Cafouillis et Embrouillamini

Bonjour toi 😉

— T’es qui toi ? Une nouvelle amie de maman.

Une jeune femme rousse a débarqué chez Héloïse et Stefano. Ils jouaient dans leur cabane quand ils l’ont aperçue dans le jardin.

C’est Héloïse qui s’est penchée pour l’interpeller.

La rouquine ne sait pas du tout où elle atterrit.

— Je cherche Archibald, c’est mon ami. C’est le boulanger du village, tu ne l’aurais pas vu ?

Stefano rejoint son amie et tous deux se regardent sans comprendre. Ils descendent alors de leur perchoir et fixent l’inconnue.

— Le boulanger ne s’appelle pas Archibald, répond enfin Stefano. C’est un copain de mon père, c’est Toine.

— Archi ne m’avait pas prévenue qu’il y aurait de la concurrence. C’est étrange.

— C’est quoi la concurrence ? l’interroge Héloïse qui tourne autour de la jeune femme. Tu en as de beaux cheveux roux. C’est de la vraie couleur ?

L’inconnue ne répond pas, très perturbée par le paysage qui l’entoure qui ne ressemble en rien à son jardin habituel.

— Tu as mal quelque part ? Tu veux boire un verre de citronnade, maman en fait de la très bonne. Tu t’appelles comment ?

— Marie-Sophie, répond machinalement la rouquine à la petite fille.

— Tu es nouvelle dans le quartier ?

Stefano pousse du coude l’incorrigible bavarde et murmure à son oreille que la dame ne semble pas en forme, qu’il faudrait peut-être l’emmener voir Charlie.

La voici d’ailleurs qui surprise de voir les gamins parler à une inconnue dans le jardin vient aux nouvelles, le sourire aux lèvres.

— Je peux vous aider ? Vous cherchez quelque chose ?

— Elle cherche Archibald le boulanger, répond rapidement Héloïse.

Charlie ne comprend pas. Marie-Sophie cherche des yeux quelque chose. Charlie s’approche d’elle et lui demande doucement.

— Qui est Archibald ?

— Mon meilleur ami, il tient la boulangerie. Peut-être ne venez vous pas vous fournir chez nous ? Vous habitez loin du village ? Vous connaissez sans doute Saverio ? Il habite ici depuis longtemps.

— Qui est Saverio ?

Marie-Sophie se retourne et se trouve face à Joe. Etrange, il ressemble un peu à Archi mais ce n’est pas lui. Son ami ne porte jamais de chapeau.

— Je me présente, Joe, je vis ici depuis des années. Vous cherchez quelqu’un ? Je peux sans doute vous renseigner ?

Marie-Sophie respire de plus en plus vite.

— Rassurez-moi, je suis bien au pays basque ?

Elle comprend immédiatement qu’elle a dit une sottise en voyant les yeux exorbités des enfants et la petite qui a du mal à se retenir de rire. Elle l’entend même glisser à l’oreille du garçon que la dame est tombée sur la tête.

Charlie et Joe s’interrogent et d’un commun accord entraine Marie-Sophie chez eux.

— Venez boire quelque chose et racontez-moi ce qui vous arrive.

— Je t’avais bien dit que tu devais boire de la citronnade, c’est le remède à tout, murmura Héloïse en glissant sa main dans celle de Marie-Sophie.

— Je crois que je ne suis pas dans cette histoire.

Surprise, Charlie demanda :

— Vous voulez dire que vous vous êtes échappée d’un livre ?

— Plutôt un cahier ?

— Trop bien, rit Héloïse en s’installant sur les genoux de Marie-Sophie. C’était quoi ton histoire ? Je parie qu’il y a un boulanger et…

Stop !

Marie-Sophie ne sut jamais ce qu’allait dire la gamine, elle se retrouva projetée dans son cahier.

— Maman ? C’est toi qui as fait ça ?

Héloïse interroge Charlie en plissant les yeux.

 — Elle en a de la chance la dame de pouvoir voyager comme ça d’histoire en histoire.

— Elle ne semblait pourtant pas à l’aise et…

Stop !

Le cahier d’Héloïse et Stefano se referma sur eux d’un geste rageur.

© Isabelle-Marie d’Angèle (juillet 2023).

Non mais, qui commande ici ?
À très vite …
On aura tout vu, les personnages qui font leur vie tout seul !

Chaussure à son pied

Bonjour toi 😉

Je me suis régalée à écrire cette petite histoire. Trouver une expression et faire parler Héloïse et Stefano. C’est d’une logique imparable, je trouve😅. Je t’avais dit que j’avais l’humeur joyeuse quand arrivait l’été ? 😉🤪.

Héloïse et Stefano sont dans leur cabane et ils bavardent à qui mieux mieux.

— Tu sais ce que ça veut dire trouver chaussure à son pied ? Parce que ma copine, elle doit aller s’acheter des chaussures et sa mère lui a dit ça. Seulement, une autre a dit que c’était pas ça que ça voulait dire. Tu le sais toi ?

Stefano leva les yeux au ciel. Encore une de ces questions qui allait lui prendre la tête, mais pas cette fois-ci parce qu’il avait entendu le voisin Mathurin dire la même chose à son père quand Charlie avait débarqué chez eux.

— Je crois que ça veut dire trouver quelqu’un qui te va bien. Par exemple mon père avec ta mère.

Héloïse ouvrit de grands yeux et demanda :

— T’es sûr ? Parce que des chaussures quand même, il faut les essayer. Comment tu veux que papa Joe ait essayé ma mère, ça se peut pas.

Stefano aurait bien une idée mais il n’osa pas se lancer dans une explication dont il n’était pas certain de s’en sortir. C’était sans compter sur la curiosité de la gamine qui descendit à toute allure l’échelle de la cabane pour courir vers Charlie qui accrochait le linge sur l’étendoir de la terrasse.

— Dis maman, tu l’as essayé papa Joe pour savoir si ça t’allait ?

Ébahie, Charlie en laissa tomber son panier d’épingles. Héloïse dansant un pied sur l’autre, les mains dans le dos, attendait la réponse.

— Alors ? Parce que trouver chaussure à son pied ça veut dire ça, c’est Stefano qui l’a dit. Comme tu me dis toujours d’essayer les chaussures avant de les acheter, c’est pareil ?

Le regard de Charlie passa au-dessus de la tête d’Héloïse et croisa celui de Joe. Elle comprit à son sourire malicieux qu’il avait entendu la conversation. Il leva les mains en l’air lui signifiant qu’il la laissait gérer la situation.

— Ça devait aller puisque tu es restée avec papa Joe, finalement tu devais être la bonne taille, affirma Héloïse.

© Isabelle-Marie d’Angèle (juin 2023).

À très vite…

Stefano va à la pêche

Bonjour toi 😉

Il parait que c’est l’été aujourd’hui 😊🌞.

Alors bonjour Monsieur l’été, même si chez nous, il fait gris et que le ciel est rempli de nuages, reste des orages de cette nuit.

Il parait aussi que c’est la fête de la musique 🎶🎶, espérons qu’elle pourra avoir lieu si un orage, encore lui, ne s’en mêle pas.

Mais restons focus sur notre journée des enfants. C’est Stefano qui a la parole aujourd’hui. Je te laisse avec lui.

Joe et Stefano avait décidé de passer la journée entre hommes et à la pêche. Charlie avait dissuadé Héloïse de les accompagner.

— De toute façon, tu n’arrêteras pas de parler et tu feras peur aux poissons, avait martelé Stefano.

Vexée, elle avait tapé du pied, boudé, imploré sa mère qu’elle fasse changer d’avis papa Joe, mais rien n’y fit. Les hommes souhaitaient passer la journée entre eux.

— Nous serons entre filles ici, la câlina Charlie. Si tu veux, tu pourras te servir de ma machine à coudre et même de mes crayons de couleur.

Héloïse haussa les épaules et fit contre mauvaise fortune bon cœur en regardant avec envie partir les deux garçons.

Il y avait longtemps que Stefano n’était pas allé pêcher avec son père, aussi il voulait en profiter à fond. Il adorait passer du temps avec lui, et surtout, il voulait lui parler de son souhait le plus cher.

Joe connaissait bien le coin des pêcheurs, il était tôt, il savait qu’il n’y aurait personne. Il installa ses cannes, déplia les deux tabourets, approcha la glacière avec le saucisson et le pain acheté en passant devant la boulangerie, et invita son fils à s’assoir près de lui.

Il faisait frais et beau. Tous deux avaient un bob sur la tête en prévision du soleil. Ils restaient immobiles et muets. La nature s’éveillait et quelques oiseaux se désaltéraient devant eux. La brume se levait et des gouttelettes de rosée s’accrochaient aux hautes herbes qui se balançaient doucement au gré du vent.

Des poissons sautaient loin d’eux. Joe murmura :

— C’est ici qu’il faut venir les gars.

— Tu crois qu’ils savent qu’on veut les prendre ?

— Mais non !

— Tu as promis qu’on les remettrait à l’eau, hein, papa ?

— Promis fils ! C’est juste pour passer un bon moment avec toi. La pêche c’est reposant, n’est-ce pas ?

— Tu en as de la chance papa de mener la vie que tu as, moi, je veux faire pareil que toi quand je serai grand.

Joe sourit à son fils.

— Je travaille dur tous les jours tu sais, sinon, il ne rentre pas d’argent et tu ne pourrais pas avoir ce que tu veux.

— Oui, mais ton travail, je l’aime bien. Moi aussi, je veux avoir des animaux, un tracteur, et faire des céréales, tout comme toi.

— Pas de problème mon garçon, tu pourras te diriger pour l’école d’agriculture quand tu seras plus grand. Tu as encore le temps d’y réfléchir, tu sais, ajouta Joe en lui ébouriffant les cheveux.

— Justement, c’est de ça que je voulais te parler. Je ne veux plus aller à l’école, ça ne sert à rien puisque de toute façon, un jour on sera mort. À quoi ça sert d’apprendre des trucs si on ne peut pas s’en servir.

Stupéfait, Joe regarda son fils et en oublia  le bouchon rouge de sa canne à pêche qui s’enfonçait dans l’eau. Stefano le rappela à l’ordre en hurlant :

— Papa, vite un poisson !

Le cri affola la bête qui se démena tellement que l’hameçon se décrocha et le bouchon reprit sa place.

— Ben voilà, il est parti, c’est malin ! râla Stefano.

— De toute façon, tu ne devais pas le garder alors…

— Oui, mais je voulais voir comment il était.

—  Il ne fallait pas crier si fort.

— Je ne pouvais pas savoir que c’était un poisson surhumain.

— Ne noie pas le poisson justement, rit son père. Qu’est-ce que c’est cette idée d’arrêter l’école ? Tu sais bien qu’elle est obligatoire jusqu’à 16 ans alors tu as le temps de voir venir. De plus, tu as tort de ne pas vouloir t’instruire. Tu es tellement curieux que si tu n’avais pas appris à lire tu ne pourrais pas découvrir ton encyclopédie. Pour la satisfaire ta curiosité, il faut bien la nourrir.

Stefano regarda son père qui avait toujours réponse à tout. Il n’avait pas prévu ça, c’est vrai que s’il ne savait pas lire ni écrire, il serait bien embêté pour déchiffrer ne serait-ce que les panneaux pour rentrer à pied ou aller payer tout seul le pain à la boulangerie.

Joe ajouta :

— J’espère bien que tu ne vas pas mourir tout de suite, en grandissant, tu auras de plus en plus envie de découvrir des choses. De plus, tu as des copains non ? Tu n’aimes pas jouer avec eux dans la cour de récréation ? Discuter avec eux ? Apprendre avec eux ?

— Toi aussi tu m’apprends des trucs. La maîtresse ne sait pas tout.

— Effectivement, mais c’est un ensemble Stefano. Il y a des enfants qui aimeraient bien être à ta place et qui ne peuvent pas aller à l’école pour apprendre à lire.

— Ouais je sais, bougonna Stefano. N’empêche, ils ont bien de la chance eux, ils ne sont pas obligés de se lever tôt tous les jours et de rester assis à écouter.

. — Dis-moi bonhomme, à quelle heure t’es-tu réveillé pour venir avec moi ? Tu n’as pas râlé, il me semble.

À ce moment-là, le bouchon s’enfonça. Cette fois, Joe prit les choses en main et il leva sa canne. Un petit poisson gigotait au bout de la ligne.

— Relâche le papa, je suis sûr qu’il a mal.

Sans discuter, il décrocha l’hameçon et rejeta l’animal dans l’eau.

— C’est vrai que des enfants aimeraient aller à l’école et qu’ils ne peuvent pas ? C’est triste quand même.

— Que ferais-tu de tes journées ? Quand tu es en vacances, ça va parce que ce n’est pas habituel, mais rappelle-toi bien qu’à la fin du mois d’août, tu commences à tourner en rond, tes copains te manquent. Tu aimes bien aussi le foot non ?

— Pourquoi t’as tout le temps raison ?

Joe éclata de rire.

— Charlie n’a pas le même avis que toi, tu sais.

© Isabelle-Marie d’Angèle (juin 2023) 

À très vite…

La pomme d’Héloïse

Bonjour toi 😉

Comme c’est le jour des enfants, je retrouve avec plaisir Héloïse qui a une version de Blanche-Neige a te raconter.

Alors que Stefano bricolait avec son père, Héloïse était restée dans la cuisine avec sa maman. Les deux coudes sur la table, elle fixait une belle pomme rouge qui la narguait dans le compotier.

— Elle ressemble à la pomme de Blanche-Neige, murmura la petite fille.

Charlie qui préparait un gâteau demanda :

— Tu as faim ?

— Pas du tout, répondit Héloïse. Tu crois que la pomme était d’accord pour empoisonner Blanche-Neige ?

— Je ne pense pas qu’elle ait eu son mot à dire. Donne-la-moi, je vais la couper en morceaux et la glisser dans ma pâte.

— Mais non, tu vas lui faire mal.

Charlie sourit.

— Tu ne dis pas la même chose quand tu croques dedans à pleines dents.

Héloïse souffla.

— Oui, mais là, c’est pas pareil. Dis maman, imagine que la pomme dans le conte, ait refusé d’être empoisonnée, qu’est-ce qui ce serait passé ? La princesse ne se serait pas endormie et la sorcière n’aurait pas été contente.

— Certainement qu’elle aurait été en colère, peut-être que le sort de Blanche-Neige aurait été pire.

— Pire comment ? Elle aurait été morte vraiment ? Les nains auraient été très malheureux alors !

— Et le prince aussi, ajouta Charlie en faisant un clin d’œil à sa fille.

— Tu sais quoi, je vais écrire une histoire où la pomme raconte ce qui s’est vraiment passé. En fait, la sorcière voulait tuer Blanche-Neige, mais elle n’a pas réussi. Stefano m’a lu une version où un morceau de pomme était resté coincé dans sa bouche. Je suis sûre que la pomme l’avait fait exprès.

— Quelle serait donc ta version, je t’écoute ma puce.

Héloïse se sentit remplie de fierté, surtout quand Charlie abandonna son gâteau et vint s’assoir près d’elle.

— Alors voilà : quand la méchante sorcière commença sa recette pour fabriquer sa pomme, elle était dans une cave froide et laide. Elle mit à chauffer des potions dans un grand chaudron. Seulement, lorsque la pomme prit sa forme, elle devint aussi vivante, parce que la sorcière s’était trompée dans ses mélanges. Tu sais, elle était un peu vieille et elle n’y voyait plus très bien quand elle lisait son gros livre de magie.

Charlie sourit et encouragea sa petite fille à continuer. Elle était toujours ébahie et stupéfaite par l’imagination d’Héloïse.

— La pomme se trouvait bien jolie, toute rouge et brillante, mais elle ne se sentait pas bien. Elle avait mal au ventre, tu sais un peu comme moi quand j’ai mangé trop de bonbons, elle comprit que sa peau n’était pas normale et qu’à l’intérieur d’elle, il y avait quelque chose de méchant. Bien sûr, elle n’avait pas d’yeux, mais sa peau brillait tellement fort parce que la sorcière la frottait pour qu’elle soit belle, que son reflet s’imprima sur sa peau. Elle aperçut les gros yeux de la vieille femme et elle eut tellement peur qu’elle décida de lui faire une farce pour la punir. C’était une pomme chipie !

Charlie eut du mal à garder son sérieux, mais elle respecta Héloïse et la laissa continuer sans l’interrompre.

— Tu te souviens que la sorcière avait mis plusieurs pommes dans un panier. Celle qui devait être empoisonnée était au-dessus. Sauf qu’elle échangea sa place avec une autre et quand Blanche-Neige la choisit et qu’elle l’approcha de sa bouche, elle lut sur la peau de faire semblant de mourir. Comme Blanche-Neige était très intelligente, elle joua la comédie sans poser de questions. C’est pour ça qu’elle met sa main à son front et qu’elle dit qu’elle ne se sent pas bien. Quand la sorcière est partie, Blanche-Neige se relève et ramasse la pomme tombée au sol. Elle la remercie. C’est alors que la pomme se change en prince charmant.

Charlie applaudit, mais elle fut vite remise à sa place, l’histoire n’était pas finie.

— Attends, et la méchante alors ? Figure-toi qu’elle aussi avait faim et comme elle avait un panier rempli de pommes, elle choisit évidemment celle qui était empoisonnée. Elle mourut dans d’atroces souffrances.

Charlie éclata de rire.

— Tu en as du vocabulaire dis-donc ! Atroces souffrances, rien que ça !

— Mathurin le dit tout le temps quand il parle de sa belle-mère qui a d’atroces souffrances dans ses jambes. Comme elle se plaint tout le temps qu’il dit, elle doit avoir sacrément mal !

Charlie se leva pour terminer son gâteau, cachant un sourire. Effectivement, la belle-mère du voisin était réputée pour être hypocondriaque et elle répétait à tout va que personne ne comprenait ses atroces souffrances, Héloïse avait bien compris le terme et l’avait placé exactement où il fallait dans son histoire.

— Du coup, on prend quelle pomme pour la couper dans ton gâteau ? demanda Héloïse, la moche toute ridée là ?

Elles rirent toutes les deux, complices.

© Isabelle-Marie d’Angèle (juin 2023)

À très vite…

Stefano et Héloïse partent en week-end

Bonjour toi 😉

Héloïse et Stefano ne tenaient pas en place. Papa Joe était parti chercher le camping-car. Ils avaient vu les photos sur le catalogue, ils avaient compris qu’ils allaient dormir tous ensemble dans le camion comme l’appelait Héloïse.

Charlie avait eu beau répéter à sa fille que ça ne lui ressemblait pas du tout, Héloïse n’en démordait pas, c’était plus grand qu’une voiture, donc c’était un camion.

Grande première, ils partaient deux jours à la mer. Stefano avait préparé ses affaires, le minimum, un seau et une pelle rouge. Il connaissait la mer pour y être déjà allé avec sa maman.

Héloïse n’avait quant à elle jamais vu ni mer ni océan, ce qui expliquait son enthousiasme débordant.

Quand elle aperçut Papa Joe qui franchissait le portail, elle se mit à danser de joie. Qu’il était beau, ce camion blanc et jaune. Elle s’approcha une fois que Joe eut éteint le moteur.

Effectivement, ça ne ressemblait pas à un camion, c’était plus petit.

— Tu veux visiter ?

Elle grimpa la marche et découvrit l’intérieur. C’était comme une maison de poupée, mais plus grande.

— Tu vas réussir à passer ta tête ?

Héloïse s’inquiétait. Joe était grand, quand il serait dans ce qui ressemblait au salon, il prendrait toute la place.

Charlie et Stefano vinrent les rejoindre. Quand ils se trouvèrent tous les quatre dans l’habitacle, Héloïse battit des mains.

— C’est trop génial, on est tout serré les uns contre les autres. Et toi tu vas conduire là, et nous, on sera assis là ?

Elle montrait les sièges arrière. Elle n’en revenait pas. Stefano était tout aussi ébloui. Il n’en avait jamais vu de si près.

Charlie commença à amener la vaisselle qu’elle rangea dans les tiroirs et les placards.

— Il y a même la télé !

Stefano ouvrit de grands yeux. C’était trop génial.

— On pourra regarder pendant que tu conduis ?

— Non, vous serez attachés comme dans la voiture. Pas question que je sois distrait par vos cris et vos rires devant un dessin animé. Nous ferons comme d’habitude, vous jouerez avec Charlie à trouver des mots et puis, découvrir le paysage, c’est bien aussi, d’autant plus que nous n’avons pas mille kilomètres à faire.

— Ouais, mais toi tu joues et tu gagnes tout le temps, grogna Stefano.

Charlie ayant tout préparé ainsi que les sacs de voyage, Joe n’eut qu’à tout charger à l’arrière. Le terre-neuve sauta lui aussi dans le camping-car et les enfants éclatèrent de rire. Il prenait toute la place.

La maison était fermée, Mathurin, le voisin passerait voir si tout allait bien. Ils ne partaient que deux jours quand même !

Dès que l’immensité bleue apparut, Héloïse ne dit plus un mot. Alors qu’elle n’avait cessé de chanter et de poser tout un tas de questions sans attendre les réponses, elle se tut d’un coup. Joe se gara sur un parking d’où on pouvait voir la plage et les vagues. Héloïse regardait sans pouvoir détacher ses yeux de ce qu’elle découvrait. Stefano descendit et respira à pleins poumons l’air iodé. Il se rappelait et son cœur battait la chamade. Au contraire de la petite fille, il gardait pour lui tout ce bonheur. Héloïse était différente, il fallait qu’elle extériorise ce qu’elle ressentait.

Alors que Charlie lui tendait la main pour qu’elle rejoigne, Héloïse fronça les sourcils. Il y avait quelque chose qui clochait. Elle regarda mieux.

— Dis… pourquoi la mer, elle monte et elle descend ?

Stefano répondit fier de son savoir :

— C’est à cause de la lune, elle attire l’eau vers elle.

Héloïse se tourna vers lui et l’apostropha :

— Alors là, n’importe quoi ! Elle est où la lune ? Et comment elle ferait, hein, pour attirer l’eau, elle n’a pas de bras.

© Isabelle-Marie d’Angèle (juin 2023).

À très vite…

Héloïse et le petit chaperon rouge

Bonjour toi 😉

Rödluvan (little red riding hood), illustration by Sofia Gregersen Cardell

Le plaisir d’Héloïse était lorsqu’on lui racontait une histoire, c’était de tout changer et d’inventer autre chose.

Elle connaissait par cœur celle du Petit Chaperon rouge, mais Héloïse avait beaucoup d’imagination. Voici ce qu’elle lu à Stefano.

Il était une fois une petite fille qui aimait bien s’habiller en rouge. Sa maman lui avait cousu un manteau et un bonnet de cette couleur. Comme elle avait fait de la confiture, elle lui proposa d’en porter à sa grand-mère.

— Tu ne parleras pas à des inconnus, dit maman. Et passe à la boulangerie prendre une baguette, ça fera plaisir à Mamie.

Le petit chaperon rouge fit ce que sa maman lui dit. Mais, le pain frais lui faisait tellement envie que pendant le chemin, elle en grignota le crouton, puis un autre bout. Elle pensa qu’avec de la confiture ce serait encore meilleur, elle s’assit sur le bord du trottoir et ouvrit le pot. C’est alors que des petits oiseaux se groupèrent autour d’elle pour manger les miettes.

— Bon appétit petite fille, dit un monsieur qui s’arrêta devant elle.

Elle ne répondit pas parce que sa maman lui avait défendu de parler à des inconnus.

— Tu veux bien me faire goûter ta confiture ? C’est quel parfum ?

Le petit chaperon rouge tendit le bout de pain qu’elle allait mettre à la bouche. Stupéfaite, elle regarda l’homme se transformer en loup.

— Ah ben ça alors ! qu’est-ce qu’elle était bonne ta confiture, mais que vais-je devenir en loup moi !

— Tu es gentil ou méchant ? demanda-t-elle.

— Je n’en sais rien. Normalement, je suis gentil, mais là, mystère !

— Viens avec moi dans le bois, je vais te montrer la maison de ma grand-mère, tu verras bien si tu as envie de la manger ou pas.

— Je crois avoir lu cette histoire et ça finit mal, je ne veux pas perdre ma peau.

— C’est mon histoire, tu ne peux pas connaitre la fin, c’est moi qui décide.

— Tu sais, les animaux comme moi, les hommes ne les aiment pas trop. Et ta grand-mère va avoir peur de moi.

Le petit chaperon rouge enleva le foulard de la même couleur qu’elle avait autour du cou et entoura celui du loup.

— Avec ça, tu es comme un chien apprivoisé. Viens avec moi.

C’est alors qu’un garçon s’approcha d’eux.

— Tu n’aurais pas vu mon grand-père ? Il devait m’attendre ici pendant que j’achetais du pain. C’est la première fois que je fais les courses tout seul.

Le petit chaperon rouge se gratta la tête. Elle ne savait pas trop comment elle allait se sortir de ce guêpier.

— C’est moi ton grand-père, murmura le loup.

Le gamin se mit à pleurer et ses larmes faisaient de grosses billes qui coulaient sur la patte de l’animal. Il redevint alors normal.

Le petit chaperon rouge se leva puis essuya les miettes qui collaient à ses lèvres et elle se rendit compte qu’elle avait mangé tout le pain et la confiture.

Stefano éclata de rire :

— Sacrée gourmande, ça ne m’étonne pas de toi. Mais ça n’a plus rien à voir avec l’histoire.

— C’est grave ? Moi, j’aime pas trop quand les loups sont méchants et dévorent les mamies, et puis ils ont dit à la télé qu’il fallait tout changer les mots dans les livres. Alors voilà, c’est fait !

© Isabelle-Marie d’Angèle (mai 2023)

À très vite…

Stefano et son papa

Bonjour toi 😉

Je retrouve avec plaisir mes petits personnages et je te partage le bavardage de Stefano avec son papa.

Stefano aidait son papa à installer un récupérateur d’eau. Ils étaient seuls, les filles étaient parties faire du shopping comme disait Charlie. Celle-ci avait décidé de rhabiller sa fille, Héloïse ravie ne s’était pas fait prier. Charlie aurait bien voulu entrainer avec elles Stefano, car ce n’est pas Joe qui allait s’en charger, mais le gamin avait préféré rester bricoler avec son père.

— On ira tous les deux, hein papa, je préfère quand on est entre hommes pour m’habiller.

Joe qui tenait en équilibre sur son échelle, un tournevis dans la bouche, grommela un vague oui.

— Hein t’es d’accord ? Un jean et un sweat ça me suffit. Avec Charlie, il faut toujours trouver une chemise assortie, puis un tee-shirt et un autre pantalon, et j’en ai marre d’essayer.

Joe descendit et regarda son gamin.

— Il y a un problème avec Charlie ?

C’était bien la première fois que Stefano parlait ainsi de la jeune femme.

— Mais non !

Il connaissait bien son fils qui commençait à se dandiner d’un pied sur l’autre, les mains dans le dos.

— Tu es sûr ? Tu peux m’en parler, je sais garder un secret.

— Ouais mais t’es amoureux et quand on est amoureux on est neuneu.

Joe éclata de rire.

— Tu as l’air de bien t’y connaitre ma foi ! Alors comme ça, je suis neuneu et tu entends quoi par-là ?

Il ne répondit pas puis il fixa son père dans les yeux.

— Dis, tu vas te marier avec Charlie ? Je te préviens, je ne veux pas porter de costume ni de cravate.

Stupéfait, Joe s’assit à même le sol et invita le petit garçon à venir le rejoindre. Il passa un bras autour de ses épaules et le serra contre lui.

— Raconte-moi ce qui te tracasse et je te rassure tout de suite, il n’est pas question de mariage pour le moment. Charlie et moi n’avons jamais abordé le sujet.

— Oui mais tu sais bien qu’avec elle, d’un coup de baguette magique, elle nous retourne comme une crêpe.

— Pas contre notre volonté, jamais, tu le sais bien.

— C’est bien ce que je dis, tu vois rien, t’es amoureux.

— Tu trouves que j’ai changé ? Je ne suis plus le même avec toi ? Pas assez présent ? Tu penses que je la laisse trop s’occuper de toi ? Je n’en ai pourtant pas l’impression et Charlie ne se permet jamais de te faire de réflexions.

Stefano soupira. Joe se recula pour le regarder.

— De quoi as-tu peur ? L’histoire du costume n’est qu’un prétexte. Je n’oublierai jamais ta maman, je te l’ai déjà dit, et Charlie ne la remplacera pas. Alors de quoi as-tu peur ? Que je t’aime moins ?

Au soupir du petit garçon, il comprit qu’il avait touché un point sensible.

— Tu sais trésor, un cœur c’est grand comme ça, reprit Joe en étirant les bras, et le mien, tu as vu comme il peut être énorme. Alors, j’aime Charlie oui mais d’un amour différent de celui dont j’ai aimé ta maman, puis toi, je t’aime fort autrement, et puis j’aime aussi encore différemment Héloïse. Il y a de la place pour tout le monde dans mon cœur, mais tu sais… toi, tu auras toujours la première place.

Stefano se jeta dans les bras de son père.

— Tu promets ?

— Croix de bois croix de fer, si je mens je vais en enfer.

Stefano ajouta tout bas

— Pour le reste aussi tu promets ? Pas de costume hein, si jamais tu changeais d’avis pour le mariage.

Joe éclata de rire et embrassa tendrement son fils

— Alors, on la continue cette installation de récupérateur d’eau ?

© Isabelle-Marie d’Angèle (mai 2023)

À très vite…

Héloïse veut faire du vélo

Bonjour toi 😉

Mercredi, jour des enfants, c’est avec plaisir que je retrouve mes petits personnages Héloïse et Stefano.

Héloïse aimerait bien faire du vélo. Stefano voulait lui prêter le sien.

— Non, j’en veux pas, c’est un de garçon.

Stefano haussa les épaules, il ne voyait pas la différence.

– Il est bleu.

— Ne me dis pas que tu en veux un rose ?

Joe qui avait entendu la conversation intervint :

— Il y a longtemps que c’est fini cette histoire, du rose pour les filles et du bleu pour les garçons.

— C’est pas vrai. Mes copines, elles ont des vélos roses.

Papa Joe fronça les sourcils et Charlie qui passait par là éclata de rire.

— Héloïse, je t’ai bien vu jouer au foot pas plus tard qu’hier. C’est pourtant un jeu de garçons non ?

La petite fille ouvrit de grands yeux et brava sa mère.

— C’est pas pareil, il y a des équipes de filles dans le football.

— Et ? insista Papa Joe.

— Ben… je veux un vélo rose voilà.

Joe et Charlie rirent de concert. Stefano y ajouta son grain de sel.

— Dis plutôt que tu préfères avoir un vélo neuf à toi que d’avoir le mien trop petit pour moi.

Héloïse se dandina d’un pied sur l’autre. Elle était démasquée. Charlie lui proposa :

— Nous ne savions pas que tu avais envie de faire du vélo, tu n’en avais jamais parlé, ce qu’on peut faire c’est que tu essaies sur celui de Stefano et si ça te plait et que tu débrouilles, promis, tu pourrais choisir celui dont tu rêves.

— Le vélo de mon fils est en très bon état, ajouta Joe qui ne trouvait pas utile d’en acheter un nouveau qui dans un an serait devenu trop petit. Il préférait attendre, mais il se tut.

Héloïse accepta du bout des lèvres. Joe vérifia la selle et l’ajusta à la taille de la fillette. Elle n’était jamais montée sur une bicyclette aussi papa Joe remarqua :

— Je crois me rappeler où sont rangées les petites roues, ça serait plus facile pour commencer.

Héloïse n’était pas d’accord, elle voulait être une grande tout de suite. Pour montrer qu’elle savait faire et surtout qu’elle pourrait avoir rapidement un vélo bien à elle, elle grimpa sur l’engin. Charlie tenta de lui tenir la selle et d’avancer avec elle, de peur qu’elle tombât n’ayant peut-être pas encore l’équilibre, mais Héloïse donna un gros coup de pédale et la voilà partie.

Surpris, Stefano qui avait failli être renversé se recula en criant alors que Papa Joe et Charlie, ébahis, contemplèrent Héloïse, très fière d’elle qui s’échappait par le portail.

Surpris, Stefano qui avait failli être renversé se recula en criant alors que Papa Joe et Charlie, ébahis, contemplèrent Héloïse, très fière d’elle qui s’échappait par le portail.

Affolée, Charlie se mit à courir derrière elle. Il ne passait pas souvent des voitures sur ce chemin, mais il suffisait que Mathurin rentrât avec son tracteur et c’était l’accident, mais Héloïse revint toute guillerette. Elle posa pied à terre et afiirma à Stefano.

— Je ne l’ai même pas abimé, il roule super vite. Merci.

Elle se tourna vers Papa Joe et sa maman.

— Alors, on y va quand choisir mon vélo ?

Charlie fronça les sourcils, sa fille la regardait d’un air frondeur qui ne lui plut pas.

— On a le temps et tu serais gentille de nous parler sur un autre ton s’il te plait. Ce vélo, comme tu l’as dit toi-même, fonctionne très bien. Il peut faire l’affaire pour quelques jours, histoire de voir comment tu te comportes avec lui. D’ailleurs, ce serait bien que dès que serons tous disponibles, nous partions faire une promenade ensemble, ce serait l’occasion de t’inculquer quelques règles du Code de la route. Tu n’as pas été très prudente de sortit ainsi sans regarder.

Héloïse baissa la tête. Elle n’avouera pas qu’elle n’avait jamais fait de vélo de sa vie.

— Je te parle, Héloïse.

Papa Joe voudrait intervenir, ce n’était pas non plus une catastrophe, mais le ton qu’avait employé Charlie le stoppa dans son élan. C’était une histoire entre ses deux femmes et il sentait qu’il ne devait pas s’en mêler. Le regard de Charlie quand elle fixait sa gamine, il l’avait déjà vu, il le mettait toujours mal à l’aise comme si elle détenait un pouvoir particulier.

— Pardon maman.

Stefano se gratta la tête, il avait la même mimique que son père. Décidément, c’était à n’y rien comprendre avec les filles. Il était pourtant certain qu’Héloïse n’avait jamais fait de vélo.

Il en fut encore plus convaincu quand celle-ci passa devant lui et lui fit un clin d’œil.

© Isabelle-Marie d’Angèle (Mai 2023).

À très vite…

La cabane d’Héloïse et Stefano

Bonjour toi 😉

Journée des enfants, je te laisse avec mes petits héros Héloïse et Stefano. Parfois au détour d’une phrase, la vérité sort de la bouche des enfants 😉😊.

C’était le grand jour, Papa Joe construisait la cabane de Stefano et Héloïse.

Les gamins s’étaient levés de bonne heure, pas de grasse matinée alors que c’était mercredi. Le petit déjeuner avait été avalé à une vitesse grand V. Charlie n’eut même pas de réflexions à faire, les mains étaient lavées, les bouches essuyées, les bols portés sur le lave-vaisselle et la table débarrassée. Joe fit un clin d’œil amusé à sa moitié d’un air de dire que si c’était tous les jours comme ça, ce serait merveilleux.

— Nous sommes prêts.

Héloïse en salopette, casquette sur la tête l’attendait de pied ferme avec un papier à la main. Elle lui tendit et du haut de ses six ans, elle interrogea Joe sérieusement :

— Tu vas suivre mon plan hein ? Je t’ai tout écrit là.

Elle indiqua sur sa feuille les différents dessins. Joe saisit ce qui ressemblait à un plan. Effectivement, une cabane était bien représentée. Il fronça les sourcils.

— Il n’était pas question qu’elle soit installée en haut d’un arbre.

Charlie s’approcha et posa son menton sur l’épaule du grand gaillard. Elle bouscula son chapeau pour mieux voir. Joe avait tout l’air d’un cow-boy même le matin de bonne heure.

Elle murmura :

— Ce serait dangereux non ?

Héloïse montra l’escalier.

— Ah parce qu’en plus, il faut faire des marches ? demanda Joe.

— Comment veux-tu qu’on y monte sinon ?

Les yeux grands ouverts de la gamine le fixaient. Il se sentit idiot d’avoir posé la question.

Stefano regarda son père en haussant les épaules d’un air de dire qu’il n’y était pour rien.

Charlie interrogea la fillette :

— Sur quel arbre avez-vous imaginé cette cabane ?

Les enfants se tournèrent l’un vers l’autre. Ils avaient de ces questions les adultes. N’empêche qu’ils n’y avaient pas réfléchi.

— Ok, j’apporte tout le matériel et on voit ensemble ce qu’on peut faire, proposa Joe qui n’avait quand même pas que ça à faire.

Charlie leur emboita le pas. Elle devait y mettre son grain de sel. C’était elle qui s’était occupée de l’achat du bois malgré les dires de son homme qui ne cessait de répéter qu’elle ne trouverait pas ce qu’il fallait. Pourtant, il la laissa faire. Charlie était la reine du bricolage, il avait déjà remarqué qu’elle avait des doigts de fée et que tout ce qu’elle touchait s’arrangeait sur l’heure.

Les enfants aidèrent Joe à porter les planches sur la remorque du tracteur. Il y déposa son énorme boîte à outils. Héloïse adorait la regarder. Elle lui faisait penser au grand sac de Mary Poppins en moins joli. Joe en sortait tout un tas d’objets qui servait tous à quelque chose. Quand il fouillait à l’intérieur, ça faisait un drôle de bruit et il n’en fallait pas plus pour que la petite fille s’imagine une histoire. Elle se demanda si Dame Tournevis et Seigneur Marteau étaient réveillés.

Ils grimpèrent à côté du siège, Charlie marchait à côté d’eux, accompagnée du chien Texas qui gambadait autour d’elle.

Héloïse désigna le platane qui trônait au milieu du pré peu éloigné de la maison.

— Là, papa Joe, la cabane sera bien.

Il fronça les sourcils. Il n’avait pas pensé à cet arbre, il le regarda mieux en s’approchant. Il n’avait jamais remarqué ses branches qui s’élançaient vers le ciel de cette façon.

— Tu vois, tu fais une échelle et hop !

Il grommela :

— Y a qu’à évidemment. Avec ton crayon, c’est toujours facile.

Mais, il arrêta son tracteur et descendit en sifflotant. Héloïse et Stefano sautèrent de l’engin très excités.

Heureusement que Charlie était avec eux, le travail avançait vite et la cabane prenait forme. Joe ne comprenait pas tout et surtout pas comment les enfants avaient de telles facilités pour emboiter les planches les unes aux autres. Charlie lui dit que le vendeur lui avait vanté ce matériau et qu’il était fait exprès pour le montage rapide de ce genre de construction.

Depuis que Charlie était entrée dans sa vie, Joe s’interrogeait tous les jours sur les dons qu’elle développait. Certes, elle était douée mais quand même ! Cartésien comme il l’était, des choses incompréhensibles pour lui le titillaient souvent, mais devant le sourire angélique de Charlie et son regard limpide, il baissait les armes et abandonnait la partie qu’il savait perdue d’avance.

La cabane était terminée… dans l’arbre. Joe n’en revenait pas. Charlie avait insisté pour la monter et la consolider au milieu du platane qui semblait s’écarter au fur et à mesure que l’habitation des enfants s’installait. Ne restait que l’échelle de corde à accrocher.

— Ah et il ne faudra pas oublier les poubelles pour le tri, dit Héloïse d’une voix ferme. Le Maître à l’école nous a bien expliqué.

— Ben voyons, et je vais les trouver où ? grogna Joe.

— Ne fais pas ton hérisson, répondit calmement Charlie. Regarde, j’avais prévu.

Elle montra les boites avec des couvercles de différentes couleurs. Elle désigna, la jaune pour le plastique, la verte pour les ordures, la bleue pour le carton, et le composteur pour les épluchures.

— Mais ?

Joe souleva son chapeau pour se gratter la tête et demanda :

— Parce que tu crois que les enfants vont manger ici et avoir besoin de toutes ces poubelles.

— C’est pour faire comme une vraie maison, lui répondit avec aplomb Héloïse.

— CQFD, ajouta Stefano.

— Merci Papa Joe.

Héloïse planta deux grosses bises sonores sur ses joues puis elle tapa des mains.

Elle regarda Joe accrocher l’échelle de corde, puis elle le vit retourner à son tracteur. Curieuse, elle le suivit.

— Oh, une balançoire !

Elle ne put réprimer sa joie et se mit à tourner comme une toupie, les bras écartés, pendant que Joe installait à une autre branche la balançoire. Il vérifia la solidité et invita les enfants à l’essayer. Stefano s’y assit le premier et s’élança. Héloïse en admiration le regardait, ébahie.

— Tu me pousseras au début, je ne sais pas trop faire encore.

Joe entoura les épaules de Charlie et tous deux contemplèrent les gamins dont les joues rouges et les yeux brillants exprimaient leur bonheur.

C’est alors qu’ils entendirent le camion poubelle s’arrêter devant la maison. Héloïse le regarda et dit :

— Bientôt, ils ne vont plus avoir de travail, on leur fait tout le boulot.

Et Joe ajouta in petto et en plus on paie plus cher ! Charlie lui fila un coup de coude pour le faire taire. Il sourit mais il n’en pensait pas moins.

© Isabelle-Marie d’Angèle (avril 2023).

À très vite…

Héloïse et Stefano

Bonjour toi 😉

C’est mercredi et pourquoi pas laisser parler mes petits héros, Héloïse et Stefano. Comme quoi, une question anodine peut en amener une autre 🙄.

Stefano et Héloïse ont grandi. Il approchait les sept ans alors qu’elle avoisinait les six. Comme c’était mercredi, ils revenaient ensemble à pied de l’école. Ce n’était pas loin, ils bavardaient en partageant leurs secrets.

Héloïse n’hésitait jamais à demander l’aide de son petit compagnon.

— Tu pourras me faire réciter ma poésie ?

Elle n’était pas sûre d’elle. Elle apprenait vite, mais elle craignait souvent que sa mémoire flanchât.

La conversation prit un tour inattendu.

— Et puis tu sais ma copine Tina, elle est tombée.

— Oui, et, c’est grave ?

— Elle a des bleus partout. Elle m’a dit qu’elle n’avait même pas pleuré.

— Elle est tombée comment ?

— Des escaliers.

Stefano regarda sa sœur d’adoption.

— Tu parles bien de Tina, celle qui habite dans les nouvelles maisons ?

— Mais oui, pourquoi tu demandes ça ?

— Pour rien.

Ils arrivèrent chez eux et la bonne odeur de cuisine les cueillit aussitôt. Joe était justement en train de se laver les mains et Charlie, le tablier autour de la taille, tendit sa joue. Texas, le terre neuve leur fit la fête.

— Mathurin a proposé que vous alliez voir votre poulain Célestin cet après-midi.

Joe regarde les deux enfants en s’installant à table.

— Vous vous êtes lavé les mains ?

Charlie ne transigeait pas, pour le repas, chaque menotte devait être propre. Les gamins le savaient.

Ils s’assirent et la jeune femme apporta la soupe de légumes sur la table.

— J’aime pas ça ! ronchonna Héloïse.

Charlie lui en versa tout de même une louche dans son assiette et Joe y alla de sa petite phrase toute faite :

— Il faut que tu manges pour devenir grande.

— Maman n’a pas dû en manger beaucoup, elle ne t’arrive même pas aux épaules.

— C’est parce que je suis très grand.

— Et que je n’ai pas mis mes talons.

Tout le monde éclata de rire, sauf Héloïse qui regarda d’un drôle le liquide verdâtre devant elle.

— C’est à quoi ?

— Haricots verts, courgettes et…

— Je déteste les haricots verts.

Charlie soupira. Sa fille faisait la difficile en ce moment. Stefano, avait déjà terminé.

— Elle est très bonne ta soupe. Tu devrais la goûter Héloïse.

Elle accepta de tremper ses lèvres.

— Alors ?

— Hum, ça va.

— Tina est tombée des escaliers et a des bleus partout, déclara Stefano.

— T’étais pas obligé de le dire, rouspéta Héloïse. C’est ma copine. C’est à moi de le dire.

Charlie et Joe se regardèrent.

— Tina ? Ton amie qui vient de déménager dans les nouvelles maisons ?

— Pourquoi tu demandes ça ? Stefano aussi a fait pareil tout à l’heure.

Charlie enleva les assiettes creuses, ainsi que celle de sa fille qui l’avait terminée, et apporta le gratin de macaronis.

Les deux enfants applaudirent. Elle les servit en les prévenant que c’était chaud, qu’ils fassent attention de ne pas se brûler. La bouche pleine de pâtes et de fromage qui filait, Héloïse reprit oubliant les recommandations de Charlie.

— Même qu’elle n’a pas pleuré. Pourtant, elle en a beaucoup de bleus. Moi, j’aurais pleuré, c’est sûr !

— Elle les a montrés à ta maîtresse ? l’interrogea Charlie oubliant de la réprimander.

— Ben non, y a qu’à moi qu’elle l’a dit. C’est pas un secret, alors, je vous le raconte.

— Tu les as vus aujourd’hui seulement ?

— Mais non ! ça fait longtemps. Elle tombe souvent en fait.

Stefano regarda son père.

— Je croyais qu’il n’y avait pas d’escaliers dans ces maisons-là.

— Dis aussi qu’elle ment !

Héloïse se mit à pleurer.

— T’es méchant Stefano. Elle raconte pas des histoires ma copine. Même qu’elle raconte que son papa, il la frapperait si elle mentait.

— Nous te croyons ma chérie.

Charlie lui passa la main dans les cheveux et soupira. Décidément…

Une fois la table débarrassée, la vaisselle dans la machine et les enfants partis dans la salle de jeux, Charlie demanda à Joe.

— Tu sais parfaitement comme moi que cette petite est brutalisée par son père non ?

— Hum !

— Et alors ? On laisse faire ?

Joe soupira.

— Tu veux que j’en parle à la femme de Mathurin, elle est assistante sociale.

— Joséphine ? Oui, c’est vrai. Elle est au centre d’action sociale. Mais…

Charlie se détourna. Joe savait bien à quoi elle pensait.

Dans la salle de jeux, Héloïse discutait avec sa poupée. Stefano lisait.

— Pourquoi tu me fais mal ?

— Je ne te fais pas mal, je te frappe parce que tu as fait des bêtises.

— Oui, mais tu me fais mal.

Stefano leva la tête.

— Mais pourquoi tu fais ça à ta Barbie, Héloïse ?

— C’est pas grave, il faut bien, elle n’est pas sage. Tu sais, mais tu ne le répètes pas, mon papa, il faisait ça à maman. Elle croit que je le sais pas, mais j’ai tout vu. C’est pour ça qu’on est là. Elle avait peur qu’il me fasse du mal. Heureusement que ton papa, il n’est pas comme ça, et tu as bien de la chance !

Stefano resta muet. Héloïse n’avait pas l’air perturbé. Depuis qu’elle était arrivée avec Charlie, elle n’avait jamais fait allusion à cette histoire. La petite fille leva la tête et sourit :

— Tu voudras qu’on se marie quand on sera grands ?

— Tu as de ces questions Héloïse ! Comment veux-tu que je le sache ?

— Moi j’en suis certaine. Et toi ?

— Bah si tu en as envie.

— Sérieux ?

Héloïse lui sauta au cou.

— Viens, on va le dire à maman et papa Joe.

— Attends, il n’y a pas urgence !

— Ça veut dire quoi urgence ? C’est quand on va à l’hôpital ? Mais je ne suis pas malade.

— Non, Héloïse, ça veut dire que ce n’est pas pressé de les prévenir tout de suite.

— Pressé comme un citron ? Je ne comprends rien à ce que tu racontes. Moi, je veux le dire à maman.

Elle se leva et dévala l’escalier, faillit rater une marche, et fut cueillie par Joe qui la rattrapa de justesse.

— Combien de fois faudra-t-il te dire de ne pas courir dans les escaliers ?

Joe avait pris sa grosse voix.

— Je voulais dire quelque chose d’urgent à maman même si c’est pas pressé comme un citron. Mais je peux le dire à toi aussi. Avec Stefano on va se marier.

Le gamin qui descendait regarda son père. Celui-ci faillit éclater de rire devant la mine penaude de son fils.

— Félicitations les enfants ! Vous avez choisi une date ?

Héloïse répondit très sérieusement :

— Tu as de ces questions papa Joe ! Comment veux-tu que je le sache ?

© Isabelle-Marie d’Angèle (avril 2023).

À très vite…