Bonjour toi 😉🎄
Il y a quelque jours, j’ai publié les 8 premiers jours du calendrier de Juliette comme participation à l’agenda ironique de décembre ici . Je ne pouvais pas rester sur le 8 décembre quand même ! Voici donc la suite et fin de cette histoire.

Juliette sursauta, son grand-père lui touchait l’épaule. Les yeux embrumés, elle se rappela son rêve, il lui racontait ses Noëls à lui.
— Ce n’était pas un rêve Juliette…
Elle se redressa tout à fait.
— On continue alors. Je crois que tu t’étais arrêté au 8 décembre.
Elle s’assit en tailleur sur le tapis et écouta Grand-Pa qui replongea dans ses souvenirs.
— 9 décembre : Costume. C’était ma mère qui me l’avait confectionné. Qu’est-ce que j’étais fier, un costume rien que pour moi. Il était gris, et je crois même que mon père m’avait appris à faire un nœud de cravate.
— 10 décembre : Cire.
— C’est quoi ? l’interrompit Juliette.
Grand-Pa sourit.
— Figure-toi que les derniers jours d’école, nous devions faire briller nos bureaux dans la classe. Ils étaient en bois pas comme toi aujourd’hui, et il fallait les entretenir. Avec un chiffon, nous mettions ce produit, souvent de la cire d’abeille et…
— Je sais, je sais, l’interrompit à nouveau Juliette. C’est vrai que ça sent bon, Maman en met sur les meubles du salon et après ça brille.
— 11 décembre : Parfum.
— Encore ? souffla Juliette.
— Celui-là ce n’est pas pareil. Mon père avait offert un flacon à maman. Elle n’en mettait pas souvent pour l’économiser et le sortait pour les grandes occasions et Noël en était une. Quand elle venait m’embrasser, je le sentais et ce parfum-là, je ne l’ai jamais oublié.
— Grand-Ma aussi sent bon, c’est le même ?
Grand-Pa caressa les cheveux de sa petite-fille.
— Non, mais il est tout aussi agréable. Je peux continuer, si tu m’interromps chaque minute, jamais je n’arriverai au bout.
Juliette fit le geste de fermer sa bouche.
— 12 décembre — Neige. Je n’ai eu droit qu’à un seul Noël blanc. Elle ne tombe pas souvent par ici, mais je me rappelle comme si c’était hier du bonhomme de neige que j’avais fabriqué avec les voisins et de belles parties de boules de neige. Tes arrières-grands-parents avaient même participé et ils n’étaient pas les derniers à balancer des boules.
Juliette s’écria :
— Sérieux ? Quand même, ils ne devaient pas être très jeunes pour jouer à ça.
Grand-Pa éclata de rire.
— Ils ont été jeunes aussi et n’ont pas toujours été des arrière-grands-parents.
La mimique de Juliette le renseigna aussitôt, elle n’y croyait pas du tout.
— 13 décembre — Chant. Mon préféré, Douce Nuit.
— Ah bon ? Pas Petit Papa Noël ?
Il éluda la question et continua.
— 14 décembre — Crèche. Ma mère y ajoutait chaque année un nouveau santon. Au fur et à mesure des années, la crèche prenait de plus en plus de place et s’étalait dans le salon. Nous faisions les marchés de Noël et nous trouvions toujours des personnages ou animaux qui manquaient.
Il attendit que Juliette fasse une réflexion, mais elle ne pipa mot. Pourtant, elle aurait pu lui rappeler qu’il l’avait déjà dit.
— Je sais ce que tu penses, mais ce n’est pas de la même crèche dont je te parle.
— Ouais ! accepté !
— 15 décembre — Pâté. Maman cuisinait à l’avance des terrines pour le réveillon et ça embaumait dans toute la maison. Ta grand-mère fait la même chose d’ailleurs.
Juliette fit oui de la tête.
— 16 décembre — Émile.
Grand-Pa se tut. Juliette attendit qu’il reprenne la parole. Il semblait triste tout à coup. Il sortit un grand mouchoir à carreaux de sa poche, Juliette se demandait toujours pourquoi il était si grand, il n’avait pourtant pas un si gros nez, il aurait bien pu convenir à celui de Pinocchio. Elle n’osa pas l’interroger.
— Émile était un garçon qui a passé quelques semaines chez nous avec sa famille. C’était pendant la guerre et mes parents les logeaient à la maison. Nous sommes devenus les meilleurs amis du monde. Un jour, il est reparti.
Grand-Pa soupira et reprit avec le sourire.
— 17 décembre — Machine à remonter le temps.
Juliette se leva d’un coup et le bombarda de questions :
— Comme dans Retour vers le futur ? Elle fonctionnait ? Tu as réussi à aller dans une autre époque ? C’était bien ? Raconte.
— Alors, non je n’ai pas réussi à aller dans une autre époque, juste dans l’atelier de mon père.
Déçue, Juliette se laissa tomber sur le tapis.
— Pfft, t’es pas drôle, à quoi ça sert alors ?
— Figure-toi que mon père était forgeron et j’aimais beaucoup bricoler dans son atelier. Je devais bien avoir 12 – 13 ans, j’étais curieux et je regardais ton arrière-grand-père avec envie. J’ai fait un plan de cette machine, j’ai récupéré des pièces et quand je rentrais de l’école, aussitôt je le retrouvais dans son atelier. Peu à peu, elle a pris forme. Mon père me regardait faire, me prêtait ses outils et j’ai aussi appris à souder. Mais… j’avais oublié une chose importante et il me l’a fait remarquer quand j’ai eu terminé. C’est bien beau de faire un plan, mais il faut toujours vérifier quelque chose… Comment sortir ma machine par le grand portail si elle ne peut pas passer ? Je n’avais rien mesuré et évidemment elle était bien trop large. Je compris alors les sourires goguenards des ouvriers qui travaillaient avec mon père. Celui-ci leur avait fait promettre de ne rien me dire, je devais comprendre tout seul. Ma machine a dû être démontée pour pouvoir sortir, mais j’étais tellement dégouté et vexé que je ne voulais plus parler à mon père.
— 18 décembre — Cirque ; Il y avait souvent un cirque de Noël qui s’installait sur la place. Mon père adorait la musique de la parade et de le voir si heureux me met encore aujourd’hui les larmes aux yeux quand j’entends cette musique.
— 19 décembre — Fiançailles. Là, on fait un grand saut dans le temps. C’est à Noël que je me suis fiancé avec ta grand-mère. Je me souviens encore du dessert, 2 colombes. J’étrennais un nouveau costume et ta grand-mère était habillée en couleur prune. C’est toujours ce qu’elle me dit, pas de violet chez elle.
— 20 décembre — Champagne. J’en ai bu pour la première fois, j’étais majeur, c’est-à-dire 21 ans. Pas d’alcool avant, mon père ne rigolait pas avec ça. D’ailleurs, je ne suis toujours pas un grand consommateur.
— Et tu aimes ? demanda Juliette.
— Bien sûr, mais pas souvent.
— 21 décembre — Marrons.
— Comme la dinde aux marrons ?
— Exactement.
— Je peux dire moi aussi ? 22 décembre — Bûche. Celle de Grand-Ma, au chocolat, elle est trop trop bonne.
Juliette continua sur sa lancée.
— 23 décembre — Père Noël. Je sais que je suis grande et que… bon… peut-être qu’il existe… peut-être pas… En plus, il y a des fois où il te ressemble beaucoup !
— 24 décembre — Réveillon.
Ils le dirent en même temps et Juliette se jeta dans les bras de son grand-père.
© Isabelle-Marie d’Angèle (décembre 2023).




















