Héloïse et Stefano ne tenaient pas en place. Papa Joe était parti chercher le camping-car. Ils avaient vu les photos sur le catalogue, ils avaient compris qu’ils allaient dormir tous ensemble dans le camion comme l’appelait Héloïse.
Charlie avait eu beau répéter à sa fille que ça ne lui ressemblait pas du tout, Héloïse n’en démordait pas, c’était plus grand qu’une voiture, donc c’était un camion.
Grande première, ils partaient deux jours à la mer. Stefano avait préparé ses affaires, le minimum, un seau et une pelle rouge. Il connaissait la mer pour y être déjà allé avec sa maman.
Héloïse n’avait quant à elle jamais vu ni mer ni océan, ce qui expliquait son enthousiasme débordant.
Quand elle aperçut Papa Joe qui franchissait le portail, elle se mit à danser de joie. Qu’il était beau, ce camion blanc et jaune. Elle s’approcha une fois que Joe eut éteint le moteur.
Effectivement, ça ne ressemblait pas à un camion, c’était plus petit.
— Tu veux visiter ?
Elle grimpa la marche et découvrit l’intérieur. C’était comme une maison de poupée, mais plus grande.
— Tu vas réussir à passer ta tête ?
Héloïse s’inquiétait. Joe était grand, quand il serait dans ce qui ressemblait au salon, il prendrait toute la place.
Charlie et Stefano vinrent les rejoindre. Quand ils se trouvèrent tous les quatre dans l’habitacle, Héloïse battit des mains.
— C’est trop génial, on est tout serré les uns contre les autres. Et toi tu vas conduire là, et nous, on sera assis là ?
Elle montrait les sièges arrière. Elle n’en revenait pas. Stefano était tout aussi ébloui. Il n’en avait jamais vu de si près.
Charlie commença à amener la vaisselle qu’elle rangea dans les tiroirs et les placards.
— Il y a même la télé !
Stefano ouvrit de grands yeux. C’était trop génial.
— On pourra regarder pendant que tu conduis ?
— Non, vous serez attachés comme dans la voiture. Pas question que je sois distrait par vos cris et vos rires devant un dessin animé. Nous ferons comme d’habitude, vous jouerez avec Charlie à trouver des mots et puis, découvrir le paysage, c’est bien aussi, d’autant plus que nous n’avons pas mille kilomètres à faire.
— Ouais, mais toi tu joues et tu gagnes tout le temps, grogna Stefano.
Charlie ayant tout préparé ainsi que les sacs de voyage, Joe n’eut qu’à tout charger à l’arrière. Le terre-neuve sauta lui aussi dans le camping-car et les enfants éclatèrent de rire. Il prenait toute la place.
La maison était fermée, Mathurin, le voisin passerait voir si tout allait bien. Ils ne partaient que deux jours quand même !
Dès que l’immensité bleue apparut, Héloïse ne dit plus un mot. Alors qu’elle n’avait cessé de chanter et de poser tout un tas de questions sans attendre les réponses, elle se tut d’un coup. Joe se gara sur un parking d’où on pouvait voir la plage et les vagues. Héloïse regardait sans pouvoir détacher ses yeux de ce qu’elle découvrait. Stefano descendit et respira à pleins poumons l’air iodé. Il se rappelait et son cœur battait la chamade. Au contraire de la petite fille, il gardait pour lui tout ce bonheur. Héloïse était différente, il fallait qu’elle extériorise ce qu’elle ressentait.
Alors que Charlie lui tendait la main pour qu’elle rejoigne, Héloïse fronça les sourcils. Il y avait quelque chose qui clochait. Elle regarda mieux.
— Dis… pourquoi la mer, elle monte et elle descend ?
Stefano répondit fier de son savoir :
— C’est à cause de la lune, elle attire l’eau vers elle.
Héloïse se tourna vers lui et l’apostropha :
— Alors là, n’importe quoi ! Elle est où la lune ? Et comment elle ferait, hein, pour attirer l’eau, elle n’a pas de bras.
Je reviens de chez Charlotte, ma toiletteuse. Je n’aime pas quand ma maîtresse m’y laisse, je m’accroche à ses bras et je gémis 🐕, mais j’en avais besoin, regarde comment j’étais avant 👇.
Ma maîtresse ne savait plus comment me coiffer et ça faisait mal quand elle me brossait, même si elle faisait doucement.
Bref, je suis partie avec elle et mon maître dans une cabane au bord de l’eau. Je suis dans les bras de ma maîtresse, elle a peur que je tombe dans l’eau et moi j’avoue que je ne suis pas rassurée. Il y a de drôles de bêtes qui sautent dans l’eau et elles me font peur.
Pourtant c’est très joli là où mes maîtres prennent leur repas, mais les poissons comme ils disent pour me rassurer, ne sont pas loin, quand ils sautent.
Regarde un peu ce coucher de soleil ☀🌘
C’était chouette et nous sommes même allés nous promener dans les bois pendant longtemps. J’ai dû m’arrêter, je ne pouvais plus marcher, j’avais plein de piquants sous mes coussinets. Heureusement, mes maîtres ont réussi à tout m’enlever et mon maître m’a portée. J’étais bien dans ses bras.
Après j’ai rencontré une drôle de bête qui s’est jetée dans l’eau. J’aurais bien voulu la suivre, mais j’avais ma laisse heureusement. Ma maîtresse riait en me disant que c’était une tortue d’eau. Je n’en avais jamais vue et je ne savais pas que ça courait si vite.
C’est le week-end de la fête des mamans, j’ai choisi la chanson de Kendji Girac.
Les yeux de la mama
Quand j’ai froid elle se fait lumière Comme un soleil dans l’existence Quand j’ai mal elle se fait prière Elle me dit tout dans un silence Quand je souffre, elle souffre avec moi Quand je ris, elle rit aux éclats Mes chansons sont souvent pour elle Elle sera toujours ma merveille Quand je n’suis pas à la hauteur Elle m’élève plus haut que le ciel Elle est la splendeur des splendeurs Elle est la sève, elle est le miel C’est son sang qui coule dans mes veines Et des souvenirs par centaines Bercent mon cœur de mille étoiles Elle est ma quête, elle est mon Graal
Oh mon Dieu, laissez-les moi Les beaux yeux de la Mama Enlevez-moi même tout le reste Mais pas la douceur de ses gestes Elle m’a porté avant le monde Elle me porte encore chaque seconde Elle m’emportera avec elle Je lui serai toujours fidèle
Quand je me blesse elle est douceur Comme une caresse dans l’existence Quand j’abandonne elle devient lionne Et me relève avec patience Quand j’ai la folie des grandeurs Elle me ramène sans me faire mal Elle est dans ce monde infernal Mon étoile parmi les étoiles
Oh mon Dieu, laissez-les moi Les beaux yeux de la Mama Enlevez-moi même tout le reste Mais pas la douceur de ses gestes Elle m’a porté avant le monde Elle me porte encore chaque seconde Elle m’emportera avec elle Je lui serai toujours fidèle
Oh mon Dieu, laissez-les moi Les beaux yeux de la Mama Enlevez-moi même tout le reste Mais pas la douceur de ses gestes Elle m’a porté avant le monde Elle me porte encore chaque seconde Elle m’emportera avec elle Je lui serai toujours fidèle
Oh mon Dieu, laissez-les moi Les beaux yeux de la Mama Enlevez-moi même tout le reste Mais pas la douceur de ses gestes Elle m’a porté avant le monde Elle me porte encore chaque seconde Elle m’emportera avec elle Je lui serai toujours fidèle.
C’est chez Toulopera que ça se passe avec ces consignes :
Puisque vous avez eu l’aimable inconscience de me confier l’Agenda Ironique de Juin 2023, voici ce que je vous propose. Le thème principal sera « ce qui se passe de l’autre côté du miroir ».
Comme contraintes supplémentaires, histoire de mettre un peu de sel dans votre récit, je vous demande de le saupoudrer d’un peu de coriandre et d’une pincée de poudre de perlimpinpin. Et puis, si vous pouviez placer un petit oxymore, ça me ferait plaisir tant j’adore cette figure de style.
Il n’y a pas d’autre contrainte, sinon celle de nous surprendre et de nous faire sourire. Votre texte pourra être un poème, une nouvelle, une recette de cuisine, une uchronie steam-punk… Ce que vous aurez envie d’écrire, en bref.
On se donne jusqu’au 28 juin pour récolter nos textes, et nous donner les moyens de mettre 20/20 à tout le monde.
Un jour, quelqu’un m’a demandé pourquoi l’âge de mes héros tournait souvent au tour de la trentaine voire quarantaine. Je n’ai pas su répondre surtout qu’en insistant, la question a été :
— Ce n’est pas difficile d’écrire à un âge qu’on n’a pas ?
C’est rigolo cette question. Entre mes petits personnages qui ont 5, 6 ans et les adultes de 35 ans je me suis interrogée : non, ce n’est pas compliqué de parler d’un âge qu’on n’a pas ou plus.
Alors il n’en fallait pas plus pour que j’imagine un nouveau héros qui se situe autour de la soixantaine, peut-être plus ?
Je l’ai appelé immédiatement Camille, ne me demande pas pourquoi, je n’en sais rien. Je la pose sur un banc, seule.
Au début, elle se souvient, elle monologue dans sa tête en regardant la nature. Et puis, quelqu’un va s’approcher d’elle. Ce sera Philémon, et lui son prénom, qui m’est venu aussi spontanément me rappelle un jeune commercial qui s’était présenté ainsi. Aussitôt j’avais eu la référence de Philémon et Baucis et ça l’avait fait sourire parce que ses parents avaient eu également cette idée. Je n’avais jamais rencontré de Philémon auparavant 😉 des commerciaux si !
Alors c’est parti pour l’histoire de Camille, ce n’est pas ma vie, juste des réflexions et des mots glanés ici et là.
Dieu que ça faisait du bien de se trouver un peu seule. Camille souriait en pensant ça, c’était compliqué. Les enfants s’étaient envolés et menaient leur barque, elle se plaignait parfois de ne pas les voir souvent et lorsqu’ils débarquaient, même si elle était ravie, ça faisait beaucoup de bruit et bousculait son quotidien. La préparation des repas, les petits-déjeuners qui n’en finissaient pas parce que personne n’avait un rythme identique. Son homme était beaucoup plus placide qu’elle et lui répétait que ça ne servait à rien de s’énerver. Il avait certainement raison.
Un banc lui tendait les bras. Elle aimait bien ce coin tranquille d’où elle pouvait contempler à loisir l’étang et les oiseaux qui venaient s’y désaltérer. Si elle avait de la chance, elle assisterait au ballet des hirondelles, même s’il n’y en avait plus beaucoup.
Elle s’assit puis regarda le ciel bleu. Il allait encore faire chaud. C’était bien la chaleur, elle n’aurait pas mal au dos. Elle soupira. En vieillissant, elle veillait à ne pas devenir une TAMALOU. Plus jeune, elle se moquait des plus vieux qui avaient toujours mal quelque part. Quand elle rencontrait une de son âge, la première question était souvent la même ? Quoi de neuf ? La réponse aussi était la même tout est vieux, à part mes douleurs et c’était parti pour la litanie des bobos. Camille ne parlait jamais de ses misères, elle avait de la chance, elle n’avait pas à se plaindre, elle allait bien et son homme aussi, jusqu’à quand ?
Perdue dans ses pensées, elle ne s’était pas aperçue qu’un homme s’était assis à l’autre bout du banc. Elle ne l’avait jamais vu dans le quartier. Il ne devait pas être du village. Camille était un peu curieuse, mais elle n’allait pas engager la conversation avec un inconnu. On entendait tellement de choses horribles en ce moment à la télé qu’elle se demanda même si elle n’allait pas quitter son banc. Il ne faudrait pas qu’elle se fasse assassiner bêtement, là, à son endroit favori. Peut-être qu’il la noierait dans l’étang et qu’un jour son corps remonterait à la surface. Elle serait découverte par des enfants ou des joggeurs, quelle horreur !
Machinalement, elle avait dû porter sa main à sa bouche, l’homme sans la regarder lui dit :
— Il ne faut pas avoir peur, moi j’ai confiance.
Surprise, elle ne sut que dire. Il se tourna vers elle. Quel âge pouvait-il avoir ? Elle était incapable de le situer. Pas jeune, pas vieux, paisible. Oui, c’est ça, c’est le premier mot qui lui vint à l’esprit en le contemplant. Un peu honteuse parce qu’elle se rendait compte qu’elle se sentait bien auprès de lui, elle se détourna et tenta de se focaliser sur les oiseaux.
— Regardez, les hirondelles vous offrent leur plus belle danse.
Pourquoi avait-elle l’impression qu’il savait tout d’elle ? D’ordinaire, elle se serait agacée que cet homme vienne lui squatter son banc. C’est vrai quoi, pourquoi débarquer ici ? Elle ne l’avait jamais vu. Comment l’interroger sans paraitre indiscrète ?
— Je m’appelle Philémon.
Stupéfaite, elle imagina qu’il lisait dans ses pensées.
— Rassurez-vous, il m’arrive aussi de me demander ce qui se passe dans la tête des gens.
Il la regardait, un léger sourire aux lèvres. Elle ne put s’empêcher de lui répondre :
— C’est vrai que le monde marche sur la tête.
Il soupira.
Finalement, pourquoi ne pas engager la conversation, elle en saurait sans doute davantage sur lui. Il lui inspirait confiance.
— Vous venez d’emménager ici ? Je ne vous ai jamais rencontré.
— C’est normal, vous êtes souvent prise par toutes vos activités.
C’était énoncé sans méchanceté, juste une constatation. Il n’avait pas répondu à sa question. Pourquoi se sentit-elle le besoin de se justifier immédiatement.
— Je voudrais bien vous y voir vous ! Ce n’est pas parce que je suis à la retraite que je n’ai rien à faire.
— Ce n’est pas ce que j’ai dit. Vous avez travaillé toute votre vie, c’est normal d’en profiter aujourd’hui.
— Ce n’est pas ce que pensent les autres. Vous savez les vieux, ils ne servent plus à grand-chose quand ils ne travaillent plus.
— Croyez – vous ? Les vieux comme vous les appelez sont les souvenirs. Lorsqu’ils ne seront plus là, personne ne pourra plus raconter, on oubliera. J’ai beaucoup d’estime pour eux. Prenez le cas de vos enfants, ne font-ils pas appel à vous quand ils ont besoin de votre aide ?
— Si, mais ça ne compte pas, c’est normal ! Vous êtes à la retraite vous ?
— Parfois j’ai beaucoup de travail, parfois moins, mais je suis toujours sur le qui-vive.
— Vous ne devez pas rire tous les jours alors.
— Lorsque j’ai réussi à donner le sourire, si ! Apaiser est mon domaine de prédilection.
Le silence s’installa. Ils étaient chacun assis à un bout du banc et regardaient dans la même direction. Camille cherchait le métier qu’il pouvait bien faire. Médecin ? Maître Yoga ? Elle haussa les épaules, son petit-fils la reprendrait et dirait que c’était Maitre Yoda. Elle oublia de contempler les oiseaux qui s’ébattaient dans l’eau, elle ne vit pas le petit vautour qui tournoyait dans le ciel et n’entendit pas son cri, parasitée par sa curiosité mal placée.
— Cessez de vous poser des questions, écoutez votre cœur et les signes autour de vous.
Il en avait de bonnes lui ! Elle pensa qu’il ne devait pas vivre dans le même monde qu’elle. Peut-être qu’il était bourré de fric et regardait du coup le monde différemment. Mais oui, c’était certainement ça. Ou alors, c’était un illuminé. La Ginette, elle les appelait comme ça, ceux qui avaient de drôles d’idées qu’on dirait qu’ils habitaient sur une autre planète. Évidemment, il ne pouvait pas comprendre qu’elle craignait qu’il arrive des malheurs à ses enfants, qu’elle ne savait pas comment elle allait finir le mois, parce que justement à la retraire, on n’avait pas le même salaire qu’avant, et puis il fallait changer le lave-linge qui était très vieux, elle ne se voyait pas laisser s’entasser les vêtements dans la corbeille.
Elle pensa à sa voisine qui allait mal depuis que son mari l’avait quittée, elle devrait passer lui remonter le moral, elle se dit qu’elle devrait rentrer préparer le repas. Elle soupira, sa pause était terminée. L’apaisement qu’elle avait ressenti au début s’était fait la malle et toutes les questions qu’elle se posait et dont elle n’avait pas les réponses dansaient la sarabande dans sa tête. Et si elle tombait malade, qui s’occuperait de son homme et de son chien ? Aurait-elle assez d’argent pour aller en maison de retraite ? Elle ne souhaitait pas être à la charge de ses enfants.
Elle se tourna vers Philémon, il avait disparu.
Aujourd’hui, c’est une Camille tristounette que je t’ai présentée. Une Camille différente reviendra, elle peut être toi ou ta voisine, elle se posera autant de questions, n’aura toujours pas les réponses parce qu’elle craint l’avenir et qu’elle ne sait pas de quoi il sera fait, mais Camille peut-être aussi très optimiste, pleine de pep’s et d’envie de découvrir de nouvelles choses ou de faire ce que pendant sa vie active, elle n’a pas eu le temps d’exploiter.
Me voilà revenue au bercail 😊, merci pour tous vos commentaires, j’y reviendrai.
Je sais bien que c’est le jour des enfants, mais je n’ai pas eu le temps de mettre en forme ce que j’avais dans la tête. Absente une semaine, sans ordi, sans cahier, c’est la folie en rentrant, surtout quand Monsieur Chéri décide de m’emmener faire du vélo parce que ça fait longtemps qu’on n’en a pas fait tous les deux.
Je vais donc te raconter comme ça, tout ce qui m’est passé par la tête en pédalant. Du coup, quand je trainais un peu, Monsieur Chéri demandait :
— Mais qu’est-ce que tu fais ?
— J’écris dans ma tête.
Voilà tout ce qui m’est passé dans la tête, tu vas voir que pendant quelques jours sans écrire, ton imagination quand tu la laisses faire, ça donne ça :
Que ça fait du bien de pouvoir sortir sans pull, juste en débardeur et short. Tu te sens beaucoup plus légère et plus libre.
Les parfums de mai ont bien changé et le paysage également. Le nez au vent, je respire le feu de bois, les champs de blé, le jasmin, les haies fleuries, les roses. Tout ça se mélange, car je pédale vite 😂.
C’est une année à foin et comme dit Lou Papy Année à foin année de rien😂. Ce sera donc une année de rien parce que des rouleaux de foin et des champs coupés qui attendent d’être ramassés, il y en a énormément. Je constate qu’il y a eu du vent, c’est beau un champ roulé, mais certainement pas du goût du propriétaire qui verra sa récolte réduite.
Il y a beaucoup de champs de blé ou d’orge. La différence est que l’orge a de la barbe 😁. Mais comme dit Lou Papy Il y a aussi du blé à barbe, regarde bien l’épi, s’il courbe la tête c’est de l’orge, le blé se tient bien droit. Il ne m’en faut pas plus pour penser à mon petit personnage d’Héloïse qui demanderait si c’est de la vraie barbe comme papa Joe quand il ne se rase pas et pourquoi pas ajouter Tu crois qu’il se rase l’orge ? Il fait comment ? Avec un rasoir ? Monsieur Chéri me rappelle à l’ordre, j’ai dû ralentir fortement 😉.
Par contre, peu de champs de tournesols, c’était le contraire l’année dernière. Je te parle évidemment de ma région du Sud-Ouest, peut-être qu’ailleurs ce n’est pas la même chose. Pourtant, nous manquions d’huile non ? Je le dis tout haut et Monsieur Chéri répond je ne crois plus rien de tout ce qu’ils racontent (c’est qui Ils à ton avis ? 😁).
Et puis mon esprit s’évade sur l’escapade dans la cabane au bord de l’étang (c’est Oxybulle qui te racontera tout ça sur un prochain billet 😁). Soudain, l’odeur d’un feu de bois me happe et je me souviens de vacances avec des barbecues géants avec toute la famille, mais ça ne dure jamais longtemps quand tu pédales vite 😂, c’est un champ de blé (là, j’en suis certaine parce qu’il est en avance, c’est bien du blé) avec son parfum particulier (que j’adore lorsqu’il a fait très chaud dans la journée et que le soleil commence à se coucher, si tu as la chance d’en avoir, respire, tu verras 😊) qui me projette ailleurs.
En fait, quand tu pars en vélo et que tu regardes la campagne (il faut que je fasse quelques kilomètres pour m’éloigner de la ville) c’est fou les choses à repérer. Par exemple, le Français semble discipliné : qu’est-ce qu’il y a comme récupérateur d’eau installé, Monsieur Chéri et moi les avons reconnus, nous avons les mêmes 😁, idem pour le composteur qui s’invite dans les jardins, nous aussi avons le même 😉.
Nous croisons d’autres cyclistes qui, selon leur humeur, nous saluent ou pas. Tu as celui qui t’ignore superbement en tournant la tête (peut-être qu’il cherche si c’est de l’orge ou du blé) au contraire de celui qui traverserait presque la route pour venir te dire bonjour. Moi, ça me fait rire alors que ça agace Monsieur Chéri. Il y a des règles en vélo, on doit dire bonjour, non mais ! Je l’entends rouméguer dans sa moustache 😂.
Il y aussi les joggeurs solitaires et ceux qui courent avec leur chien attaché à la ceinture. Je n’imagine même pas Oxybulle faire ça 😁. N’empêche c’est beau à voir, d’ailleurs j’en parle dans mon policier J’aime un voyou au grand cœur, et me voilà repartie sur la suite de l’histoire. Pourquoi pas un casse qui tourne mal ou alors mon commandant qui laisse faire.
Du coup, je bascule sur une autre histoire qui m’était venue pendant les vacances. Je n’ai rien noté, je vais aller à la pêche aux souvenirs. Si je le pouvais, je lèverais les yeux au ciel pour réfléchir, un doigt sur la tempe, mais il faut que je tienne le guidon pardi !
En repassant devant un champ de blé alors que Monsieur Chéri pense que c’est de l’orge, il me dit et si on demandait au paysan. Boudiou Malheureux qu’as-tu dit ? Paysan est une insulte. Monsieur Chéri rigole j’ai toujours dit ça et je ne vois pas ce qu’il y a d’insultant à travailler la terre.
— Regarde les vaches ! m’écriais-je.
Un beau troupeau paît dans l’herbe. J’adore les vaches et quand j’en aperçois, je ne peux pas m’empêcher de le dire et de les montrer. De plus, leur odeur me plait, ça sent la grange et ce parfum-là, ouais je sais, j’aime !
Le compteur affiche 38 kms, je ne suis pas fatiguée quand je pose le pied à terre devant le portail.
— C’est que tu n’as pas forcé ! normal, tu écrivais dans ta tête ! murmure Monsieur Chéri.
Connais-tu le logorallye ? Il s’agit avec des mots imposés d’écrire une histoire. C’est souvent le cas dans l’agenda ironique. Ici, je te partage un texte écrit avec les mots imposés en gras dans le texte. J’aime beaucoup faire cet exercice. Et toi ?
Elle est bien bonne celle-là !
Alors que je devais passer une journée sereine à lézarder sur la plage face à l’océan, ne voilà-t-il pas qu’un homme triste à souhait avec une mine de six pieds de long venait s’asseoir près de moi.
— Je ne vous dérange pas ?
Polie, je rétorquais que la plage était à tout le monde.
— Vous pouvez rester comme ça à regarder les vagues ? Moi je ne pourrais pas.
— Je ne vous le demande pas !
— Il me rend dépressif !
L’envie me démange de le planter là, mais un gamin tout excité arrive avec son seau, sa pelle et son râteau. Il s’installe face à nous et commence à creuser. Évidemment, mon voisin ne peut pas s’empêcher de l’asticoter :
— Tu es tout seul ? Tu ne peux pas aller plus loin, tu me déranges. En plus, tu me balances plein de sable sur les jambes.
Je faillis lui répondre que c’était lui aussi qui s’était installé à côté de moi, mais comme je n’avais pas envie de m’enguirlander avec lui, je me tus. C’était une superbe journée ensoleillée, je souhaitais en profiter. Je me demandais si je n’allais pas changer de place quand le gamin rétorqua :
— Je ne suis pas tout seul. Mes amis vont arriver.
Je souris in petto. Il ne va pas apprécier le stressé d’à côté, surtout qu’une troupe de garçons et filles déboulaient en riant et en se bousculant. Comme au ralenti, je vis alors mon voisin se lever et leur faire signe qu’il fallait partir plus loin. C’est qu’il grognait le bougre. À croire que l’océan lui appartenait et qu’il ne voulait absolument pas le partager.
— Pourquoi on ne peut pas se mettre là ? t’as réservé ? C’est écrit ton nom ?
Hou la, ça va se gâter. Moi qui rêvais d’une matinée tranquille pour oublier que ma voiture avait joué à la capricieuse en ne voulant pas démarrer, c’était raté. Elle m’avait filé le bourdon cette coquine rien qu’à penser aux réparations à venir. Elle n’est plus toute jeune ma titine. Du coup, pour évacuer mon humeur morose, j’avais emprunté la route de la plage à pied. J’étais heureuse de pouvoir profiter de cette journée en solitaire face à l’immensité du grand bleu. En passant devant la boulangerie, j’avais salué la propriétaire. Elle est amusante, Josette, elle désire toujours parler d’jeunes. J’ai beau lui dire que notre langue est chantante et belle à souhait, elle n’arrête pas de faire des phrases bizarres. Tiens aujourd’hui encore, elle m’a balancé un « çavaplutôtpasmal » au lieu de me dire ça va bien.
Mais revenons au malotru d’à côté qui ne semble pas vouloir lâcher sa place.
— Mais comment elle me parle la gamine ! Vous en pensez quoi vous ?
C’est à moi qu’il s’adresse là ? Je m’amuse de sa tête renfrognée et réponds sachant que je vais l’agacer davantage.
— Comme ci comme ça.
— Ce n’est pas une réponse, répondez à la question.
Je ne peux m’empêcher d’éclater de rire.
— Allons calmez-vous ! Vous avez des enfants ?
Je ne l’imaginais pas me répondre de cette façon enthousiaste. Ce n’était plus le même homme, je n’en revenais pas.
— Oui, j’en ai 3. Une fille et deux garçons.
— Alors vous devriez comprendre que ces gosses ont envie de faire des châteaux de sable.
— Oui, mais pas devant moi. Regardez j’ai amené avec moi tout mon matériel. Comment voulez-vous que je peigne maintenant s’ils sont toujours face à moi à bouger dans tous les sens.
Je n’avais pas remarqué qu’il était arrivé avec tout son attirail.
— Vous disiez tout à l’heure que vous étiez dépressif devant l’océan et vous allez passer votre temps à le peindre ? Je ne comprends pas.
— C’est une commande et ma cliente est impatiente. J’avoue ne jamais l’avoir fait auparavant.
— Quel dommage !
— Bref, ce n’est pas tout ça, je dois m’installer et ces gamins m’embarrassent la vue et l’esprit.
— Zen mon bon monsieur ! Il fait beau, le soleil brille, tout va bien. Non ?
Il maugréa dans sa barbe. Enfin, façon de parler, parce qu’il n’en avait pas.
Je le regardais poser son chevalet. J’avais envie de rire. Il n’allait pas rester longtemps. C’était la marée montante et les rouleaux se rapprochaient à vue d’œil. Les enfants qui avaient construit de beaux châteaux n’en avaient cure. Au contraire, ils espéraient bien que l’eau petit à petit allait s’engouffrer dans leurs remparts. Leur bonne humeur me ravissait le cœur et me donnait l’enviederienfaire de la journée.
Tout en surveillant l’océan qui grignotait peu à peu la plage, je jetais des coups d’œil discrets au peintre installé à côté de moi. Complètement habité par son art, il ne faisait plus attention à ce qui l’entourait. Quand une vague plus coquine que les autres recouvrit les châteaux des gamins, déclenchant leurs éclats de rire, mon voisin s’écria, horrifié.
— Vais-je devoir déménager ?
— Vous devriez même vous hâter.
Je me levais d’un bond pour éviter que ma serviette ne soit trempée. L’inconnu lui, n’eut pas cette chance. Palettes, pinceaux et toile posés près de lui furent balayés en un rien de temps. Les enfants qu’il avait tant invectivés plus tôt vinrent aussitôt l’aider à ramasser son matériel. Heureusement, le chevalet avait résisté. Curieuse, je jetais un coup d’œil. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un paysage bucolique au lieu d’une immensité bleue.
— Oui je sais, je n’ai pas peint ce qu’elle voulait.
— Mais pourquoi ? En tout cas, vous avez un don c’est indéniable. Ce paysage ne ressemble en rien à ce que vous avez devant vous. Vous avez tout imaginé.
— J’ai l’habitude.
— Quel talent vraiment.
Je regardais autour de lui et constatais que ses affaires récupérées par les enfants s’étaient éparpillées. Je les rassemblais près de lui et remerciais les gamins qui recommencèrent à creuser avec patience.
Stupéfaite, je contemplais l’homme qui continuait à peindre, mais quelque chose clochait. Son chevalet avait bougé, il n’était plus face à l’océan, mais cela ne semblait pas le déranger.
J’installais donc ma serviette plus loin.
— Vous ne parlez plus ? Seriez-vous déprimée à force de le regarder ? Je vous avais prévenue.
Je ne comprenais pas à qui il s’adressait, il ne me regardait pas. Il devait vraiment être habité par sa création.
Il reprit, lâchant sa toile des yeux et se penchant vers l’endroit où j’étais assise auparavant.
— Je vous trouve bien calme.
Alors je compris. Cet homme était aveugle. Ses lunettes noires m’avaient leurrée. Il ne semblait pas vouloir que je m’en aperçoive. Je m’approchais de lui.
— Je vous regardais peindre.
Il tourna aussitôt la tête vers moi, surpris.
— Vous m’avez fait peur. Vous avez une jolie voix, je m’en rends compte à présent. Avec le chahut des enfants, je ne vous avais pas entendue. Musicale à souhait, elle fait plaisir à écouter.
Heureusement qu’il ne me voyait pas rougir. Je sentais mes joues devenir brulantes. J’avais oublié que ses autres sens étaient exacerbés, il éclata de rire.
— Ne rougissez pas.
— C’est le soleil, j’y suis très sensible.
— Si vous le dites.
Je le regardais faire. Son travail était splendide. Rien à voir avec une marine, mais ce paysage était… je m’approchais plus près et constatais avec surprise que peu à peu le ciel bleu se mêlait à ce qui paraissait être… mais oui la mer… Je restais fascinée.
— Vous peignez aussi ?
— Pas du tout, j’ai deux mains gauches pour le dessin.
— La peinture n’est pas du dessin.
— Quand même ça y ressemble un peu. Je n’ai guère d’imagination pour ce genre de travail.
— Je suis certain que vous en avez pour d’autres.
Il continuait à me parler alors que son pinceau virevoltait sur sa toile.
— Fermez la bouche.
Comment diable avait-il pu se rendre compte que je l’avais gardée ouverte tout en contemplant l’œuvre qui prenait forme.
Tout à coup, il stoppa son travail et appela les enfants qui bavardaient plus loin toujours affairés à leurs châteaux.
— J’entends le marchand de glaces. Tenez, je vous donne un billet, allez vous faire plaisir.
Surpris par sa générosité, ils ne comprirent pas tout de suite.
— Je suis certain qu’il y a une petite gourmande parmi vous, me serais-je trompé ?
Les garçons se tournèrent vers une blondinette qui se pourléchait déjà les babines.
— Je te sens motivée pas vrai ? Allez filez, c’est moi qui régale !
Les enfants ne se firent pas prier et détalèrent.
— Vous aviez l’air d’un ours mal léché tout à l’heure, et maintenant vous leur offrez des glaces ?
Pensive, je le regardais. Il rangeait ses affaires. S’il ne voyait rien, il était extrêmement doué. Je ne parvenais pas à imaginer vivre sans contempler le soleil. Rien que les jours de pluie où il faisait sombre, je perdais le moral alors…
— Ce n’est pas vous tout à l’heure qui me disiez d’être zen ! Je ne suis pas malheureux. Je suis malvoyant depuis ma naissance. Ce n’est pas un accident. Je ne connais donc pas toutes ces choses dont vous n’arriveriez pas à vous passer. Les parfums, les ambiances, les sons me chantent une belle musique dans la tête.
— Comment avez-vous su que je m’étais rendu compte de votre handicap ?
— Lorsque vous vous êtes approchée de moi. Je n’étais pas tourné du bon côté.
— Je suis désolée.
— Ne le soyez pas. C’est ma vie. Je suis heureux et pas nostalgique du tout. De quoi pourrais-je l’être d’ailleurs ?
Il avait remballé ses affaires. Les enfants revenaient avec leur glace. Ils le remercièrent chaleureusement.
— Alors ces parfums ?
Sans se tromper, il désigna le chocolat, la fraise, l’abricot et la vanille. Il salua tout ce petit monde et se tournant vers moi il dit :
— Méfiez-vous de ne pas vous faire bousculer par une vague.
Je n’eus pas le temps de ranger ma serviette, je perdis l’équilibre et me retrouvais trempée des pieds à la tête. Il éclata de rire tout comme les enfants, ravis de voir que leurs châteaux tenaient encore debout, eux !