Tu trouveras toute l’histoire d’Elsbeth Isobel ici. Quand je l’ai relue, je me suis dit que j’avais une sacrée imagination quand même ! 😂 ! Et la suite m’est apparue aussitôt. Accroche-toi et bienvenue au pays des sorcières.
Je te rappelle qu’Héloïse ici aimerait changer l’histoire chez Marie-Sophie et qu’ Enzo croit qu’Héloïse est un ange gardien ici.
Il y avait longtemps que je n’avais pas fait de rêve aussi étrange…
Une petite fille m’appelait. Ce n’était pas Samy, elle était plus jeune. Dans tous les cas, c’était une mortelle. Mais comment pouvait-elle connaître mon nom ?
Je me souvenais de mon escapade dans leur monde. Je m’en étais sortie indemne grâce à ma mère, la grande prêtresse Isaulya, mais depuis j’hésitais à y retourner. Et puis, j’étais bien trop amoureuse pour m’en aller trop longtemps.
À nouveau, j’entendis la petite voix.
Héloïse avait retrouvé le livre que lui racontait Charlie. L’histoire de la sorcière Elsbeth Isobel qui avait décidé de venir faire un tour dans le monde des mortels. Héloïse pensait que Samy avait bien de la chance de l’avoir rencontrée. Si elle avait tout compris, Samy avait un don, c’était sûrement pour ça qu’avec la Elsbeth, elles étaient devenues amies.
De là à imaginer qu’elle était comme Samy, il n’y avait qu’un pas. Héloïse avait grimpé en haut de sa cabane dans le jardin, Stefano étant avec Joe, elle était tranquille.
Elle appela plus fort et en même temps, elle se demanda ce qu’elle ferait si la sorcière lui apparaissait.
J’hésitai. J’allais devoir changer physiquement et pire, devenir plus jeune que la dernière fois. Avant de prendre une décision, je me concentrai en posant mes deux index sur mes tempes et fermai les yeux.
— Réfléchis bien, tu vas encore te placer dans des situations pas possibles.
Je sursautai. Arthus, assis devant moi, me mettait en garde. Ses yeux verts me sondaient, ses oreilles bien dressées m’indiquaient qu’il n’était pas d’accord.
— Tu ne sais même pas ce que je veux faire, affirmais-je.
— Ah bon ? alors je vais te le dire. Héloïse souhaiterait que tu l’aides à devenir une sorte d’ange gardien.
Ébahie, je faillis éclater de rire.
— N’importe quoi !
— Son rêve est d’aller dans une autre histoire. Un petit garçon croit que c’est possible. Merci la télé.
— Ben voyons !
— Je te laisse tranquille avec elle, tu vas vite comprendre ce qu’elle souhaite.
— Elle n’est pas sorcière cette gamine, je ne vois pas…
Ma mère apparut devant moi.
— Que se passe-t-il ici ? Je ressens des sondes étranges comme…
Elle s’interrompit et porta ses mains à son front en s’exclamant :
— Mon Dieu !
Elle devait être sacrément chamboulée pour citer son nom. Nous n’avions le droit de le dire qu’en cas d’extrême urgence. Il ne se déplaçait pas facilement. C’était toujours Straurius qui réglait les problèmes.
Elle n’avait pas dû crier assez fort parce qu’il n’apparut point ou c’est qu’il avait autre chose à faire, fort heureusement pour nous.
Je n’avais jamais vu ma mère dans cet état de détresse, si je peux appeler ça comme ça.
— Avec qui parles-tu ?
Héloïse sursauta, Charlie passait la tête en haut de l’échelle de la cabane. Jamais, elle ne venait jusqu’ici, elle l’interpellait toujours d’en bas.
Charlie reconnut le livre. Lestement, elle franchit l’espace qui la séparait de sa fille et s’empara du bouquin.
— J’espère que ce n’est pas ce que je crois, Héloïse. Je t’ai dit que tu n’avais pas l’âge de faire ce genre de choses.
— Mais, le petit garçon avait l’air si malheureux, tu étais là, tu l’as bien vu.
— Donne-moi ce livre immédiatement.
Héloïse ne reconnut pas la voix de Charlie. Elle ne lui avait jamais parlé sur ce ton. Soudain, elle eut froid et sans qu’elle comprenne pourquoi le vent s’était levé.
Charlie saisit la main de sa fille et l’entraina rapidement avec elle. Héloïse n’avait jamais descendu aussi vite l’échelle. Elle eut peur. Le ciel s’était obscurci. Elle entendit au loin Joe qui criait, elle aperçut Texas, le terre-neuve, il revenait vers elles ventre à terre.
Est-ce parce qu’elle avait appelé Elsbeth Isobel ? Héloïse se promit que plus jamais elle ne désobéirait à sa maman. C’est sûr, un cataclysme allait se produire à cause d’elle. Elle venait d’apprendre ce mot à l’école et d’emblée elle avait pensé qu’elle ne l’aimait pas du tout.
Les enfants différents, ça existe. Ici, c’est une histoire magique que j’ai voulu écrire. Héloïse a des dons particuliers comme sa maman Charlie. Il est évident que dans notre monde, c’est un peu compliqué…
Je prépare ainsi la venue du mois d’octobre avec mes petites sorcières.
— Je ne veux pas retourner à l’école. Les autres se moquent de moi, même la maitresse ne comprend rien.
Le mois de septembre était à peine commencé qu’Héloïse ne cessait de dire qu’elle n’aimait pas l’école. Les années précédentes, tout s’était relativement bien passé même si les maitresses signalaient régulièrement son inattention, son étourderie, sa tendance à rêvasser. Stefano entrait en CE1, Héloïse était en grande section de maternelle, elle s’y ennuyait. Elle déchiffrait les livres, elle soufflait quand il lui était demandé d’écrire son prénom, on croyait toujours qu’elle n’y arriverait pas, elle savait très bien le former en lettre attachée alors que les autres élèves peinaient à réussir la consigne.
Les deux établissements étant voisins, les deux enfants rentraient ensemble à pied. Les jours où il pleuvait, Joe ou Charlie venaient les récupérer.
Stefano avait donc l’habitude d’entendre sa sœur d’adoption se plaindre de tout. Lui, qui finalement avait retrouvé ses copains avec plaisir et oublié son vœu de ne plus retourner à l’école, ne la comprenait pas.
— Tu veux que je te raconte ? Aujourd’hui, j’ai dessiné un papillon. Il était vraiment joli et comme je ne voulais pas qu’il reste prisonnier sur ma feuille, je me suis levée et suis allée ouvrit la fenêtre. La maitresse m’a disputée parce qu’on ne doit pas faire ça dans la classe sans demander la permission, je lui ai expliqué. Elle s’est fâchée et m’a dit que je racontais n’importe quoi. Regarde, il est encore dans mon cahier, on le libère maintenant ?
Stefano n’osa pas la contredire, il arrivait souvent que la petite fille l’embrouille avec ses fantaisies. Parfois, il se faisait du souci pour elle, il pensait que peut-être elle était malade. Ce n’était pas normal d’avoir des idées comme ça.
Ils n’étaient pas loin de la maison, aussi le gamin proposa qu’elle fasse ça dans la cuisine avec Charlie.
Héloïse courut en criant :
— Maman, viens voir ! Tu vas comprendre pourquoi je ne veux pas retourner à l’école.
Charlie, occupée à dessiner pour une commande d’illustrés pour enfants, leva pourtant la tête et abandonna ses crayons.
Héloïse sortit son cahier et chercha le papillon.
— Tu sais bien que je ne peux pas le laisser prisonnier ?
Joe qui venait de les rejoindre regarda Stefano qui haussait les épaules.
— Tu ne dis rien Maman ?
Charlie éluda la question.
— Si tu veux bien ma chérie, nous ferons ça tout à l’heure, j’ai un travail à terminer. Vous n’avez pas envie de goûter ?
La jeune femme se leva et prépara en un tour de main, pain et confitures. Les enfants s’attablèrent, elle reprit son dessin et Joe après lui avoir piqué un baiser, s’en retourna dans le jardin.
C’est bien plus tard, au moment du câlin du soir, que Charlie serra sa petite fille dans les bras et murmura à son oreille :
— Tu veux bien que je regarde ton papillon ?
Aussitôt Héloïse sortit son cahier puis alla ouvrir la fenêtre.
Charlie s’approcha avec Héloïse et le tendit vers le ciel… L’insecte prit son envol d’un coup d’aile. Héloïse applaudit et se blottit contre sa maman.
— J’avais raison tu vois, la maitresse ne comprend rien.
Charlie posa la main sur la tête de sa fille et soupira. Ces pouvoirs venaient de la grand-mère de la jeune femme. Charlie ne pensait pas qu’Héloïse en aurait hérité aussi tôt…
Comme c’est le jour des enfants, je retrouve avec plaisir Héloïse qui a une version de Blanche-Neige a te raconter.
Alors que Stefano bricolait avec son père, Héloïse était restée dans la cuisine avec sa maman. Les deux coudes sur la table, elle fixait une belle pomme rouge qui la narguait dans le compotier.
— Elle ressemble à la pomme de Blanche-Neige, murmura la petite fille.
Charlie qui préparait un gâteau demanda :
— Tu as faim ?
— Pas du tout, répondit Héloïse. Tu crois que la pomme était d’accord pour empoisonner Blanche-Neige ?
— Je ne pense pas qu’elle ait eu son mot à dire. Donne-la-moi, je vais la couper en morceaux et la glisser dans ma pâte.
— Mais non, tu vas lui faire mal.
Charlie sourit.
— Tu ne dis pas la même chose quand tu croques dedans à pleines dents.
Héloïse souffla.
— Oui, mais là, c’est pas pareil. Dis maman, imagine que la pomme dans le conte, ait refusé d’être empoisonnée, qu’est-ce qui ce serait passé ? La princesse ne se serait pas endormie et la sorcière n’aurait pas été contente.
— Certainement qu’elle aurait été en colère, peut-être que le sort de Blanche-Neige aurait été pire.
— Pire comment ? Elle aurait été morte vraiment ? Les nains auraient été très malheureux alors !
— Et le prince aussi, ajouta Charlie en faisant un clin d’œil à sa fille.
— Tu sais quoi, je vais écrire une histoire où la pomme raconte ce qui s’est vraiment passé. En fait, la sorcière voulait tuer Blanche-Neige, mais elle n’a pas réussi. Stefano m’a lu une version où un morceau de pomme était resté coincé dans sa bouche. Je suis sûre que la pomme l’avait fait exprès.
— Quelle serait donc ta version, je t’écoute ma puce.
Héloïse se sentit remplie de fierté, surtout quand Charlie abandonna son gâteau et vint s’assoir près d’elle.
— Alors voilà : quand la méchante sorcière commença sa recette pour fabriquer sa pomme, elle était dans une cave froide et laide. Elle mit à chauffer des potions dans un grand chaudron. Seulement, lorsque la pomme prit sa forme, elle devint aussi vivante, parce que la sorcière s’était trompée dans ses mélanges. Tu sais, elle était un peu vieille et elle n’y voyait plus très bien quand elle lisait son gros livre de magie.
Charlie sourit et encouragea sa petite fille à continuer. Elle était toujours ébahie et stupéfaite par l’imagination d’Héloïse.
— La pomme se trouvait bien jolie, toute rouge et brillante, mais elle ne se sentait pas bien. Elle avait mal au ventre, tu sais un peu comme moi quand j’ai mangé trop de bonbons, elle comprit que sa peau n’était pas normale et qu’à l’intérieur d’elle, il y avait quelque chose de méchant. Bien sûr, elle n’avait pas d’yeux, mais sa peau brillait tellement fort parce que la sorcière la frottait pour qu’elle soit belle, que son reflet s’imprima sur sa peau. Elle aperçut les gros yeux de la vieille femme et elle eut tellement peur qu’elle décida de lui faire une farce pour la punir. C’était une pomme chipie !
Charlie eut du mal à garder son sérieux, mais elle respecta Héloïse et la laissa continuer sans l’interrompre.
— Tu te souviens que la sorcière avait mis plusieurs pommes dans un panier. Celle qui devait être empoisonnée était au-dessus. Sauf qu’elle échangea sa place avec une autre et quand Blanche-Neige la choisit et qu’elle l’approcha de sa bouche, elle lut sur la peau de faire semblant de mourir. Comme Blanche-Neige était très intelligente, elle joua la comédie sans poser de questions. C’est pour ça qu’elle met sa main à son front et qu’elle dit qu’elle ne se sent pas bien. Quand la sorcière est partie, Blanche-Neige se relève et ramasse la pomme tombée au sol. Elle la remercie. C’est alors que la pomme se change en prince charmant.
Charlie applaudit, mais elle fut vite remise à sa place, l’histoire n’était pas finie.
— Attends, et la méchante alors ? Figure-toi qu’elle aussi avait faim et comme elle avait un panier rempli de pommes, elle choisit évidemment celle qui était empoisonnée. Elle mourut dans d’atroces souffrances.
Charlie éclata de rire.
— Tu en as du vocabulaire dis-donc ! Atroces souffrances, rien que ça !
— Mathurin le dit tout le temps quand il parle de sa belle-mère qui a d’atroces souffrances dans ses jambes. Comme elle se plaint tout le temps qu’il dit, elle doit avoir sacrément mal !
Charlie se leva pour terminer son gâteau, cachant un sourire. Effectivement, la belle-mère du voisin était réputée pour être hypocondriaque et elle répétait à tout va que personne ne comprenait ses atroces souffrances, Héloïse avait bien compris le terme et l’avait placé exactement où il fallait dans son histoire.
— Du coup, on prend quelle pomme pour la couper dans ton gâteau ? demanda Héloïse, la moche toute ridée là ?
Comme c’est le jour des enfants, je partage avec toi, le conte écrit pour Pâques avec mes personnages Héloïse et Stefano. Tu vas retrouver Joe et Charly les parents et toute l’ambiance un peu magique de cette famille. Ici c’était Noël 😉.
Je sais que Pâques n’est pas encore là, mais mercredi prochain il sera trop tard 😉.
Je t’embarque avec moi dans mon univers 😉.
— Tu crois qu’ils vont penser aux œufs de Pâques ?
Héloïse tourne en rond dans le jardin. Elle est face aux clapiers de Joe et discute avec les lapins. Si Stefano l’entendait, il se moquerait encore d’elle en lui répétant qu’elle n’est plus un bébé. Sauf qu’Héloïse n’est pas une enfant comme les autres. Très sensible, elle sent les choses et aujourd’hui plantée devant la lapine qui vient d’avoir des petits, elle lui parle. Elle l’a baptisée Hermine.
— Je sais bien que l’histoire des cloches qui déversent les œufs dans les jardins, ce n’est pas possible, mais moi je voudrais bien y croire quand même. Tu penses que tu pourrais m’aider ?
Hermine de couleur marron la regarde de ses grands yeux noirs tout en mâchonnant son brin de luzerne.
— Moi j’aimerais bien que les animaux parlent comme dans les livres. Tu n’en aurais pas envie toi ?
— Avec qui tu bavardes ?
C’est Joe, toujours affublé de son chapeau qui s’approche d’elle.
— Ne l’embête pas ! Elle doit s’occuper de ses lapereaux, n’y touche pas surtout, sinon elle pourrait les abandonner si elle sent ton odeur.
Héloïse soupire.
— D’accord, je m’en vais.
Joe qui descendait de son tracteur l’attrapa gentiment au passage quand elle passa devant lui.
— Attends, je ne t’ai pas demandé de partir, seulement de ne pas la toucher. Je t’ai déjà expliqué. Elle sent ton odeur et c’est étranger pour elle.
— Je sais, je ne l’ai pas caressée.
— Tu es toute triste, qu’est-ce qu’il t’arrive encore ?
— Rien !
Et elle le planta là. Joe soupira. Il avait bien compris que quelque chose la tracassait, mais il avait du travail, il haussa les épaules et remonta sur son engin.
— Et si j’allais voir les poules ? Peut-être qu’elles pourraient m’aider !
Stefano l’aperçut alors qu’il faisait du vélo dans le parc. Il vint à sa rencontre.
— Tu joues avec moi ? On fait la course ?
— Non, j’ai autre chose à penser.
Il éclata de rire.
— Ah oui ? Et à quoi ?
— Arrête de te moquer de moi, tu verras bien.
Il haussa les épaules et reprit son vélo. Les filles c’était d’un compliqué !
Héloïse entra dans le poulailler déclenchant des cot cot indigné de la basse-cour.
— Ne faites pas tant de bruit, j’ai besoin de vous.
Les volailles se turent aussitôt, comprenant qu’elle ne leur voulait pas de mal. Elles continuèrent leur balade nonchalante dans l’herbe.
— Vous pourriez vous arrêter de picorer quand même ! J’ai quelque chose à vous demander ! Pourriez-vous me faire de beaux œufs de Pâques colorés ? Et les disperser dans le jardin ?
Les bestioles ne relevèrent même pas la tête.
— D’accord, vous ne m’écoutez pas ! S’il vous plait votre attention !
Héloïse claqua les mains, ce qui pour effet de stopper net le picorage. Le coq majestueux se demanda alors ce qu’il se passait et vint à la rencontre de la petite fille. Il tendit le cou et s’approcha plus près.
— Elles ne te répondront pas, elles n’ont pas de langue.
Héloïse sursauta et se reprit aussitôt.
— Parce que toi tu en as une peut-être ?
— Moi je suis le maître ici, ce n’est pas pareil.
— C’est ça, fais le malin !
— Dis donc, tu pourrais me demander pourquoi je te parle au lieu de me faire un cours d’anatomie.
— Écoute Victor, je sais que tu es le chef de la basse-cour, mais…
— Comment m’as-tu appelé ? Victor ?
Il gonfla le jabot, sa crête rougit de plus belle et il se tourna vers ses poules.
— Vous avez entendu ? Je suis Victor.
— Il n’y a pas de quoi pavoiser, rétorqua une poulette plus délurée que les autres, au cou dégarni, une houppette ébouriffée sur la tête.
— Tu vois qu’elles parlent aussi !
Héloïse tapa des mains.
— Je vais vous demander de faire une surprise. Mais c’est un secret. Promis, vous tiendrez votre langue ?
Elles répondirent toutes ensemble.
— On n’en a pas de langue, on ne peut pas la tenir !
Elles caquetèrent de plus belle comme si elles avaient pris un fou rire. Gagnée par leur bonne humeur, Héloïse se mit à sauter partout dans le poulailler.
— Venez à côté de moi, je vais vous dire à quoi je pense.
— Tu sembles bien guillerette ce matin Héloïse ! c’est parce que les vacances sont là ?
Charlie regarde sa fille avec amour. Sa frimousse est barbouillée de chocolat.
— Tu as bien dormi !
— Oui ! J’ai une surprise ! Mais je ne te le dirais pas.
— Alors pourquoi en parles-tu ?
Stefano la taquine.
— Je suis certain que tu ne sauras pas tenir ta langue.
Héloïse en profite pour lui tirer justement. Comme elle est pleine de chocolat et de miettes, ce n’est pas très joli, et elle se fait remonter les bretelles par Joe qui n’admet pas qu’à table les enfants se comportent mal.
Une fois le petit-déjeuner débarrassé, Héloïse file s’habiller en vitesse. Stefano est surpris de la voir redescendre et courir vers le poulailler. Joe sourit.
— Je ne sais pas ce qu’elle mijote, mais ça la met de belle humeur. Je suis content. Il y avait quelques jours qu’elle semblait triste non ?
— Tu connais ma fille, elle est à fleur de peau.
— Hier, elle bavardait avec les lapins.
— Elle adore les animaux.
Stefano n’a pas attendu la fin de la conversation et il est parti la rejoindre. Qu’elle n’est pas sa surprise de l’entendre discuter avec le coq, les poules autour de lui ne bougent pas une aile. Le gamin n’ose pas faire de bruit.
— Alors, faites-moi voir ?
Les volailles s’écartent et Héloïse s’avance à l’endroit où elles se retrouvent toutes pour pondre. Dans la paille, elle découvre des œufs multicolores. La petite fille est ébahie.
— Vrai ! c’est vous qui avez fait ça !
Le coq se rengorge. Il a bien commandé ses femmes. Dans les différents nids, il y en a des bleus, des roses, des rouges, des jaunes, celui-là avec des traits verticaux, d’autres horizontaux, d’autres encore imitant des vagues.
— Et ce n’est pas fini, demain, ça recommence !
— Oui, mais ce n’est pas du chocolat qu’il y a dedans ? Si ?
Les poules caquettent à qui mieux mieux, comme si elles riaient.
— Goûte ! Tu verras bien !
Héloïse n’en croit pas ses yeux, elle a devant elle une douzaine d’œufs en chocolat. Elle en casse un petit bout et c’est rudement bon.
Stefano qui s’est approché ne comprend rien. Héloïse s’est accroupie et a cogné un œuf doucement par terre, et elle le met à la bouche, comme ça, alors qu’il n’est même pas cuit.
— Mais ça ne va pas Héloïse ! Tu vas être malade !
La fillette surprise lâche son précieux cadeau. Il s’écrase au sol et le jaune s’étale à ses pieds.
— Regarde ce que tu as fait, Charlie ne va pas être contente et Joe encore moins.
Héloïse contemple ses chaussures, les poules et Victor le coq qui hausse ses plumes. Il embarque ses volailles sans se retourner.
— Tu as tout gâché !
Héloïse se mit à pleurer. Stefano ne comprenait pas.
— Mais Hélo… Tu ne peux pas casser les œufs comme ça !
— Je ne les cassais pas, c’était ça ma surprise ! Ils sont en chocolat !
Stefano se gratta la tête.
— Regarde tes chaussures Héloïse, ce n’est pas du chocolat là !
— Tu comprends rien !
Elle le bouscula et s’enfuit en courant.
Hermine, la lapine, surveillait de son clapier ce qu’il venait de se passer. Elle se mit à glapir et aussitôt Victor le coq s’approcha.
— Tu as vu ? Fais quelque chose ! Moi, je suis enfermée, je ne peux rien faire. J’ai mes petits que je ne peux pas laisser.
— T’inquiète pas, je gère !
— Ah oui ? Et comment ?
— Je vais rentrer dans la maison et parler à Charlie.
— Ben voyons ! Tu vas te faire sortir à coup de balai sûr !
Victor gonfla le jabot, devint tout rouge et lança un cocorico tonitruant.
— Jamais personne ne me fera de mal, compris !
— Qu’est-ce qu’il se passe ici ?
Charlie est face à eux. Hermine se planque dans son clapier et Victor ne bouge pas d’un pouce.
— Répondez-moi !
Joe qui venait chercher son tracteur éclate de rire.
— Tu parles au coq ? Décidément, ta fille et toi vous ressemblez vraiment beaucoup.
Victor cligna de l’œil et de sa démarche fière repartit trouver ses poules.
Charlie éluda la question de Joe et ouvrit la porte de la cage pour nourrir la lapine. Elle disposa un peu de grains dans la mangeoire et mit un peu de luzerne sèche près d’elle, veillant bien à ne pas la toucher.
Celle-ci s’approcha des mains de la jeune femme et couina doucement. Charlie chuchota :
— Attends que Joe soit parti, je ne peux pas te parler.
Une fois seule, Charlie ouvrit la porte du clapier.
— Sors Hermine et fais ce que tu as à faire.
— Mes petits ?
— Ne t’inquiète pas pour eux. Fais attention de ne pas te faire surprendre par Joe.
La lapine détala.
Stefano rejoignit Héloïse dans sa chambre.
— Je suis désolé si je t’ai fait de la peine, mais je ne comprends rien à ce que tu racontes.
— Tu ne peux pas comprendre !
— Je sais tu me l’as déjà dit. Explique-moi alors !
— J’ai demandé aux poules de pondre des œufs de Pâques et ne ris pas !
Stefano s’assit sur le lit.
— Et donc ?
— Regarde !
Héloïse sortit de sa poche, deux œufs qu’elle avait réussi à emporter.
Stefano n’en crut pas ses yeux quand il les vit décorés.
Le lendemain matin, les enfants avalèrent leur petit-déjeuner à toute allure. Joe avait à peine terminé de boire son café qu’ils avaient déjà détalé, n’oubliant pas de débarrasser leurs bols.
— Quelle mouche les pique ce matin Charlie ? Tu es au courant de quelque chose ?
— Pas du tout, ils ont sans doute des choses à faire, des trucs de gosse.
— Je suis heureux qu’ils s’entendent aussi bien.
Il se leva et embrassa la jeune femme.
Héloïse entra en trombe dans le poulailler. Les poules affolées se mirent à courir dans tous les sens. Victor arriva les calmer.
— Allons les poulettes !
Héloïse se baissa pour caresser le coq. Stefano ouvrit de grands yeux.
— Alors, elles en ont pondu combien ?
— C’est un peu tôt encore, mais allons voir.
Stefano murmura à l’oreille de son amie :
— Mais qu’est-ce que tu fais ?
— Chut !
Émerveillés, les deux enfants contemplèrent les différents nids où des œufs bariolés étaient disposés.
— Tu pourras remercier Hermine qui a fait tout le travail.
— Pourquoi ?
— Regarde, elle a trouvé de jolis paniers et avec ses copines, elle a attaché des rubans. Tu pourras présenter tes surprises dedans. Mais, jusqu’à samedi, tu vas encore en avoir. Mes poulettes sont à fond.
— Merci, je t’adore !
Stefano ébahi vit Héloïse attraper Victor par les ailes et se mettre à danser avec lui dans l’herbe. Les volatiles ravis du spectacle caquetèrent en cadence.
— Mais qu’est-ce qu’il se passe là-bas, maugréa Joe qui allait quitter la cuisine. Tu entends ce boucan ?
— Ne t’inquiète pas, les volailles ont sans doute perçu un bruit bizarre. Tu sais ces bestioles ne sont pas très intelligentes.
— Tu parles c’est les gamins ! Stefano n’y est jamais autant allé que depuis qu’il connait ta fille.
— C’est un reproche ?
— Mais pas du tout, je suis heureux qu’il ait retrouvé le sourire. Mais je vais quand même y aller faire un tour.
— Laisse-les donc s’amuser !
— Non, je ne veux pas qu’ils fassent des bêtises.
Il mit son chapeau et à grandes enjambées, il partit rejoindre son fils et Héloïse. Charlie, à la fenêtre, siffla.
La porte d’un clapier s’ouvrit, Hermine se faufila à l’extérieur.
— Alors les enfants, que faites-vous encore dans le poulailler ?
Héloïse répondit aussitôt.
— Rien !
— Stefano ?
Il ne réagit pas.
— Je te parle gamin !
Stefano prit la main de la petite fille et l’entraina.
— Rien, papa. Je t’assure.
— Tu as ramassé les œufs ?
— C’est trop tôt, tu sais bien.
Joe sourit.
— Alors que faites-vous là ? Vous ne voyez pas que les poules sont affolées par votre présence ?
— Ben non, regarde !
En effet, le coq picorait tranquillement dans un coin, et ses comparses en rond autour de lui faisaient de même.
Plus loin, une lapine emportait un panier rempli d’œufs multicolores.
Enfin, le week-end arrivait. Héloïse était très excitée. Allait-elle avoir sa surprise et surtout, comment sa maman et Joe le prendraient-ils ? Elle se leva la première. Stefano dormait encore. Elle ne devait pas faire de bruit. Elle enfila un gros pull sur son pyjama, ses bottes en caoutchouc jaune à pois et hop, elle partit rejoindre ses amis dans le poulailler. C’était la grande effervescence. Hermine, debout sur ses pattes arrière plaçait les œufs colorés dans les paniers. Victor surveillait ses comparses qui étaient sagement installées sur leur nid.
C’était parfait. Héloïse tapait des mains tellement elle était heureuse. C’était magique. Elle seule pouvait voir ça. Seule… pas tout à fait.
— Tu es contente ?
La petite fille sursauta. Charlie était derrière elle.
— C’était une surprise, tu ne devais pas savoir.
— Je jouerais le jeu ne t’inquiète pas ma chérie.
— Tu n’es pas fâchée ?
— Bien sûr que non ! mais je ne voudrais pas que Joe se doute de quelque chose.
— Stefano n’a rien compris et n’a rien vu.
— Hum !
La jeune femme tapa dans ses mains et aussitôt Victor se mit presque au garde à vous devant elle.
— Je vous remercie. Vous avez bien travaillé. Je m’occupe du reste. Hermine, tu peux rejoindre ton clapier. Joe ne va pas tarder à venir, vous savez ce que vous devez faire.
En quelques secondes, la lapine se faufila dans l’herbe pour retrouver ses petits. Victor lança un tonitruant cocorico annonçant ainsi l’aube naissante, les poules se mirent à chanter et à sortir de leur nid, en s’ébouriffant.
Charlie ramassa les œufs bariolés, les paniers, et tout redevint comme avant. Elle saisit la main d’Héloïse dans la sienne et toutes deux reprirent le chemin de la maison pour préparer le petit-déjeuner comme si de rien n’était.
Le jour de Pâques, les enfants furent réveillés par un rayon de soleil coquin qui leur balaya le visage à travers les rideaux. L’odeur de chocolat chaud leur chatouilla les narines. Stefano, le premier, posa les pieds par terre et se frotta les yeux. Héloïse s’étira, un sourire sur les lèvres. Texas, le terre neuve monta l’escalier et doucement poussa la porte de la chambre. Il mit ses pattes sur la couette et murmura :
— Tu viens ?
Héloïse ébahie, demanda :
— Mais… tu parles ?
— Victor, le coq, ce volatile dressé sur ses ergots le fait bien lui, pourquoi pas moi ?
La fillette enserra de ses petits bras la grosse tête du chien et enfouit son visage dans la fourrure.
Une cloche retentit alors.
Joe qui préparait le café sursauta. Charlie posa une main sur son épaule. Elle appela les gamins. Une cavalcade résonna aussitôt et Texas ne fut pas le dernier à débouler dans la cuisine. Charlie ouvrit la porte et un doigt sur la bouche, les invita à contempler le spectacle.
Une pluie d’œufs tombait doucement du ciel.
Elle tendit aux enfants les paniers pour les récupérer. Ils partirent en courant dans le jardin, en riant aux éclats.
— Mais…
Joe ne pouvait pas croire ce qu’il voyait. Son caractère cartésien l’empêchait d’imaginer que des cloches pouvaient lâcher dans sa prairie des œufs en chocolat. Pourtant c’est ce qu’il se passait. Les enfants, excités, fouillaient l’herbe autour des arbres, débusquaient des trésors derrière les pots de fleurs. Certains, plus téméraires, s’étaient même posés sur la margelle du puits.
Charlie entrelaça ses doigts à ceux de son homme.
Victor lançait des cocoricos à tout va, les poules l’accompagnaient de leur cot cot heureux. Hermine, dans son clapier glapissait en cadence, et Texas, poussait de sa truffe, les œufs bien cachés.
— Joyeuses Pâques mon chéri !
Les enfants les rejoignirent émerveillés, les paniers pendus à chaque bras, bien remplis.
Texas aboya, Joe posa sa main sur sa tête. Stefano se glissa de l’autre côté et se serra contre lui. Héloïse se colla contre Charlie.
— J’ai faim, on prend le petit-déjeuner ?
C’était un dimanche tout à fait ordinaire finalement.
Noël approche à grands pas et te souviens-tu de l’histoire d’Héloïse et Stefano, tu peux la retrouver ici. Voici la fin 👇.
Charlie avait le don pour décorer la maison de papa Joe. Héloïse était en admiration. Tout ce que touchait sa maman se transformait en quelque chose de magnifique. Héloïse était certaine que jamais la maison de papa Joe n’avait été aussi belle.
Stefano approuvait et ses yeux brillaient. Il se rappelait vaguement que lorsque sa maman était encore là, son père allait chercher un sapin pour le garnir de boules multicolores. Mais aujourd’hui il était triste, petit à petit ses souvenirs s’estompaient et Charlie prenait toute la place.
Ils étaient bien allés tous les quatre choisir le bel arbre vert chez un l’horticulteur, ami d’enfance de Joe. Ils avaient eu du mal à se décider, mais ils étaient finalement tombés d’accord sur un sapin qui trônait dans la pièce à vivre, à savoir la grande cuisine avec son immense cheminée. Il y en avait bien une autre qui faisait office de salon, comme l’appelait pompeusement Joe, parce qu’elle avait un canapé où les chats aimaient s’y blottir et que la télé qu’ils allumaient rarement était installée, mais vu qu’ils y passaient peu de temps, l’arbre avait pris sa place là où Charlie faisait mijoter ses petits plats.
Héloïse avait ouvert la fenêtre de son calendrier de l’avent. Deux jours restaient avant Noël. La maison était prête, Charlie avait sorti la farine, les œufs et les emporte-pièces pour les biscuits. Héloïse s’accouda à la table et ferma les yeux. Deux jours avant de savoir si son rêve allait se réaliser.
— Tu es occupée Charlie ?
Une bourrasque s’engouffra dans la cuisine quand Papa Joe entra. Héloïse était en admiration devant lui. Il enleva son chapeau et secoua ses boucles emmêlées. Il s’approcha de la jeune femme, lui piqua un baiser sur la joue et ébouriffa au passage la tête de la petite fille.
— Je t’emmène.
Il siffla son chien pour qu’il rentre.
— Toi aussi Héloïse, tu me guideras dans mon choix. Stefano est déjà dans mon carrosse.
Charlie essuya ses mains au tablier qu’elle quitta rapidement et sans s’interroger davantage saisit son manteau et le suivit. Héloïse posa son bonnet à pompon de guingois sur sa tête et enfila à la hâte sa doudoune rouge.
— Tu sais où on va ? murmura la gamine à l’oreille de Stefano.
— Aucune idée.
Ce n’était pas souvent qu’ils allaient au village. Les deux enfants ébahis découvrirent alors le traineau du père Noël. Charlie descendit rapidement du 4×4 et se dirigea vers le bonhomme à la barbe blanche.
Héloïse le reconnut, c’était celui de son rêve. Son petit cœur s’accéléra surtout quand il la vit et lui fit un clin d’œil. Charlie leur fit signe.
Stupéfaits, Stefano, Héloïse et Joe furent invités à s’asseoir dans le traineau.
— Pourquoi il fait nuit ? murmura Stefano à l’oreille d’Héloïse.
Charlie qui avait entendu répondit aussitôt :
— N’est-ce pas mieux pour voyager dans le ciel ?
Le vieil homme s’installa à l’avant.
— Vous êtes bien au chaud ?
Les plaids rouge et blanc recouvraient les enfants. Joe enfonça son chapeau sur les oreilles et saisit la main de Charlie.
Comment était-ce possible ? Héloïse serrée contre Stefano ouvraient grandes ses mirettes. Ils voyageaient dans le ciel, à bord d’un traineau tiré par quatre rennes. Jamais, elle n’avait pensé que ça pouvait arriver. Elle pouvait presque toucher les étoiles.
Soudain il amorça une descente et se posa délicatement dans la neige. Entouré de sapins, c’était le calme absolu.
— Je m’occupe de mes bêtes, je reviens.
Le vieillard encore leste pour son âge, mais d’ailleurs quel âge avait-il ? Héloïse pensait qu’il était très très vieux, mais après tout, elle n’en savait rien.
Ils se retrouvèrent seuls, tous les quatre, autour d’un feu qui crépitait. Qui l’avait allumé ? Ils s’assirent près des flammes qui grimpaient haut dans le ciel noir. Joe avait d’assez grands bras pour serrer contre lui Charlie et les deux enfants. Il murmura :
— Vous ai-je déjà dit que je suis le plus heureux des hommes ?
Il regarda Stefano.
— Je t’aime tellement mon fils.
Il essuya une larme qui perlait au bord des cils de son gamin.
— C’est le froid, dit Stefano bravement.
Joe fit mine de le croire.
— Et toi mon petit lutin, dit-il en s’adressant à Héloïse, depuis que tu es entré dans ma vie, tu es un rayon de soleil au quotidien. J’ai quelque chose à te demander, mais avant il faut que j’aie l’accord de ta maman.
Il saisit la main de Charlie et plongea son regard dans celui de la jeune femme.
— Accepterais-tu de devenir ma femme ? Je sais bien que c’est désuet et je ne suis pas très fort pour les demandes en mariage, mais…
Charlie l’interrompit :
— Oui.
Le feu crépita et le vieillard en rouge réapparut.
— Ah je vois que vous vous êtes mis au chaud. Mes rennes sont prêts à repartir, vous aussi ?
— Héloïse ? Tu dors ?
Charlie regardait sa gamine accoudée toujours à la table.
— Je croyais que tu allais m’aider pour les biscuits, mais…
Héloïse se frotta les yeux. Elle avait encore rêvé. Elle soupira.
Une bourrasque s’engouffra dans la cuisine quand Papa Joe entra. Il avait un drôle d’air. Stefano était derrière lui.
La voix cassée il enleva son chapeau et déposa un petit cadeau sur la table. Devant la mine surprise de Charlie, il haussa les épaules et dit :
— Je n’ai pas la patience d’attendre Noël, depuis ce matin, je tourne en rond. J’ai fini par en discuter avec mon fils et nous sommes tombés d’accord, je… t’offre ta surprise aujourd’hui, comme ça tu l’auras pour… enfin… si tu veux bien…
Héloïse n’avait jamais vu Papa Joe comme ça, il se tordait les mains comme elle quand elle avait fait une bêtise et qu’elle ne savait pas comment l’avouer.
— Vas-y papa, fais pas ta mauviette.
Stefano poussait son père vers Charlie.
Joe tendit la petite boite enrubannée de rouge à la jeune femme. Elle s’essuya les mains, les joues rosies de plaisir.
— J’adore les surprises.
Délicatement, elle enleva le ruban et commença à déplier le papier. Héloïse admirait sa mère. Elle, elle déchirait toujours tout, trop impatiente. Maman, elle, prenait tout son temps et c’était à chaque fois pareil.
Charlie ouvrit le petit couvercle de la boîte. Un anneau apparut, tout simple. Héloïse se pencha et le découvrit en même temps. Elle se frotta les yeux et se pinça, histoire d’être certaine que ce n’était pas encore ce fichu rêve qui revenait.
Joe balbutiait :
— Ce n’est pas trop mon truc les demandes en mariage, mais…
— Bref, papa aimerait bien qu’on forme une vraie famille, l’interrompit Stefano qui avait honte de son père, lui toujours si sûr de lui. Moi, je suis d’accord, même si je n’oublierai jamais ma maman, mais je veux bien que tu deviennes un petit peu la mienne.
Charlie se jeta dans les bras de Papa Joe. Héloïse baissa la tête, c’est certain, elle allait se réveiller.
— Et toi mon petit lutin, j’aimerai savoir… Papa Joe saisit son visage et la regarda tendrement, si ta maman veut bien, accepterais-tu que je devienne ton papa même si…
Héloïse éclata en sanglots, se blottit contre lui et hoqueta :
— C’est le plus beau Noël de ma vie.
Charlie proposa alors d’aller fêter ça au village peut-être y aurait-il une surprise.
C’est en arrivant sur la place que les enfants émerveillés découvrirent le traineau du père Noël.
Héloïse s’échappa des mains de Charlie pour courir vers lui bousculant au passage les gamins qui souhaitaient lui parler. Elle se jeta dans les bras du bonhomme en rouge et lui murmura un merci tremblant dans les oreilles. Le vieux monsieur à la barbe blanche la regarda de ses yeux plissés, esquissa un sourire et la serra dans ses bras.
Pourquoi ne pas terminer le mois de novembre avec une histoire d’Héloïse et Stefano. Je t’ai déjà parlé de ces personnages dont je n’ai rien publié ici 😁 mais ils existent bel et bien. Va donc voir ici
Comme c’est le jour des enfants et que demain c’est le 1er décembre et le début de mon calendrier pourquoi ne pas commencer avec le rêve d’Héloïse ?
Quand Héloïse ouvrit les yeux, elle fut surprise de se retrouver dans son lit. Elle se rappelait qu’elle avait eu froid parce qu’elle avait fait du chien de traineau.
Sérieux ? Il fallait qu’elle raconte ça à Stefano, même s’il se moquait d’elle, il l’écouterait sans broncher.
Elle enfila ses pantoufles, un pull au-dessus de son pyjama et descendit l’escalier. Personne ! Tant mieux ! Elle remonta dans sa chambre et s’habilla en vitesse : Tee-shirt rouge sweat assorti, jupe en jeans et leggins noirs.
Elle brossa ses cheveux parce que maman Charlie ne rigolait pas avec ça et repartit à la course.
— Combien de fois t’ai-je dit de ne pas courir !
Papa Joe se servait un café dans la cuisine. Elle ne l’avait pas vu. Il s’approcha pour l’embrasser.
— Bien dormi ?
Elle répondit à son baiser et demanda aussitôt où était Stefano.
Papa Joe lui fit signe que son fils était attablé sous la véranda, plongé dans un bouquin.
Elle s’approcha de lui en faisant attention de ne pas le déranger, mais le petit garçon leva la tête et lui sourit.
— Enfin tu es debout ?
Elle murmura à son oreille :
— J’ai fait un rêve merveilleux. J’étais au pays du père Noël. Tu veux que je te raconte ?
Stefano lâcha son livre et écouta. Héloïse se cala contre lui et de sa voix cristalline commença :
J’avais des frissons alors je me suis réveillée pour me couvrir. En fait, j’étais dans une forêt et il y avait de la neige. Un petit bonhomme tout habillé en vert avec un bonnet à grelot rouge s’est approché de moi.
— Tu es venue pour l’embauche ? D’habitude il n’y a pas de fille, mais comme il manque du monde en ce moment, je ne pense pas que le patron fasse le difficile.
Je ne comprenais rien à ce qu’il me racontait et je ne savais pas de quoi il parlait. Il s’en rendit compte parce qu’il me trouva bien petite. Pourtant, il dit :
— Tu n’es pas un lutin toi !
Je n’osais pas répondre et me mis à trembler. Du coup, il tapa dans ses mains et un traîneau tiré par quatre grands chiens apparut. Le lutin me fit grimper dedans et m’emmitoufla dans la couverture qu’il y avait. Il enfonça un bonnet sur ma tête comme le sien et donna un ordre aux animaux.
Ils démarrèrent aussitôt et moi j’étais bien au chaud et je regardais le paysage magnifique. Ils se sont arrêtés devant une grande maison tout illuminée. Je te garantis qu’il y avait du bruit et du monde à l’intérieur. Je suis descendue et j’ai collé mon nez à la fenêtre. Imagine un peu ! Il y avait plein de lutins qui fabriquaient des cadeaux.
— Au lieu de faire ta curieuse, tu ferais mieux de rentrer avant de tomber malade. Je ne sais pas si tu as compris qu’il faisait -20° ici.
Il faisait rudement chaud dans la pièce et ça sentait trop bon, comme une odeur de bonbons et de chocolats. C’était magique !
— Surtout, ne fais pas de bruit, le patron dort encore. Il se repose.
J’ai failli rigoler parce que du bruit, il y en avait plein. Je crois que le lutin avait compris, il me dit à l’oreille.
— Si tu parles, le patron saura que tu n’es pas un lutin. Nous n’avons pas le même langage que toi.
— Mais je comprends ce que tu dis.
— Oui parce que je suis le chef et que mon rôle est de surveiller ce qu’il se passe à l’extérieur et je parle toutes les langues. Je t’ai entendue arriver. Suis-moi, regarde et ne touche à rien.
Tu ne peux pas savoir Stefano comme c’était beau de voir tous ces petits bonhommes se dépêchaient pour fabriquer et emballer tous les cadeaux qui allaient être distribués.
— Tu as vu le mien ? l’’interrompt son petit compagnon.
Héloïse ouvrit de grands yeux horrifiés et répondit très sérieusement.
— Mais je n’ai pas le droit de te le dire voyons ! Je continue.
Il y avait des poupées, des ours en peluche, des camions, des voitures, des jeux de société, des ordinateurs, des déguisements, des livres de coloriage, c’était magnifique.
J’ai même vu la fabrique de chocolats et de biscuits de Noël. Et c’est là que tout s’est gâté.
— Je parie que gourmande comme tu l’es, tu as voulu goûter.
Héloïse baissa les yeux et reprit son histoire.
Je n’avais même pas encore trempé un doigt dans le chocolat qu’une grosse voix a crié :
— Qui va là ? Qui es-tu ?
Et là, devine qui est arrivé devant moi ?
Stefano soupire :
— Le père Noël évidemment.
Il était un peu comme on le voit dans les livres ou dans les magasins, mais c’était pas pareil. J’ai compris tout de suite que c’était le vrai. Sa barbe est toute blanche et toute douce, il a des petites lunettes rondes sur le nez, tu sais comme celles que met Papa Joe quand il doit lire et qu’il dit qu’il voit sans, mais qu’il les met quand même. Il a des petits yeux qui sourient, il est vieux ça c’est sûr, mais il est tout gentil. Alors il m’a demandé qui j’étais. J’ai répondu que j’étais Héloïse. Il s’est mis à rire. Il n’avait pas l’air trop bien réveillé, il n’avait même pas de chaussures.
— Tu crois vraiment que je vais me rappeler de toi ?
Le lutin chef s’est alors approché de lui et lui a dit quelque chose à l’oreille et lui a tendu une liste.
— Ah je vois. C’est toi qui as demandé que Papa Joe devienne ton papa et que ta maman soit toujours heureuse avec lui.
— Sérieux ? Tu as demandé ça au père Noël ? Je pensais que tu voulais le poney qui vient de naître chez Mathurin.
— Je sais bien que c’est pas possible donc je veux ça.
— Et que t’a-t-il répondu ?
— Tu vois que tu y crois toi aussi ? Pourtant tu te moquais de moi…
— Continue ton histoire va !
Le père Noël m’a dit qu’il fallait que j’y pense très fort et que peut-être ça pourrait se réaliser, mais que ça ne dépendait pas tout de lui. Il a ajouté aussi que comme j’avais été sage…
Voici la fin de l’histoire de ma petite sorcière. J’ai rempli mon challenge pour le mois d’octobre 😉.
Samy se réveilla dans son lit et la bonne odeur de pain grillé la titilla aussitôt. Maman devait lui préparer son petit-déjeuner.
Elle se leva, enfila ses claquettes et passa sa main dans ses cheveux emmêlés. Elle ouvrit la fenêtre et entendit un cri bizarre. Un aigle volait au-dessus du jardin, il était haut dans le ciel, mais elle reconnut le bruit, elle en avait déjà vu lors de promenades en montagne avec ses parents.
— Samy, tu descends ?
À regret, elle referma la vitre et rejoignit sa maman. Papa était parti, il travaillait tôt et à plusieurs kilomètres de leur domicile.
— Bien dormi ? demanda Maman en lui versant son chocolat chaud.
Samy ne répondit pas et laissa son esprit vagabonder. Quel joli rêve ! Elle parcourait un paysage féérique en compagnie d’un vautour.
Elle avala ses tartines beurrées en silence puis quitta la table pour aller se préparer.
Devant la glace de la salle de bains, elle coiffa ses boucles. Elle se sentait étrange. Elle saisit son sac d’école, embrassa sa maman et prit le chemin du collège.
Elle leva les yeux et aperçut encore l’aigle qui tournait au-dessus d’elle. Elle s’arrêta pour mieux le contempler.
— Salut Samy ! Qu’est-ce que tu regardes ?
Des copains et copines de sa classe la rejoignaient. Elle leur sourit et leur montra du doigt le bel oiseau.
— Heu… oui il y a des nuages qui font la course, et alors ?
Dans le ciel de Samy, il n’y en avait pas, les nuages s’étaient fait la malle ;
— Viens, on va être en retard.
Samy les suivit non sans jeter un dernier regard sur l’animal.
— Je peux m’asseoir à côté de toi ?
Samy haussa les sourcils, tout était bizarre ce matin.
— Mais oui pourquoi ?
— D’habitude, tu es toute seule.
De plus en plus étrange. Le prof de mathématiques entra dans la classe et Samy sentit la boule au ventre la gagner. Finalement, rien n’avait changé.
La journée se déroula normalement, mais quand elle reprit le chemin de sa maison, l’aigle était toujours dans le ciel.
Au lieu de tourner à droite, elle prit à gauche. C’était bizarre, d’habitude il lui semblait qu’il y avait une bâtisse là, au bout de l’impasse.
Samy s’assit sur le trottoir et ferma les yeux.
Elsbeth Isobel sans sa chambre, ses parents Straurius et Isaulya et son chat Arthus défilèrent devant elle. Elle revit le voyage qu’elle avait fait dans l’autre monde, elle entendit les bruits des cascades et les rires des elfes, des fées, elle découvrit que son amie lui faisait signe et lui soufflait qu’elles se reverraient, elle lui murmurait également qu’elle ne devait pas être triste parce qu’elle veillerait sur elle à jamais.
Un battement d’ailes lui fit ouvrir les yeux. L’aigle aperçu depuis le matin dans le ciel s’était posé à quelques mètres d’elle et la fixait.
Stupéfaite, elle n’osa pas faire un geste de peur qu’il ne s’envole. Il s’approcha plus près. Il était immense. Elle caressa son plumage. Il se frotta contre elle, l’invitant à s’asseoir sur son dos. Elle n’en crut pas ses yeux quand il prit son envol avec elle accrochée à son cou.
— Samy ? Qu’est-ce que tu fais là toute seule ?
Sa maman ouvrit la portière de la voiture.
— Il me semblait bien t’avoir aperçue en passant devant la rue. Il y a eu un problème au collège ?
Samy grimpa dans le véhicule le sourire aux lèvres. Elle avait compris qu’elle pourrait retourner là-bas virtuellement, Elsbeth Isobel lui enverrait Senu, elle s’en souvenait maintenant.
Elle passa la tête par la vitre et dit au revoir à l’oiseau dans le ciel qui fila en flèche très haut jusqu’à disparaitre.
Quel bel oiseau ! Samy en aigle royal était magnifique. J’enfourchai mon balai, Arthus grimpa devant moi. Je donnai le départ et nous primes notre envol ensemble.
Que dire sinon que je retrouvai avec joie mes paysages qui m’avaient manqué. Je ne m’en rendais pas compte, mais finalement, mon monde faisait partie de moi et je ne pouvais pas m’en passer très longtemps.
Nous défilâmes devant Dame Lune qui me fit un clin d’œil en me reconnaissant. Elle fut stupéfaite en voyant l’aigle me suivre de si près, mais elle se laissa contempler avec plaisir. Elle était un brin vaniteuse pour ne pas accepter qu’on la regarde.
Je piquai vers les cascades évitant d’éveiller tous les elfes et fées qui devaient sommeiller. Nous ne dérangeâmes personne, seuls les parfums environnants surpris par notre visite nous envoyèrent leur fragrance.
Nous nous posâmes sur un pont dont la lumière rosée m’avait toujours impressionnée. Je pensai y découvrir Harow, c’est là qu’il habitait.
Il devait dormir profondément, je ne l’aperçus point. Légèrement déçue parce que j’aurai voulu le présenter à Samy, nous reprîmes notre envol et… un cri me paralysa. Jamais, je n’aurai pu imaginer qu’un aigle puisse se promener lui aussi.
Samy fit du sur place en découvrant face à elle un superbe vautour de la même race qu’elle. Un mâle qui surprenant mon amie pour la première fois se mit à lui tourner autour et à lui faire sa cour. De parades en cris stridents, il était magnifique. Incroyable, il était tomber raide dingue de Samy. Quelle histoire !
Je riais intérieurement. Pauvre bête qui n’avait pas réalisé qu’elle avait en face d’elle, une mortelle et non pas un aigle royal comme elle le pressentait.
Évidemment, le caractère frondeur de Samy prit le dessus, elle se laissa planer à côté de son nouveau copain. Tous deux volaient très haut dans le ciel étoilé et la lune était le seul témoin de leur jeu. Ils passaient et repassaient devant elle en imprimant sur l’astre leur ombre.
Je les surveillai du coin de l’œil espérant que Samy n’avait pas oublié qu’elle devait être rentrée avant le lever du soleil, sinon elle resterait ici à tout jamais. Ce n’était jamais arrivé qu’un mortel vienne jusqu’ici, je ne savais pas du tout quel sort pouvait l’attendre.
Soudain, les deux aigles se posèrent. Commença alors une parade amoureuse du beau mâle. Je ne pouvais pas laisser faire ça, il serait bien trop malheureux quand il comprendrait qu’il s’était fait avoir.
— Samy ?
Je l’interpelai à voix basse. Pas question de réveiller tout le monde. Nous aurions l’air malins et je n’avais pas envie de subir la colère de mon père.
Mon ami faisait la sourde oreille. Je n’avais pas d’autre solution que de la transformer rapidement pour qu’elle rentre chez elle, mais j’aurais aimé pouvoir lui dire au revoir et ne pas la quitter aussi brusquement. C’était trop bête, je n’avais pas pensé à ça.
Enfin, elle cessa de faire sa belle et s’approcha de moi. Le mâle, surpris, resta loin de ma portée.
C’est alors que la prêtresse Isaulya m’apparut.
— Bon retour parmi nous Elsbeth.
Je m’inclinai devant elle. Elle avait beau être ma mère, ici, pas question de ne pas respecter les règles.
Elle me releva gentiment et me serra contre elle.
— Je vois que ton amie a fait connaissance avec Senu.
La sorcière tendit le bras et celui-ci vint se poser sur lui. Incroyable !
— Alors comment trouvez-vous notre monde Samy ?
Je me tournai vers mon amie et la découvris en chair et en os.
— Mais…
— Chut ! N’aie pas peur, ton amie pourra repartir dès que le soleil se lèvera… et mon cadeau pour toi, c’est qu’elle pourra également revenir quand elle le souhaitera. Senu ira la chercher.
L’histoire de ma petite sorcière continue et je prends un malin plaisir à écrire ses aventures.
— Ceci a assez duré !
Un grand vent bouscula les rideaux, Arthus mit sa patte sur ses yeux.
Allons bon, après mon père, ma mère, la prêtresse Isaulya ! Je découvris une Samy émerveillée devant la beauté de la sorcière.
— Je peux toucher ?
Sans attendre la réponse, Samy s’approcha d’elle et passa ses doigts dans la cascade de cheveux bouclés.
— Vous êtes trop… magnifique ! Elle en a de la chance Elsbeth Isobel !
— Apparemment pas tant que ça, sourit la sorcière.
Elle me tendit la main et Samy s’écria :
— Oh, je te vois, tout est redevenu normal !
— Cette plaisanterie devait cesser, reprit ma mère. De toute façon, je n’étais pas d’accord avec cette punition stupide qui ne pouvait t’attirer que des ennuis. La belle affaire si tu lui avais fait peur avec la panthère, elle ne lui aurait pas fait mal et il ne se serait souvenu de rien. Il faut toujours que ton père en fasse des caisses !
Elle me prit dans ses bras et m’ébouriffa les cheveux. Samy nous fixait avec envie.
— Vous vous ressemblez trop !
Je contemplai ma mère qui avait revêtu son chapeau noir assorti à sa robe de satin. C’est vrai qu’elle était belle. Elle reprit :
— Comme je ne peux pas annuler le sort que ton père t’a jeté, je peux toutefois le rendre plus supportable. Tu pourras étre désormais vue par ton amie et seulement par elle. Terminés ces bavardages par écrit. Non, mais à quelle ère vit-on ?
Isaulya soupira en se passant la main sur le front. Elle me regarda et d’un claquement de doigts, elle changea ma tenue.
— Et puis habille-toi plus correctement ma chérie !
Je me retrouvai d’un coup vêtue en sage petite écolière. Samy pouffa et ne put s’empêcher de remarquer que ça ne m’allait pas du tout.
— Ah ! vous trouvez ?
Stupéfaite d’être vouvoyée par Isaulya, elle rougit.
— Et comme ça ?
Elles rirent toutes les deux, complices. La plaisanterie commençait à m’agacer. Je me changeai toute seule et fis comprendre à ma mère qu’elle ne se mêle plus de rien. Arthus vint alors me rejoindre en miaulant.
— Nous sommes bien d’accord Elsbeth, tu ne t’égares pas trop dans tes délires. J’accepte que tu t’amuses un peu, mais qu’il n’y ait aucun dégât ? Tu m’as bien comprise ?
— Du coup pour la panthère, l’interrompit Samy qui ne perdait pas le nord, Elsbeth Isobel pourra me transformer ?
— Seulement la nuit de pleine lune, ce n’est pas négociable. De plus, vous ferez attention de ne pas vous faire piéger. Il deviendrait très compliqué de venir vous délivrer si vous étiez alors enfermée dans un zoo, voire au pire, euthanasiée.
La prêtresse rit en voyant la tête de mon amie.
— Je plaisante bien sûr, je vous surveillerai. Promettez-moi quand même de ne vous promener que la nuit.
Samy mit ses doigts en V sous ses yeux. À nouveau, la sorcière éclata de rire, et celui-ci, cristallin résonna dans toute la maison, faisant vibrer les vitres.
— Quel cliché ! Enfin, je vois que vous connaissez nos anciennes méthodes. Elle est amusante ta copine !
Ensuite, elle s’approcha de Samy et murmura :
— Vous n’aviez pas envie de découvrir notre monde ?
Extasiée, celle-ci joignit les mains en supplication.
— Vous allez m’emmener ?
— Pas du tout, je vais laisser le soin à Elsbeth de vous transformer en oiseau, celui qu’il vous plaira, ainsi Elsbeth pourra vous présenter notre domaine. C’est toujours plus beau vu d’en haut.
— Je ne sais pas si j’en aurai le pouvoir, glissais-je inquiète.
— Bien sûr que tu le peux, tu n’es pas ma fille pour rien. Je ne fais rien à moitié Elsbeth, si je peux adoucir la punition de ton père, je peux faire plus aussi. Ah ! j’oubliais… Ton chat a récupéré une voix normale.
Elle posa ses lèvres sur mon front, ébouriffa une dernière fois mes cheveux et disparut dans un revers de robe, nous laissant son parfum, en souvenir de son passage.
J’espère que je ne t’ennuie pas trop avec ma petite sorcière dont voici la suite 😉(c’est bientôt terminé, la fin du mois approche 😂).
Je repris donc ma place au collège normalement sans que personne ne s’aperçoive de ma présence sauf Samy évidemment.
J’étais comme un peu comme à la maison.
En cours de math, le professeur s’inquiéta de mon absence. Mon amie répondit que j’étais malade. Il ne fit aucune réflexion, mais à la fin du cours, il interpella Samy quand elle passa devant lui.
— J’imagine que c’est toi qui lui donnes tes cours ? demanda-t-il.
Surprise par question à laquelle elle ne s’attendait pas, elle hocha la tête.
— Sais-tu où elle habite ta copine ?
Samy hésita à dire la vérité et il le sentit.
— Je trouverai facilement son adresse, j’aimerais rencontrer ses parents.
— Ah oui !
Je vis Samy rougir. Il insista :
— Il y a un problème ?
— Non, monsieur.
Samy n’attendit pas davantage et sortit de la classe. Le professeur Grincheux comme nous l’appelions en catimini ne chercha pas à la retenir.
Elle chuchota :
— Tu crois qu’il va aller chez toi ?
Je ne pouvais pas lui répondre n’ayant rien sous la main pour écrire.
Les autres cours se passèrent sans incident, mais à la sortie du collège, je suivis des yeux Grincheux qui partait en même temps que nous. Soudain, je me statufiais sur place. Il était interpellé par un homme que je reconnus sans peine, Straurius. Quelle classe ! En costume cravate, les cheveux retenus par un catogan noir, il ne laissait personne indifférent à en croire les élèves qui le croisaient. La plupart se retournaient sur son passage. Je m’approchai doucement et je compris qu’il m’avait vue, son regard me sourit. C’était notre petit secret, ses yeux verts étincelaient furtivement. Il fallait avoir le pouvoir aguerri d’une sorcière pour s’en rendre compte. J’entendis sa belle voix grave :
— Je me présente, je suis le père d’Elsbeth Isobel. Elle a contracté un vilain virus qui l’oblige à garder la chambre.
Mon prof de math qui aurait peut-être préféré voir où j’habitais s’agaça de rencontrer mon parent. Il n’avait plus d’excuses pour jouer au curieux.
Grincheux prit Straurius de haut.
— Bonjour, monsieur, mais il ne fallait pas vous déplacer. Le carnet de correspondance aurait tout à fait suffi pour expliquer son absence. Un appel au secrétariat pour l’informer c’était bien aussi.
Il ne savait pas à qui il s’adressait le pauvre homme. Je sentis immédiatement que Straurius allait lui faire ravaler sa cravate.
— Je ne suis pas né de la dernière pluie, monsieur. J’ai cru comprendre que vous désiriez me rencontrer ? Voilà qui est fait. Il y a un problème avec ma fille ?
Straurius s’était rapproché de Grincheux. Il le toisait de toute sa hauteur et mon prof de math ne put que répondre qu’il me souhaitait un bon rétablissement. Ils se saluèrent et mon père reprit son chemin. Je sus qu’il s’était envolé à l’éclair fugace qui traversa le ciel.
Je regardais Grincheux qui ne cessait d’éternuer et de se gratter en attendant son bus. Straurius avait laissé une trace de son passage. J’étais à peu près certaine que demain il serait absent et aurait de la fièvre, peut-être même des boutons.
Je rentrais chez moi et retrouvais Arthus. Samy était là aussi et lui faisait la conversation. Elle sentit mon parfum aussitôt et m’apostropha :
— Avec qui parlait Grincheux ?
Je saisis une feuille et lui racontai ce qu’il venait d’arriver.
— Tu crois que tu pourrais me faire visiter ton monde ? J’aimerais bien voir comment c’est ? Je l’ai rêvé.
Arthus feula et gronda en me regardant.
Je répondis par écrit Je ne sais pas si j’ai l’autorisation d’emmener une mortelle chez nous. Si je n’étais pas punie, j’aurai tenté, mais là, tu comprends bien que je ne me risque plus à faire des bêtises.
— S’il te plait, si c’est comme dans mon rêve, c’est magnifique.
Elle me raconta alors les fleurs multicolores qui grimpaient le long des murs, les oiseaux qui volaient avec des sorcières assises sur leur dos.
Effectivement, c’était un peu ça là-bas, Samy n’avait pourtant vu que le côté paradisiaque. Les rivalités entre enchanteurs et les guéguerre étaient légendaires aussi chez nous et mon père avait fort à faire pour régenter tout ce monde.
— N’insiste pas Samy, tu ne pourrais peut-être plus revenir chez toi. Tu imagines la peine de ta maman ?
— Pas longtemps ! Allez !
Arthus se hérissa. Il sentait que j’avais bien envie de braver l’interdit. Encore fallait-il que j’ai ce pouvoir. Je pensai aussitôt que je devais toujours l’avoir sinon je ne pourrais jamais repartir.
— Je vais aller demander la permission et je reviens.
C’était le seul moyen de connaître si je pouvais voler d’un monde à l’autre. Je lançai donc mon incantation et… rien ne se passa.
Je paniquai aussitôt alors que mon chat venait se frotter contre mes jambes. Je suis sûre qu’il le savait, le bougre !
N’allais-je plus pouvoir retrouver mes parents ? Étais-je condamnée à rester ici ? Personne ne me voyait, je ne communiquais que par écrit et avec une seule personne, c’était l’enfer !