir tous ensemble dans le camion comme l’appelait Héloïse.
Charlie avait eu beau répéter à sa fille que ça ne lui ressemblait pas du tout, Héloïse n’en démordait pas, c’était plus grand qu’une voiture, donc c’était un camion.
Grande première, ils partaient deux jours à la mer. Stefano avait préparé ses affaires, le minimum, un seau et une pelle rouge. Il connaissait la mer pour y être déjà allé avec sa maman.
Héloïse n’avait quant à elle jamais vu ni mer ni océan, ce qui expliquait son enthousiasme débordant.
Quand elle aperçut Papa Joe qui franchissait le portail, elle se mit à danser de joie. Qu’il était beau, ce camion blanc et jaune. Elle s’approcha une fois que Joe eut éteint le moteur.
Effectivement, ça ne ressemblait pas à un camion, c’était plus petit.
— Tu veux visiter ?
Elle grimpa la marche et découvrit l’intérieur. C’était comme une maison de poupée, mais plus grande.
— Tu vas réussir à passer ta tête ?
Héloïse s’inquiétait. Joe était grand, quand il serait dans ce qui ressemblait au salon, il prendrait toute la place.
Charlie et Stefano vinrent les rejoindre. Quand ils se trouvèrent tous les quatre dans l’habitacle, Héloïse battit des mains.
— C’est trop génial, on est tout serré les uns contre les autres. Et toi tu vas conduire là, et nous, on sera assis là ?
Elle montrait les sièges arrière. Elle n’en revenait pas. Stefano était tout aussi ébloui. Il n’en avait jamais vu de si près.
Charlie commença à amener la vaisselle qu’elle rangea dans les tiroirs et les placards.
— Il y a même la télé !
Stefano ouvrit de grands yeux. C’était trop génial.
— On pourra regarder pendant que tu conduis ?
— Non, vous serez attachés comme dans la voiture. Pas question que je sois distrait par vos cris et vos rires devant un dessin animé. Nous ferons comme d’habitude, vous jouerez avec Charlie à trouver des mots et puis, découvrir le paysage, c’est bien aussi, d’autant plus que nous n’avons pas mille kilomètres à faire.
— Ouais, mais toi tu joues et tu gagnes tout le temps, grogna Stefano.
Charlie ayant tout préparé ainsi que les sacs de voyage, Joe n’eut qu’à tout charger à l’arrière. Le terre-neuve sauta lui aussi dans le camping-car et les enfants éclatèrent de rire. Il prenait toute la place.
La maison était fermée, Mathurin, le voisin passerait voir si tout allait bien. Ils ne partaient que deux jours quand même !
Dès que l’immensité bleue apparut, Héloïse ne dit plus un mot. Alors qu’elle n’avait cessé de chanter et de poser tout un tas de questions sans attendre les réponses, elle se tut d’un coup. Joe se gara sur un parking d’où on pouvait voir la plage et les vagues. Héloïse regardait sans pouvoir détacher ses yeux de ce qu’elle découvrait. Stefano descendit et respira à pleins poumons l’air iodé. Il se rappelait et son cœur battait la chamade. Au contraire de la petite fille, il gardait pour lui tout ce bonheur. Héloïse était différente, il fallait qu’elle extériorise ce qu’elle ressentait.
Alors que Charlie lui tendait la main pour qu’elle rejoigne, Héloïse fronça les sourcils. Il y avait quelque chose qui clochait. Elle regarda mieux.
— Dis… pourquoi la mer, elle monte et elle descend ?
Stefano répondit fier de son savoir :
— C’est à cause de la lune, elle attire l’eau vers elle.
Héloïse se tourna vers lui et l’apostropha :
— Alors là, n’importe quoi ! Elle est où la lune ? Et comment elle ferait, hein, pour attirer l’eau, elle n’a pas de bras.
C’est chez Toulopera que ça se passe avec ces consignes :
Puisque vous avez eu l’aimable inconscience de me confier l’Agenda Ironique de Juin 2023, voici ce que je vous propose. Le thème principal sera « ce qui se passe de l’autre côté du miroir ».
Comme contraintes supplémentaires, histoire de mettre un peu de sel dans votre récit, je vous demande de le saupoudrer d’un peu de coriandre et d’une pincée de poudre de perlimpinpin. Et puis, si vous pouviez placer un petit oxymore, ça me ferait plaisir tant j’adore cette figure de style.
Il n’y a pas d’autre contrainte, sinon celle de nous surprendre et de nous faire sourire. Votre texte pourra être un poème, une nouvelle, une recette de cuisine, une uchronie steam-punk… Ce que vous aurez envie d’écrire, en bref.
On se donne jusqu’au 28 juin pour récolter nos textes, et nous donner les moyens de mettre 20/20 à tout le monde.
Un jour, quelqu’un m’a demandé pourquoi l’âge de mes héros tournait souvent au tour de la trentaine voire quarantaine. Je n’ai pas su répondre surtout qu’en insistant, la question a été :
— Ce n’est pas difficile d’écrire à un âge qu’on n’a pas ?
C’est rigolo cette question. Entre mes petits personnages qui ont 5, 6 ans et les adultes de 35 ans je me suis interrogée : non, ce n’est pas compliqué de parler d’un âge qu’on n’a pas ou plus.
Alors il n’en fallait pas plus pour que j’imagine un nouveau héros qui se situe autour de la soixantaine, peut-être plus ?
Je l’ai appelé immédiatement Camille, ne me demande pas pourquoi, je n’en sais rien. Je la pose sur un banc, seule.
Au début, elle se souvient, elle monologue dans sa tête en regardant la nature. Et puis, quelqu’un va s’approcher d’elle. Ce sera Philémon, et lui son prénom, qui m’est venu aussi spontanément me rappelle un jeune commercial qui s’était présenté ainsi. Aussitôt j’avais eu la référence de Philémon et Baucis et ça l’avait fait sourire parce que ses parents avaient eu également cette idée. Je n’avais jamais rencontré de Philémon auparavant 😉 des commerciaux si !
Alors c’est parti pour l’histoire de Camille, ce n’est pas ma vie, juste des réflexions et des mots glanés ici et là.
Dieu que ça faisait du bien de se trouver un peu seule. Camille souriait en pensant ça, c’était compliqué. Les enfants s’étaient envolés et menaient leur barque, elle se plaignait parfois de ne pas les voir souvent et lorsqu’ils débarquaient, même si elle était ravie, ça faisait beaucoup de bruit et bousculait son quotidien. La préparation des repas, les petits-déjeuners qui n’en finissaient pas parce que personne n’avait un rythme identique. Son homme était beaucoup plus placide qu’elle et lui répétait que ça ne servait à rien de s’énerver. Il avait certainement raison.
Un banc lui tendait les bras. Elle aimait bien ce coin tranquille d’où elle pouvait contempler à loisir l’étang et les oiseaux qui venaient s’y désaltérer. Si elle avait de la chance, elle assisterait au ballet des hirondelles, même s’il n’y en avait plus beaucoup.
Elle s’assit puis regarda le ciel bleu. Il allait encore faire chaud. C’était bien la chaleur, elle n’aurait pas mal au dos. Elle soupira. En vieillissant, elle veillait à ne pas devenir une TAMALOU. Plus jeune, elle se moquait des plus vieux qui avaient toujours mal quelque part. Quand elle rencontrait une de son âge, la première question était souvent la même ? Quoi de neuf ? La réponse aussi était la même tout est vieux, à part mes douleurs et c’était parti pour la litanie des bobos. Camille ne parlait jamais de ses misères, elle avait de la chance, elle n’avait pas à se plaindre, elle allait bien et son homme aussi, jusqu’à quand ?
Perdue dans ses pensées, elle ne s’était pas aperçue qu’un homme s’était assis à l’autre bout du banc. Elle ne l’avait jamais vu dans le quartier. Il ne devait pas être du village. Camille était un peu curieuse, mais elle n’allait pas engager la conversation avec un inconnu. On entendait tellement de choses horribles en ce moment à la télé qu’elle se demanda même si elle n’allait pas quitter son banc. Il ne faudrait pas qu’elle se fasse assassiner bêtement, là, à son endroit favori. Peut-être qu’il la noierait dans l’étang et qu’un jour son corps remonterait à la surface. Elle serait découverte par des enfants ou des joggeurs, quelle horreur !
Machinalement, elle avait dû porter sa main à sa bouche, l’homme sans la regarder lui dit :
— Il ne faut pas avoir peur, moi j’ai confiance.
Surprise, elle ne sut que dire. Il se tourna vers elle. Quel âge pouvait-il avoir ? Elle était incapable de le situer. Pas jeune, pas vieux, paisible. Oui, c’est ça, c’est le premier mot qui lui vint à l’esprit en le contemplant. Un peu honteuse parce qu’elle se rendait compte qu’elle se sentait bien auprès de lui, elle se détourna et tenta de se focaliser sur les oiseaux.
— Regardez, les hirondelles vous offrent leur plus belle danse.
Pourquoi avait-elle l’impression qu’il savait tout d’elle ? D’ordinaire, elle se serait agacée que cet homme vienne lui squatter son banc. C’est vrai quoi, pourquoi débarquer ici ? Elle ne l’avait jamais vu. Comment l’interroger sans paraitre indiscrète ?
— Je m’appelle Philémon.
Stupéfaite, elle imagina qu’il lisait dans ses pensées.
— Rassurez-vous, il m’arrive aussi de me demander ce qui se passe dans la tête des gens.
Il la regardait, un léger sourire aux lèvres. Elle ne put s’empêcher de lui répondre :
— C’est vrai que le monde marche sur la tête.
Il soupira.
Finalement, pourquoi ne pas engager la conversation, elle en saurait sans doute davantage sur lui. Il lui inspirait confiance.
— Vous venez d’emménager ici ? Je ne vous ai jamais rencontré.
— C’est normal, vous êtes souvent prise par toutes vos activités.
C’était énoncé sans méchanceté, juste une constatation. Il n’avait pas répondu à sa question. Pourquoi se sentit-elle le besoin de se justifier immédiatement.
— Je voudrais bien vous y voir vous ! Ce n’est pas parce que je suis à la retraite que je n’ai rien à faire.
— Ce n’est pas ce que j’ai dit. Vous avez travaillé toute votre vie, c’est normal d’en profiter aujourd’hui.
— Ce n’est pas ce que pensent les autres. Vous savez les vieux, ils ne servent plus à grand-chose quand ils ne travaillent plus.
— Croyez – vous ? Les vieux comme vous les appelez sont les souvenirs. Lorsqu’ils ne seront plus là, personne ne pourra plus raconter, on oubliera. J’ai beaucoup d’estime pour eux. Prenez le cas de vos enfants, ne font-ils pas appel à vous quand ils ont besoin de votre aide ?
— Si, mais ça ne compte pas, c’est normal ! Vous êtes à la retraite vous ?
— Parfois j’ai beaucoup de travail, parfois moins, mais je suis toujours sur le qui-vive.
— Vous ne devez pas rire tous les jours alors.
— Lorsque j’ai réussi à donner le sourire, si ! Apaiser est mon domaine de prédilection.
Le silence s’installa. Ils étaient chacun assis à un bout du banc et regardaient dans la même direction. Camille cherchait le métier qu’il pouvait bien faire. Médecin ? Maître Yoga ? Elle haussa les épaules, son petit-fils la reprendrait et dirait que c’était Maitre Yoda. Elle oublia de contempler les oiseaux qui s’ébattaient dans l’eau, elle ne vit pas le petit vautour qui tournoyait dans le ciel et n’entendit pas son cri, parasitée par sa curiosité mal placée.
— Cessez de vous poser des questions, écoutez votre cœur et les signes autour de vous.
Il en avait de bonnes lui ! Elle pensa qu’il ne devait pas vivre dans le même monde qu’elle. Peut-être qu’il était bourré de fric et regardait du coup le monde différemment. Mais oui, c’était certainement ça. Ou alors, c’était un illuminé. La Ginette, elle les appelait comme ça, ceux qui avaient de drôles d’idées qu’on dirait qu’ils habitaient sur une autre planète. Évidemment, il ne pouvait pas comprendre qu’elle craignait qu’il arrive des malheurs à ses enfants, qu’elle ne savait pas comment elle allait finir le mois, parce que justement à la retraire, on n’avait pas le même salaire qu’avant, et puis il fallait changer le lave-linge qui était très vieux, elle ne se voyait pas laisser s’entasser les vêtements dans la corbeille.
Elle pensa à sa voisine qui allait mal depuis que son mari l’avait quittée, elle devrait passer lui remonter le moral, elle se dit qu’elle devrait rentrer préparer le repas. Elle soupira, sa pause était terminée. L’apaisement qu’elle avait ressenti au début s’était fait la malle et toutes les questions qu’elle se posait et dont elle n’avait pas les réponses dansaient la sarabande dans sa tête. Et si elle tombait malade, qui s’occuperait de son homme et de son chien ? Aurait-elle assez d’argent pour aller en maison de retraite ? Elle ne souhaitait pas être à la charge de ses enfants.
Elle se tourna vers Philémon, il avait disparu.
Aujourd’hui, c’est une Camille tristounette que je t’ai présentée. Une Camille différente reviendra, elle peut être toi ou ta voisine, elle se posera autant de questions, n’aura toujours pas les réponses parce qu’elle craint l’avenir et qu’elle ne sait pas de quoi il sera fait, mais Camille peut-être aussi très optimiste, pleine de pep’s et d’envie de découvrir de nouvelles choses ou de faire ce que pendant sa vie active, elle n’a pas eu le temps d’exploiter.
Me voilà revenue au bercail 😊, merci pour tous vos commentaires, j’y reviendrai.
Je sais bien que c’est le jour des enfants, mais je n’ai pas eu le temps de mettre en forme ce que j’avais dans la tête. Absente une semaine, sans ordi, sans cahier, c’est la folie en rentrant, surtout quand Monsieur Chéri décide de m’emmener faire du vélo parce que ça fait longtemps qu’on n’en a pas fait tous les deux.
Je vais donc te raconter comme ça, tout ce qui m’est passé par la tête en pédalant. Du coup, quand je trainais un peu, Monsieur Chéri demandait :
— Mais qu’est-ce que tu fais ?
— J’écris dans ma tête.
Voilà tout ce qui m’est passé dans la tête, tu vas voir que pendant quelques jours sans écrire, ton imagination quand tu la laisses faire, ça donne ça :
Que ça fait du bien de pouvoir sortir sans pull, juste en débardeur et short. Tu te sens beaucoup plus légère et plus libre.
Les parfums de mai ont bien changé et le paysage également. Le nez au vent, je respire le feu de bois, les champs de blé, le jasmin, les haies fleuries, les roses. Tout ça se mélange, car je pédale vite 😂.
C’est une année à foin et comme dit Lou Papy Année à foin année de rien😂. Ce sera donc une année de rien parce que des rouleaux de foin et des champs coupés qui attendent d’être ramassés, il y en a énormément. Je constate qu’il y a eu du vent, c’est beau un champ roulé, mais certainement pas du goût du propriétaire qui verra sa récolte réduite.
Il y a beaucoup de champs de blé ou d’orge. La différence est que l’orge a de la barbe 😁. Mais comme dit Lou Papy Il y a aussi du blé à barbe, regarde bien l’épi, s’il courbe la tête c’est de l’orge, le blé se tient bien droit. Il ne m’en faut pas plus pour penser à mon petit personnage d’Héloïse qui demanderait si c’est de la vraie barbe comme papa Joe quand il ne se rase pas et pourquoi pas ajouter Tu crois qu’il se rase l’orge ? Il fait comment ? Avec un rasoir ? Monsieur Chéri me rappelle à l’ordre, j’ai dû ralentir fortement 😉.
Par contre, peu de champs de tournesols, c’était le contraire l’année dernière. Je te parle évidemment de ma région du Sud-Ouest, peut-être qu’ailleurs ce n’est pas la même chose. Pourtant, nous manquions d’huile non ? Je le dis tout haut et Monsieur Chéri répond je ne crois plus rien de tout ce qu’ils racontent (c’est qui Ils à ton avis ? 😁).
Et puis mon esprit s’évade sur l’escapade dans la cabane au bord de l’étang (c’est Oxybulle qui te racontera tout ça sur un prochain billet 😁). Soudain, l’odeur d’un feu de bois me happe et je me souviens de vacances avec des barbecues géants avec toute la famille, mais ça ne dure jamais longtemps quand tu pédales vite 😂, c’est un champ de blé (là, j’en suis certaine parce qu’il est en avance, c’est bien du blé) avec son parfum particulier (que j’adore lorsqu’il a fait très chaud dans la journée et que le soleil commence à se coucher, si tu as la chance d’en avoir, respire, tu verras 😊) qui me projette ailleurs.
En fait, quand tu pars en vélo et que tu regardes la campagne (il faut que je fasse quelques kilomètres pour m’éloigner de la ville) c’est fou les choses à repérer. Par exemple, le Français semble discipliné : qu’est-ce qu’il y a comme récupérateur d’eau installé, Monsieur Chéri et moi les avons reconnus, nous avons les mêmes 😁, idem pour le composteur qui s’invite dans les jardins, nous aussi avons le même 😉.
Nous croisons d’autres cyclistes qui, selon leur humeur, nous saluent ou pas. Tu as celui qui t’ignore superbement en tournant la tête (peut-être qu’il cherche si c’est de l’orge ou du blé) au contraire de celui qui traverserait presque la route pour venir te dire bonjour. Moi, ça me fait rire alors que ça agace Monsieur Chéri. Il y a des règles en vélo, on doit dire bonjour, non mais ! Je l’entends rouméguer dans sa moustache 😂.
Il y aussi les joggeurs solitaires et ceux qui courent avec leur chien attaché à la ceinture. Je n’imagine même pas Oxybulle faire ça 😁. N’empêche c’est beau à voir, d’ailleurs j’en parle dans mon policier J’aime un voyou au grand cœur, et me voilà repartie sur la suite de l’histoire. Pourquoi pas un casse qui tourne mal ou alors mon commandant qui laisse faire.
Du coup, je bascule sur une autre histoire qui m’était venue pendant les vacances. Je n’ai rien noté, je vais aller à la pêche aux souvenirs. Si je le pouvais, je lèverais les yeux au ciel pour réfléchir, un doigt sur la tempe, mais il faut que je tienne le guidon pardi !
En repassant devant un champ de blé alors que Monsieur Chéri pense que c’est de l’orge, il me dit et si on demandait au paysan. Boudiou Malheureux qu’as-tu dit ? Paysan est une insulte. Monsieur Chéri rigole j’ai toujours dit ça et je ne vois pas ce qu’il y a d’insultant à travailler la terre.
— Regarde les vaches ! m’écriais-je.
Un beau troupeau paît dans l’herbe. J’adore les vaches et quand j’en aperçois, je ne peux pas m’empêcher de le dire et de les montrer. De plus, leur odeur me plait, ça sent la grange et ce parfum-là, ouais je sais, j’aime !
Le compteur affiche 38 kms, je ne suis pas fatiguée quand je pose le pied à terre devant le portail.
— C’est que tu n’as pas forcé ! normal, tu écrivais dans ta tête ! murmure Monsieur Chéri.