Je retrouve ma maison avec plaisir. Je n’ai averti personne de mon arrivée. Je stoppe ma voiture devant chez moi et sors mes bagages. Un œil sur la bâtisse de Charles. Ses volets sont ouverts et j’entends son chien japper. Il ne doit pas être loin. Vite, je dois filer avant qu’il ne se rende compte de mon retour. Je n’ai pas envie de raconter… Morgan.

Quand je pense à lui, je le revois triste d’apprendre que je vais rentrer chez moi, mais faisant bonne figure. Il s’était habitué à savoir la chaumière habitée, comme il dit, et ça va lui faire tout drôle de ne plus apercevoir ma bouille tous les matins pour reprendre ses mots.

J’étais obligée de partir. Tout d’abord pour mettre en ordre mon télétravail, et aussi pour retrouver mes amis. Une autre question me taraude. Et si je changeais de vie ?

J’ai terminé de ranger mes affaires. Je me prépare un café et l’odeur agréable se répand dans ma maison. On frappe au carreau et je sais immédiatement de qui il s’agit.

— Bonjour MarieSophe ! Que je suis heureux de te retrouver. Quand j’ai vu ta voiture devant la porte et tes volets ouverts, tu ne peux pas imaginer comme j’étais content. Tu as bonne mine, petiote ! ça t’a fait du bien de prendre l’air.

Il m’embrasse chaleureusement et me serre un peu plus longuement dans ses bras. Il m’a manqué. Je retrouve avec plaisir sa barbe qui pique, son vieux pull qui sent le feu de bois mélangé à son eau de toilette. Ses yeux me sondent.

— Alors tu me racontes ? Si tu veux, pour le déjeuner, nous pouvons faire ça ensemble ? J’ai bricolé un bœuf bourguignon.

Je souris. Charles et sa cuisine. Il en fait toujours trop et régale ses amis. Il pourrait faire la concurrence à Clovis.

— C’est gentil pépé, mais il faut que j’appelle mon chef et que je m’organise pour le télétravail.

— D’accord, mais tu sais où me trouver. Tu peux débarquer à l’heure du déjeuner ou plus tard, je ne mange pas à l’heure, moi !

Il s’en va.

Morgan m’a bien répété que la chaumière ne serait pas louée tant que je ne lui aurais pas annoncé mes intentions. Si je veux revenir chez lui pour travailler, pas de problème. J’ai quand même argumenté que le loyer allait mettre à mal mes économies. Il a haussé les épaules en disant qu’on verrait ça.

Lorsque je pense à lui, je deviens toute rouge. Nous avons pourtant gardé le vouvoiement, et jamais un geste de sa part ne m’a laissé imaginer qu’il pouvait avoir des sentiments pour moi. Seul, son sourire figé quand je lui ai annoncé mon départ l’a trahi, mais il n’a pas cherché à me retenir.

Je décide d’aller acheter du pain. J’en profiterai pour saluer mes amis Archibald et Mélusine.

La mercerie n’est pas encore ouverte. C’est vrai qu’acheter des bouts de tissus, des boutons et des babioles ne font pas partie de l’essentiel, aussi elle doit être chez elle. J’y passerais tout à l’heure. J’entre dans la boulangerie.

— MarieSophe ?

Archibald me repère immédiatement. Son sourire chaleureux me montre à quel point je lui ai manqué. Il vient vers moi. Heureusement qu’il n’y a personne parce qu’il me prend dans ses bras et m’embrasse. Après Charles, je me sens encore mieux. C’est l’odeur de brioche qu’il dégage mélangé à son parfum d’homme, je suis gâtée. J’ai toujours aimé et aujourd’hui d’autant plus.

— Tu vas bien ?

Quand il prononce ces mots, je sais qu’il le pense vraiment et qu’il attend une réponse.

— Oui.

— Et Morgan ?

Je suis surprise. Il a des antennes ce n’est pas possible !

— Ne joue pas à ça avec moi MarieSophe, je te connais. Nous en parlerons ce soir si tu veux, j’apporte tout comme d’habitude. Nos petits repas devant la télé m’ont manqué.

— Va pour ce soir. Mais, il n’y a rien entre Morgan et moi. D’ailleurs, il est beaucoup plus âgé que moi.

Il éclate de rire et repasse derrière son comptoir. 

— À ce soir !

Il m’a quand même donné une baguette toute craquante comme j’aime en me faisant un clin d’œil.

J’emprunte le jardin de Mélusine et frappe à sa porte. Je sais qu’elle est là, il y a sa voiture et j’entends de la musique.

Elle m’ouvre et s’exclame aussitôt en me tendant les bras :

— MarieSophe, enfin ! Je suis trop contente de te revoir.

Stupéfaite, je contemple mon amie. Mélusine affiche un ventre rond. Elle attend un bébé.

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