Chapitre 2

— Alors cette maison docteur Apalberto ?

Sophia Clarky, une pétulante rousse à la peau très claire les cheveux coupés à la garçonne, l’apostrophait en lui tapant sur l’épaule. Petite et ronde, elle faisait partie de l’équipe de Coralie depuis le début, il y avait maintenant une dizaine d’années. Elle avait tout de suite compris qu’entre elle et le commandant Faventiny, il y avait anguille sous roche. Ces deux-là au premier regard s’étaient trouvés. Ils avaient mis du temps pour s’en rendre compte, mais aujourd’hui, le pas était franchi.

— Je suis mariée, tu sais !

— Oui, tu n’as pas gardé ton nom de jeune fille. Pourtant, au choix…

— Tu ne vas pas recommencer avec ça !

— D’accord docteur ! je me tais. Alors raconte, cette maison ? Elle est belle ?

— Les déménageurs ont bien fait leur boulot et rapidement en plus. Du coup, je retrouve mes marques. Mais j’avoue que les pièces font vides, nous n’avions pas beaucoup de meubles par rapport à la surface du château.

— Ah ! Tu l’appelles comme ça maintenant ?

— Franchement quand vous viendrez toi et Vincenzo à la crémaillère, vous vous en rendrez compte par vous-même. D’ailleurs, où est-il ton collègue ?

— À l’accueil, il nous arrive un nouveau corps à examiner. Il enregistre les papiers.

— Encore un ? Mais nous allons par ne plus avoir de place dans nos tiroirs !

Vincenzo Zachetti fit une entrée triomphale en poussant un chariot recouvert d’un drap blanc. Pour une fois, il évita de faire un dérapage avec son chargement. Il savait que ce n’était pas toujours apprécié par sa supérieure. Par respect pour les corps, affirmait-elle.

— Salut docteur !

Le bel italien, à la chevelure noir corbeau, ajusta ses lunettes.

— Tu as l’air en forme pour une jeune mariée !

Il la prit dans ses bras et lui plaqua deux bises sur les joues. Lui aussi avait rejoint Coralie en même temps que Sophia. Une équipe de choc, soudée, autant par le travail que par l’amitié, les rapprochait. Coralie se sentait bien entourée par eux deux, elle était leur supérieure, mais cela n’interférait jamais dans leur relation.

Elle enfila sa tenue de travail : blouse, gants, masques, visière, charlotte, et saisit son microphone. Elle s’approcha du brancard et souleva le drap.

Une jeune femme blonde la regardait. Coralie, lui ferma les yeux machinalement. Elle commença son inspection, froidement avec méthode.

****

— Alors commandant ?

L’équipe de Daniel Faventiny l’attendait dans son bureau, le sourire aux lèvres. Des ballons, des verres en plastique, une cafetière, des viennoiseries étaient disposés sur une table dressée à la va-vite.

Estéban Blaviso et Hugo Cortilla, ses deux acolytes, lui tapèrent en même temps sur l’épaule.

— Quelles nouvelles ? Le docteur est à la hauteur ?

— Arrête tes blagues Hugo !

Esteban lui fila une bourrade. Ils étaient bruns tous les deux, mais autant Hugo était grand et mince, autant Esteban était petit et râblé. Ils étaient tous deux lieutenants. Hugo pourrait prétendre à passer capitaine, mais trop flémard pour bûcher, il ne souhaitait pas tenter le concours. Son collègue, plus jeune et dernier arrivé dans la brigade était très attaché au commandant.

— Merci les gars, mais on a du taf ! Je veux bien du café, mais pour les gâteaux, ce sera pour tout à l’heure.

— Ta maison, elle est chouette ?

Esteban mordait dans un croissant tout en regardant son supérieur.

— Je peux te demander de vérifier quelque chose ? Mais tu fais ça discrètement. J’aimerais savoir qui étaient les anciens propriétaires. Tu peux me chercher ça ?

Le jeune homme hocha la tête.

— C’est comme si c’était fait.

Hugo était au téléphone.

— Une bagarre a mal tourné, il faut y aller, commandant.

La routine quoi !

****

— Tu as bien dit qu’il n’y allait plus avoir de place dans nos tiroirs ?

Vincenzo regardait surpris une des cellules réfrigérantes du laboratoire.

— Le corps 22 a disparu.

Coralie s’interrompit.

— Comment ça « disparu » ?

— Il n’est plus à sa place.

— Qui était le collègue qui m’a remplacée pendant mon absence ? Demande-lui !

Sophia s’approcha.

— Nous étions là tous les deux, nous n’étions pas au courant d’un départ prévu. La famille ne pouvait pas le récupérer tout de suite, l’enquête n’était pas bouclée.

— Vous êtes certains d’avoir été présents tous les jours ?

— Quand même, nous n’avons pas encore Alzheimer, ronchonna Vincenzo qui n’admettait pas que Coralie puisse le prendre en défaut. Si je dis que nous étions là, c’est que c’est vrai. Tu n’as qu’à vérifier le planning.

— Ne te fâche pas ! Je passe un coup de fil.

Quand Coralie raccrocha, ses collègues l’interrogèrent du regard.

— Alors ?

— Il parait que c’est le commandant Faventiny qui a donné l’ordre de venir le récupérer.

Tous trois se turent, stupéfaits.

— Je l’appelle.

****

Daniel était en voiture quand son portable sonna. Le visage de sa femme apparut sur l’écran. Esteban conduisait, il décrocha aussitôt.

— Je vous manque déjà, Coralie Faventiny ?

La voix du médecin légiste n’invitait pas à la rigolade. Il écouta ce qu’elle annonçait, fronça les sourcils et répondit.

— Je ne comprends rien à ce que vous racontez docteur.

Quand il s’agissait de travail, ils avaient décidé d’un commun accord de garder le vouvoiement et de respecter les distances.

— Je ne peux pas venir immédiatement, on se rappelle.

— Un problème ?

— Un corps à la morgue qui a disparu.

— Quoi ?

— Mais tu ne sais pas la dernière, il parait que c’est moi qui en ai donné l’ordre.

À suivre…

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