En l’honneur de la fête des Diane, je partage ce poème de Théodore Agrippa d’Aubigné.
Nous ferons, ma Diane, un jardin fructueux :
J’en serai laboureur, vous dame et gardienne.
Vous donnerez le champ, je fournirai de peine,
Afin que son honneur soit commun à nous deux.
Les fleurs dont ce parterre éjouira nos yeux
Seront vers florissants, leurs sujets sont la graine,
Mes yeux l’arroseront et seront sa fontaine
Il aura pour zéphyrs mes soupirs amoureux.
Vous y verrez mêlés mille beautés écloses,
Soucis, œillets et lys, sans épines les roses,
Ancolie et pensée, et pourrez y choisir
Fruits sucrés de durée, après des fleurs d’attente,
Et puis nous partirons à votre choix la rente :
A moi toute la peine, et à vous le plaisir.
Dimanche, c’est la fête des mamans. J’aurais la chance d’avoir mes trois chéris réunis autour de moi. La mienne s’en est allée et je me souviens que je lui écrivais des poèmes.
Aujourd’hui, je publie À ma mère de Max Elskamp (1862-1931)
À ma mère
Ô Claire, Suzanne, Adolphine,
Ma Mère, qui m’étiez divine,
Comme les Maries, et qu’enfant,
J’adorais dès le matin blanc
Qui se levait là, près de l’eau,
Dans l’embrun gris monté des flots,
Du fleuve qui chantait matines
À voix de cloches dans la bruine ;
Ô ma Mère, avec vos yeux bleus,
Que je regardais comme cieux,
Penchés sur moi tout de tendresse
Et vos mains elles, de caresses,
Lorsqu’en vos bras vous me portiez
Et si douce me souriiez,
Pour me donner comme allégresse
Du jour venu qui se levait,
Et puis après qui me baigniez
Nu, mais alors un peu revêche,
Dans un bassin blanc et d’eau fraîche,
Aux aubes d’hiver ou d’été.
Ô ma Mère qui m’étiez douce
Comme votre robe de soie,
Et qui me semblait telle mousse
Lorsque je la touchait des doigts,
Ma Mère, avec aux mains vos bagues
Que je croyais des cerceaux d’or,
Lors en mes rêves d’enfant, vagues,
Mais dont il me souvient encor;
Ô ma Mère aussi qui chantiez,
Parfois lorsqu’à tort j’avais peine,
Des complaintes qui les faisaient
De mes chagrins choses sereines,
Et qui d’amour me les donniez
Alors que pour rien, je pleurais.
Ô ma Mère, dans mon enfance,
J’étais en vous, et vous en moi,
Et vous étiez dans ma croyance,
Comme les Saintes que l’on voit,
Peintes dans les livres de foi
Que je feuilletais sans science,
M’arrêtant aux anges en ailes
À l’Agneau de Verbe couché,
Et à des paradis vermeils
Où les âmes montaient dorées,
Et vous m’étiez la Sainte-Claire,
Et dont on m’avait lu le nom,
Qui portait comme de lumière
Un nimbe peint autour du front.
Mais temps qui va et jours qui passent,
Alors, ma Mère, j’ai grandi,
Et vous m’avez été l’amie
À l’heure où j’avais l’âme lasse,
Ainsi que parfois dans la vie
Il en est d ‘avoir trop rêvé
Et sur la voie qu’on a suivie
De s’être ainsi souvent trompé,
Et vous m’avez lors consolé
Des mauvais jours dont j’étais l’hôte,
Et m’avez aussi pardonné
Parfois encore aussi mes fautes,
Ma Mère, qui lisez en moi,
Ce que je pensais sans le dire,
Et saviez ma peine ou ma joie
Et ma l’avériez d’un sourire.
Ô Claire, Suzanne, Adolphine,
Ô ma Mère, des Écaussines,
À présent si loin qui dormez,
Vous souvient-il des jours d’été,
Là-bas en Août, quant nous allions,
Pour les visiter nos parents,
Dans leur château de Belle-Tête,
Bâti en pierres de chez vous,
Et qui alors nous faisaient fête
À vous, leur fille, ainsi qu’à nous,
En cette douce Wallonie
D’étés clairs là-bas, en Hainaut,
Où nous entendions d’harmonie,
Comme une voix venue d’en-haut,
Le bruit des ciseaux sur les pierres
Et qui chantaient sous les marteaux,
Comme cloches sonnant dans l’air
Ou mer au loin montant ses eaux,
Tandis que comme des éclairs
Passaient les trains sous les ormeaux.
Ô ma Mère des Écaussinnes,
C’est votre sang qui parle en moi,
Et mon âme qui se confine
En Vous, et d’amour, et de foi,
Car vous m’étiez comme Marie,
Bien que je ne sois pas Jésus,
Et lorsque vous êtes partie,
J’ai su que j’avais tout perdu.
C’est un exercice difficile auquel je me suis frottée pour l’atelier d’écriture de Marie ici. La consigne était celle-ci :
Pour la semaine prochaine, je vous invite cette fois à la poésie en partant du poème “mon rêve familier” de Paul Verlaine et en changeant à votre guise les morceaux de phrases en gras (d’après une proposition de Josée):
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime, Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.
Car elle me comprend, et mon cœur transparent Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême, Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.
Est-elle brune, blonde ou rousse ? Je l’ignore. Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore, Comme ceux des aimés que la vie exila.
Son regard est pareil au regard des statues, Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a L’inflexion des voix chères qui se sont tues.
Voici donc ma participation, que Verlaine me pardonne 😏 je ne possède pas sa poésie. Toutefois, j’ai relevé le challenge.
J’aime beaucoup Alphonse de Lamartine (1790 – 1869), je partage aujourd’hui Le moulin au printemps .
Le chaume et la mousse
Verdissent les toits
La colombe y glousse,
L’hirondelle y boit.
Le bras d’un platane
Et le lierre épais
Couvrent la cabane
D’une ombre de paix.
La rosée en pluie
Brille à tout rameau
Le rayon essuie
La poussière d’eau .
Le vent qui secoue
Les vergers flottants,
Fait de notre joue
Neiger le printemps.
Sous la feuille morte,
Le brun rossignol
Niche vers la porte,
Au niveau du sol.
L’enfant qui se penche
Voit dans le jasmin
Ses œufs sur la branche
Et retient sa main.