Feel Good : C’est à cause de la clé

Cadeau ! 2 chapitres aujourd’hui ! 😊

Chapitre 6

Cléo décida de retrouver Sidonie, mais elle vit qu’il y avait du monde et comprit que son amie ne serait pas disponible. Elle se sentit alors complètement abandonnée. Elle se dirigea à pas lents vers son coin fétiche, isolé, derrière des rochers, où les vagues lui léchaient les pieds. Le bruit de l’eau la calma rapidement. Elle contempla le va-et-vient de la mer et son regard se perdit au loin.

Elle sursauta quand elle comprit que quelqu’un s’asseyait à côté d’elle sur le sable.

— Moi aussi, quand j’ai besoin de réfléchir, je la cherche pour qu’elle me réconforte. Rien que de l’admirer, je suis apaisé.

Arsène Maestro se tut. Cléo ne dit rien. Elle sentit son parfum et sa présence la rassura. Pourquoi pensa-t-elle aussitôt qu’avec lui, elle ne risquait rien ?

— Vous allez salir votre costume !

Il haussa les épaules.

— C’est vrai que vous devez en avoir des placards entiers.

Il rit.

— Ce n’est pas faux !

Il ne la regardait toujours pas.

— Je parie que si je vous demande de venir vous baigner avec moi, vous allez me répondre que vous n’avez pas de maillot.

— Chiche !

Elle se leva, quitta ses sandales, enleva sa robe jaune citron et apparut dans son une pièce, noir. Elle ne l’attendit pas et courut dans la mer. Elle se mit à nager. Elle adorait ça depuis toute petite. Elle aurait aimé être une sirène. Évidemment, ça n’existait pas. Elle plongea et quand elle sortit la tête hors de l’eau, elle s’aperçut qu’il la rejoignait d’un crawl puissant et impeccable. Arrivé à sa hauteur, il demanda, les yeux plissés, gênés par les gouttelettes et le soleil :

— Alors ?

— Sérieux ? Vous avez abandonné votre costume sur le sable ?

— Surtout, ne le dites à personne. Les journalistes s’en donneraient à cœur joie.

— Motus et bouche cousue. On fait la course ? Vous voyez le rocher là-bas ? On y va, le premier arrivé de nous deux, grimpe dessus. D’accord ?

Elle n’attendit pas la réponse et s’élança. Il la suivit. Ils arrivèrent ensemble.

— Pour votre âge, vous vous débrouillez vachement bien !

Elle se hissa sur la pierre. Il la rejoignit aussitôt.

— Vous n’êtes même pas essoufflé, remarqua-t-elle admirative.

— Pour mener la vie que j’ai choisie, je dois m’entretenir. Je fais du sport tous les jours et j’avoue que la natation est mon hobby, je n’ai donc aucun mérite.

— Vous devez avoir souvent les caméras tournées vers vous, ça ne vous gêne pas ?

— C’est plutôt moi qui tourne la caméra, vous savez !

— Vous dites Silence on tourne ?

— Évidemment ! pour qu’il n’y ait plus de bruit. Sur un plateau, il y a toujours des bavardages intempestifs. J’avoue, je ne suis pas un tendre quand ça ne va pas comme je le souhaite. Mais en général, mes équipes ne me trouvent pas trop difficile à vivre. Vous pourrez demander à Brune, elle me connait bien.

— Déjà directrice de casting, elle doit être super douée ! j’imagine qu’elle a le même âge que moi ! J’ai vingt-cinq ans !

— Elle est dans le métier depuis toute petite. Elle n’a pas encore tous les diplômes, mais elle travaille en binôme avec ma collaboratrice qui, elle, s’occupe du recrutement depuis des années. Effectivement, elle a votre âge. C’est ma fille.

Stupéfaite, elle demanda, un brin agacée.

— Pourquoi ne pas me l’avoir dit plus tôt ?

— Quelle importance ?

— En fait, tout ça était un coup monté, j’avais raison.

Cléo se tordit les cheveux et les enroula sur la nuque. Elle saisit son élastique autour du poignet pour les attacher en un chignon lâche.

— Non, ce n’était pas prémédité du tout. Mais j’avoue que le coup de la blonde, c’est parce que nous avons jeté un œil sur les réseaux sociaux pour vous connaître un peu mieux.

Elle se braqua aussitôt et voulut se lever. Il la retint et la regarda dans les yeux. Le vert et le gris se rencontrèrent.

— Votre copine n’était au courant de rien.

— Ce n’est pas ma copine.

— Peu importe. Je vous dis la vérité. Il n’y avait rien de prémédité dans tout ça.

— Et le texte ? Ça ressemblait quand même beaucoup à ce que j’ai vécu, non ?

Il ne répondit pas.

— Alors ? C’est bien ce que je pensais.

— Vous vous trompez. Je devais être certain que vous étiez bien l’héroïne de mon film et pour cela, je devais voir comment vous réagissiez quand vous étiez émue, touchée, triste, en colère… J’ai été servi ! en quelques secondes, toute cette palette de sentiments a défilé sur votre visage. C’est Claudio qui a écrit le texte. Je ne suis pas un tricheur. Je ne veux pas vous faire de mal. Croyez-moi Cléo, vous avez un bel avenir devant vous ! Faites-moi confiance !

— Hum ! Confiance ? C’est un mot que je n’aime plus, murmura-t-elle de sa voix voilée.

Elle entoura de ses bras ses genoux et regarda au loin. Soudain, elle frissonna.

— Et si nous repartions, suggéra-t-il ? Je vous offre un chocolat chaud à l’arrivée.

Elle ne l’attendit pas et plongea.

Ils s’ébrouèrent ensemble sur la plage. Ils n’avaient pas de serviette. Elle rit.

— Alors monsieur le réalisateur ? Vous allez enfiler votre costume sur votre peau mouillée ?

Il ne répondit pas et passa sa chemise sur son torse nu, musclé. Il roula son pantalon et sa veste et la contempla. Elle le regardait bouche bée.

— Donc ? On le prend ce chocolat ? Fermez la bouche, vous allez gober une mouche !

Il partit devant. Elle mit sa robe sur son maillot et le suivit.

Vraiment étonnant ce type, pensa-t-elle !

Chapitre 7

Dans le train qui l’emmenait, Cléo laissait son esprit vagabonder. Le cœur en déroute, elle avait finalement accepté de tenir le rôle que lui proposait Maestro. Elle ne savait pas ce qui lui avait fait le plus de mal, le ouf échappé des lèvres de Martin ou l’impression que Sidonie soufflait elle-aussi, comme si, elle était de trop, toujours dans leurs pattes.

Quant à ses parents, elle les avait étudiés, surveillé leurs réactions, et à part le plaisir sincère dans les yeux de sa mère, elle avait compris qu’ils se réjouissaient pour elle. Son père avait même ajouté que son chef, quand il apprendrait qu’il avait affaire à la vedette du film du célèbre réalisateur, il ne jouerait plus au malin avec elle. Il lui avait répété qu’elle devait prendre confiance en elle, qu’elle reviendrait grandie de cette expérience. Elle en doutait, mais elle avait fait comme si !

En regardant défiler les paysages, elle pensait qu’elle n’en était pas encore là. Elle se demandait encore si elle ne descendrait pas au prochain arrêt pour aller se cacher. Mais où ? Elle était toute seule ? Pas de frère et sœur, plus d’amis. Elle soupira à nouveau.

Arsène lui avait donné le script. Elle l’avait dans son sac. Elle n’avait pas osé le lire. Deux jours plus tôt, Arsène, Claudio et Brune, l’avaient invitée à diner avec eux. Elle n’avait pas été très à l’aise. Elle se rappelait encore sa conversation avec Brune.

— Pourquoi, tu ne m’as pas dit que tu étais sa fille ?

Cléo l’avait attaquée de front. Elle agissait souvent ainsi quand elle se sentait humiliée et blessée avec agressivité.

— Tu ne me l’as pas demandé !

— Un peu facile non ? Surtout que tu m’as mis du monsieur Maestro plein la vue.

— C’est toujours comme ça dans le travail. Je ne veux pas qu’on croit que je suis arrivée là grâce à lui. Ce n’est pas simple d’être la Fille de.

Évidemment, elle n’avait pas pensé à cet aspect des choses. Elle les avait regardés et un sentiment étrange l’avait envahie qu’elle préférait ne pas analyser pour l’instant.

Elle saisit le script et le feuilleta. Subjuguée, elle comprit qu’elle allait jouer en costume. En quelques pages, elle prenait des années. L’idée de se voir avec quarante piges de plus la fit sourire. Elle allait interpréter Ludivine jeune et vieille. Finalement, pourquoi pas ! Qui allait endosser le rôle du personnage masculin ?

La gare de Bergerac se profila et elle descendit sur le quai. Brune l’attendait et lui fit signe. Cléo respira mieux. Elle ne serait pas seule pour faire son entrée dans ce monde inconnu.

— Tu as fait bon voyage ?

— Oui !

— Stressée ?

— Un peu !

Les réponses laconiques de Cléo agacèrent Brune.

— C’est quoi le problème ?

Cléo posa son sac et croisa les bras.

— Tu ne me parles pas comme ça.

— Tu as peur et c’est normal, mais tu verras tout se passera bien.

— Si tu le dis.

Elle reprit son bagage et suivit la jeune fille.

— L’endroit où l’on tourne est magique. Tu vas faire connaissance avec toute l’équipe : maquilleurs, styliste, coiffeur, cameramen, et les comédiens bien sûr. Mon père les a prévenus que tu étais toute nouvelle. Tu sais, il cocoone un peu tout son monde, mais il aime le travail bien fait. Je t’explique comment ça va se passer, tu vas avoir ton texte à apprendre et les scènes que tu devras tourner. Si tout va bien, dans un mois, tout est dans la boîte. Le film pourrait sortir pour les fêtes de fin d’année. Tu reprendras ta petite vie tranquille jusqu’à la promotion qui débutera quelques semaines avant. Mais ne t’inquiète pas, tu vas avoir ton planning et même… tiens-toi bien… une loge rien que pour toi, étant donné que tu es l’héroïne.

Clé sentit le mal de tête monter.

— Monsieur Maestro compte sur toi.

— Voilà que tu recommences, tu ne peux pas dire mon père ?

Cléo agacée, ferma les yeux. Elle aurait voulu être sur la plage et ne penser à rien. Pourquoi a-t-il fallu qu’il perde ces foutues clés ce client ! De plus, elle ne devait pas être présente ce jour-là, elle avait changé ses horaires avec Françoise. Si elle avait su ! ça tournait en boucle ! les clés, Noé, les bijoux volés.

— À quoi penses-tu ? J’espère que tu te rends compte de la chance que tu as. Des tas de filles de ton âge aimeraient être à ta place.

Cléo ne répondit pas. Elle commençait déjà à en avoir ras le bol aussi de Brune, un peu donneuse de leçons sur les bords.

Elles parvinrent devant une belle bâtisse située dans un grand parc arboré et fleuri. Brune, l’entraina voir son père. Arsène parlait avec un homme quand Cléo arriva à sa hauteur. Elle se sentit rougir et un filet de sueur froide coula le long de son dos. Pierre Niney en personne était face à elle. Il l’accueillit gentiment.

— Alors c’est toi la nouvelle recrue d’Arsène ?

Il la prit dans ses bras. Stupéfaite et complètement abasourdie, elle eut du mal à réaliser que c’était bien lui, récompensé par un césar pour son rôle d’Yves Saint Laurent quila serrait contre lui.

Elle plaqua un sourire sur ses lèvres et émit un bonjour du bout des lèvres. L’acteur se détourna d’elle et la laissa seule avec Maestro.

— Je ne me sens pas bien !

Le cœur en vrac, elle luttait pour retenir ses larmes. Trop de stress, elle ne gérait pas. Arsène la saisit rapidement par la main et l’emmena auprès de sa directrice de casting en titre, Marjorie, amie de longue date. Il lui murmura à l’oreille de s’occuper d’elle avec douceur et s’en fut retrouver son équipe. Il commençait à se demander s’il avait fait le bon choix. Il espérait sincèrement qu’il ne s’était pas trompé.

Marjorie, brune à lunettes, un peu ronde, débordante d’énergie, en jeans et basquets, la prit aussitôt sous son aile.

— Ne t’inquiète pas Cléo. C’est toujours comme ça la première fois. Tout va bien se passer. Je vais te présenter à ton coiffeur et ta maquilleuse, tout de suite, tu te sentiras mieux.

Un blond décoloré à la mèche rebelle apparut.

— Oh ma chérie, quelles jolies boucles ! j’en suis jaloux !

Il la prit dans ses bras et lui plaqua deux bises sur les joues. Très tactile, il lui tint les mains, la fit tourner sur elle-même.

— Tu es magnifique ! Je comprends le chef ! Tu es celle qu’il cherchait, tu vas cartonner ma bichette !

Marjorie lui murmura qu’il ne fallait pas qu’elle soit surprise. Tonio terminait toujours ses phrases avec un surnom affectueux.

— Tu n’as pas de souci à te faire, Tonio aime les hommes. Je te présente Clémentine, ta maquilleuse.

Elle lui fit penser immédiatement à Sidonie, elle était aussi grande qu’elle. Parsemée de taches de rousseur, elle mit à l’aise aussitôt Cléo en lui racontant qu’elle avait regardé le soleil à travers une passoire. Elle éclata de rire et Cléo ne put s’empêcher de faire de même.

La porte s’ouvrit à la volée. Un homme entra et Cléo resta pétrifiée. Elle avait devant elle son ami de toujours, Ulysse Dernhomes celui qu’elle n’avait plus le droit de voir parce que son père ne l’aimait pas à cause de ses arrière-grands-parents qui pendant la guerre les auraient soi-disant dénoncés.

À suivre…

Feel good : C’est à cause de la clé

Chapitre 4

Le lendemain matin, Pierre et Margareth Rose furent surpris de découvrir leur fille dans sa robe jaune citron en train de préparer le petit-déjeuner.

— Ton planning a changé ? demanda sa mère.

— Non, je suis en vacances.

Ses parents se regardèrent.

— J’ai fait une connerie, le chef de la réception, m’a mis au frais pendant trois semaines. Je ferais toute la saison sans congés, avec lui. Charmant ! Tout ça à cause de Noé.

Elle leur raconta en détail ce qu’il s’était passé.

— Surtout papa, tu ne t’en mêles pas ! Si j’avais su… fichue clé ! J’y suis pour rien en plus !

— Que vas-tu faire ? Partir un peu ?

— Je vais aider Sidonie à la Paillotte, gratis évidemment !

Son père grommela.

— Sidonie et Martin ! Les jumeaux ! S’il leur prenait l’envie de s’en aller, je me demande ce que tu deviendrais, ma chérie.

Cléo baissa les yeux. C’est tout à fait ce que lui avait dit la veille au soir Martin. Tous, commençaient à lui taper sur le haricot, à répéter qu’il fallait qu’elle s’envole. Nom d’une pipe, c’était sa vie, elle en faisait ce qu’elle voulait.

Quand Sidonie vit débarquer la jolie brune aux cheveux longs sur la plage, elle lui fit un signe de tête. Lorsqu’elle remarqua qu’elle parlait avec le réalisateur rencontré la veille, elle se posa des questions mais ils arrivèrent à son comptoir et elle leur fit son plus beau sourire.

— Je vous sers quelque chose ? Un café ? Un chocolat chaud ? Vous êtes bien matinal, monsieur Maestro.

— Je vous présente ma fille, Brune. Votre amie n’est pas là ?

— Elle travaille à cette heure-ci.

Arsène se fit discret. Il n’était pas censé savoir que Cléo était mise à pied. Le portable de Sidonie sonna. La musique de Jusqu’ici tout va bien de Gims retentit.

— Cléo ? Tu n’es pas au boulot ?

Brune et son père s’éloignèrent vers la plage.

— J’ai fait des recherches papa, comme tu me l’as demandé. J’ai peut-être trouvé un truc. J’attends de la rencontrer et je te donnerai mon avis.

Sidonie ne l’avait pas prévenue que Maestro était là. Aussi quand Cléo apparut devant elle, elle fronça les sourcils parce qu’elle aperçut Brune et Arsène.

— Encore vous ?

Sidonie haussa les épaules et affirma qu’ils venaient d’arriver. Elle ne présenta pas Brune. Celle-ci s’approcha d’elle et tendit la main.

— Bonjour, je suis la directrice de casting de Monsieur Maestro. Il m’a parlé de vous. Je suis heureuse de faire votre connaissance.

Sidonie ne fit aucune remarque. Cléo, prise par surprise, serra la main de la jeune femme qui devait avoir au moins le même âge qu’elle. Elle l’envia aussitôt, la trouva très jolie, et… très sympathique. Ses cheveux longs volants au vent, son sourire franc, ses yeux violets, tout en elle lui plut et lui inspira confiance. Pourtant, elle resta sur la défensive parce que le réalisateur était là. Elle sentit le coup fourré à plein nez. L’air de sainte nitouche de Sidonie ne lui disait rien qui vaille non plus.

Arsène comprit qu’une fois de plus sa fille avait fait mouche. Elle avait un don pour mettre à l’aise les gens dès leur première rencontre. Brune était inoubliable. Elle tenait ça de sa mère, disparue à sa naissance. L’accouchement avait mal tourné et Arsène s’était retrouvé veuf et seul à élever le nourrisson, il y avait vingt-cinq ans. Il n’avait que vingt ans, sa carrière était loin de celle qu’elle était aujourd’hui, mais il s’était accroché pour son Brune. Aidé par ses parents, il avait travaillé dur et il était fier de ce qu’il était devenu. Sa fille était la prunelle de ses yeux.

— Alors ? Intéressée ? Tu t’appelles Cléo c’est ça ? Moi, c’est Brune.

La rouquine ne répondit pas. Évidemment, elle avait un prénom top. Elle pensa in petto qu’heureusement qu’elle n’était pas blonde. Elle sourit à cette idée.

— Sais-tu que Cléo veut dire Gloire et célébrité ? Les Cléo sont débordantes d’énergie, tu vois c’est un signe.

Stupéfaite, Cléo réagit.

— Elle est bien bonne celle-là !

— Je parie que ça aurait tout changé pas vrai ?

Brune se tourna vers Sidonie.

— Tu nous sers un chocolat chaud ? Cléo ?

— Sido fait ça très bien. Sidonie est mon amie. Elle me connait mieux que personne.

— Enchantée Sidonie. Alors si vous êtes copines, tu vas pouvoir la décider à venir passer un bout d’essai. Tu sais ce que je peux te proposer ? Pourquoi pas le faire ici, dans ton univers ?

Arsène trouva l’idée excellente. La jeune femme serait certainement plus à l’aise. Mais Cléo ne fut pas de cet avis.

— Non, je ne suis pas une comédienne. Laisse tomber ! être regardée par le monde entier et me faire critiquer, non merci ! Et pour ta gouverne, je n’ai rien d’une célébrité.

— Je suis d’accord, répondit à sa grande surprise Brune. Ce n’est jamais agréable, mais tu sais, passer à côté d’une opportunité peut aussi amener les remarques de ton entourage, par exemple s’il pense que tu as raté quelque chose. Finalement, il vaut mieux se faire critiquer pour une bonne raison, tu ne crois pas ?

Cléo éclata de rire.

— Tu es forte toi ! Pour retourner la situation et mon cerveau par-dessus le marché, tu es la reine, mais ça ne marche pas. Je n’ai pas envie.

— Même pas pour gagner de l’argent ?

— Même pas !

— Alors je n’insiste pas. C’est dommage… on le boit ce chocolat chaud ?

Cléo trempa ses lèvres dans le breuvage mousseux et demanda à Sidonie si elle pouvait venir l’aider à la paillote sans rémunération évidemment. Brune ne fit aucune remarque, mais se tourna vers Arsène et Claudio et les interrogea :

— Vous apercevez la fille là-bas ? La blonde bouclée ?

Cléo, à la dérobée, suivit le doigt de Brune et se figea. Guilaine Latin. Sidonie fit de même et baissa la tête pour cacher son sourire. Bien joué, pensa-t-elle !

— Je l’ai repérée en arrivant. Nous pourrions peut-être aller la voir et lui proposer de faire un bout d’essai.

Brune se leva, remercia Sidonie pour le chocolat et tendit sa joue à Cléo.

— Désolée, je ne peux pas rester plus longtemps. Monsieur Maestro cherche depuis des semaines son héroïne, je vais tenter ma chance avec la blonde.

Cléo murmura, le nez dans son mug.

— Elle va dire oui, c’est sûr !

Brune se retourna vers elle.

— Tu la connais ?

— Ouais !

Cléo leva les yeux et regarda son amie.

— Hein, Sido qu’on la connait ?

Elle opina de la tête.

— Si tu veux une garce pour le rôle, tu as tapé dans le mille.

Arsène se toussota, salua Cléo et Sidonie.

— Brune ?

Cléo posa son mug.

— Attendez !

Brune et le réalisateur s’arrêtèrent. Sidonie retint son souffle.

— C’est quoi le texte ? Pour rigoler, j’essaye. Après tout, si vous cherchez le genre de la blondasse qui arrive, je peux peut-être tenter le coup.

Elle marchait en effet vers eux. Cléo frissonna, une sueur froide coulait sous ses bras. Arsène et Brune sourirent.

— Où vous sentez-vous le plus à l’aise ?

— Chez moi ! Venez !

Cléo ne perdit pas de temps, Guilaine Latin l’avait repérée, elle accélérait le pas. Brune et Arsène lui tournaient maintenant le dos. Cléo en profita pour les entrainer.

À suivre…

Feel good : C’est à cause de la clé

Chapitre 3

Allongée sur son lit, Cléo regardait le plafond. Elle n’avait pas du tout envie de quitter sa maison et de se lancer dans un projet aussi fou. Elle avait peur des caméras, de ce qu’on pourrait raconter sur elle. Elle était certaine que ses parents, s’ils apprenaient la nouvelle, seraient ravis. Depuis le temps que son père la tannait pour qu’elle prenne son envol. Lorsqu’elle avait trouvé ce poste à l’hôtel qui venait d’ouvrir, elle avait remercié le ciel de ne pas devoir partir. Elle était casanière Cléo, elle n’avait pas l’âme vagabonde. Les souvenirs revenaient à la surface. Elle soupira. Cette mauvaise copine qui lui avait fait tant de mal, elle ne pouvait pas l’oublier. Alors, se remettre au-devant de la scène, elle ne s’en sentait pas le courage. Elle avait quinze ans, comme disait son père, c’était du passé tout ça ! Pourtant, la blessure ne s’était jamais refermée.

Ses parents ne devaient pas apprendre que le réalisateur était en ville. Comment l’éviter le lendemain quand elle prendrait son poste ?

Arsène regardait par la fenêtre un verre à la main.

— Que penses-tu de cette fille ? Tu te rends compte qu’elle ne s’est pas présentée elle-même ? Je connais son prénom grâce à ce garçon d’étage. Cléo ? c’est original !

Claudio rejoignit son ami.

— J’ai eu une idée ! Si j’écrivais sur elle ? Je ne suis pas certain que ce soit son père le problème. Si c’était elle qui n’avait pas envie tout simplement ?

— Tu rigoles ? N’importe quelle femme à sa place aurait signé immédiatement.

— Pas son genre, crois-moi ! Tu devrais appeler ta fille. Comme directrice de casting, je suis sûr qu’elle penserait la même chose. Elle a le physique, mais pas le caractère.

— Je dois donc abandonner ?

— Ce n’est pas ce que je dis et ce n’est pas à moi de te donner des ordres, suis ton instinct.

— C’est toi qui l’as repérée. Moi, finalement, je suis d’accord avec toi, mais si c’est pour m’attirer des problèmes, j’hésite. Je ne fais pas dans le social, si elle ne veut pas, tant pis.

Surpris, Claudio fixa son ami dans les yeux.

— Qu’est-ce qu’il t’arrive ? Ce n’est pas dans tes habitudes de changer d’avis aussi vite ?

— Je dois réfléchir. Je la regarderais travailler… de loin, sans qu’elle nous voie.

— Pas facile ! elle est à la réception, je te rappelle.

— On se débrouillera. Cherche un peu si elle a un profil Instagram. Je l’enverrai à Brune. Ma fille saura me dire si je fais fausse route. Depuis que Marjorie l’a prise sous son aile, elle fait des progrès à une vitesse grand V. Claudio posa son verre puis saisit son téléphone.

— J’irais bien piquer une tête dans la piscine. Pas toi ?

— Pourquoi pas ? Alors tu as trouvé ?

— Hey, attends ! je note le code du Wifi. Il n’y a pas le feu, si ?

— Depuis le temps que je cherche…

— Tu n’es plus à un jour près ! remarqua son ami.

— Le temps c’est de l’argent, tu le sais bien.

— Pas à moi Arsène, je te connais trop bien.

Une fois connecté, Claudio fit défiler les images.

— Tu as bien dit qu’elle s’appelait Cléo Rose ?

— Peut-être a-t-elle un surnom ?

Devant le silence de son ami, il s’approcha.

— Regarde et écoute !

Une vidéo se mit en route après les pubs habituelles.

La voix de Cléo emplit toute la suite. Les deux hommes se turent religieusement. Elle chantait l’hymne à l’amour d’Édith Piaf.

— Elle date de quand cette vidéo ?

— Dix ans !

— Et depuis ?

— Rien !

— Son compte Instagram ?

— Rien ! pas de Facebook, ni Tweeter, rien ! Le nom de sa famille est connu, comme elle nous l’a raconté. Mais rien sur elle. J’ai eu de la chance de découvrir cette pépite. Elle a été likée un nombre incalculable de fois, regarde ! Elle est toujours d’actualité et les commentaires sont bons. Je te l’avais dit qu’il y avait un truc pas clair chez cette fille.

— J’appelle Brune, ensuite je te rejoins à la piscine. Mais je te préviens Claudio, si je subodore une embrouille, je cherche quelqu’un d’autre.

Le scénariste acquiesça et ouvrit son sac de voyage pour prendre son maillot. 

Cléo, surprise de découvrir le numéro de son chef s’afficher sur son écran, sentit son cœur s’emballer. Elle décrocha les mains moites. L’appel ne dura que quelques secondes. Il voulait la voir immédiatement. Il savait qu’elle habitait à côté, il en profitait. Elle quitta sa tenue de plage pour un pantalon blanc avec un tee-shirt assorti à son bandanas vert qu’elle garda. Il était l’heure de diner, ses parents allaient se mettre à table quand elle passa devant eux. Son père hocha la tête.

— Je fais vite leur promit-elle, ne m’attendez pas.

— Oui, monsieur, j’ai abandonné mon poste quelques minutes. Le client avait perdu ses clés et…

— Vous ne devez jamais quitter la réception, mademoiselle Rose. Savez-vous ce qu’il s’est passé pendant que vous étiez à l’extérieur ?

— Non, monsieur !

Cléo sentait le rouge farder ses joues et la sueur froide couler le long de son dos.

— Quelqu’un est monté dans les étages après avoir subtilisé la clé d’une chambre d’un de nos clients. Il a pu entrer, fouiller, et s’emparer des bijoux de valeur.

— Je suis désolée. Mais…

Cléo n’osa pas dénoncer Noé qui aurait dû être son poste. Elle se mordit la langue jusqu’au sang pour ne rien dire. Il arrivait justement.

— Je vous prie de m’excuser monsieur. Mademoiselle Rose est venue parce que… J’ai dû aller aux toilettes, une envie…

Le chef de la réception l’interrompit.

— Vous savez, vous aussi, que vous ne devez pas quitter l’entrée. Je vais devoir prendre des sanctions. Vous, il désigna le portier, je veux bien passer sur votre négligence parce que vous faites partie de la maison depuis longtemps. Mais vous, mademoiselle Rose, vous avez intégré notre équipe grâce au relations de votre père dans la ville, mais je ne peux tolérer une telle erreur de votre part. Je vous demanderais donc de poser trois semaines de congés. Vous reviendrez pendant la pleine saison. Je veillerai personnellement à ce que vos plannings correspondent avec les miens. Je vous aurais à l’œil. Une autre bêtise de ce genre et c’est la porte. Vous pouvez disposer et profitez bien de vos vacances. Vous aurez besoin de toutes vos forces quand vous réintégrerez votre place.

Cléo pesta et ses deux émeraudes fusillèrent Noé. Il la regarda et s’excusa platement, il tourna les talons rapidement, bien content de s’en être sorti à bon compte. La saison estivale était particulièrement lourde à gérer et même s’il plaignait sa collègue, il ne se retourna pas. Elle le suivit, mais devant l’attitude de son chef qui la surveillait, elle stoppa nette sa course ! Elle quitta l’hôtel, furieuse, et heurta son ami Martin.

— Cléo ? Qu’est-ce que tu fais ici ?

Elle lui raconta tout.

— Mais c’est génial ! Tu vas pouvoir aller tourner ton bout d’essai !

Elle haussa les épaules.

— Tu peux toujours rêver.

Arsène Maestro rejoignit Claudio qui l’attendait au bar. Il avait tout entendu, immobile sur la dernière marche des escaliers qui menaient à sa chambre. Un sourire s’épanouit sur ses lèvres.

À suivre…

Mes lectures d’été

Bonjour amis d’ici ! 😊

Ne vous y trompez pas ! La photo indique mes livres à lire et non ceux que j’ai lus cet été ! 😂 J’aime bien blaguer !

Ci-dessous ceux que j’ai eu le temps de lire et que j’ai pris plaisir à découvrir, parce que ceux que vous voyez en photo sont les versions papier 😊. Il y a aussi les numériques, vous comprenez pourquoi n’est-ce pas ? La place me manque …

Résumé :

Après le départ inattendu de sa Mémé Léontine qui l’a élevée, Rosie a foncé tête baissée pour se donner un semblant de cadre et de dignité en créant son salon de thé, un havre de paix et de plaisirs sucrés qui lui avait permis de soulager les maux de son enfance. Mais un malencontreux accident la contraint à rester inactive, faisant resurgir angoisses et objets du passé.Une montre à gousset… Une broche… Une lettre…Une seule personne est capable de poser la lumière sur ses souvenirs : Léontine. Sauf que Rosie ne l’a pas vue depuis presque vingt ans !Entourée de ses deux compères farfelus, Mauricette et Fernande, octogénaires au tempérament insolite et bien trempé dans leurs coutumes locales du Nord de la France, Rosie reprend les rênes de son commerce mais surtout de sa vie. Maintenant il est temps de se remuer… La chasse à la Mémé commence…

Un régal ! Les générations se rencontrent et les souvenirs ont la part belle.

Truffées de phrases écrites en Chti, je me suis amusée. Quand Rosie reprend le cours de sa vie, et qu’elle réalise qu’elle est passée à côté de quelque chose d’important, les sentiments se dévoilent.

Un bel hymne à l’amitié fidèle et à l’amour sur fond de pâtisseries sucrées. Les personnages hauts en couleur font souvent sourire et ça fait du bien.

Résumé

Finistère sud, fin 2018.
Lilo, fibromyalgique, a 47 ans lorsqu’elle fait un burn-out. Un grand ras le bol de l’irrespect, de l’incivisme, du tout-pour-soi et de la non-reconnaissance de son statut de malade. Elle craque.
Durant sa convalescence, elle décide d’agir pour changer le monde et se plonge dans une aventure sociale qui va chambouler le sien.
Seulement, des phénomènes surnaturels s’invitent dans sa vie. Elle peut soudain avoir des conversations avec Billy, son axolotl. Et qui sont réellement ses nouveaux amis, Raphaël, Laureen et Alain, avec qui elle communique de façon si spéciale ?
La découverte d’un secret de famille va-t-elle l’aider à comprendre ?

Surprenant et envoutant sont les premiers mots qui me viennent à l’esprit. Surprenant parce que la rencontre avec des personnes qui développent des pouvoirs surnaturels comme la rencontre avec les êtres disparus est un sujet qui ne me laisse pas indifférente, m’intrigue tout en me faisant flipper. Envoutant, parce que j’ai lu cette histoire rapidement avec grand plaisir.

Avouez que discuter avec un Axolotl, ça n’arrive pas tous les jours. Je suis allée découvrir comment est représenté cet animal et j’avoue que m’imaginer parler avec ce poisson a de quoi surprendre. Surtout quand il change de place, donne son avis et discute avec vous.

Les personnages sont très attachants et la cause que défend Lilo est noble. Je vous laisse la découvrir.

Résumé :

Homme d’affaires froid et intransigeant, Martin Hopkins est lassé des femmes vénales qui ne s’intéressent qu’à son image. Après s’être oublié un temps, il aspire à rencontrer sa douce moitié pour construire une vie à deux. Randall, son meilleur ami, lui propose alors de tester sa nouvelle application de rencontres…
Piper Perkins a tout pour être heureuse : job de rêve, parents aimants, amitié solide. Pour être comblée, il faudrait qu’un astéroïde s’écrase sur la tête de son insupportable patron et qu’elle rencontre enfin l’âme sœur. Si elle continue de prier pour une justice divine, elle est prête à se lancer à la recherche de la perle rare. Sur les conseils d’Eva, sa secrétaire et amie, elle s’inscrit sur Blind Dates, un site spécialisé dans les rencontres à l’aveugle.
Que va-t-il se passer quand ces deux caractères forts et explosifs vont se rendre compte que depuis des mois ils conversent avec la personne qu’ils détestent le plus ?
L’amour sera-t-il plus fort que la haine et les préjugés ?

De la romance pure et dure ! Incorrigible romantique, je reviens enfin à mon genre de lectures préférées. Amour toujours !

L’idée géniale de l’auteur est que les protagonistes ne se supportent pas, qu’ils travaillent ensemble, et qu’ils conversent aussi ensemble sur le site sans savoir qui ils sont. Mais comment cela est-il possible ?

À vous de le découvrir et vous ne serez pas déçus, l’imagination de l’auteure n’a pas de limites et j’ai apprécié.

Résumé :

Ce roman aborde ici le sujet de la survivance de l’âme, nous entraînant, au fil des pages, dans une dimension inexplorée où la vie et mort se fondent et se confondent.
Par le jeu de 4 personnalités qui sont reliées, à leur insu, par la loi des réincarnations, nous vivons leur évolution dans un univers où réalité et surnaturel s’entremêlent.
Franck et Hélène mènent une existence tranquille auprès de leur petit garçon jusqu’à ce terrible accident qui fera tout voler en éclats.
Charlie et Marylou vivent une histoire chaotique, mais trouveront la force de tout quitter pour réaliser leur chemin de vie.
Ces 4 vécus aux destins croisés nous interrogent sur les mystères de la vie, sur le libre-arbitre, sur les choix d’évolution et enfin sur notre devenir pour ce que nous appelons l’ultime voyage…

La réincarnation est ici maîtrisée parfaitement par l’auteure qui, je l’ai senti au fil de ma lecture s’est bien documentée sur la question.

Beaucoup d’amour dans ce roman, mais aussi des questionnements sur la vie ou plutôt je peux dire, les vies qui, selon l’auteure, nous sont octroyées. Il ne s’agit pas ici de religion, juste un point de vue sur la réincarnation dont nous sommes les seuls maîtres.

À découvrir avec plaisir pour les adeptes et même si j’ai été quelque peu déroutée par l’histoire et cette présentation, j’ai aimé le sujet abordé avec délicatesse par le biais des protagonistes. L’histoire est aboutie et je félicite l’auteure pour la qualité de sa plume.

Je suis ravie d’avoir partagé ces lectures avec vous et sachez que tous ces romans se trouvent facilement sur toutes les librairies en ligne.

A très vite …

Cupidonetmoi.com

Pour tous ceux qui suivaient cette histoire, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle😂.

Je commence par la bonne… Je suis retenue pour un wordcamp de 45 jours, traduisez que pendant 45 jours je vais bosser pour terminer d’écrire mon roman, le corriger, le réécrire, le peaufiner, bref 45 jours intenses.

La sortie est prévue pour le 3 novembre si tout va bien et que je termine dans les temps. En numérique tout d’abord, version papier ensuite, tout comme Noël à la maison de coeurs blessés qui avait aussi été retenu pour ce travail d’écriture.

Et la mauvaise nouvelle alors ? 😉

C’est que vous ne pourrez plus lire la suite ici… Mais vous pourrez le découvrir en entier, le 3 novembre 😉.

Vous pourrez toujours suivre le thriller Un Héritage empoisonné et le feel good À cause de la clé.

Quelle rentrée !

À très vite …

Romance : Cupidonetmoi.com

Chapitre 4

Léandre malmenait son 4×4. Josette à ses côtés ne disait pas un mot et se tenait fermement à la portière. Quand l’église au bout de la rue apparut, elle soupira d’aise.

— Tu peux me laisser là, je me débrouillerai.

— Je vais me garer ! Tu as ton portable ? Je rentrerai à la ferme dès que j’aurai réglé cette affaire.

Josette contempla son fils à la dérobée. Les dents serrées, le regard ombrageux, il était en colère.

Elle ne répondit pas, mais posa sa main sur son bras.

— À tout à l’heure.

Le véhicule garé, elle descendit et partit de son côté.

Léandre ne traina pas. Il allait voir de quel bois il se chauffait ce coiffeur.

C’est Mariette, la première, qui remarqua l’homme devant la vitrine. Elle s’approcha de Léonie et murmura :

— Ce n’est pas le beau gosse de l’affiche ?

Léonie leva les yeux. Elle appliquait une couleur à Amélie Pardout alors que l’agriculteur entrait dans le salon.

Mariette vint au-devant de lui.

— Bonjour monsieur ! Vous désirez un rendez-vous ?

Surpris de ne trouver que des femmes, il ne répondit pas immédiatement, ce qui eut le don d’agacer Léonie. Elle s’excusa auprès de sa cliente et s’avança vers lui.

— Vous cherchez quelque chose ?

En effet, Léandre parcourait les murs et la vitrine du regard. Aucune affiche de Rosalie n’y était. Ses yeux rencontrèrent alors ceux de Léonie.

Léandre avait pris soin de prendre une capture d’écran du portable de sa mère. Il lui montra.

— Pouvez-vous m’expliquer ?

Mariette et Léonie se penchèrent sur la photo. Léonie à son tour sortit son téléphone.

— Et vous ?

Il se souvenait vaguement avoir participé à une campagne de publicité pour la promotion des produits laitiers, il y avait de ça un ou deux ans. Pourquoi cette affiche remontait-elle à la surface ?

Sa colère retomba d’un coup et il sourit.

— Je crois que nous sommes tous deux victimes d’une blague. Une caméra est peut-être cachée dans votre salon sans que vous le sachiez !

Léonie subjuguée par le sourire de son interlocuteur resta muette. Mariette la poussa du coude pour qu’elle réagisse.

— Dans tous les cas, cette farce ne vient pas de moi.

Elle redevint la professionnelle qu’elle était et dit :

— Veuillez m’excuser, ma cliente m’attend.

Léandre fit un signe de tête et s’en alla. Il riait encore quand il déverrouilla son 4×4. Il saisit aussitôt son portable et appuya sur le numéro de son meilleur ami qui décrocha rapidement.

— Marc ? Bravo, pour ta blague. J’ai eu l’air malin ce matin.

Silence.

— Marc ? Arrête de faire ton imbécile. Tu vas chez le coiffeur toi ?

— Tu as abusé de l’eau-de-vie au petit déjeuner Léandre ?

Il entendait clairement Marc se moquer de lui.

— C’est bien toi qui as envoyé une affiche de moi à cette fille ?

— Mais de quoi parles-tu ? Je ne comprends rien à ce que tu racontes.

Léandre réalisa qu’il faisait fausse route.

— Laisse tomber ! C’est encore une blague idiote. À bientôt

— On en discute plus tard si tu veux !

— D’accord, Marc. Bonne journée.

Amélie Pardout sourit dans le miroir.

— Je le connais, Léandre Castillo. Un gentil garçon ! Dommage qu’il soit toujours célibataire !

Mariette et Léonie se regardèrent alors que la cliente reprenait :

— C’est y pas malheureux à quarante ans d’habiter tout seul dans sa grande ferme.

Une autre se mêla à la conversation.

— Le Léandre ne vit pas seul. Le père Castillo a encore bon pied bon œil.

— C’est sûr ! Heureusement qu’il est là pour l’aider. Il a un beau cheptel de vaches limousines. Il n’est pas souvent disponible pour faire la fête.

— Tiens… quand on parle du loup…

Josette Castillo entrait dans le salon. Léonie s’approcha d’elle.

— Bonjour, madame, vous souhaitez un rendez-vous ?

Josette répondit à son salut.

— Vous auriez de la place ce matin ? J’aimerais bien une petite coupe.

Mariette était libre, elle l’invita à s’installer.

— Bonjour Josette ! Ton fils est venu nous rendre visite tout à l’heure ! Ce n’est pas souvent qu’on le voit en ville.

— Bonjour Amélie.

Amélie Pardout était la gazette du village. Josette la connaissait depuis l’école primaire.

— Il n’avait pas l’air content, pas vrai Madame Capdabelle ?

Léonie refusa d’entrer la conversation, mais Josette l’interrogea.

— Il n’a pas été désagréable au moins ? Quand il s’agit de Rosalie, il n’est pas tendre.

Mariette, devant le silence de sa patronne, souhaita en savoir davantage.

— En effet, il semblait furieux. Madame Capdabelle avait reçu hier une affiche le concernant. Ils se sont expliqués. Soyez rassurée.

— Rosalie, il la connait depuis longtemps. Je lui répète tous les jours que ce n’est pas normal d’y être si attaché. Il ne peut pas faire un pas sans qu’elle le suive.

Léonie songea qu’elle aimerait bien qu’un homme soit avec elle de cette façon.

— En tout cas, elle n’était pas avec lui ce matin.

— Encore heureux, répondit en riant Josette. Elle est quand même assez imposante pour venir jusqu’ici. Les salons de coiffure ne sont pas pour elle.

Amélie et l’autre cliente se joignirent à la gaieté générale alors que Léonie et Mariette étaient offusquées. Se moquer ainsi de la compagne de son fils, n’était pas sympathique. Si elle était un peu enrobée, elle n’était pas la seule. Mariette qui était aussi curieuse qu’une fouine demanda :

— Mais vous ne nous aviez pas dit qu’il était célibataire ?

Josette essuyait ses yeux. Imaginer Rosalie dans le salon lui avait donné un fou rire incontrôlable.

— Bien sûr qu’il est célibataire. Il faut toujours que Rosalie mette son grain de sel !

Léonie se représenta une femme jalouse et plaignit aussitôt le bel agriculteur. Mariette qui avait terminé le shampoing de Josette l’invita à changer de place. Les deux amies discutèrent entre elles.

— Il devrait s’en séparer !

— Pourquoi donc ?

— Il en tirerait un sacré prix.

— Vendre Rosalie ? Tu n’y penses pas !

Léonie sentait la colère gronder et se mêla à la conversation, indignée.

— Encore heureux ! Vous n’avez pas honte de parler ainsi de la compagne de votre fils ?

La réflexion stoppa net la discussion des deux femmes. Le fou rire de Josette reprit de plus belle. Amélie qui n’était pas en reste la taquina.

— Tu as raison Josette, ce n’est pas gentil. Si Rosalie savait ça, elle te fouetterait avec sa queue.

Léonie ouvrit de grands yeux. Josette répondit, malicieuse.

— Parfois, elle nous réveille ? Si Léandre n’est pas à l’heure pour la tirer ? Elle rappelle à l’ordre.

Mariette éclata de rire, alors que Léonie outrée rugissait.

— La vie privée de votre fils ne nous concerne pas.

Josette fit un clin d’œil à Amélie.

— Il vous plait Léandre pas vrai ? Il est beau, il est gentil.

— Oui, mais il n’est pas libre, répondit Léonie en soupirant.

Les rires se turent. Josette rencontra le regard de Léonie.

— Il faut que je vous avoue quelque chose. Rosalie est une vache !

L’ordinateur de Cupidonetmoi.com clignotait. L’application serait humaine qu’elle se frotterait les mains de plaisir.

Romance : Cupidonetmoi.com

Chapitre 2

Marc Agosta descendit de son tracteur alors que Léandre sortait de sa grange.

— Salut l’ami !

Les deux hommes qui avaient fait leurs études agricoles ensemble se connaissaient depuis longtemps. Marc avait repris l’exploitation de ses parents plus spécialisée en céréales, alors que Léandre avait préféré s’occuper d’animaux.

— Tu m’offres un café ?

Marc, un rouquin à la tignasse emmêlée et toujours coiffée d’un béret, était souvent de bonne humeur. Quelques ridules d’expression apparaissaient d’ailleurs au coin de ses yeux verts plissés à cause du sourire qu’il affichait.

— Je suis à la bourre mon pauvre ! Mon réveil n’a pas sonné ! Mais je peux quand même t’offrir ton kawa du matin.

— À la bonne heure ! Je voudrais te parler de quelque chose.

— Allez entre !

Léandre s’effaça pour laisser entrer son ami. La familière odeur du café se répandait dans la salle aux tommettes rouges.

— Il fait toujours bon chez toi ! Dommage que tu vives tout seul.

Il promena son regard sur la pièce d’assez grandes proportions. Une cheminée faisait face à la table en chêne encadrée de deux bancs. Une cuisine fonctionnelle et dernier cri n’avait rien à envier à celle des chefs de restaurant. Léandre profitait de son peu de temps libre pour confectionner des petits plats. Il adorait ça et prenait plaisir à recevoir ses amis. Certes, il était célibataire, mais il ne vivait pas reclus dans sa maison. Sa sœur était la première à les goûter et à le féliciter. Clothilde avait des jumeaux, Clémence et Baptiste, âgés de huit ans. Ils aimaient venir passer des vacances chez leur oncle et par la même occasion chez leurs grands-parents.

— Ah tu ne vas pas recommencer, soupira Léandre, en sortant les bols de son buffet.

— Toutes les filles ne se ressemblent pas, tu sais. Ce n’est pas parce que ta Carlotta a changé d’avis qu’elles sont toutes pareilles.

— Enfin, elle avait quand même fait les mêmes études que moi et nous avions beaucoup de projets en commun.

— D’accord, l’odeur de ta Rosalie a pu l’indisposer. Avoue que ta vache est trop familière avec toi !

— Ce n’est pas de ma faute si elle n’aimait pas Charlotte. Elle a senti avant moi qu’elle n’était pas faite pour moi !

Tout en parlant, il versait le café dans les bols rouges.

— Tu n’avais pas quelque chose à me dire ? Si c’est pour la réunion des agriculteurs du village, j’irais si le maire ne la plante pas à 18 h. A-t-on idée aussi ! à cette heure-là, comment veux-tu que je sois libre ? Et les collègues ?

Il haussa les épaules. Il était un des seuls à avoir une exploitation de vaches laitières. Les autres pouvaient plus facilement se libérer, alors que lui, ses animaux connaissaient l’heure et pas moyen d’y déroger.

— Non, il s’agit d’autre chose.

Marc sortit son portable.

— Regarde ! J’ai trouvé un nouveau site de rencontres.

Léandre éclata de rire.

— Quand tu as une idée en tête toi !

— Elle n’est pas comme les autres. Tu rentres un pseudo.

Léandre l’interrompit.

— Comme les autres !

— Attends, je n’ai pas fini. Ton véritable nom est enregistré. Tu ajoutes ton adresse.

— Ben voyons pour que toutes les filles du coin apprennent que je cherche une femme.

— Justement, non ! Tes coordonnées sont rentrées dans la machine et c’est tout.

— Comment ça, c’est tout ?

— L’application sait donc que tu cherches une âme sœur et elle va la trouver pour toi.

— Ah oui ? Comme ça ? Elle saura sans savoir si j’aime les brunes, les blondes, les petites, les vieilles ?

— De toute façon, elle prospectera dans une autre région, c’est écrit. De cette façon, toi comme l’heureuse élue, vous devrez vous déplacer pour vous rencontrer.

— C’est ça, je vais faire des kilomètres pour voir une fille qui ne me plaira pas et la semaine d’après je recommencerai. C’est vrai que je n’ai que ça à faire.

À ce moment précis, la tête de Rosalie cogna contre la vitre.

— Non, mais regarde-là celle-là !

Léandre éclata de rire alors que son père entrait dans la cuisine.

— Elle te cherche mon garçon. Tu sais bien que c’est toi qui l’emmènes au pré ! Bonjour Marc !

Francis Castillo lui serra la main. Alors que Marc demandait :

— Alors je t’inscris ?

Francis interrogeait son fils du regard en lui montrant Rosalie.

— Oui c’est bon !

Il suivit son père. Rosalie sur les talons.

Marc pensa que la réponse était pour lui et tapa entrée sur son téléphone.

Dans le salon de coiffure de Léonie, les bavardages allaient bon train.

— Berthe a enfin trouvé chaussure à son pied.

— Ah bon ? Elle en aura mis du temps. Qui est l’heureux élu ?

La dame aux bigoudis sur la tête riait.

— Il s’appelle Pépin.

Mariette, le séchoir à la main, répondit.

— Berthe aux grands pieds était mariée à Pépin le Bref non ?

Léonie qui terminait d’encaisser une cliente se joignit à la conversation.

— C’est une blague ? Quel est le nom de cette application ?

— Cupidonetmoi.com.

— Ah quand même !

Mariette et Léonie se regardèrent perplexes.

 La dame aux bigoudis reprenait :

— On doit rentrer un pseudo, et son véritable nom. La machine fait le reste.

— Je n’y crois pas du tout. Par exemple, comment pourrait-elle savoir quel homme pourrait me convenir ?

— Tu n’as qu’à essayer Léonie, proposa son amie.

Elle saisit son téléphone et chercha l’application.

— C’est vrai ça, madame Capdabelle. Berthe a bien trouvé son Pépin, vous pourriez bien trouver vous aussi.

— Je ne connais pas d’histoire particulière rattachée à mon prénom, rétorqua Léonie.

— Ce n’est pas grave ça, répliqua Mariette. De plus, regarde, tu ne tomberas pas sur un de tes clients, la machine fait en sorte que vous voyagiez.

— Montre !

Léonie fit défiler les pages.

— Pour rigoler, alors !

— Vous ne risquez pas grand-chose madame, reprit la cliente aux bigoudis, seulement trouver le grand amour.

Léonie sourit. Pourquoi pas ?

Mariette appuya sur entrée.

Dans son sous-sol bien propre, la machine ronronna puis s’emballa. Les lumières clignotèrent.

— Ah ça ne va pas recommencer, s’inquiéta Jonathan.

Il tapota à nouveau sur son clavier et murmura à voix haute :

— Cupidonne ne me joue pas encore un sale tour !

Surpris, il entendit répondre :

— Je ne joue pas. Je travaille comme tu m’as programmé. Bonjour, Jonathan, et ne m’appelle pas Cupidonne. Je suis ton application Cupidonetmoi.Com. C’est ainsi que tu m’as créée et que je me prénomme.

— Pourquoi toutes ces lumières qui clignotent ? Peux-tu m’expliquer ?

— J’ai un petit problème. Mais ne te fais pas de soucis, je saurai le régler.

— N’oublie pas que je suis ton maître et que c’est moi qui peux te réparer.

Elle ne répondit pas.

Jonathan reprit son travail. Alice était absente et c’était tant mieux. Elle lui aurait encore fait des reproches ou se serait inquiétée.

— Je te propose un nouveau couple.

— Attends la directrice. Tu sais bien que c’est elle qui gère ça.

— D’accord Jonathan, je fais comme tu me l’as demandé, je lui envoie les fiches.

Un bruit de soufflerie, l’ordinateur chauffait. Une imprimante se mit en route puis cracha deux feuilles.

À suivre…

Feel good : C’est à cause de la clé

Chapitre 2

Cléo s’était changée. La maison de ses parents chez qui elle habitait toujours était à deux rues de l’océan et l’Hôtel à cinq minutes. Elle enfila son maillot sous sa robe de plage à bretelles jaune citron, attacha ses boucles avec un bandana vert et saisit son sac en osier. Commençant à 6 heures et terminant à 15, elle avait toute l’après-midi devant elle.

En déambulant sur le trottoir, elle repensait aux deux hommes de l’hôtel. Celui aux cheveux grisonnants avec la barbe de trois jours avait un chic fou. L’autre qui était devenu rouge comme une tomate, elle en riait encore. Soudain, elle les aperçut qui se dirigeaient vers la plage. Elle n’en crut pas ses yeux quand elle se rendit compte qu’ils s’arrêtaient devant la paillote de Sidonie. Nom d’une pipe, le garçon d’étage pour un pourboire, ne pouvait pas tenir sa langue ! C’était pourtant inscrit dans le règlement Ne pas donner d’informations personnelles aux clients, elle se demandait parfois s’il avait appris à lire. Elle n’allait pas se laisser pourrir la vie par ces deux inconnus. Elle fonça vers eux et attaqua bille en tête.

— Allez-vous me ficher la paix ? Je ne sais pas encore qui vous a renseigné, mais je vais lui passer un sacré savon demain.

Claudio et Arsène se regardèrent.

— Tu vois, je te l’avais dit que c’était elle !

Surprise, elle ne répondit pas. Arsène tendit à nouveau sa main, et se présenta.

— Arsène Maestro.

Sidonie, la meilleure amie de Cléo intervint.

— Le célèbre réalisateur.

La rouquine ouvrit de grands yeux.

— C’est ça oui ! Je sais que nous sommes une station touristique renommée, mais quand même, ce n’est pas Saint-Tropez. Et puis, c’est qui la star dont tu parles ?

Elle ne faisait déjà plus attention à eux et s’approchait de Sidonie pour l’embrasser. Celle-ci était beaucoup plus grande que Cléo. Elle portait toujours des chaussures plates, complexée par sa taille. Elle se baissa pour tendre sa joue alors que Cléo se mettait sur la pointe des pieds. Elle lui glissa à l’oreille qu’il avait réalisé le film avec son acteur fétiche.

— Je le croyais… moins vieux.

Elle rougit, parce qu’il l’avait entendu.

— Ne vous fiez pas à ses cheveux, dit Claudio.

— Nous n’allons pas épiloguer sur ma coiffure. Savez-vous pourquoi je suis là mademoiselle ?

— Pour me draguer ?

Elle rit.

— Il veut te proposer un rôle, glissa son amie, les yeux brillants et heureuse pour elle.

Cléo ouvrit la bouche et la referma aussitôt. Elle fit le tour de la paillote, jeta des regards circonspects autour d’elle et dit.

— Ben voyons ! Où est la caméra cachée ? Vous filmez un truc pour un bêtisier ? Parce que si vous le souhaitez, je peux faire semblant de me casser la figure ? C’est quoi votre délire ?

— Sérieusement, mademoiselle, mon ami scénariste que voici, Claudio Copa, vous a repérée lorsque vous étiez occupée à chercher les clés de votre client.

— Oui, il m’a bien reluquée ! C’est mon cul ou mes fesses qui vous ont plu ? C’est pour un truc érotique ? Je vous le dis tout de suite, c’est non !

Sidonie pouffa.

— Je vous avais prévenus, elle est nature ma copine !

— Sérieusement, vous m’imaginez tourner un film de ce genre ?

Arsène regardait la jolie rouquine. Elle se troubla.

— Donc ? reprit-elle.

— Cela fait ses semaines que je cherche mon héroïne pour mon nouveau long métrage et je pense que je l’ai trouvée. Accepteriez-vous de venir passer une audition ?

— Parce que je dois vous croire ? Je dois en parler à mes parents.

Sidonie toussa.

— Vous êtes mineure ? s’enquit Arsène.

— Vous en doutiez ?

Il hésita. Elle s’en rendit compte.

— C’est ça, je suis vieille ! Finalement, j’avais raison de me moquer de vos cheveux blancs. Rassurez-vous j’ai un peu plus de dix-huit ans.

— Vous m’en voyez ravi. Vos parents n’ont donc rien à dire.

— Détrompez-vous ! Il faudra passer par la case PAPA pour qu’il accepte que je vous suive. Il voudra éplucher le contrat, le texte. Si ça se trouve, il assistera au tournage, vérifiera les scènes. Et si j’embrasse alors là, mon Dieu ! D’ailleurs, devrais-je embrasser en vrai ? Parce que moi, les bisous avec la langue c’est quand je suis amoureuse ! Pas vous ?

Sidonie n’en pouvait plus de rire derrière son comptoir. Cléo sortait le grand jeu. Ce n’était pas gagné pour le réalisateur.

Sidonie intervint.

— Il se passerait où votre film ?

— En Dordogne.

— C’est joli là-bas ! Cléo, tu en as de la chance.

— Je n’ai pas dit oui. Et quand le Père Rose saura ça !

— Rose ? Du nom de la place de la mairie ?

— Oui monsieur ! Il n’y a pas que vous qui êtes célèbre !

— C’est votre père ?

— Celui de la place ? Mon arrière-grand-père ! C’était un grand résistant. Mon grand-père aussi, il en fait de belles choses. Ils ont caché des enfants juifs chez eux, tout ça, tout ça. Papa est directeur d’école, comme ils l’étaient avant lui. Alors, je ne vous dis pas, ils sont connus ici. Faites un tour à la mairie, il y a de quoi vous instruire.

Devant la surprise des deux hommes, Cléo continua.

— Voilà pourquoi, mon père ne voudra pas que j’aille faire un travail d’artiste. Il n’aime pas ça papa. Il faut du vrai, pas de la bohème ! bon courage pour le décider.

— Dois-je vous rappeler que vous êtes majeure ?

— Je sais ! Mais c’est comme ça chez moi !

Un jeune homme qui ressemblait fortement à Sidonie s’approcha. Il prit dans ses bras Cléo qui lui désigna Arsène et Claudio.

— Tu les reconnais ? Lui est réalisateur, l’autre scénariste, et ils veulent que je tourne dans leur film. Tu le crois toi ? Je vous présente Martin, le jumeau de Sidonie. Nous sommes amis depuis l’école primaire.

Il serra la main des deux hommes. Aussi grand que sa sœur, il sembla fort sympathique à Arsène. C’est donc à lui qu’il demanda s’il pensait qu’il y aurait vraiment un problème avec le père de sa copine.

— Pierre et Margareth Rose sont très protecteurs avec leur fille. Vous devrez bien leur exposer votre projet.

— Ah ! Vous voyez !

Arsène et Claudio laissèrent leurs coordonnées et décidèrent de rentrer à l’hôtel.

— Nous avons pris une chambre. N’hésitez pas à m’appeler ou vos parents, dit le réalisateur. Je serais vraiment ravi que nous travaillions ensemble.

Les trois jeunes gens les regardèrent s’éloigner. Cléo gémit.

— Mon père ne voudra jamais.

— Ton père ou toi ? Quand est-ce que tu décideras par toi-même, Cléo ? C’est l’occasion là !

— Putain, si Noé n’avait pas perdu ses clés, je ne serais pas dans ce bazar.

— Il y a pire quand même ! remarqua Sidonie.

— Je n’ai aucune envie d’entrer dans ce monde.

Cléo regarda ses amis.

— Je suis bien ici, avec mon petit train-train ! et vous deux !

Elle les prit dans ses bras et gémit.

— Pourquoi est-il passé à ce moment-là ? À deux secondes près, il aurait vu Noé, c’était son boulot. Bon d’accord, si c’est une femme qu’il cherche, Noé n’aurait pas fait l’affaire et arrêtez de rire.

Elle saisit la carte laissée par Arsène Maestro, la froissa, la glissa dans son sac de plage.

— Tu m’offres un de tes cocktails maison Sido ?

À suivre…

Romance : Cupidonetmoi.com

Résumé 

Léandre Castillo est agriculteur dans une commune rurale. Ses seules passions sont ses vaches, surtout Rosalie qui a tendance à déprimer et à beugler quand elle se sent seule. Son meilleur ami, Marc Agosta ne rêve que d’une chose : lui trouver une femme.

Léonie Capdabelle est coiffeuse dans une petite ville. Sa clientèle, majoritairement féminine, l’apprécie beaucoup et n’hésite pas à faire appel à elle à n’importe quelle heure. Mariette Aglaé son associée et amie aimerait qu’elle soit plus disponible pour avoir une vie privée, qui est pratiquement inexistante.

La nouvelle application Cupidonetmoi.com est faite pour réunir les couples. Seul leur véritable nom est entré dans la machine, elle fait le reste. Son but : que chacun trouve l’âme sœur.

Mais un jour, Cupidonetmoi.com beugue.

Chapitre 1

Léandre Castillo, un bel homme de quarante ans, brun aux yeux noisette, était en retard. À l’étable, ses vaches meuglaient. La semaine commençait mal. Son réveil n’avait pas sonné. D’ordinaire, il n’en avait pas besoin, il se réveillait toujours à l’heure. Il avait pris l’habitude de programmer sa cafetière électrique et c’est l’odeur du café qui lui chatouillait les narines. Mais aujourd’hui, à cause d’une panne d’électricité, tout s’était déréglé.

De fort méchante humeur, il passa sa combinaison verte, remonta la fermeture éclair et sortit en courant.

— Eh bé fils ! tu as eu une panne d’oreiller ?

Son père, Francis Castillo le chambrait depuis la cour de la ferme. La maison de ses parents était face à la sienne. C’était une jolie bâtisse construite en U.

— Quand la Rosalie a beuglé comme une malheureuse, j’ai compris que tu n’étais pas à l’heure.

— Il y a eu une coupure de courant.

— Tu n’as pas entendu l’orage fils ?

Les deux hommes se ressemblaient. Tous deux frôlaient le mètre quatre-vingt-dix, mais si Léandre était resté mince, son père commençait à prendre de l’embonpoint. Le petit déjeuner avec le pâté maison laissait des traces pardi ! À soixante-dix ans bien sonnés, il affichait pourtant une forme olympique et ne rechignait pas aider Léandre.

L’odeur de la grange, si particulière, les saisit à la gorge dès qu’ils entrèrent. À la longue, ils n’y faisaient plus attention, mais pour ceux qui n’avaient pas l’habitude, elle pouvait surprendre et leur faire faire demi-tour illico.

L’heure de la traite était dépassée. Les deux hommes s’empressèrent de brancher les machines afin de soulager les animaux. Rosalie, quant à elle, faisait les gros yeux à son patron et sa queue fouettait l’air rageusement.

Une nouvelle journée commençait à la ferme des Castillo.

Léonie Capdabelle logeait au-dessus de son salon de coiffure. Ce matin, elle ne comprenait pas pourquoi l’alarme de son téléphone n’avait pas fonctionné. Un coup d’œil par la fenêtre lui apprit rapidement qu’elle était vraiment en retard. Deux clientes patientaient déjà devant la porte. Elles papotaient entre elles en attendant que les stores remontent.

Elle prit toutefois le temps de passer sous la douche, mais zappa le petit déjeuner. Elle perçut du bruit en bas, signe que Mariette son associée et amie était arrivée et ouvrait le salon. Les rires et les bavardages qui grimpaient jusqu’à elle la renseignèrent sur la bonne humeur qui régnait. Elle avala quand même une tasse de café.

Elle entendit la cavalcade dans l’escalier. Mariette frappait à la porte.

— Que se passe-t-il Léonie ? Tu es malade ?

Elle ouvrit et embrassa Mariette.

Autant l’une était brune, cheveux bouclés et petite, autant l’autre était blonde et montée sur des échasses. Elle frôlait le mètre quatre-vingt alors que Léonie atteignait difficilement le mètre soixante. Mariette avait d’ailleurs souvent mal au dos en fin de journée et travaillait assise.

— Mon portable n’a pas sonné. J’arrive !

Quelque part dans un sous-sol très bien agencé, un couple s’interrogeait devant l’immense ordinateur qui clignotait de partout.

— Une panne d’électricité et tout s’est déglingué, dit Alice Colargol la directrice.

— Pourtant, ce n’est pas la première fois, répondit Jonathan Playelle le développeur.

— J’espère que toutes les données seront récupérables, reprit Alice. Tu m’avais bien dit que même sans courant, la machine fonctionnerait ?

— Je ne comprends pas ce qui s’est passé.

Plantés tous deux devant l’écran géant, ils attendaient perplexes que les lumières s’éteignent et qu’un message apparaisse.

Enfin, au bout d’un laps de temps qui leur parut une éternité, la voix virtuelle emplit l’espace.

— Bonjour, je suis l’application Cupidonetmoi.com, je suis là pour vous aider. Que désirez-vous ?

Le couple se regarda.

— Elle parle comme si elle ne nous connaissait pas ?

Jonathan s’assit au clavier et rentra toutes sortes de données.

— Pourtant, tout à l’air au point.

— Fais un essai.

À nouveau, il tapota sur les touches. L’écran clignotait à qui mieux mieux et une multitude de chiffres s’afficha. Enfin, l’image se stabilisa et la voix désincarnée de l’intelligence artificielle retentit.

— Je suis prête ! Bonjour Alice ! Bonjour Jonathan ! Il fait 18 ° à l’extérieur. Que puis-je pour vous ? Je vous propose de réunir les couples

Jonathan et Alice poussèrent un soupir de soulagement. Tout était rentré dans l’ordre.

Cupidonetmoi.com était une nouvelle application qui permettait aux célibataires de la France entière de se trouver.

Alice Colargol, une femme de soixante ans aux cheveux gris, avait décidé de créer ce site de rencontres afin d’inviter les personnes à bouger et ne pas avoir la désagréable surprise de tomber sur le voisin ou la voisine de quartier ou de la ville d’à côté.

Cupidonetmoi.com avait la particularité de débusquer le couple idéal. Jusqu’à présent, elle ne s’était pas trompée et les retours de clients étaient dithyrambiques. Aucune séparation n’était à déplorer. Alice était heureuse d’avoir réussi à redonner goût à la vie à ceux qui ne croyaient plus à l’amour.

Elle s’installa à son bureau et alluma son ordinateur. De nouvelles connexions s’affichaient et elle découvrait avec un plaisir non dissimulé les demandes. Elle attendait avec impatience comment Cupidonetmoi.com allait réunir tout ce petit monde. Est-ce que des couples seront compatibles ?

À suivre …