Ce n’est pas un poisson mais … l’agenda ironique d’avril est déjà en ligne . Merci Max-Louis pour ce nouveau sujet, à vos claviers les Agendistes ironiques d’avril. Il n’y a pas de quoi fouetter un chat mais quand même va falloir s’y mettre 😂.
Je suis désigné pour animer l’Agenda Ironique d’Avril 2023 suite à un vote et cela pour la cinquième fois (en fait, je tiens un registre sur un papyrus d’époque… industriel).
Je suis heureux d’apporter ma pierre à l’édifice sur les hauteurs de l’Agenda Ironique avec toujours de belles floraisons textuelles d’année en année. D’ailleurs, je me demandais, si un jour, il ne faudrait pas tous les réunir sur un blog ?
Si le chat représente, au-delà des symboles et des configurations vivantes qui peuvent nous être familières, un félin de petite taille constitué de toutes ses facéties, la littérature n’est pas en reste pour lui apporter du poil de la bête. Aussi aux exemples, nous pouvons pêcher quelques éléments distingués :…
Voici donc les résultats de l’agenda . C’est Lyssamara pour son texte L’effleure du mâle avec 29,17 % de votes.
Vient ensuite Carnets paresseux avec Le réveil et le pissenlit et 20,83 % de votes.
En 3ème position arrive avec 12,5% JoBougon avec Ne vous fiez pas aux apparences ex aequo avec VictorHugotte et son pissenlit qui voulait se faire aussi belle que la rose.
Bravo à tous pour votre participation qui m’a sincèrement comblé de joie. C’était une belle expérience et je vous remercie de m’avoir permis de la vivre. Ce sera avec plaisir que j’hébergerai une autre fois cet agenda ironique.
Pour l’heure et le mois d’avril qui se profile à l’horizon c’est chez Ledessousdesmots que vous aurez la chance de trouver le nouveau sujet de l’agenda, à 37,5% des votes.
Je lui laisse donc le soin de vous proposer le nouveau sujet de l’agenda ironique qui je n’en doute pas une seconde sera tout aussi croustillant.
Belle journée à tous et à très bientôt pour de nouvelles écritures ironiques.
Pour l’agenda ironique de Mars, je ne sais pas comment c’est arrivé, mais il parait que c’est chez moi que ça se passe, vu que le compère Toulopéra qui l’a déjà fait me laisse carte blanche. Merci pour votre confiance, mais est-elle méritée ? 😂 Vous m’avez choisie alors on va jouer.
Vu que c’est le mois de mars, ça vous le savez, que c’est le mois du printemps, vous le savez aussi, que c’est le changement d’heure, ah vous aviez oublié ? D’ailleurs, vous avancez ou vous reculez d’une heure ? À vous de me le dire et vous avez le droit de vous tromper dans l’histoire que vous allez me raconter.
Mais quelle histoire ? Elle se passera dans un champ avec des fleurs, des plantes, des mauvaises herbes (après les légumes v’la les fleurs), mais vous choisirez celles qui piquent, qui grattent, qui puent, qui dévorent ceux qui s’approchent trop près, à vous les chardons, les orties, les plantes carnivores, et celles qui n’existent pas encore, mais que vous allez inventer au gré de votre fantaisie. Je ne vous impose qu’une fleurle pissenlit et vous en ferez ce que vous voulez. Ah j’oubliais, il aura une valise, il adore voyager.
Pensez à mettre une pendule, un réveil, une horloge, c’est vous qui décidez du moment que ça donne l’heure.
Bien sûr, vous avez le choix d’écrire en vers, en prose, un récit, un poème, un dialogue, pas un roman de 500 pages hein, une suffira amplement 🙂. Dans tous les cas, amusez-vous et glissez-moi les mots graine, sauvage et corolle.
Je vous laisse jusqu’au 28 mars pour rendre les copies, dans les commentaires ci-dessous avec votre lien, ensuite viendra l’heure du vote jusqu’au 30 mars. Le 31 mars résultats et envoi de l’agenda chez celui ou celui qui aura été choisi.
Je te mets la musique du moment ainsi nous sommes connectés 🎶
C’est le jour de l’atelier d’écriture chez Marie ici et voici la consigne à laquelle je me suis attelée 😊 : Je vous invite à écrire un texte avec 5 mots commençants par “par” et les mots suivants : allié, hémisphère, impact, taxi, héliotrope, chance, envol, affirmatif, créole.
le parapluie rouge à pois blancs
Il était une fois un parapluie, rouge à pois blancs (pas noirs, parce qu’on aurait pu le prendre pour une coccinelle) qui s’ennuyait, accroché au paravent de la chambre de Lou parce qu’il faisait toujours soleil comme on dit dans le midi.
– Ne te plains pas se lamenta le parasol, je sors tous les jours et regarde mes couleurs, elles sont toutes passées à force de rester pendant des heures en plein cagnard.
Décidément, la vie était mal faite. Entre l’un qui ne pouvait pas respirer le bon air et l’autre qui était souvent en promenade.
Le parapluie se tortilla dans tous les sens et finit par tomber au sol. Il se redressa et s’ébroua. Il avança en clopinant vers la fenêtre et constata que le ciel était plus nuageux que d’habitude.
– Tu sais quoi ? Cache-toi, aujourd’hui c’est moi qui te remplace. Pour une fois, nous serons alliés au lieu d’être rival.
– Affirmatif, répondit en riant son acolyte et il rampa jusque sous l’armoire où il se glissa.
Lou entra en trombe dans sa chambre. Elle avait appelé un taxi, pas question d’être en retard. Elle saisit sa liste de courses et murmura :
– D’abord la parapharmacie, j’ai besoin de crème solaire.
Un tantinet maniaque, elle ramassa le parapluie sur lequel, elle avait failli marcher. Elle voulut le raccrocher à sa place, mais il se contorsionna et gémit :
– J’ai envie de sortir moi aussi. S’il te plait, fais-moi prendre l’air !
Cartésienne au possible, Lou se massa le front. La musique du voisin vint alors parasiter ses idées. Elle devait être fatiguée ou c’était encore un tour de son cerveau. Quel hémisphère déjà la guidait en premier ? Son prof lui avait dit, mais elle n’avait pas écouté. Pas de chance !
Elle chercha son parasol. Le pauvre, avec l’impact des rayons du soleil dardé sur lui, il avait perdu sa belle couleur rouge.
– Il est sous ton lit, il m’a laissé sa place pour aujourd’hui. Te souviens-tu de Mary Poppins ? Je te propose de prendre ton envol avec moi. Ouvre la fenêtre, accroche-toi à mon manche, n’aie pas peur il est solide, et je t’emmène avec moi. Nous passerons dans le jardin au-dessus des massifs que tu aimes, comme celui des héliotropes et des roses.
– Et ma parapharmacie ?
Lou secoua la tête. Elle parlait à son parapluie.
– Je t’y déposerai, je serai discret. Il y a le parc derrière, tu pourras arriver délicatement sur le banc et t’y asseoir comme si de rien n’était.
Comme si un parapluie avec une nana accrochée à son manche pouvait faire discret ! pourtant, elle répondit :
– Après tout pourquoi pas ?
Un regard dans le miroir, un coup de peigne pour discipliner sa chevelure, un trait de khôl, un soupçon de rose à lèvres et ses créoles aux oreilles pour accentuer son côté fille des îles et elle empoigna son parapluie rouge et blancs.
– Ouvre la fenêtre, je ne sais pas le faire.
– Mais oui bien sûr, j’oubliais tu n’es qu’un parapluie.
Pourtant, elle s’exécuta. Au pire, elle se réveillerait dans son lit et elle penserait que c’était un drôle de rêve, au mieux… Elle n’en crut pas ses yeux quand ses pieds décolèrent.
L’atelier d’écriture chez Marie ici est relancé et j’avoue qu’il n’est pas facile ce nouveau défi. En voici l’intitulé : je vous invite à écrire de la poésie en prose (Ce genre se caractérise par sa brièveté, une apparente simplicité mais une densité bien réelle, une unité thématique, un jeu sur les images et une recherche de musicalité), sur le thème de l’odorat. Pas facile n’est-il pas vrai ?
Voici revenu l’atelier d’écriture de Marie ici et la consigne était celle-ci : Je vous propose d’écrire un texte à partir de la phrase d’introduction suivante: “On ne lui connaissait pas de nom mais dans le village les rumeurs allaient bon train…”
Voici mon texte 👇
Ambre
Phil se souvenait encore de la gamine qui s’était plantée devant lui un matin.
— Comment tu t’appelles ?
— J’sais pas !
Une larme coulait et comme Phil était passionné par les pierres, il choisit de l’appeler Ambre, peut-être aussi parce que ses yeux noyés avaient cette couleur.
Elle tenait serré contre elle un doudou en forme de cœur rouge.
— Tu viens d’où ?
— J’sais pas.
Phil décida de la prendre sous son aile, il était certain que Marius accepterait de l’héberger.
Quand on est gosse, on croit que tout est possible. Lorsqu’il vit la tête de son père à la vue de la petite accrochée à sa main, il sentit que ça n’allait pas marcher comme sur des roulettes, mais il lui fit confiance et il eut raison.
Papa Marius accueillit sa protégée comme si elle était sa fille. Il était comme ça Marius, il faisait fi de toutes les lois. Il s’en moquait même. Cette gamine avait besoin d’aide, il lui en apporterait.
Il évalua son âge en un clin d’œil et appela Joséphine. Elle débarqua avec des coupons de tissus et des vêtements qui pourraient faire l’affaire, le temps qu’elle lui couse les siens.
Aux habitants du village, il clama que son fils l’avait trouvée et qu’il n’allait pas la laisser sans manger et toute nue. Il fit passer son ami médecin qui l’ausculta sous toutes les coutures. La gamine allait bien à part cette amnésie qui la privait de ses souvenirs. Marius n’écouta que son cœur et accepta le prénom d’Ambre choisi par Phil.
L’instit était un copain d’enfance, il prit la petite nouvelle dans l’unique classe qui faisait tous les niveaux. Phil lui fit une place à côté de lui et lui prêta ses crayons, en attendant qu’elle ait sa trousse bien à elle.
C’était un tout petit village, alors comme on ne connaissait pas le nom de la gamine, les rumeurs allaient bon train, on parlait d’un abandon comme on abandonnait un chien à une affaire sordide dont elle avait été témoin.
Comment Marius fit-il pour que Ambre ne soit jamais ennuyée, c’est un grand mystère. Elle alla au collège puis au lycée et désormais, elle portait le nom de Marius.
Elle fit des études d’infirmière alors que Phil voulait être médecin, là aussi, comment Marius eut droit aux bourses pour les deux gamins, mystère.
Une fois son diplôme en poche, elle s’installa là où elle avait été trouvée en tant que libérale et Phil ouvrit un cabinet médical à côté de l’école.
Aujourd’hui le village s’est agrandi et à part Marius et son ami l’instituteur, peu d’habitants se souviennent qu’elle n’avait pas de nom et que les rumeurs sur son compte allaient bon train.
D’ailleurs, il n’y a pas de plaque pour annoncer qu’une infirmière est au village, pas la peine, le bouche à oreilles fonctionne très bien pour dire que si t’as besoin de soins, il y a Ambre qui fait ça très bien.
C’est chez Toutloperaoupresque ici que l’agenda ironique de juillet se passe. Voici les consignes :
« Je vous propose d’écrire un texte en sept parties, dont chacune devra commencer par une note de musique, dans l’ordre composé par Guido d’Arezzo en 1050.
Si ça peut vous aider, voici le texte latin écrit par Guido pour nous permettre de retenir le nom des notes :
« UT queant laxis / Pour que puissent « REsonare fibris / résonner des cordes « MIra gestorum / détendues de nos lèvres « FAmili tuorum, / les merveilles de tes actions, « SOLve polluti / ôte le péché, « LAbii reatum, / de ton impur serviteur, « Sancte Iohannes. / ô Saint Jean.
Donc, si vous voulez remplacer le DO par un UT, vous avez toute liberté de le faire. Comme petite contrainte supplémentaire, je vous demanderai d’employer quelques termes musicaux simples, tels que silence, soupir, croche ou ouverture et portée.
Il n’y a pas d’autre contrainte, sinon celle de nous surprendre et de nous faire sourire. Votre texte pourra être un poème, une nouvelle, une recette de cuisine… Ce que vous aurez envie d’écrire, en bref. »
Le nouvel atelier d’écriture chez Marie ici proposait ceci : je vous invite à écrire un texte à partir de cette photo – Crédit Olivier Reynes.
Voici donc ma participation 👇
Il n’a même pas pris la peine de passer un short et est entré dans l’eau.
— Et tu crois qu’avec ton parapluie tu pourras empêcher quelque chose ?
La voix vient d’en haut et elle semble narquoise.
— Si je ne fais rien qui va le faire ? Toi peut-être ?
— Moi ? Ne penses-tu pas qu’il faudrait plutôt te poser la question à toi ? Quant à savoir qui va le faire si tu ne fais rien, très bonne question.
— D’ailleurs c’est quoi ce nuage ? Il ne me dit rien qui vaille.
— Normal, à force de me faire du mal, voilà le résultat, je me révolte. En tout cas, je vois que tu es bien seul avec ton parapluie. Un bon point pour toi, tu n’as pas hésité à entrer dans l’eau rapidement.
— J’ai froid.
— Arrête de te plaindre. Tu ne veux pas que je te chauffe l’eau aussi ? Vous me chauffez bien assez comme ça avec vos conneries.
— Je n’ai rien fait.
— C’est bien ça le problème.
— Tu exagères, chacun fait des efforts.
— Pas suffisants.
— Tu en as de bonnes toi, tu crois que c’est facile ? Et ce n’est pas forcément de notre faute.
— Ben voyons, c’est la faute à pas de chance ? Si tout le monde s’y mettait… Une goutte qui tombe l’une après l’autre emplit le récipient. C’est pareil pour faire avancer les choses.
— Pourquoi c’est moi que tu engueules ?
— Parce que c’est toi qui es venu le premier.
— Si j’avais su, je n’aurais rien fait. C’est injuste.
— Réfléchis… n’est-ce pas ce qu’il se passe tous les jours ? Tu tentes un effort et tu te fais remballer… du coup tu ne fais plus rien. Ne lâche rien si j’ai un conseil à te donner. Si tu attends après les autres, je me révolterai encore davantage.
— Ben voyons, des conseils, des ordres, c’est toujours comme ça maintenant.
— Et les choses changent ?
— Heu… non.
— Tiens bien ton parapluie alors… j’espère qu’il est solide.
Chez Marie ici Les consignes étaient les suivantes, commencer un texte avec cette phrase : “Oui puisque ce soir on en parle, puisque ce soir tu me le demandes sans détour, je serais même prêt à aller jusque là, à faire ça pour toi, tu as l’air de tellement y tenir, ça à l’air si important pour toi, alors si ça peut te faire plaisir pas d’état d’âme, je te suivrai, je ferai ce que tu me diras.”
Voici ma participation complètement décalée 👇 😊
L’attraction
— Oui puisque ce soir on en parle, puisque ce soir tu me le demandes sans détour, je serais même prêt à aller jusque-là, à faire ça pour toi, tu as l’air de tellement y tenir, ça à l’air si important pour toi, alors si ça peut te faire plaisir pas d’état d’âme, je te suivrai, je ferai ce que tu me diras.
— Sérieux ? Tu ferais ça pour moi ?
Jules a les yeux qui brillent et le sourire jusqu’en haut des oreilles. Du coup, Tom se demande s’il n’a pas été trop loin. Il tente de se reprendre, mais Jules ne le laisse pas parler et lui saisit la main.
— Attends, où m’emmènes-tu ?
Jules attrape son foulard rouge qu’il arbore fièrement quand il joue au cow-boy et le noue sur les yeux de son père.
— Ah ! tu as promis, ne te défile pas. Tu as toujours dit qu’une promesse devait être tenue.
— Ah bon j’ai dit ça moi ?
Tom commence à flipper sérieusement. C’est mercredi et c’est lui qui est chargé de la garde de son fils. Une semaine sur deux, il a décidé de prendre ce jour de repos pour lui. Infirmière libérale, Juliette ne peut pas souvent se libérer.
Justement, elle se gare devant la maison entre deux patients. Jules met un doigt sur sa bouche. Elle ne dit rien et sourit.
— Ton fils m’emmène je ne sais pas où.
— Notre fils, rectifia -t-elle en riant.
Il bougonna et se laissa entrainer. Lorsqu’il entendit la musique et qu’il sentit l’odeur de barbe à papa lui chatouiller les narines, son cœur s’emballa. Il voulut arracher le foulard et prendre ses jambes à son cou, mais Jules lui tenait fermement la main et prenait son rôle très au sérieux de guide.
Tom ne vit pas les sourires goguenards des passants, il tentait de se calmer. Il avait une peur effroyable des fêtes foraines et des manèges. Juliette n’avait pas le temps de s’occuper de son petit garçon, Jules n’avait donc trouvé que ce moyen pour pouvoir monter dans un grand manège. Il n’avait le droit que s’il était accompagné d’un adulte. Il en avait tellement rêvé.
Il avait pris de l’argent dans sa tirelire, il ne ferait qu’un tour, c’était déjà bien. Toujours les yeux bandés, Tom comprit qu’il s’approchait de l’attraction dont lui parlait sans cesse son gamin. Il n’avait jamais voulu la voir. Il ne savait donc pas qu’il allait s’envoler dans les airs, tourner à l’endroit et à l’envers.
Pourvu qu’il ne s’évanouisse pas ou au pire vomisse. Il ne souhaitait pas être la risée du village et faire honte à Jules. Il serra les dents et suivit le mouvement.
Jules le fit assoir et prit place près de lui. Tom entendit le coup de sifflet, signe du départ, le manège se mit en branle. Jules enleva le foulard. Tom se trouvait dans le camion pompier d’un petit manège et Jules souriait.
— T’as vraiment cru que j’allais t’embarquer sur ce machin-là ?
Il désigna l’attraction qui venait de démarrer.
— Mais Jules, tu pouvais monter seul ici. Il suffisait juste de me demander de t’accompagner.
— Tu n’aimes pas les fêtes foraines. Mais je suis content, tu m’as suivi.
Le tour se termina sans que Jules pense à attraper la queue de Mickey.
Ils descendirent ensemble. Tom s’approcha du grand manège. Il prit son fils par la main, le passa sous la toise afin de vérifier qu’il avait la bonne taille et acheta deux tickets.
Bravement, Jules s’assit à côté de son père. Il regarda plusieurs fois que la ceinture de sécurité était bien attachée à lui comme à son papa. Tous deux n’en menaient pas large quand la machine se mit en route.
Mais que dire du sourire qu’ils affichaient quand ils descendirent tous deux, le cœur en déroute, les cheveux en désordre, leurs doigts emmêlés.
— C’était trop bien ! Merci.
Jules se serra contre Tom qui referma les bras sur lui. D’accord, il avait cru sa dernière arrivée, il avait fermé les yeux et serré les dents, mais les cris de joie de son fils avaient réussi à lui faire oublier sa peur. Pourtant, in petto, il se promit de ne plus jamais se laisser embarquer de cette façon.
L’agenda ironique de juin 2022 se déroule chez le retour du Flying Bumici avec ces consignes : C’est à mon tour de vous accueillir ce mois-ci dans ce merveilleux rendez-vous littéraire et amical. Comme juin inaugure notre été, nous qui habitons l’hémisphère nord, quoi de mieux pour sujet qu’un des petits bonheurs par excellence de la belle saison et j’ai nommé le pique-nique. Ce sera le thème pour juin. Mais, pas de pique-nique sans les enquiquineuses comme les fourmis et autres insectes piqueurs ou suceurs, cette fois-ci ce seront des mots bien singuliers qui devront coûte que coûte s’inviter au pique-nique : flavescent, amphigourique, sycophante et nidoreux. Sans toutefois gâcher le pique-nique quand même. Et tant qu’aller pique-niquer en région, pourquoi ne pas y ajouter aussi un régionalisme ou deux ?
Voici donc ma participation 👇
Un pique-nique bruyant
C’était le pique-nique habituel organisé par le village. La bande de copains qui se connaissait depuis des années se retrouva une fois de plus à étaler la nappe rouge à petits carreaux.
Les jambons tournaient au barbecue et les femmes de l’association du Comité des Fêtes, préparaient les assiettes de hors-d’œuvre, la célèbre assiette gersoise.
Au fil du temps des trois garçons et des deux filles des années lycée, s’étaient ajoutés les compagnes et maris. Corentin était seul, il venait de se séparer de Sylvie. Elle n’avait jamais été tout à fait appréciée de l’équipe d’amis. Snob, une vraie pouf comme l’appelait Virginie, elle était loin d’avoir fait l’unanimité.
Alors que chacun s’activait à vider les paniers des couverts et des verres, Corinne s’approcha de Virginie pour lui glisser à l’oreille qu’elle était bien contente que la Pouf ne soit pas là.
— Avec ses cheveux flavescents, elle me faisait pitié.
— Je t’ai entendu, grogna Corentin. Avec tes mots à l’emporte-pièce auquel on comprend rien, tu ne vas pas recommencer. Étaler ton savoir, ça tu sais faire. On le sait que t’es prof !
— Et bé, ça commence bien, remarqua Philippe avec son accent du Midi bien prononcé. Qué passa ?
— Oh ça va, j’ai juste dit qu’avec ses cheveux blonds à la Maryline, elle faisait tache !
— Tu t’es tachée ? demanda l’amoureux de Corinne, Roméo, qui avait l’art de tout comprendre de travers. Il entendait une vache braire dans une étable, mais il ne savait pas laquelle, se moquaient ses copains.
Corinne haussa les épaules et continua d’installer les couverts sur la nappe.
Une musique d’ambiance offerte par un orchestre du coin jouait en sourdine. Le parfum des jambons qui braisaient attisaient l’appétit et les organisateurs commencèrent à rameuter la foule pour l’apéro.
Chacun retrouvait un ami, un voisin et le ton monta d’un cran. C’était bon enfant. Soudain, le bruit d’un tracteur résonna et effarés les gens aperçurent le Léonce qui faisait vrombir son engin.
— Il ne va pas faire ça ?
— Bien sûr que si, répondit Roméo. Il n’est pas content que le pique-nique se fasse à côté de de chez lui, le gonze n’a qu’à venir, mais il est bien trop près de ses sous.
— Tu parles, pour douze euros, il peut bien se fendre d’un billet, rétorqua Philippe le compagnon de Virginie.
— Boudu, s’écria Roméo, il va épandre son fumier.
Le président du comité des fêtes tenta une approche en faisant de grands signes à l’agriculteur. Celui-ci vint vers lui juché sur son tracteur qu’il n’arrêta pas. Il leur montra qu’il n’entendait rien.
— Quel Pègue (idiot) pesta Greg.
— Arrête ton moteur, cria le responsable de l’organisation, tu vois bien qu’on va déjeuner.
Léonce gesticulait et beuglait également. Personne ne comprenait son langage amphigourique d’où il ressortait qu’il devait absolument faire son travail avant la pluie.
— Quelle cagade !
Personne ne parvint à stopper ce mauvais coucheur et bientôt un parfum nidoreux envahit l’atmosphère, déclenchant le fou rire de Léonce qui s’évertuait à passer près de l’emplacement dédié au pique-nique.
— Tu l’avais pas prévenu ?
— Complètement barjo le mec !
— Il joue au sycophante, c’est sûr !
— C’est quoi ?
— On n’a plus qu’à remballer !
— Et les jambons ?
— Moi j’ai faim !
Chacun y allait de son petit mot alors que l’orchestre jouait l’Hymne de nos campagnes de Tryo.
Y a pas à dire, dans le Sud-ouest on sait s’amuser, pensait Corentin.
Il regardait avec ironie tout ce monde qui finalement trinquait en riant en levant bien haut le verre à chaque fois que le Léonce passait devant eux.
La bande de copains se regroupa autour de l’assiette gersoise composée de magret séché et de gésiers confits sur un lit de salade. Puis vint le tour de découper les jambons accompagnés de flageolets. Les verres se succédant au rythme du passage du tracteur, les voix s’envolaient, le ton montait, les rires fusaient. Suivant comment le couteau coupait, certain avait une tranche épaisse alors qu’autres voyaient le journal à travers. Les flageolets étaient servis à la louche et noyaient la viande.
— À nous !
L’orchestre entonna allez viens boire un p’tit coup à la maison et tout le monde se mit à danser au bruit de l’accordéon et du ronflons de Léonce.
Joli cru ce pique-nique ! Les habitants de la commune s’en souviendraient.