Kobo nous invite aujourd’hui à fêter l’épiphanie 😃. Oui, tu as bien lu, c’est le mot imposé du jour 😁.
C’est dans deux mois janvier Et je dois déjà penser à publier Un petit texte avec ce mot imposé Sûre que tu n’y as pas pensé. Alors, je vais un peu t’aider Avec ces indices tu vas deviner Qu’il s’agit d’une fête à démasquer. On y déguste un gâteau bien doré Frangipane ou galette briochée Pépites de chocolat à volonté Ou fruits confits à satiété Avec une couronne glissée À l’intérieur du paquet. Bravo, tu as trouvé Que du mot épiphanie il s’agissait.
Voilà le 4è mot pour le mois de l’écriture sur Kobo : Rouille
Sophie en avait ras le bol de son vélo. Toutes ses copines se pavanaient avec des bicyclettes rouges, blanches, noires, toutes aussi brillantes les unes que les autres comme si elles sortaient tout droit du magasin. Le sien, couvert de rouille, la remplissait de honte à chaque fois qu’elle le sortait. Il parait que c’était de sa faute ; elle n’en prenait pas soin, c’était ce que répétaient ses parents, mais comment faire alors qu’il pleuvait tout le temps et qu’elle ne pouvait pas le rentrer ?
Il ne s’agit pas de m’emberlificoter dans mes textes 😂, voici le 3ème mot imposé avec Kobo : emberlificoter.
Jeanne se demandait encore pourquoi elle ne s’était rendu compte de rien. Lorsqu’elle l’avait rencontré au speed dating, elle avait immédiatement accroché à son sourire et ses yeux verts. Il avait su l’écouter et la faire rire et c’était tout ce dont elle avait besoin. Elle en avait assez d’être seule le soir dès qu’elle poussait la porte de son appartement. Il lui avait dit qu’il recherchait la même chose, elle n’avait pas hésité une seconde et elle avait accepté qu’il emménage chez elle.
Comment avait-elle pu se laisser emberlificoter par ses belles phrases ? Aujourd’hui, il lui faisait peur.
Deuxième mot imposé pour ce mois de l’écriture : Cavalcade.
Je te rappelle qu’il s’agit d’écrire un petit texte de 250 à 750 signes avec Kobo.
Rose vivait seule. Le silence de sa maison la rendait nostalgique. Elle se rappelait le bon temps où elle accueillait ses enfants. Ce temps-là était révolu. Alors, chaque matin, elle allait s’assoir sur le banc face à la grande bâtisse en pierres. Elle écoutait et s’imaginait ce qui se passait à l’intérieur. Elle savait qu’il y avait un bel escalier muni d’une rampe lustrée tous les jours par les bons soins de Géraldine.
Elle ne devait pas rater l’heure. Huit heures pétantes, les volets s’ouvraient à la volée, les cris et les rires retentissaient. Rose attendait avec impatience, ce bruit caractéristique de la cavalcade des enfants dans l’escalier. Il lui rappelait tellement de souvenirs.
Et mon texte que je me suis amusée à écrire en rimes.
Histoire dans la basse -cour
Cocotte la poulette Faisait sa toilette. Le coq, pas besoin de lunettes La lorgnait depuis belle lurette.
Cocotte avait lu dans un magazine Sur les conseils de la poule noire, sa cousine Qu’elle devait lisser ses couleurs pour avoir bonne mine Elle aimait bien sa cousine Jasmine.
Monsieur Coq approcha la rebelle Qu’il trouvait de plus en plus belle Doucement, il écarta ses ailes Et respira son parfum de miel.
Elle s’échappa en caquetant Quelle aiguille la pique ! pensa-t-il en maugréant Je ne suis pas méchant pourtant Elle devrait le savoir depuis le temps.
Quand il me prend l’idée d’écrire sur un chiffre, ici c’est le 5, voilà ce que ça donne. Quand je me relis, je me demande comment je fais pour avoir toute cette imagination. Je sais que le texte est un peu long mais va jusqu’au bout, je suis certaine que tu voudras connaitre la fin 😁 et je te rappelle que je suis très bavarde 😏.
Fleur en avait assez. Le chiffre cinq lui donnait la nausée. Tout tournait autour : sa naissance le 5 octobre d’où son prénom Fleur. Il fallait le porter ce prénom !
Mariée un cinq juillet avec Antoine, jour de sa fête. Cinq filles, deux fois des jumelles, et une toute seule, elle se demandait encore pourquoi aujourd’hui, toutes arrivées un cinq du mois : 5 novembre, Sylvie et Élisabeth, 5 février Agathe et Adélaïde, et Judith le 5 mai, et clin d’œil du calendrier, toutes le jour de leur fête. Cinq ans de mariage, habite au n° 5 de la rue des cinq sens. Ajouter à ça, qu’il fallait manger 5 fruits et 5 légumes, Fleur en avait ras la casquette..
Ce matin dans sa cuisine, après avoir conduit ses gamines à la maternelle et la petite dernière chez la nounou, elle souffla et se fit un café.
Que se serait-il passé si le 5 n’existait pas ? murmura-t-elle en se souriant dans le miroir en face d’elle.
— Je vois qu’on a besoin de moi.
Une voix grave venant du salon la fit sursauter.
— Qui est là ?
— Moi, vous m’avez appelé, me voici ! Mais aidez-moi à m’extirper de ce satané bouquin tout froissé.
Fleur avança prudemment, sa tasse à la main.
— C’est pour aujourd’hui ou pour demain ? s’énervait la voix.
Elle posa son café sur la table basse et s’approcha, souleva le livre abandonné et recula, effrayée. Un gigantesque homme bleu se déplia devant elle. Il lui était familier. Impossible ! Il ne pouvait pas être…
— Votre bon génie pour vous servir !
Fleur se laissa choir sur le divan, stupéfaite.
— Hé ! Ma p’tite dame, je n’ai pas que ça à faire moi, vous m’avez appelé, je suis là.
— Mais… Vous ne pouvez pas exister !
— Ah que si ! Touchez-moi donc !
— Et… votre lampe ? Quelle question idiote, j’avoue !
— Dépassé ça ma p’tite dame ! alors, votre vœu ? demanda-t-il en se frottant les mains.
— Un vœu ? Je n’ai qu’un vœu ?
Il éclata de rire.
— C’est bien ça les femmes, jamais contentes ! Je n’existe pas et finalement elles se disent Pourquoi pas ? Plusieurs vœux, ce serait bien ! Et bien non, c’est la crise, restriction budgétaire, un seul souhait !
Fleur n’en revenait toujours pas. Le génie dans son salon ! quand elle raconterait ça aux filles, personne ne la croirait et ils la prendraient pour une folle.
Il commençait à s’impatienter.
— Que vous demande-t-on d’habitude ?
— L’argent, être beau, un corps de rêve, tomber amoureux, la liste est longue.
— Et ça marche ?
— Ben oui, vous me prenez pour qui ? J’ai les diplômes, non, mais vous croyez qu’on recrute comme ça, vous ? Ils exigent des qualifications maintenant.
— Je ne savais pas qu’il y avait un diplôme Génie, génie civil, mécanique, je connais, mais génie tout court, je sèche !
— On va passer la journée à déblatérer sur la paperasse, c’est bien ma veine, il a fallu que je tombe sur une revendicatrice. Vous êtes syndiquée ?
— Non, non, ce n’est pas ça, mais je suis tellement surprise.
— J’ai compris, mais votre vœu, ça vient ?
— Je ne sais pas ce que je veux.
Il la regarda.
— En fait vous avez tout : argent, vous n’êtes pas moche, vous êtes amoureuse.
Il énumérait sur ses doigts en sifflotant.
— Pourquoi m’avez-vous appelé alors ?
— Je n’ai rien fait, j’ai parlé à voix haute.
— Un peu jeune non pour la maladie d’Alzheimer ?
— Mettez-vous un peu à ma place, un génie qui débarque dans mon salon ça n’arrive pas tous les jours.
— J’aimerais bien me mettre à votre place.
— Comment êtes-vous devenu génie ?
— Trop longue histoire.
— Pourquoi dîtes-vous que vous aimeriez être à ma place ?
— Vous m’avez bien regardé ? Je suis gros et bleu ! Vous êtes toute jolie, et vous êtes une femme, j’aurais aimé être une femme.
— Vous avez toujours été génie ?
Fleur s’était assise sur le canapé et bavardait naturellement avec le génie sorti du livre de sa fille. Lui se déplaçait en survolant les chaises, les fauteuils, les meubles. Elle le suivait du regard, ébahie.
— Voulez-vous du café ?
Elle se saisit de sa tasse et partit vers la cuisine. Il lui emboita le pas.
— Je ne bois pas, je ne mange pas. Je ne peux pas !
— C’est triste non ?
— On s’y fait !
Fleur se resservit du café, il était encore chaud.
— Alors votre vœu ? Franchement, je n’ai pas que ça à faire.
— J’aimerais que le chiffre cinq disparaisse !
Il manqua s’étouffer, vira au rouge, se dégonfla, se regonfla, bomba le torse :
— On ne me l’avait jamais faite celle-là ! Vous êtes certaine de ce que vous voulez ? C’est bizarre comme demande, mais si c’est ça votre vœu, allons-y !
Il enfla comme une tornade et s’envola.
Seule dans sa cuisine, Fleur buvait son café.
On sonna à la porte. C’était le facteur.
— Bonjour, madame, qu’est-il arrivé à votre numéro ? Encore un coup de ces petits chenapans, je l’avais dit qu’il fallait les surveiller, mais on me répond il faut bien que jeunesse se fasse ! voilà le résultat. Vous préviendrez votre mari, il va être content !
Fleur dévisageait avec stupeur l’homme en face d’elle.
— Vous êtes toute pâle, ça ne va pas ?
— Je pensais que vous aviez été muté.
Il éclata de rire.
— J’ai déposé mon dossier, il y a juste un mois, vous connaissez la lenteur de l’administration, et puis il manque encore un papier.
— Mais hier, votre collègue… balbutia Fleur
— Vous allez bien, madame ?
Le facteur la dévisageait, inquiet.
— Je fais toujours la même tournée depuis plusieurs années quand même, on croit connaître les gens, mais finalement, on se trompe, bougonna-t-il. Pensez à votre numéro, vous n’êtes plus en règle là.
Il enfourcha son vélo et disparut au coin de la rue laissant Fleur abasourdie.
Son portable sonna.
— Chérie, tu t’occupes des enfants, mon rendez-vous dure plus longtemps que prévu, je risque d’être en retard.
— Mais Antoine, tu…
— Antoine ?
Silence au bout du fil.
— Fleur, tu es toujours là ? C’est Florent à l’appareil, ne me dis pas qu’Antoine qui t’appelle ma chérie est revenu ?
Il raccrocha.
Florent ? Fleur regarda sa pendule. Nom de nom, plus de chiffre 5. Elle s’empara du calendrier. Plus de 5. Donc Antoine né le 5 juillet n’existait pas. Ah, mais Florent oui, le 4.
— Qu’est-ce que j’ai fait ?
Elle se mit à crier et à appeler partout dans la maison :
— Génie, je me suis trompée. Je n’ai pas répondu à la question, si c’était vraiment mon vœu, ça ne compte pas, revenez, je vous en prie.
Elle éclata en sanglots, tapa du pied, s’arracha les cheveux, la crise de nerfs n’était pas loin. Elle chercha le livre abandonné sur le divan, il avait disparu. Elle grimpa quatre à quatre dans la chambre des enfants et respira mieux, les lits, les jouets étaient toujours en bazar.
Ne sachant plus quelle heure il était, elle redescendit l’escalier, bondit hors de la maison, monta dans son minibus et fila vers la maternelle. Un attroupement devant l’école la rassura, elle n’était pas en retard, le portail s’ouvrait. Après avoir garé sa voiture, elle s’engouffra dans le hall, essayant d’éviter les mamans qui la connaissaient, pressée de retrouver ses filles.
— Ohé Fleur, tu es distraite ! La classe de tes gamines, c’est là, moyenne section, je sais bien qu’elles sont en avance, mais quand même !
La mauvaise copine, celle qui est au courant de tout sur tout, qui voit tout, l’apostropha, mais la jeune femme ne lui répondit pas et fixa la liste des élèves affichée sur la porte : Pas de Sylvie ni d’Élisabeth, mais Charline et Jessy nées le 4 novembre. Elle pâlit devant les mines bien connues des petites qui se jetaient dans ses bras en criant :
— Maman, Maman, vite on va chercher Véro et Bérénice.
Fleur se laissa emporter par ses deux gamines de quatre ans dans la classe d’à côté. Même scénario : un œil sur la liste, Véronique et Bérénice, nées le 4 février. Quatre fillettes de prénoms inconnus pour elle, un cauchemar, mais pas pour ses pitchounettes qui tendaient bras, bonnets, écharpes, sacs et doudous, la routine quoi ! Mais qui était qui ? Visages identiques comme ce matin pourtant, réfléchis Fleur, tu es leur maman quand même ! La jeune femme se sermonnait intérieurement.
Elles montèrent toutes dans le minibus, Fleur les attacha. Elles babillaient comme d’habitude.
— Tu as préparé quoi pour le goûter ?
— Attendez les filles, on va chercher Judith, votre petite…
— C’est qui ?
Quatre voix à l’unisson la firent piler net au milieu de la route. Un coup de klaxon furieux résonna, elle sursauta. Fleur réalisa alors avec horreur l’étendue de sa bêtise. On ne pouvait pas changer le monde comme ça d’un coup de baguette magique. Sa petite fille, son bébé, n’existait pas, elle n’était pas née, mais naîtrait-elle un jour ? La question pour l’instant n’avait pas lieu d’être, elle avait des priorités bien plus urgentes. Le cours de sa vie avait pris un tournant différent.
— Pourquoi tu pleures ?
Ses quatre fillettes, inquiètes, la fixaient dans le rétroviseur.
— Je ne pleure pas, allez on rentre à la maison.
Devant chez elle, elle réussit à plaisanter en les détachant, l’une après l’autre.
— Papa, papa…
Fleur n’osait pas se retourner. Son mari était déjà rentré. Les filles par contre, ravies, lui sautaient dans les bras.
— On va goûter maman ?
Une petite main se glissait dans la sienne et la serrait contre sa joue.
— Oui, oui, j’arrive.
— Laissez maman. Rentrez à la maison, rangez vos affaires nous arrivons ! Florent s’approchait de sa femme qui n’osait pas le regarder. Quand elle leva les yeux, elle vit son mari — Dieu soit loué, c’était le même homme que ce matin — mais il avait sa tête des mauvais jours.
— Tu peux me dire ce qu’il se passe ?
— Je…
— Je comprends que tu sois fatiguée, demain c’est samedi, je m’occupe de tout, et…
— Vendredi
— Pardon ?
— Demain, on est vendredi.
— Je n’en connais qu’un de vendredi, c’est l’ami de Robinson, demain on est samedi. Enfin Fleur, tu ne vas pas bien, après jeudi, c’est samedi, ça a toujours été comme ça !
Fleur regarda son mari, éperdue.
— Tu me parles d’Antoine ?
Elle l’avait oublié celui-là !
— Il est revenu, je le savais !
— Mais de qui tu parles ?
— Antoine ! Il est revenu ?
— Mais non !
Florent haussa les épaules et entra dans la maison. Les filles piaffaient d’impatience :
— Le goûter, le goûter !
— Tu es rentré bien tôt. Je croyais que…
— J’ai abrégé ma réunion. Ton Antoine m’a perturbé.
— Je t’assure que…
— Il était là ce matin, pas vrai ? Sinon, tu expliques pourquoi tu m’aurais appelé Antoine ?
Fleur préféra ne pas répondre et commença à sortir du réfrigérateur, yaourts, compotes, devant ses filles. Si en plus, son ex, Antoine revenait, alors, c’était la catastrophe !
— Vous êtes contente ?
Fleur se retourna.
— Vous rendez-vous compte du bazar que vous avez provoqué ? À cause de vous, plus de RTT le vendredi, on est repassé aux 39 heures, j’ai tous les syndicats sur le dos en plus d’un avertissement. Il paraît que j’aurais dû refuser votre demande. Ohé, la p’tite dame, on se réveille, je vous parle !
Fleur regardait autour d’elle. Arrêt sur image comme à la télé : Florent, bras tendu pour attraper une bouteille de jus de fruits, ses filles muettes pour une fois, assises à la table.
— Je suis désolée. Mais… iIs vont redevenir comme avant n’est-ce pas ?
— Elle est désolée, mima le génie, non, mais je rêve ! On fait quoi, là, maintenant ? Oui, ne vous inquiétez pas, ils ne se souviendront de rien pour répondre à votre question.
— On peut revenir en arrière ? Vous aviez l’air tout gentil ce matin.
— Ben voyons, vous n’aviez droit qu’à un vœu, je vous rappelle.
— Il ne compte pas, je n’avais pas donné mon accord.
— Elle est bien bonne celle-là !
— C’est vrai, vous avez dit : vous êtes certaine de ce que vous voulez ? C’est bizarre comme demande, mais si c’est ça votre vœu, allons-y et vous avez disparu.
Le génie sortit de nulle part une tablette et fit défiler les images. Fleur regardait par-dessus son épaule.
— Tst, tst, secret défense ! On ne copie pas. Curieuse en plus !
Il rangea sa tablette.
— Okay, j’ai fait une erreur.
— Ah vous voyez que j’avais raison !
Le génie se gratta la tête.
— C’est que… Il faut que ça passe en conseil, je ne peux pas décider tout seul.
— Vous êtes mon bon génie non ?
— Heu oui… mais stagiaire ! En fait, je n’aurais pas dû venir tout seul et intervenir sans mon tuteur, mais il était occupé ailleurs.
— Vous avez voulu faire du zèle, c’est malin !
Le génie se mit alors à pleurer et de grosses larmes bleues roulèrent sur ses joues. Fleur ne savait plus quoi faire. C’est alors que Florent et les filles se remirent en mouvement :
— C’est qui lui ? demanda Jessy en pointant son doigt vers le génie.
— Tu es le génie d’Aladin ? Tu vois que ça existe.
Bérénice se mit à l’embrasser et l’attraper par le cou. Ses sœurs se joignirent à elle pour faire la ronde. Celui-ci leva les yeux au ciel, il ne comprenait plus rien. Normalement, seule Fleur devait connaitre son existence, il avait vraiment dérapé. Il allait se faire virer, c’était certain ! En tout cas, il profitait de l’aubaine et dansait avec les petites, c’était toujours ça de pris ! Elle n’était pas facile la vie de génie ! Quoiqu’on en pense !
Florent, les yeux écarquillés, regardait ébahi ses filles avec une tornade bleue.
— Tu m’expliques ?
Et Fleur raconta, le ras-le-bol, le chiffre cinq.
— Arrête tes bêtises Fleur, un génie ça n’existe pas, et…
— La preuve !
— Laisse-moi continuer. Tu me parles de cinq, je ne comprends rien de ce que tu me racontes.
— Évidemment.
— Quoi évidemment ? Tu te moques de moi en plus ?
— Le chiffre 5 a disparu, tu ne peux pas le connaître.
Elle éclata de rire, mais c’était nerveux et son mari n’avait pas l’air d’apprécier.
Ils ne s’en sortiraient jamais et Fleur ne parla même pas de leur petite Judith.
— On en fait quoi de lui ? demanda Florent en désignant le bonhomme bleu.
Un cri unanime de ses filles :
— Il reste avec nous !
— Dis oui maman !
— Dis oui maman, répéta le génie en sautant de plus en plus haut au grand plaisir des jumelles.
Une fois revenu au sol et tenu par la main, les enfants imploraient les parents du regard. La situation échappait complètement à Fleur.
— J’ai peut-être la solution.
Nouvel arrêt sur image. Fleur sentait la migraine monter.
— Vous venez avec moi, vous expliquez au chef ce qui s’est passé et on verra bien si votre histoire est acceptée. Je vous préviens, ce n’est pas un facile le chef !
— Où devrais-je aller avec vous ?
— Au pays des génies pardi !
— Excusez-moi, je n’ai pas vraiment l’habitude de discuter avec un génie tous les jours.
Fleur commençait à s’énerver.
— Elle raisonne en plus ! Elle me met dans une panade pas possible et elle la ramène. S’il vous plait, je veux vous aider et moi aussi par la même occasion.
Il était pathétique, les coudes sur les genoux dodelinant de la tête.
— Pendant combien de temps ?
— Le temps n’existe pas dans mon pays.
— Et ma famille ? Comment va-t-elle réagir en mon absence ? Qui va s’occuper des enfants ?
— Ne vous en faites pas pour ça, personne n’est indispensable, vous le savez bien.
— Merci, sympa.
Fleur ne savait pas quoi faire.
— Pressez-vous maintenant, je ne vais bientôt plus pouvoir agir !
Fleur haussa les épaules, elle n’avait pas le choix, il fallait bien que tout ça s’arrange. Tout était arrivé par sa faute, à elle de réparer. Elle joignit sa main à celle du génie.
On tambourinait à la porte.
Fleur était dans sa cuisine, une tasse de café à la main. Elle se leva et posa le mug sur le plan de travail, c’était le facteur.
— Votre courrier. Une signature, là !
Elle le regarda, c’était l’homme habituel. Elle n’osa pas lui parler, il avait l’air de mauvaise humeur. C’est vrai qu’elle ne l’avait pas reconnu, l’autre jour. En fait c’était quand ? Mais…
après son départ, elle courut dans la chambre de ses filles. Tout était normal. Elle vérifia les photographies, cinq filles ! Elle vérifia sa montre et respira d’aise. Elle avait rêvé. C’était tellement réel quand même. Elle sourit et se dit que la vie était belle finalement et quelle idée saugrenue elle avait eue. Au fait, c’était quand ? Ce matin ? Elle s’y perdait un peu.
À nouveau son portable. Elle redescendit l’escalier.
— Chérie, c’est moi, pourrais-tu récupérer les filles, je suis retenu au boulot par une réunion imprévue ?
— Oui, oui.
— Merci chérie et à ce soir.
Perplexe, Fleur avait une sensation de déjà-vu. Elle posa son téléphone et regarda une fois encore l’heure. Elle avait un peu de temps avant de partir chercher les enfants. Elle jeta alors un œil sur le recommandé et se demanda ce que cela pouvait être. Elle déchira l’enveloppe.
— C’est une blague ?
— Pas du tout, Fleur. Il y a votre signature là en bas du document. C’est un contrat en bonne et due forme que vous avez accepté afin d’annuler le vœu précédent, accordé par excès de zèle de votre génie en formation. Vous êtes nommée Génie 5e classe et vous devrez intervenir cinq fois pour réaliser cinq vœux en cinq mois.
L’homme en face d’elle était apparu dès l’ouverture du courrier.
— C’est normal que vous ne vous rappeliez de rien, mais je vous certifie que c’est bien votre signature.
— Qui êtes-vous ? Où est mon génie ?
— Je suis le chef de…
— Ah oui, le chef pas facile !
— Pardon ?
— Oubliez ce que j’ai dit. Donc, vous êtes le grand chef de tous les génies, au pays des génies.
— Je comprends que vous ayez du mal à y croire, c’est pourtant vrai.
— Je vais avoir droit à une formation ?
— Vous l’avez déjà eue !
— Je ne m’en rappelle pas.
— Ne vous inquiétez pas, quand ça sera le moment, vous vous en souviendrez.
— Mais je ne suis pas un génie moi !
— J’ai bien cru que tu n’allais jamais la dire cette satanée phrase ! Mais si ma chérie, tu es mon génie à moi, bravo ! bravo ! tu as participé au jeu Une idée de génie.
Fleur abasourdie regarda son salon envahi peu à peu de techniciens et cameramen qui applaudissaient en riant et venaient la féliciter et l’embrasser. Son mari lui tendait les bras, elle s’y blottit sans trop comprendre encore ce qui se passait. N’était-il pas au bureau ?
— Tu es super jolie maman.
— Tu as vu, moi aussi je suis à la télé.
Les fillettes étaient très excitées devant le petit écran. L’émission venait d’être diffusée et bien sûr avait été enregistrée afin de la passer et repasser en boucle, c’était le début de la gloire croyaient-elles.
Fleur commentait :
— C’est bien filmé, j’avoue ne m’être aperçue de rien, des vrais professionnels ! Mais quand même Antoine, il a fallu que les maîtresses à l’école soient dans le coup pour que les prénoms des filles aient été changés, la panique quand j’ai découvert des noms différents ! D’ailleurs, je n’ai pas vu cette séquence, peut-être que ce n’était pas terrible surtout avec l’intervention de la commère de service. Ah ! elle aurait été ravie, elle, de passer à la télé. Elle aurait débarqué ici, aurait minaudé et fait sa belle.
— De quoi parles-tu ? demanda son mari, surpris. N’exagère pas, on a tourné seulement dans la maison, tu n’imagines pas tout le stress pour que tu ne te rendes compte de rien.
— Hum, Hum, tu ne veux pas tout me dire, je comprends.
Fleur attrapa alors le livre d’Aladin qui allait glisser sur le tapis. Elle l’ouvrit et reçut en plein visage le clin d’œil du génie articulant qui est le génie finalement ?
Déjà le nouvel agenda ironique ! il se passe chez Sabrina ici ou tout est bien expliqué 😁enfin je crois que j’ai compris 😂. Elle dit tout ça 👇
Je vous propose de mettre à l’honneur des gens ordinaires, (Normal people), leurs tracas, leurs tralalas, leurs tragédies comme il vous chante, un matin de changement ! Comédie musicale, extrait théâtral, composition florale… Vous choisissez la catégorie de votre épreuve !
Mais il faudra dans tous les cas, créer au moins une locution introuvable (à la manière de l’OULIPO) à partir d’expression et locutions déjà connues (ex : avoir la tête dans le guidon + la balle est dans ton camp = avoir la tête dans ton camp… ou la balle est dans le guidon…).
Et aussi 👇
Voici donc ma participation :
Les commères sont de sortie
— Dis-moi Germaine…
Voilà que ça recommençait ! Assises toutes les deux sur le banc de la place, face au bar-tabac presse et à la boulangerie, Alice et Germaine regardaient la vie des gens.
Non pas qu’elles n’en avaient pas, elles, de vies, mais dotées d’une langue de vipère indescriptible, enfin surtout Alice. Pour être de mauvaise foi, si si, de mauvaise foi, ça elles l’étaient. Il n’y en avait pas une pour rattraper l’autre et surtout rapporter n’importe quoi. Elles étaient les reines de la Rumeur, peut-être même que c’était elles qui avaient inventer le mot.
Que ce soit ici sur la place ou devant leur porte-fenêtre, elles ne cessaient de blablater. Elles étaient amies depuis… Houla, ma p’tite dame, depuis belle lurette. Quand on leur demandait, l’une, Germaine, répondait que c’était depuis le jour où le bouilleur de cru avait déballé son matériel devant l’église. Y a pas idée de distiller du whisky devant une église ! Mais si c’était du whisky, y avait qu’à voir l’Antoine qui rien qu’à le respirer, il était saoul comme une barrique.
L’autre, Alice, que ça datait de l’époque où elle avait le temps de bâiller aux chats, parce qu’y a pas à dire, les chiens ne font pas des corneilles, c’est bien connu !
— Dis-moi Germaine… c’est pas la femme d’Antoine là-bas ? Elle serait pas allée chez le coiffeur par hasard ?
Alice se penchait pour bien voir.
— Même qu’il va y avoir du rififi, regarde son homme, il a pas l’air d’aimer ça. A-t-on idée aussi de se faire couper les cheveux aussi courts et friser en plus, on dirait le caniche d’Albert, répondit Germaine.
— Tiens, le livreur qui porte des fleurs. Pour qui à ton avis ?
— Pas à toi en tout cas, ricana Germaine, ce qui eut le don d’agacer Alice.
— Toi non plus, tu n’as jamais reçu de fleurs que je sache, grinça-t-elle.
Ne jamais aborder ce sujet de discorde qui durait depuis des années. Depuis que… L’ Antoine avait choisi l’autre… Germaine et Alice étaient sur les rangs, mais il avait préféré la blonde, enfin elle était grise aujourd’hui… frisée, mais grise quand même.
— Quand même, il avait eu un sacré toupet d’offrir des perce-neiges, je savais pas qu’on pouvait en faire un bouquet. Et puis des perce-neiges en été, jamais vu ça !
— Normal, c’en était pas. C’était des narcisses.
— Ouais, ben il risque pas de tomber amoureux de son reflet, l’Antoine !
Elles s’esclaffèrent tant et si bien qu’elles faillirent tomber du banc. Elles ne virent pas débouler Antoine furieux, qui en avait ras le bol de voir tous les jours ces commères devant sa boutique. Il les apostropha :
— J’en suis reconnaissant, car je sais maintenant où regarder pour répondre à l’inévitable question […] ça va encore durer longtemps ?
Stupéfaites, les deux femmes dirent en même temps !
— Mais t’es pas tombé sur la tête toi ? C’est quoi cette phrase à dormir debout ? Fais pas ton malin, hein Antoine ! On le sait que t’es allé à l’école jusqu’au certificat !
Voici venu le temps de l’agenda ironique. Il se passe ce mois-ci chez JoBougon , voici un extrait du thème et vous trouverez tout bien expliqué ici.
Sur ce modèle, je vous propose de personnifier « Liberté » et de lui faire traverser moult tribulaventures en inventant des noms de lieux et personnages dans le style poétique de cette époque et de ce livre, en incluant dans le texte au moins deux jurons bien tournés dans un langage tout aussi poétique que fleuri.
Aller, je vous souhaite bien de la joie et de l’amusement. En tartines d’ironie, bien épaisses, bien garnies. A croquer avec délice pour les amateurs amoureux de joyeuses tribulations, qu’elles soient affligeantes ou pas, que nous sommes. Et surtout, en compagnie de « Liberté » et de ses amis, ennemis, et traversant toutes les aventures que vous voudrez lui faire vivre.
Nom d’une « andouillette ostrogothique » ! « Ça sent l’chameau ! ».
Voici donc ma participation 👇
Lorsque Dame Liberté se trouva face à la prison de Nantes l’ann didou didou d’ann, les mains attachées, elle en fut fort marrie.
Le geôlier encore bien davantage, l’ann didou didou d’ann.
— Fichtre ! si je m’attendais ! Vous ici ? Mais qu’avez-vous donc fait pour vous trouver ainsi emprisonnée ?
— Mon pauvre ami, sur le pont j’ai trop dansé, l’ann didou didou d’ann,.
— J’ai connu une Dame Cigale, corbleu ! elle avait trop chanté.
Tous deux avançaient vers la geôle attribuée à Dame Liberté. Il ne faisait pas très clair, l’air était froid et humide.
— Vous ne serez pas seule, deux femmes ont été amenées aux aurores. L’une clamait que nous étions tous égaux, l’autre que nous étions frères. Quel grabuge morbleu, sur la place publique. Elles n’ont pas été pendues, mais peu s’en fallut. Dame Constitution s’en est mêlée et les a mises au cachot. Elle devait réfléchir. Vous devriez peut-être la rencontrer.
Le geôlier sortit le trousseau de clefs. Le bruit de ferraille dans la serrure rouillée arracha des cris aux prisonnières qui sommeillaient.
— Entrez Dame Liberté, je vais de ce pas demander audience à Dame Constitution.
Dame Liberté se frotta les poignets, enfin détachés, et contempla ses comparses de prison.
— Liberté est votre nom ? demanda l’une. Moi, c’est Fraternité et voici ma cousine Égalité. Ne pensez-vous pas que nous pourrions nous allier ?
Dame Liberté réfléchit. Elle se voyait bien flottant au vent sur des banderoles ou gravé sur des murs.
— Liberté, Égalité, Fraternité, murmura-t-elle.
— Nous pourrions traverser les siècles, qu’en pensez-vous ? insista Dame Fraternité.
— Sans être bannies ? osa dire Dame Égalité qui était peu bavarde.
— Toujours respectées ? continua Dame Fraternité.
— Ce serait merveilleux, murmura Dame Égalité.
— L’une d’entre vous connait-elle Dame Constitution ? Espérons que notre bonhomme de tout à l’heure aura gain de cause.
C’était dans une prison de Nantes, l’ann didou didou d’ann,y avait trois prisonnières. Liberté, Égalité, Fraternité l’ann didou didou d’ann Constitution vint les voir l’ann didou didou d’ann Et les lia à jamais l’ann didou didou d’ann Gravées sur le papier l’ann didou didou d’ann Elles traversent les années l’ann didou didou d’ann. On en parle encore aujourd’hui l’ann didou didou d’ann.
Déjà un mois de passé et me revoilà avec une nouvelle invitée pour ce Va et Vient n°13 dont le thème est L’invention d’un hasard.
Dans la lignée des « Vases communicants », ce Va-et-Vient reprend le même schéma de communication, à savoir un échange entre personnes qui écrivent un texte (avec ou sans illustration) sur le blog d’une autre. Ce jeu littéraire paraît tous les premiers vendredis du mois.
J’ai ainsi le plaisir d’accueillir Amelie Gressier qui publiera ma contribution La passion de Julie sur son blog Plume dans la main ici.
Voici sa participation 👇
« Je retourne au bureau en taxi, je te dépose ? C’est sur le chemin. »
Je refuse.
Je prends le tram puis le métro.
Une femme me dit que je lui rappelle son amie d’enfance.
Elle me trouve le même regard, la même bouche, puis la même voix.
C’est impossible. Ce n’est pas moi.
Je lui demande ce qui lui est arrivé.
Elle a disparu. Comme ça. Juste, disparu. Il y a 8 ans.
Avant de descendre du métro, elle griffonne son adresse dans son exemplaire déglingué de Sur la route.
Elle me donne le livre. Si je veux lui écrire.
Elle semble si seule.
Chiche.
Je l’ai fait et le fais encore aujourd’hui.
J’accepte.
Je m’assois et on parle de beaucoup de choses. Il me promet de me prêter son livre sur Paris quand il l’aura terminé.
Un hiver. Bientôt le printemps.
Un verre un soir.
Littérature, musique et cinéma pendant des heures.
Nos livres de chevet. La Horde du Contrevent pour moi. Kafka sur le rivage pour lui.
Dix semaines plus tard, il me dit que je devrais écrire.
Chiche.
Je l’ai fait et le fais encore et toujours aujourd’hui.
Elle m’explique que son amie est partie vivre au Japon après avoir lu Murakami. Je l’ai lu aussi. Il m’a donné envie d’écrire, et d’écrire à cette femme, pour tromper sa solitude.
Il me conseille de lire « tout Kerouac. » S’il m’avait suggéré d’écrire ce soir-là, j’aurais refusé. « J’étais assez saoul pour accepter n’importe quoi », dit le héros voyageur. Moi pas.
Depuis cette scène devant le taxi, j’ai lu La fin des temps.
J’y ai découvert cette phrase fascinante : “C’est vraiment effrayant le hasard”.
Certains jours je suis d’accord avec Murakami. D’autres, je me dis que “vertigineux” serait plus approprié.
L’un de ces deux hasards est vrai.
Et s’il n’avait pas existé, il aurait fallu l’inventer.
Bien sûr qu’il y a d’autres participations que tu peux aller découvrir, ainsi Dominique Hasselmann du blog Métronomiquesici partage avec Marie-Christine Grimard du blog Promenades ailleursici, Dominique Autrou du blog La distance au personnage ici partage avec Jérôme Decoux du blog Carnets Paresseux ici .
Toutes les participations sont les bienvenues pour le prochain Va et Vient dont le thème est L’absence imprévue. Il sera publié le premier vendredi du mois de Juin, soit le 7.
Merci Amélie d’être passée chez moi, j’ai été ravie de t’accueillir.