Elsbeth Isobel, la petite sorcière

Bonjour toi 😉

Prête pour la suite ?

Je n’allais pas rester enfermée toute la journée, je décidai d’aller au collège. Je pouvais arriver en retard, personne ne me verrait de toute façon.

Arthus miaula et sauta sur un de mes grimoires. Il s’installa sur la page de garde dédicacée par mon parrain. Je l’avais reçu à ma naissance par le sorcier Elldalf, un grand ami de mon père.

Je ne comprenais pas pourquoi Arthus s’allongeait de tout son long sur cette page. Je partis en claquant la porte.

J’avais consulté auparavant mon emploi du temps, je savais en quelle classe je devais me rendre. Je m’installai à côté de Samy, la place était libre. Cours de français, je notai tout et emmagasinai les informations que je connaissais déjà, mais autant continuer à m’instruire.

Samy avait dû attraper un virus, elle ne cessait pas de renifler. Les mortels sont souvent malades, dans mon monde, à part les mauvais sorts jetés entre nous, je ne savais pas ce que ça faisait d’éternuer et d’avoir le nez qui coule.

Le cours était terminé, je trainais pour ranger mes affaires quand Samy s’approcha de moi à me toucher et chuchota :

— Tu es là Elsbeth Isobel ?

Comment savait-elle que j’étais assise près d’elle ? Mystère !

— J’ai reconnu ton parfum. En plus de mes dons particuliers, j’ai aussi un odorat très développé.

Elle n’était donc pas malade, elle me reniflait tout simplement. Malheureusement, je ne pouvais pas lui répondre.

Elle rangea ses affaires et m’invita à la suivre tout en continuant de chuchoter.

— On va en cours d’histoire Géo et ensuite c’est la cantine. Si tu veux, je zappe et on se retrouve chez moi. Ma mère n’est pas là.

Je refusai qu’elle ne prenne pas son déjeuner, mais comment lui dire ? Samy, jamais à court d’idée ajouta :

— Éloigne-toi si tu n’es pas d’accord, je ne sentirai plus ton parfum et j’aurai compris. Je vais te poser les questions et tu me répondras de cette manière.

Sceptique et en même temps heureuse de pouvoir communiquer, je fis ce qu’elle me demandait, je reculai de quelques pas. Samy reprit :

— Okay ! je vais déjeuner. On se retrouvera  pour les cours et après, tu viendras chez moi. De toute façon, personne ne te voit, alors si ma mère est rentrée, ce n’est pas grave.

À la maison, Arthus m’attendait. Je me penchai sur mes grimoires tout en lui racontant ma matinée et l’idée géniale de mon amie. Il se frotta contre moi et de nouveau il s’enroula sur la page de garde du livre de mon parrain.

— Il te plait tant que ça ce grimoire ?

Je riais en le caressant.

— Si tu as quelque chose à me dire, parle !

Il fit non de la tête.

— Tu as perdu ce pouvoir ?

À nouveau, il tourna la tête dans tous les sens.

— Je dois trouver toute seule, c’est ça ?

Il me lécha le bout du nez.

Je haussai les sourcils. Arthus était un chat sorcier à la botte de mon père, je le savais, mais souvent il détournait les ordres à sa façon. Il s’était déjà fait punir sans gravité aussi je ne comprenais pas pourquoi, aujourd’hui, il respectait les consignes. Peut-être qu’il connaissait la teneur de la colère de Straurius et qu’il n’avait pas envie qu’il la mette à exécution.

Je lisais dans tous les sens la dédicace de mon parrain, rien d’exceptionnel.

À la grande sorcière que tu vas devenir…

Je feuilletai le grimoire, mais je ne trouvai rien qui puisse m’aider à sortir de mon guêpier. De toute façon, Straurius était bien trop fort pour qu’un petit don puisse annuler le sien.

Après les cours, je suivis donc Samy chez elle. Nous n’étions que toutes les deux, elle m’invita dans sa chambre. C’était assez rigolo, elle parlait toute seule. Quelqu’un nous aurait vues, il se serait demandé si nous avions toute notre tête.

Elle s’assit à son bureau et moi j’en profitai pour regarder la pièce où elle dormait. Une vraie fille, du rose partout. Je ne l’imaginais pas du tout comme ça, je la trouvai même plutôt garçon manqué. Des poupées Barby, des vêtements de toutes sortes. Je n’en revenais pas. Curieuse, j’aurais bien aimé en savoir davantage sur ses goûts qui ne correspondaient pas du tout à l’image qu’elle rendait au collège.

— Je parie que tu te demandes pourquoi cette chambre est comme ça ? C’est ma mère ! Je te jure que lorsque je serai plus grande, je change toute la déco. J’ai réussi quand même à ce qu’elle accepte que je mette des jeans, parce que regarde un peu dans mon armoire.

Elle se leva et ouvrit la penderie.

Je devais avoir les yeux exorbités. Des robes, des jupes et des petits pulls col Claudine étaient accrochés. Du bleu marine, du blanc, du rose, du jaune pâle.

Samy aujourd’hui était en pantalon déchiré avec un sweatshirt, une casquette de base-ball vissée sur la tête. Rien à voir avec ce qu’il y avait dans l’armoire.

— C’est la faute à ma sœur ça !

J’aurais bien aimé lui demander où elle était sa frangine. Frustrée, je me laissai tomber sur la chaise face à son bureau et saisis sans m’en rendre compte un stylo. Je griffonnai sur une feuille qui trainait là, et, stupéfaite, je regardai apparaître mes mots.

Samy les vit aussi et se mit à gambader dans sa chambre comme un pantin.

— C’est merveilleux, on va pouvoir communiquer et tu vas m’expliquer ce qui t’est arrivé.

Je me rappelai alors ce qu’avait voulu me faire comprendre mon chat. Mon parrain à ma naissance m’avait fait cadeau en plus du grimoire de ce don. Il m’avait expliqué que si un jour, j’étais en galère, je pourrai toujours me débrouiller de cette façon et comme un cadeau fait par un sorcier ne peut pas disparaitre, mon père n’avait pas pu l’annuler. Arthus le savait et désespérément, il avait tenté d’attirer mon attention.

En quelques mots, je racontai ma punition.

— Mais c’est encore mieux, tu vas pouvoir m’aider sans qu’on s’en aperçoive.

Je n’étais pas certaine de regagner mes galons en faisant ce qu’elle me demandait, à moi de faire les bons choix. En tout cas, je n’étais plus seule.

© Isabelle-Marie d’Angèle (octobre 2022).

À suivre…

A très vite…

La cavale d’Alex

Bonjour toi 😉

Jour des enfants 💖

Alex venait d’emménager. Le camion était reparti et il regardait tous les cartons qui envahissaient le nouvel espace qu’il ne connaissait pas encore. Ses parents, pas trop disponibles, lui avaient fait comprendre gentiment qu’il devait les laisser tranquilles, alors il errait seul au hasard. Elles étaient vides et froides. Seuls les meubles bien connus déjà installés le rassuraient : ici, le bahut de la cuisine, là, la banquette du salon où il se nichait dans les bras de maman d’habitude.

Il grimpa l’escalier pour découvrir sa chambre. Son lit était arrivé et ses jouets aussi. Ses parents avaient recréé en premier son coin à lui pour qu’il ne se sente pas trop dépaysé, mais Alex avait le cœur gros, il était tout seul. Enfin, pas tout à fait, Zébra son doudou lui faisait de l’œil depuis la couette. Il le serra contre lui.

Soudain, une musique extérieure vint lui taquiner les oreilles. Il s’approcha de la fenêtre et s’y s’accouda. Il remarqua une énorme bâtisse style château comme dans ses livres de chevalier de l’autre côté de la haie. Elle l’appelait cette maison ! Curieux, il quitta sa chambre abandonnant Zébra, à cinq ans il était grand. Ils’aventura dans le jardin.

La haie était haute, aucun moyen de regarder au-dessus. Alors il se baissa. Ce n’était pas mieux.

Il avança à quatre pattes pour chercher un trou qui lui permettrait de voir ce qu’il se passait derrière. Il réussit à y enfourner la tête et se trouva nez à nez avec une truffe humide. Un coup de langue bleue lui balaya la figure. Alex se recula, surpris. Il aperçut alors deux pattes qui grattaient à toute vitesse. Un chemin se dessina. Le petit garçon le suivit et passa sous la haie. Il découvrit son nouvel ami qui remuait la queue de plaisir. Un superbe Chow-chow le regardait avec des yeux remplis d’amour. Alex enfouit ses mains dans la tête de lion toute douce. Il n’avait jamais vu un tel animal. Quand celui-ci se coucha à ses pieds, il n’hésita pas, il grimpa sur son dos. Comme s’il n’attendait que ça, le chien se leva calmement et tous deux, ils partirent à la découverte du jardin.

Fleurs à profusion multicolores, allées parsemées de jolis cailloux rosés, Alex se croyait le chef de ce royaume. Il regrettait son costume de chevalier, c’est sûr qu’avec son épée et son bouclier, il aurait été magnifique.

— Charlot ? Charlot ? 

Une petite voix inquiète appelait. Le chien dressa les oreilles et démarra brutalement. Alex se cramponna à la crinière pour ne pas tomber. Il faillit éclater de rire parce que ça devenait très excitant cette histoire, mais en même temps il avait la trouille.

S’ensuivit alors une course effrénée à travers les pelouses qui stoppa net aux pieds d’une brunette en larmes devant le perron de la grande bâtisse. Alex passa par-dessus la tête de l’animal et s’écrasa à plat ventre. Vexé et un peu étourdi par la chute il resta au sol.

— Tu t’es fait mal ?

Le chien, du museau, bousculait le gamin pour qu’il se relève. Alex se mit debout, regarda ses genoux écorchés et ravala ses larmes. Il n’allait pas pleurer devant une fille quand même !

— T’as mal ? La fillette désignait ses genoux.

— Non.

— Comment tu t’appelles ? Moi c’est Rose.

— Alex.

— Bonjour Alex.

Elle l’embrassa sur la joue.

— T’as plus mal ? Maman me fait toujours ça, elle dit que c’est un bisou magique.

Ils avaient les mêmes mamans, lui aussi y avait droit quand il avait du chagrin. Il regarda mieux la fillette : deux couettes avec des élastiques roses, des yeux bleus…

— J’ai quatre ans, et toi ?

Elle n’attendit pas la réponse et se blottit contre son chien.

— Tu as fait connaissance avec Charlot ? Il est beau hein ? Il n’est rien que pour moi, mais je veux bien le partager avec toi. T’habites où ? Moi, ça ne fait pas longtemps que je suis arrivée ici. Mon papa, il voyage beaucoup et ma maman est triste quand il n’est pas là, alors il lui a acheté une grande maison avec des fleurs pour qu’elle le soit moins.

Alex commençait à ressentir des picotements aux genoux. Il baissa la tête et vit le sang couler. Il eut du mal à retenir ses larmes.

— Pourquoi tu pleures ?

Rose de sa petite main les essuya.

— Viens, maman va te soigner.

Pris de panique à l’idée qu’on lui pschit un truc qui pique, Alex refusa.

— Non ça va, je vais repartir.

Aussitôt, Charlot qui avait compris la demande du gamin, s’allongea pour qu’Alex puisse grimper sur son dos, Rose fit de même et passa ses mains autour de la taille de son nouveau compagnon. Le Chow-chow se mit en route, au pas. Arrivé devant la haie, Charlot s’allongea à nouveau et les enfants purent descendre. Alex fit une dernière caresse à l’animal et regarda Rose :

— Je vais passer dessous, ma maison est de l’autre côté, je viens d’emménager.

— Je peux venir avec toi ?

— Et ton chien, tu vas le laisser tout seul ?

— Non, il me suit partout.

Alex hésita, ses parents ne voulaient pas d’animal chez eux, mais peut-être qu’ils seraient trop occupés pour s’en rendre compte.

— D’accord, tu me suis.

Il passa le premier et se retrouva dans son jardin qui lui parut bien petit. Rien n’avait changé à part papa qui lui faisait de grands signes et accourait vers lui la mine sévère.

— Où étais-tu passé Alex ? Combien de fois faudra-t-il te dire de nous avertir quand tu pars dans tes excursions bizarres.

— J’étais juste de l’autre côté. Je te présente Rose et son chien, Charlot.

Les bras croisés et le regard fixé sur lui, son père l’interrogea :

— Tu recommences Alex ?

Le petit garçon se retourna et ne vit personne. Il se baissa pour montrer le trou dans la haie, Charlot n’avait peut-être pas pu passer. Rien. Il contempla ses genoux et soupira.

— Pardon, papa, je ne le ferai plus.

La tête basse, il repartit vers la maison, grimpa l’escalier et s’enferma dans sa chambre. Zébra l’attendait sagement sur son lit. Il regarda par la fenêtre. Rose lui faisait signe et Charlot aboyait joyeusement en sautant autour d’elle. Il entendit son père crier :

— J’espère que ce chien ne va pas faire ce bruit toute la journée !

Charlot se tut aussitôt et Rose envoya un baiser du bout des doigts à Alex.

Mais ça, c’était de l’autre côté.

© Isabelle-Marie d’Angèle (septembre 2022)

À très vite…

Jeux d’écriture – Les fées et le printemps

Bonjour toi 😉

Ici chez Marie, un nouvel atelier d’écriture avec ces mots à placer dans l’ordre : euphorie, menthe, cassette, plan, hydratation, secours, reprographie, filtration, fontaine, nuage.

Voici donc ma participation :

C’était l’euphorie au pays des fées. Installées dans leur jardin, leur royaume invisible pour l’homme, l’une sur une corolle de fleurs, l’autre sur une branche de tilleul, elles humaient l’odeur de menthe qui se dégageait du massif.

Le printemps se profilait et il était l’heure de découvrir la cassette.

La reine, Titiana, de sa baguette, l’ouvrit. Comme chaque année, chacune savait qu’elles devraient suivre le plan bien établi depuis la nuit des temps.

Les plus curieuses Margot et Flora se penchèrent sur la feuille rose. Mélusine et Viviane pouffèrent comme d’habitude. Elles parièrent entre elles que la première chose qu’elles devraient surveiller et réguler était la bonne hydratation des graines, des fleurs, du terrain, blablabla.

Titiana les regarda et leur intima d’un coup de baguette sur leurs ailes de se tenir à carreau.

— Au secours, fit mine de crier Mélusine en se secouant.

Devant l’air offusqué de Titiana et le coup de coude de Viviane, elle se tint coite et baissa la tête. Ce n’était pas le moment de la ramener, elle pourrait être mise à pied et devoir rester enfermée dans son bocal. Elle se rappelait qu’elle n’était pas à prendre avec des pincettes quand il s’agissait du règlement.

Pour la première fois de l’histoire, une reprographie de la nature apparut.

— Il faut bien être à la page, remarqua la reine.

Toutes les fées battirent des ailes, joyeuses. Elles applaudirent devant ce qu’elles découvraient.

— Vous savez bien mes amies, que la nature n’en peut plus de tous ces déchets qui se déposent partout. Même l’eau en a perdu de sa pureté cristalline. Aussi, pour la première fois, nous allons devoir procéder à sa filtration.

Toutes soupirèrent. Elles le voyaient bien que personne ne faisait plus attention à Dame Nature. Celle-ci était d’ailleurs venue se plaindre à maintes reprises, notamment quand elle comprit que la fontaine de vie s’essoufflait. Elles avaient réussi à la remettre à peu près d’aplomb, mais elle restait fragile. Un rien pouvait la faire basculer…

Mais les fées étaient optimistes et travailleuses, elles veilleraient comme toujours. C’était le moment de recevoir de la main de la reine toute l’énergie suffisante pour tenir toute la saison avant l’approche de l’été. Elles baissèrent la tête et un nuage de poudre de fée s’abattit sur elles. Elles s’ébrouèrent en secouant leurs ailes, éclatèrent de rire et s’envolèrent chacune pour être à leur poste.

À très vite…