C’est à mon tour de vous accueillir ce mois-ci dans ce merveilleux rendez-vous littéraire et amical. Comme juin inaugure notre été, nous qui habitons l’hémisphère nord, quoi de mieux pour sujet qu’un des petits bonheurs par excellence de la belle saison et j’ai nommé le pique-nique. Ce sera le thème pour juin. Mais, pas de pique-nique sans les enquiquineuses comme les fourmis et autres insectes piqueurs ou suceurs, cette fois-ci ce seront des mots bien singuliers qui devront coûte que coûte s’inviter au pique-nique : flavescent, amphigourique, sycophante et nidoreux. Sans toutefois gâcher le pique-nique quand même. Et tant qu’aller pique-niquer en région, pourquoi ne pas y ajouter aussi un régionalisme ou deux?
On se donne jusqu’à la Saint-Jean (24 juin) pour déposer un lien vers son texte, en commentaire sur le présent blogue, et ensuite, on votera jusqu’au 30 juin, heure de Paris.
Revoilà enfin Marie-Sophie, je suis certaine qu’elle t’a manqué 😉. La voici face à son miroir et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle n’est pas indulgente avec elle.
La visite chez Saverio m’a sérieusement ébranlée. Morgan parle donc de moi et de plus, il est certain que je suis faite pour lui.
Je me plante devant le miroir et me regarde sans complaisance. Qu’est-ce qu’il peut bien trouver de bien chez moi ?
J’ai les cheveux roux en pagaille. Je devrais aller chez le coiffeur et dompter cette tignasse qui ne ressemble à rien, mais je n’en ai pas envie. Je les aime bien comme ça.
Mes yeux verts sont… verts et encore pas tout à fait, de l’orange s’y emmêle. Ils ne sont pas en amande, ils sont… normaux. Quelques ridules apparaissent quand je souris.
Mon visage est parsemé de taches de rousseur. Maman me disait que j’avais regardé le soleil à travers une passoire. Qu’est-ce qu’elle m’agaçait quand elle me serinait ça. Aujourd’hui, j’aimerais bien l’entendre me le glisser à l’oreille.
Je continue mon inspection, sans complaisance. Une poitrine généreuse, un ventre pas très plat, c’est le moins que l’on puisse dire. Normal, je déteste les abdos. Dès que je commence, ça me donne envie de vomir. En fait, je ne suis pas fan du sport en général. J’ai bien tenté la salle, mais rien que de voir toutes ces minettes en tenue sexy qui se pavanent devant moi, ça me rend malade.
Mes jambes ! Ah, elles me portent, mais c’est bien tout ce qu’elles savent faire. Elles ne bronzent pas, merci la peau des rouquines. Donc, adieu les jolies gambettes fuselées, hâlées, qui font rêver les hommes l’été.
— Qu’est-ce que tu fais ?
Mélusine est appuyée contre le chambranle de la porte et me regarde, l’œil narquois. J’entends Enzo qui galope dans le couloir. Il passe en coup de vent devant ma chambre. Mélusine le rattrape et lui répète de faire attention dans l’escalier. Ce garnement finira par se casser quelque chose à force de sauter les marches deux par deux.
Je soupire. Qu’est-ce qu’un homme va bien pouvoir trouver de beau chez moi. Rien qu’à l’idée de penser aux mains de Morgan sur mon ventre, j’ai honte.
Une larme s’échappe et coule sur ma joue. Je l’essuie rageusement. Depuis cette fichue dépression et les médicaments qui vont avec, je ne reconnais plus ce corps. Pourtant, c’est le mien, mais il m’a trahie et je lui en veux à mort.
— MarieSophe ?
À nouveau, Mélusine est postée dans l’encadrement de ma porte.
— Je voulais te demander si tu étais prête pour…
Elle ne finit pas sa phrase et s’approche de moi. Elle passe un bras autour de mes épaules.
— Tu me racontes ?
— Il n’y a rien à dire.
Elle soulève son tee-shirt et me désigne le bourrelet qui est apparu et n’a pas disparu après la naissance de son fils.
— Ce n’est pas pareil. Tu ne veux pas d’homme dans ta vie.
— C’est ce que tu crois et ça t’arrange de le croire.
Immédiatement, je pense au papa d’Héloïse, mais elle ne me laisse pas parler.
— Alors, Morgan et toi ?
— Il n’y a pas de Morgan et moi. Il m’a volé un baiser point.
— Et ?
— Il paraît que je suis la femme qu’il attendait, c’est Saverio qui me l’a dit.
Je lui raconte.
— Et ?
Elle m’agace à me pousser dans mes retranchements.
— On va retrouver Enzo ? Je n’ai rien à ajouter.
Elle me tire par la main.
— Quand vas-tu te décider à le laisser entrer dans ta vie ?
Je ne peux retenir les larmes qui coulent sur mon visage. On dirait un torrent dont les digues ont sauté. Je hoquète.
— Il s’imagine que je suis belle, mais… quand… il… va… me voir… Il… Oh, j’ai trop honte.
Je m’écroule sur le lit. Patiente, Mélusine me caresse les cheveux et attend que je me calme.
— As-tu essayé de lui parler ?
— De moi ? Tu es folle ou quoi ?
— Mais non, tu es bête !
Elle rit.
— Commence par lui tenir la main, le regarder. Fais en sorte que vous soyez tous les deux. Arrange-toi pour le frôler, le toucher. L’as-tu au moins respiré ? Connais-tu le parfum de sa peau ?
Elle me parle chinois, là. Jamais, je n’oserai faire ça.
Elle s’énerve.
— MarieSophe, tu n’as plus quinze ans. Lâche prise quand tu es avec lui. Ce soir, profites-en pour aller le voir chez lui. Je suis certaine qu’il aura bien un truc à cuisiner pour vous deux.
Enzo déboule alors dans la chambre.
— Tu viens ? Et toi marraine ?
Je lui ébouriffe les cheveux alors que sa mère répond à ma place.
— Marie-Sophie a autre chose à faire pour l’instant.
Mais elle se tourne vers moi et m’interroge :
— C’est toujours OK pour ta participation avec les enfants ?
Je fais oui de la tête. Elle prend la main de son fils et ils m’abandonnent.
Je fais une grimace à mon miroir. Dans Mary Poppins, le visage qui lui fait face lui rend. Ici, il ne se passe rien.
Je descends dans la cuisine et jette un œil par la fenêtre. Personne dans le jardin, mais je sens un parfum de confiture qui vient de chez Morgan.
Sans réfléchir davantage, je pars le rejoindre. Je l’aperçois alors qu’il touille consciencieusement les fruits. Il est torse nu, un torchon blanc ceint autour de la taille. Je l’observe. Ses cheveux trop longs bouclent sur son front, il chasse, agacé, une guêpe qui tourne près de lui. Il est bronzé et je ressens une attirance que je n’avais jamais perçue auparavant. Mélusine avait raison. Si je prenais le temps de le regarder… Il lève les yeux et m’aperçoit. Il me sourit. Je ne m’étais jamais aperçue que son sourire était aussi sexy, oui c’est le mot. Je me rends compte que c’est à moi qu’il adresse ce sourire et à moi seule. Il a une manière de me contempler qui me fait rougir.
Je m’approche. C’est de la confiture de fraises qui mijote. Le parfum me parvient et je ferme les yeux de plaisir.
— Elle est presque cuite. Tu voudras la goûter ?
Il attrape une petite assiette qu’il avait mise au frais, y verse une cuillerée de fruits et trace un trait au milieu. Les deux lignes ne se rejoignent pas.
— Parfait ! J’éteins tout.
Il est fier de lui. Je le vois à sa manière de se frotter les mains. Morgan est heureux avec rien. C’est ce qui fait son charme. J’aimerais bien lui ressembler.
Les pots sont alignés sur la table de jardin protégée d’une toile cirée.
— Tu veux m’aider ?
Il m’invite à le rejoindre.
— Goûte celle que j’ai faite hier.
Il enlève le couvercle, prend une petite cuillère et l’approche de ma bouche. Je la savoure cette confiture, surtout quand il passe un doigt sur mes lèvres pour effacer le surplus qui a coulé. J’attrape sa main. Nos yeux se rencontrent. J’oublie le miroir.
J’ai découvert l’atelier de Ghislaine ici et je relève le défi parce que j’aime les défis, l’écriture et partager les blogs que je visite.
La consigne choisie était de placer ces mots : Clamer – Nuit – Ennemis – Gare – Mémoire – Bougies – Années – Vaciller.
Une Bonne nouvelle
Elle se rappelait avec nostalgie ces années où il l’abandonnait chaque dimanche soir. Il ne l’abandonnait pas, il partait seulement travailler. Elle grelottait de froid, la neige tombait et la nuit les enveloppait sur ce quai de gare. Le train et la solitude étaient ses pires ennemis. Elle craignait toujours de vaciller quand il lâchait sa main.
Rien que le bruit de cette énorme machine qui s’arrêtait dans un crissement de ferrailles, lui écorchait les oreilles. Et que dire du redémarrage dès que le coup de sifflet retentissait, il lui arrachait le cœur. Elle ne s’y ferait jamais.
Clamer à tout vent sa détresse lorsqu’elle rentrait seule dans leur maison, sa mémoire lui en restituait tous les détails. Le chien qui venait lui lécher les mains puis le chat se frottant contre ses jambes.
À chaque fois, elle se pelotonnait sur le canapé puis la vie reprenait son cours.
Mais aujourd’hui, il revenait avec une merveilleuse nouvelle. Il ne partirait plus aussi loin, une promotion lui était offerte. Elle pourrait même l’accompagner. De nouveaux projets se profilaient.
Finis les quais de gare et les séparations qu’elle ne supportait plus. C’était la fête ce soir. Elle sortit la nappe des grandes occasions, les assiettes avec un joli fil doré qu’ils aimaient tous les deux puis elle alluma les bougies.
Chez Marie ici la consigne de la semaine pour l’atelier d’écriture était la suivante : je vous invite à écrire un texte ou un poème à partir des données suivantes : Anciennement gardien de la paix, Marion Blédine a lancé un atelier de réparation et d’entretien de radiocassettes au rez-de-chaussée de son ancien bureau. Elle nous raconte sa reconversion.
Voici ma participation 👇
Je me demande encore ce qui m’est passé par la tête. Moi, Marion Blédine, anciennement gardien de la paix, reconvertie en réparateur de radiocassette.
C’est sûr que je ne vais pas crouler sous les demandes, vu qu’il n’y a pratiquement plus de radiocassettes. Tu en as encore un toi ? Avoue ! Tu préfères écouter ta musique sur une plateforme en ligne. En plus, tu as tous les nouveaux succès qui sortent illico.
Mais que veux-tu, lorsque j’étais gamine, j’écoutais Sheila et Ringo sur mon vieux machin à cassettes. Même qu’oublié dans la voiture, sur la plage arrière, il avait fondu. Oui madame ! Dans le sud, ça rigole pas, quand le soleil brille. ! Faut dire, que je viens du nord, avant que ça fonde chez moi, tu peux attendre que les poules aient des dents.
Bref, alors que je faisais du rangement dans ma vieille maison, oui ça m’arrive, je suis tombée sur mes reliques de cassette. Mais comment les écouter vu que les radiocassettes n’existent plus ? C’est pourquoi j’ai fouillé dans mon grenier et je l’ai retrouvé. Noir et presque flambant neuf, doubles cassettes s’il vous plait ! (Je ne sais toujours pas pourquoi d’ailleurs, vu que tu ne peux qu’en écouter une à la fois).
Qu’est-ce que j’ai fait à ton avis ? J’ai glissé Sheila dans la machine. J’avais presque la larme à l’œil à l’idée de me replonger dans mes souvenirs. Ouais ! question souvenir, rien, nada. Un ronronnement parce que le son était à fond, vu que j’étais certaine que ça allait marcher, et rien d’autre. L’école était bien finie pour Sheila et pour moi aussi. Quant à l’heure de la sortie, elle avait sonné pour moi. Gardien de la paix, ras-le-bol, j’avais trouvé ce que j’allais faire à la place.
C’est bien beau tout ça, mais quand on n’y connait rien, comment veux-tu promettre des monts et merveilles à tes clients ? Et bien on se forme ma p’tite dame, voilà tout. Il devait bien y avoir un bouquin qui existait sur les réparateurs de radiocassette pour les nuls vu que pour les nuls, il existe plein de trucs.
J’ai décidé de m’installer dans mon ancien bureau, en bas, comme ça, si des personnes à mobilité réduite avaient envie de venir faire réparer leur bazar, pas besoin de chercher un ascenseur et puis ma porte à carreaux est ouverte, facile de passer la tête.
— C’est toi le réparateur de radiocassette ?
Je sursaute, prise en flagrant délit de rêvasserie (ça ne m’arrivait jamais quand j’étais gardien de la paix) et me trouve face à un ado à l’allure dégingandée (mon ancien métier prend le dessus, je le toise et me dit que je ne l’ai jamais vu trainer dans le quartier).
Il pose sur mon bureau le même radiocassette que le mien. J’y crois pas. Un double, tout pareil !
— J’suis trop content, il n’y en a pas beaucoup des gens comme toi qui réparent ces appareils. Je pourrai l’avoir pour quand ? Regarde, quand on met les cassettes, tout s’embobine de travers. Tu pourras la récupérer ma cassette ? Au fait, j’te tutoie c’est grave ? Mais t’étais pas gardien de la paix avant ?
Je souris à ce grand garçon, bien sympathique.
— En fait, je n’y connais pas grand-chose. Tu es mon premier client. Regarde, j’ai un bouquin. Je pense que je vais m’en sortir.
— Si t’as besoin d’aide, j’ai un pote qui tâte un peu dans les réparations en tout genre. Si tu veux je l’appelle.
Il n’attend pas ma réponse et même pas dix minutes plus tard, un autre grand dadais fait irruption chez moi.
— J’y crois pas, tu fais dans le business maintenant ? Tape-là, on va s’aider, tu vas voir. T’es plus dans la police hein ?
C’est un exercice difficile auquel je me suis frottée pour l’atelier d’écriture de Marie ici. La consigne était celle-ci :
Pour la semaine prochaine, je vous invite cette fois à la poésie en partant du poème “mon rêve familier” de Paul Verlaine et en changeant à votre guise les morceaux de phrases en gras (d’après une proposition de Josée):
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime, Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.
Car elle me comprend, et mon cœur transparent Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême, Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.
Est-elle brune, blonde ou rousse ? Je l’ignore. Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore, Comme ceux des aimés que la vie exila.
Son regard est pareil au regard des statues, Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a L’inflexion des voix chères qui se sont tues.
Voici donc ma participation, que Verlaine me pardonne 😏 je ne possède pas sa poésie. Toutefois, j’ai relevé le challenge.
La curiosité est un vilain défaut Jules, et connaître l’avenir n’est pas franchement une bonne idée 😄.
La maman de Jules est jolie et très gentille, du moins c’est ce que pense son gamin, mais il n’est pas très objectif. Il adore son parfum. Son prénom ? Emmeline. Ils habitent une grande maison, le château, comme l’appellent les gens.
Jules, à l’école, s’y sent bien. Il a cinq ans. Il est en avance pour son âge et ses copains lui font bien comprendre qu’il est différent. Il sait lire, écrire son prénom et celui de sa maman. Son papa ? Il n’en a pas. Emmeline ne lui en parle jamais et ne répond pas à ses questions. Grave erreur pour Jules, qui est têtu et très curieux.
Dans son château, il y a à l’étage où Emmeline travaille, trois portes. C’est très étrange ce qu’il y a d’inscrit dessus. Sur la première Hier brille de mille feux. Jules adore y entrer. Il peut y choisir les moments préférés qu’il a déjà vécus. Dans sa courte vie, il a des souvenirs qu’il aime bien se rappeler comme la pêche avec grand-père, ses premiers pas avec les éclats de rire de maman, la course en vélo sans les petites roues (la chute où il s’est déchiré le menton, il évite de regarder, il semble encore avoir mal !). C’est bien dans cette pièce, mais c’est le passé.
Sur la deuxième, pas amusante du tout, Maintenant le nargue et ne lui apprend rien du tout, vu que dès qu’il pousse la porte, la salle est vide. Oui, il a bien compris que maintenant, c’est le présent, donc il est là, la main sur la poignée, instant du moment, point !
Cette pièce est moche et n’a pas d’âme, enfin c’est ce qu’il croit. Jules veut pousser la porte Demain, mais sa maman le lui a fortement interdit.
— Tu ne peux pas connaitre de quoi l’avenir est fait, impossible de le voir !
Jules argumenta à sa manière :
— Je ne ferai pas de bêtises si je sais que si je la fais il va m’arriver quelque chose de mal.
— Non Jules, je te défends formellement d’ouvrir cette porte.
Il n’a pas reconnu sa voix ni son regard qui semblait flamboyer. Même si ce n’est pas possible, hein, d’avoir des flammes dans les yeux. D’ailleurs maman a vite retrouvé son sourire et d’une caresse sur le nez l’a renvoyé à ses jouets.
C’est sans compter que Jules est têtu comme une mule et curieux comme une fouine. Il a donc décidé qu’aujourd’hui mercredi, il désobéirait et entrebâillerait juste celle de Demain.
Emmeline, occupée dans sa cuisine à confectionner un gâteau au chocolat fredonne, il en profite pour rejoindre l’étage, il n’en aura pas pour longtemps. Il grimpe les marches quatre à quatre et arrive le cœur battant devant la porte qu’il pousse. Elle résiste. Jules se laisse glisser au sol en soupirant, découragé. Puis il rampe vers Maintenant. Bien sûr, il n’apprend rien de plus. Alors il entre dans hier et il se voit courir dans l’escalier, parvenir face à demain. Non, il n’avait pas réussi à débloquer la porte.
— Jules ?
Il sursaute, il n’a pas entendu Emmeline approcher.
— Tu ne sens pas l’odeur du gâteau ?
Emmeline regarde son petit garçon dans les yeux.
— Je n’ai pas faim !
— Jules ?
Il n’a jamais compris comment sa maman lit en lui comme dans un livre ouvert.
— Aurais-tu envie de me désobéir ?
— Non, mais…
— Viens goûter s’il te plait !
La tête basse, il la suit. Même pas l’odeur du chocolat ne réussit à lui redonner le sourire. C’est un comble !
La lune toute ronde le nargue à travers les rideaux. Jules bien réveillé veut absolument savoir ce qui se cache derrière cette porte. Il se lève et se dirige à pas de loup vers Demain. Surpris qu’il n’y ait pas de résistance il la pousse, le cœur battant.
Tout d’abord, il ne voit rien. Il avance un peu plus dans la pièce qui s’éclaire davantage. Jules ne distingue pas grand-chose et ne reconnait rien. Il essaye de même que dans celle de Hier de se rappeler un souvenir, sauf que dans le futur, il n’y en a pas. Ce n’est pas drôle se dit Jules, en fait, c’est comme dans le présent. Si je reste planté, ça n’avance pas. Donc, il s’approche d’une grande porte qu’il n’a pas distinguée. Il la pousse.
— Salut, Jules, alors tu l’as enfin prise ta décision ? Tu vas te marier ?
Jules recule, effrayé. Se marier ? Avec qui à cinq ans se marier ? Il entrebâille à nouveau la porte et ne reconnait personne sauf… Étienne, son meilleur copain. Heureusement qu’il a toujours les mêmes lunettes rondes, qu’est-ce qu’il fait vieux ! Mais… le garçon là, c’est lui Jules, il sait que c’est lui avec sa mèche qui lui tombe dans les yeux. Il ne fait plus un bruit et écoute.
— Il paraît que oui !
— Félicitations, mon pote, Valentine et toi formez vraiment un chouette couple !
Valentine ? La rouquine ? Jules referme la porte.
Il en aperçoit une autre, plus petite.
— Ah mon pauvre Jules !
Pauvre ? Jules s’approche pour écouter.
— Je t’avais dit qu’il ne fallait pas goûter ces vers de terre, c’est franchement… tu vas avoir mal au ventre ! Regarde Valentine…
Beurk ! Jules retire la porte vers lui. Manger des vers de terre ? Encore avec Valentine ? Elle ne me lâche pas celle-là !
Il s’assoit par terre et réfléchit. La porte Demain est le futur. Bon, il n’a pas envie d’apprendre qu’il va être malade s’il avale ces sales bestioles, par contre, se marier avec Valentine, ça…
Ses yeux commencent à se fermer, il décide de regagner sa chambre où il s’endort aussitôt.
C’est l’odeur du pain grillé et du chocolat chaud qui le tire du lit. Quand il rejoint sa maman dans la cuisine, elle l’attend avec une tartine de confiture à la main.
— Bien dormi mon bonhomme ?
Il ronchonne un oui et s’assoit à table.
— Tu penseras quand même à t’habiller, l’école c’est dans une heure.
Emmeline fredonne et lui ébouriffe les cheveux en passant près de lui.
Quand on sonne à la porte, surprise, elle regarde son fils.
— Bien matinal ! qui cela peut-il être ?
Quand Jules aperçoit Valentine accompagnée de Juliette, sa mère, entrant dans la cuisine, il manque s’étrangler avec sa tartine.
— Bonjour Emmeline. Désolée de te déranger si tôt, mais Valentine a mal au ventre, si tu pouvais…
Emmeline est médecin, et à la campagne, on n’attend pas forcément que le cabinet médical ouvre. Elle soupire.
— Qu’est-ce qu’il se passe, ma pitchounette ?
Jules devant sa tartine devient tout rouge.
— Elle a mangé des vers de terre.
Les deux femmes se regardent surprises. Valentine furibonde réplique :
— Menteur ! et puis d’abord comment tu le sais ?
— Je t’ai vue.
Emmeline fixe Jules, pendant que Juliette interroge sa fille.
— C’est vrai ?
Valentine hoche la tête.
— Alors tu ne dois pas t’étonner pas d’avoir mal au ventre, lui murmure Emmeline en lui massant doucement l’abdomen. La douleur disparut et la gamine retrouva le sourire.
— Voilà, elle est guérie, mais ne t’avise pas de recommencer.
Juliette remercia et emmena sa fille.
C’était chose courante de débarquer ainsi à l’improviste chez Emmeline. Un peu sorcière, comme l’appelaient les habitants du village, ils n’hésitaient pas à venir frapper au carreau au moindre bobo. Pourtant, la jeune femme était véritablement médecin, mais de même que sa mère et sa grand-mère avant elle, elle possédait un don.
— Dis-moi Jules, comment tu étais au parfum pour Valentine ?
Jules ne ment pas parce qu’il a horreur de ça.
– J’ai ouvert la porte de Demain et tu sais quoi ? Je vais me marier avec elle. Jamais je ne serai d’accord, elle m’énerve. Moi, je veux toujours rester avec toi. Mais je n’ai pas compris, je ne les ai pas encore mangés, moi, les vers de terre, pourtant je me suis vu.
Emmeline interrompit son fils :
— Si je réfléchis bien, tu m’as désobéi ?
Il rougit de plus belle.
— As-tu vu aussi que j’allais te flanquer une jolie punition ? Par exemple, t’interdire d’aller à la pêche ce week-end.
— Maman, s’il te plait, non !
Jules fondit en larmes.
— Je ne recommencerai plus, je te le jure. Et puis d’abord, ça me fait trop peur de connaitre Demain. Je préfère que ça arrive tout seul sans que je sache. Dis maman, je ne vais pas me marier avec Valentine hein ? Et puis, j’étais vieux, et il y avait aussi Étienne, je ne l’avais pas reconnu, sauf qu’il avait toujours ses lunettes. Moi, je ne veux pas devenir comme grand-père.
— Bon Jules, va t’habiller, tu vas finir par être en retard, ça ce n’est pas demain, c’est maintenant !
— Dis, tu crois que je pourrais changer le futur ?
En marchant vers l’école tous les deux, main dans la main, Jules n’en démord pas :
— Je ne veux pas épouser Valentine et devenir comme grand-père…
Emmeline sourit.
— Tu as bien le temps, peut-être changeras-tu d’avis ?
— Ah non ! moi, je vais le changer le futur, tu vas voir. Et avant qu’Emmeline réagisse, Jules partit à la rencontre de Valentine qui arrivait avec Juliette.
— Tu sais quoi Valentine ? Je ne vais pas me marier avec toi !
La petite fille le regarda de ses grands yeux couleur d’océan :
— Ben pourquoi ? Je ne suis pas fâchée pour les vers de terre.
La question surprit tellement Jules qu’il resta planté sur le trottoir.
C’est ainsi qu’Emmeline le retrouva.
— Tu sais, dit Jules, finalement, peut-être que ce n’est pas une mauvaise idée.
— Que veux-tu dire Jules ?
— Elle a vraiment de jolis yeux Valentine !
Il remit sa main dans celle de sa maman et continua sa route pour aller à l’école.
Chez Marie la consigne était celle-ci : je vous invite à faire se rencontrer deux personnages qui ne se sont pas vus depuis 10 ans, en intégrant les mots suivants : sinécure, cuistre, s’esbaudir, nidoreux et tintamarre.
Voici donc ma participation 👇
Rencontre au supermarché
Josette faisait la queue au supermarché. Son caddie était plein à ras bord comme chaque semaine. Certains ne la comprenaient pas et lui rabâchaient que ça ne devait pas être une sinécure de posséder une famille nombreuse. Trois enfants, ce n’était quand même pas la mer à boire, pensait Josette.
Soudain, elle sentit quelqu’un lui taper sur l’épaule. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir Christine, une amie de jeunesse. Enfin, amie, il fallait le dire vite. En quelques secondes, les souvenirs se bousculèrent et défilèrent devant ses yeux.
Christine qui lui piquait tous ses petits copains, cuistre au possible, elle frisait le ridicule quand elle inventait des spectacles de danse pour faire sa vedette sur la musique de Sylvie Vartan.
S’esbaudir sans vergogne devant sa cour, Josette se repassait ça comme si c’était hier.
Alors que Christine affichait son plus beau sourire et lui demandait de ses nouvelles, depuis le temps…
Josette tout en avançant à la suite des clients, se rappelait les coups nidoreux que Christine lui avait infligé. Pourtant, Josette sans doute en rappel de son éducation, répondit de bonne grâce aux questions de son ancienne amie et s’informa de sa santé.
— Je vais bien, mais…
Christine contempla avec envie, le caddie rempli.
— Tu en as de la chance Josette, moi, je vis toute seule.
Elle soupira et reprit :
— Je me rappelle que je n’étais pas sympa avec toi. Tout ce tintamarre que je m’évertuais à produire autour de moi pour qu’on me remarque. Enfin, c’est bien loin tout ça et c’était quand même le bon temps. Je suis heureuse de t’avoir revue.
Ce fut au tour de Josette de passer à la caisse. En déposant ses achats sur le tapis roulant, elle s’entendit demander :
— Veux-tu venir bavarder à la maison ?
En découvrant le visage de Christine s’éclairer, elle balaya d’un coup ses vieux souvenirs et sourit in petto. Sa mère serait ravie, grâce à son éducation, elle faisait une bonne action.
Voici une nouvelle catégorie qui apparait sur mon blog. Histoire que tu me connaisses encore un peu plus, je te partage l’histoire de ma petite Lhassa Apso. Elle va te raconter un peu sa vie…
Bonjour 🐕🦺
J’imagine que si tu lis mon journal de bord, c’est que tu aimes les animaux. Cette photo, tu l’as déjà vue, mais elle me plait bien parce qu’il y a mon nouveau doudou.
Je m’appelle Oxybulle. D’accord, ce n’est pas un prénom connu pour une petite chienne mais c’est celui que ma maîtresse m’a donné, parce que c’était l’année des O et qu’elle voulait un nom pas commun et qui lui correspondait. Etant donné que son ancien pseudo c’était Minibulle, t’as compris ?
Je suis née un 4 septembre 2018 et deux mois après, je suis arrivée chez ma maîtresse.
Oxybulle, 2 mois.
Tu as vu ? J’étais grande comme un carreau.
J’avais un panier trop grand pour moi et même des doudous que j’ai toujours.
J’ai été tout de suite bien dans ma nouvelle maison. Il faut dire que ma maîtresse et mon maître m’aimaient beaucoup. C’est elle qui m’a choisie.
Regarde comme elle est fière !
Lorsqu’elle travaille à son bureau, je ne peux m’empêcher d’aller sur elle.
Ici, il va vraiment falloir que j’aille me faire coiffer.
C’est quoi ce truc qui m’attache ? Au secours ma maîtresse, tu ne vas pas me laisser là ?
J’ai bien grandi et mon poil a changé de couleurs.
Et je prends toute la place dans mon panier.
Tu remarqueras que ce n’est plus le même panier. Ma maîtresse trouvait que l’autre était un peu vieux, elle m’en a choisi un nouveau. Il est tout doux, j’adore. Tu sais j’en ai même un deuxième, rouge, qui n’est pas loin de son lit. C’est celui-là qui me suit quand je pars en voyage avec eux.
Bonjour toi 😉. C’est la première fois que je vais participer à cet agenda ironique proposé sur le site de Photonanieici. Voici donc ce que j’ai imaginé avec les mots à glisser dans le texte 👇
Photonanie souhaitait également que l’action se passe dans un pays froid, l’Islande éventuellement (mais pas que), et que si le texte se présentait sous forme d’anadiplose, elle serait comblée. Alors, j’ai tenté de relever le défi.
Pourquoi Bertille, Aglaé et Sam n’aiment pas l’Islande
Bonnet sur les oreilles, Bertille avait froid.
Emmitouflée jusqu’à la toque, elle grelottait.
Grelottait ? Claquait des dents oui !
Ce n’est pas parce qu’elle était fan de Game of Thrones
Qu’elle devait voir de ses propres yeux, l’Islande.
L’Islande ! Heureusement qu’elle avait pu emmener
Aglaé et Sam.
Aglaé et Sam étaient son couple de chats persans.
Ailurophile, Bertille n’avait pas imaginé une seconde partir
Sans ses amours.
Ses amours, parlons-en, ils n’avaient pas apprécié le voyage.
Encore moins de débarquer dans cette maison inconnue.
Bertille, pour les embarquer avec elle, avait fait des pieds et des mains.
Des pieds et des mains, ça, on pouvait le dire.
Elle avait payé la peau des fesses leur transport.
Elle avait gagné une coquette somme au loto,
Autant en profiter.
En profiter ! ça commençait mal.
La maison où elle devait s’installer pour son séjour
Était dans un état indescriptible.
Indescriptible, c’était le mot !
L’ancien propriétaire devait être frappé de syllogomanie.
Il y en avait partout : des cartons, des cadres photos, des emballages,
Quel fatras !
Fatras ! À cause de ça, ses chats n’osaient sortir de leurs panières.
Quel bec à foin, elle était !
Elle aurait dû passer par une agence,
Plutôt que d’écouter cette Germaine de malheur,
Qui avait une sœur qui connaissait la fille qui connaissait…
Connaissait qui d’ailleurs ?
Bertille ouvrit les yeux et pensa aussitôt que ce rêve était une coquecigrue.
Aglaé et Sam ronronnaient près d’elle sur la couette rouge à fleurs,
Eclairée par un rayon de soleil coquin.
Coquin ? Vous avez dit coquin ?
Elle saisit son téléphone et appela Alexandre.
Il décrocha à la première sonnerie.
— Tu ne m’avais pas parlé d’un voyage en Islande ? Je préférerais un pays plus chaud.
— Plus chaud ? Que penses-tu de la Thaïlande ?
Ici chez Marie, à partir de l’image ci-dessous, la consigne était simple, écrire sur ce qu’elle nous inspirait. Dans ce genre d’exercice, je suis toujours surprise par l’imagination de chaque participant, aucun texte ne se ressemble et c’est ce que j’aime dans l’atelier d’écriture. Voici donc ma participation 👇.
Toutou a besoin d’exercice et il n’a pas attendu Arthur. De toute façon, il sait bien qu’ils se retrouveront. Il galope la truffe en l’air, au sol, il dresse l’oreille, il écoute. La vie de chien quoi !
Soudain, au détour d’un grand champ, il stoppe son vagabondage. Qu’est-ce que c’est que ce truc ? Quelle drôle de maison ! Elle ressemble étrangement à l’appareil qu’Arthur porte autour du cou perpétuellement. Il se met à aboyer. Cete chose lui fait peur.
Toutou se tait et prend la pause. Il se rappelle que son maître adore le photographier Peut-être que c’est pareil ici ?
Rien ne se passe. Il se tourne, inquiet. Arthur n’est toujours pas là. Toutou s’approche plus près. Est-ce que ce gros rond qui ressemble à une fenêtre en est une ? Il colle son museau et tente de regarder à l’intérieur. Il fait trop sombre, il ne voit pas grand-chose. Il se met debout. Il a dû appuyer sur quelque chose, ça bouge et ça rentre. Il manque de tomber et se rappelle que ce truc fait ça aussi avec Arthur. Il a même entendu dire que c’était pour zoomer.
Il recule et se rend compte que cette drôle de maison a une cheminée qui fume. Incroyable ! Il surveille toujours si Arthur n’arrive pas. Il aimerait bien lui montrer sa découverte.
Le voilà ! Toutou part à sa rencontre en aboyant et tente avec de multiples mimiques de lui expliquer qu’il a trouvé une chose formidable.
— Oh un appareil photo géant !
Toutou comprend que son maître est ravi. Arthur est curieux, il cherche la porte et n’en trouve pas, mais il aperçoit un balcon. Il crie :
— Ohé, il y a quelqu’un ?
L’objectif s’avance. Toutou se couche aux pieds de son maître, mort de trouille. Arthur s’approche et voit avec surprise le boitier s’ouvrir.