Héloïse et Stefano

Bonjour toi 😉

Petit rappel ici de ce qui s’était passé avec Héloïse. Joe, Stefano et Héloïse ne doivent plus se souvenir de ce qui est arrivé dans le monde des sorciers. Mais, est-ce que tout va se passer comme il se doit ?

Stefano, les mains dans les poches, regardait son père. Il ne savait comment lui parler. Joe était occupé à mettre bas une chèvre. D’habitude, il aimait assister à une naissance, mais aujourd’hui, il n’avait envie de rien.

Joe attrapa le chevreau. Tout s’était bien passé et déjà la mère léchait son petit. Il était toujours ému devant ce tableau. Il leva les yeux et aperçut son fils. Il se dirigea vers lui en se nettoyant les mains.

— Alors fiston, approche-toi. Tu le baptises ?

Stefano haussa les épaules et laissa échapper un pfft comme s’il était blasé. Surpris, Joe lui attrapa le menton et le releva vers lui. Il découvrit un regard voilé. Son fils avait de la peine et ne voulait pas le montrer, la preuve en était qu’il se frottait les yeux d’un geste rageur.

Joe fit comme s’il n’avait rien vu et le prit par le cou pour l’entrainer vers le chevreau. Celui-ci tirait déjà sur les tétines de sa mère ce qui arracha un sourire au gamin.

— Tu peux le caresser ? Biquette se laissera faire, elle te connait, elle n’est pas sauvage.

Stefano tendit la main. Le poil était dur et dru au contraire de la fourrure du terre-neuve. L’animal abandonna les tétines pour regarder, surpris, qui le touchait. Il s’approcha de Stefano, posa ses pattes sur lui et le fixa dans les yeux. Stefano éclata de rire. Le bruit lui fit peur, il sauta de côté et retrouva sa mère.

— Tu appelles toutes les chèvres Biquette, remarqua Stefano. Comment peuvent-elles savoir de qui tu parles ?

Joe sourit.

— Pas faux. Je n’ai pas un troupeau non plus, elles ne sont que trois. Aurais-tu une idée pour les baptiser ?

— Elles sont trop vieilles.

— Pas tant que ça. Trouve un nom pour le bébé alors.

— Pas envie. De toute façon, si Héloïse s’en mêle il ne sera pas à moi.

Joe ne fit aucune remarque. Depuis quelque temps, il sentait bien que quelque chose avait changé avec les enfants. Même Charlie n’était plus tout à fait la même, il ne savait pas comment le définir. Parfois, un malaise s’installait entre eux, qu’elle tentait de dissiper rapidement, mais il n’était pas dupe, quelque chose clochait.

Il avait remarqué qu’Héloïse avait beaucoup grandi, trop vite à son goût, alors que Stefano son aîné de deux ans, était dans la courbe normale des gamins de son âge. Il en avait parlé discrètement à Charlie, elle avait répondu qu’effectivement Héloïse était en avance, mais rien d’alarmant. Il n’avait pas insisté.

— Le revoilà lui !

Joe suivit le regard de son fils. Un Milan noir volait dans le ciel. Rien de surprenant, il y en avait souvent dans la région.

— Je suis sûr qu’il va se poser.

Stupéfait, Joe regarda mieux l’oiseau qui se déplaçait assez haut en tournoyant. Il criait comme le font ces oiseaux.

— Qu’est-ce que tu racontes, je n’ai jamais vu ça.

— C’est que tu n’as pas fait attention. Il se pose souvent quand Héloïse n’est pas loin, comme s’il était apprivoisé.

— Impossible Stefano, sourit Joe. Le milan est sauvage, il ne s’approche pas des hommes.

— Si tu le dis ! souffla-t-il.

Il se détourna brusquement. Les chèvres avaient perdu tout intérêt à ses yeux. Il bougonna :

— De toute façon, tu ne veux jamais me croire.

Joe se leva à son tour et saisit son fils par les épaules.

— Tu sais bien que c’est faux. Je t’écoute toujours.

— Oui, mais tu ne me crois pas.

— Comment peux-tu en être aussi certain puisque tu ne me dis rien ?

— J’ai la preuve de ce que je raconte. Je les ai pris en photo avec ton téléphone et ne me gronde pas, tu l’avais laissé sur la table de la cuisine. T’as qu’à regarder.

Joe n’était pas souvent sur son portable. Il l’avait dans la poche de son jeans, mais il pouvait effectivement lui arriver de l’oublier.

Il s’en saisit et l’ouvrit. Il parcourut la galerie, mais ne vit rien. Il tendit l’appareil à son fils.

— J’en étais sûr ! Héloïse a dû me voir et elle a fait un tour de magie comme elle sait le faire et la photo a disparu.

— Mais comment tu peux raconter des trucs aussi incongrus enfin !

Stefano tapa du pied et ses yeux se remplirent de larmes.

— Je le savais que tu ne me croirais pas, c’est toujours pareil. Je suis tout seul, toi tu ne vois rien ou tu ne veux rien voir, en fait tu t’en fous.

Joe ne pouvait supporter de voir son fils sangloter ainsi, il le serra contre lui.

— Écoute-moi Stefano, nous allons enquêter ensemble.

— Sérieux ?

Stefano essuya ses larmes, plein d’espoir.

— Tope là !

Ils se tapèrent dans la main et Stefano se jeta dans ses bras.

© Isabelle-Marie d’Angèle (janvier 2024).

À très vite…

Elsbeth Isobel et Héloïse

Bonjour toi 😉

Voici la fin de l’histoire. Décembre avance à grands pas et je me devais d’être prête pour te préparer comme l’an dernier, mon calendrier de l’Avent dès le 1er décembre.

Arthus se hérissa et doubla de volume puis il sauta au sol pour aller se planquer sous un meuble. Le regard de Charlie étincela et un écran de glace se matérialisa autour d’elle. Stupéfait, Joe voulut s’en approcher, d’un geste, elle le statufia.

Arthus se coucha et posa ses pattes sur les oreilles.

Je vis le grand sorcier tendre les bras vers ciel et lever la tête et j’eus peur. La colère de Straurius était légendaire et je craignais pour Stefano et Héloïse, mais stupéfaite, je découvris mon père baisser les bras et un sourire se dessiner sur ses lèvres.

Je compris à son visage qu’il parlait avec quelqu’un, mais je ne pouvais pas entendre ses paroles.

— Enfin, tu acceptes de discuter, Shearah !

Charlie usait de tout son pouvoir pour forcer le sorcier à l’écouter. Elle réussit à franchir toutes les barrières de son esprit pour lui parler.

— Straurius, je t’en prie, tu ne peux pas me séparer de ma fille.

— Il n’en a jamais été question, Shearah, pour qui me prends-tu ?

Interdite, elle faillit perdre sa concentration. Elle l’entendit rire.

— Allons, allons, ne te donne pas autant de mal, si tu es parvenue à m’atteindre, c’est que j’étais d’accord. Te rappelles-tu notre connexion hors norme ? Tu es une très grande sorcière Shearah, c’est pour cette raison que je t’en ai autant voulu. Héloïse a les mêmes dons que toi, peut-être davantage, c’est une nouvelle génération qui arrive !

Voici ce que je te propose : Viens la rechercher, pas besoin de Senu pour la ramener, elle et son petit compagnon. Il aurait suffi que tu me fasses confiance et me le demandes, j’aurais accepté. Crois-tu que je sois devenu un monstre ?

— Me laisseras-tu repartir ?

— À une condition, Shearah.

— Laquelle ?

— Ne sois donc pas si inquiète ! Tu devais bien te douter qu’il y aurait un prix à payer, celui-ci ne sera pas difficile. À chaque pleine lune, tu devras quitter ton monde pour passer quelque temps dans le nôtre. J’espère que tu n’as pas oublié que tu es la fée des oiseaux ? Je ne peux pas pallier ton absence. J’ai fait ce que j’ai pu ainsi que mon adjoint Harow et…

Il s’interrompit et respira plus vite. Il venait de l’entendre rire. Qu’il lui avait manqué ce son cristallin qu’elle seule possédait. Il reprit :

— Pourquoi ris-tu ?

— Harow ? Ton adjoint ? Est-il toujours aussi étourdi ?

Straurius riait. Je n’arrivais pas à en détacher mes yeux. Il avait constamment un air impassible et grave avec nous. Qui donc avait un tel pouvoir ?

— Ta tante.

Je n’avais pas vu ma mère se matérialiser.

— Ma sœur a toujours eu une grande complicité avec son beau-frère. Elle seule parvenait à lui faire perdre cet air, d’ailleurs, elle s’en moquait ouvertement.

Je me demandai quel lien pouvait-il y avoir entre mon père et elle et pourquoi, s’ils étaient si complices, avait-il choisi sa sœur.

Je n’avais pas verrouillé mon esprit et je vis Isaulya sourire.

— Il n’a jamais été amoureux d’elle, c’est un beau roman d’amité entre eux. Il m’a préférée parce qu’il m’aimait tout simplement.

— Tu n’as jamais été jalouse d’elle ?

Elle arqua ses sourcils impeccablement dessinés.

— Quel horrible mot, Elsbeth Isobel ! Dois-je te rappeler que ce sentiment est banni de notre monde ? J’aime ma sœur et j’ai respecté son choix. J’espère qu’elle va accepter ce que va lui demander ton père.

Surprise, je compris qu’elle savait ce qu’ils se racontaient. Une fois de plus, elle répondit à ma place. Décidément, je devrai faire d’énormes progrès pour interdire l’intrusion dans mon esprit.

— Je les connais tous les deux et ils étaient très forts à ce jeu. Je me doutais bien qu’elle allait lui parler par ce biais.

— Tu n’as pas répondu à ma question ? Acceptes-tu ma demande ?

— Il semble que je n’ai pas le choix pour revoir ma fille.

— Shearah, suis-je donc si horrible ? C’est l’autre monde qui t’a rendue si négative ?

— C’est d’accord, je reviendrai à chaque pleine lune et assisterai à la grande célébration parce que j’imagine qu’elle existe toujours.

— Tu seras alors une sorcière chez les humains, je te l’accorde, mais jamais tu ne devras le révéler. Tu pourras continuer à pratiquer à chaque nouvelle lune et à chaque pleine lune, je t’attendrai. Concernant l’éducation d’Héloïse, je compte sur toi pour en faire une sorcière digne de ce nom. Nous patienterons jusuq’à ses 10 ans pour que tu l’emmènes avec toi. D’ici là, tu ne lui parles de rien et je souhaite qu’elle oublie tout ce qui s’est passé ces jours-ci. De même pour ton compagnon, fais le nécessaire pour qu’il ne sache plus qui tu es. Tu reprends ta vie normalement avant notre venue. Ah ! j’oubliais… concernant ce livre… je te laisse libre de ton choix pour le petit Enzo… Je sais que tu es une grande sorcière pleine de bon sens et de ressources. Autre chose, en tant que dame des oiseaux, tu aurais pu faire confiance à Senu.

Elle l’entendit rire. Elle crut que c’était terminé, mais il reprit :

— Je t’attends, viens donc chercher ta fille

Il ferma son esprit. Elle ne put lire à quel point il était heureux et le sentiment étrange qui l’habitait.

Arthus sortit de sa cachette et sauta sur son épaule. Dès lors, elle sut qu’il l’accompagnerait. L’écran de glace se brisa. Elle embrassa Joe longuement et tendrement. Il ne la vit pas disparaitre. Pour lui, c’était une journée comme les autres. Il rejoignit son tracteur et reprit ses activités comme si de rien n’était.

Heureusement que Stefano s’était effondré épuisé sur le lit, il ne vit pas apparaitre Shearah que lui appelait Charlie. Qu’elle était jolie avec cette robe de sorcière !

Je regardai ma mère lui tendre les bras et essuyer furtivement une perle de diamant. Héloïse ébahie de découvrir sa maman ainsi était subjuguée par sa beauté.

Je me tournai vers mon père.

Pas un muscle de son visage ne bougeait. Shearah s’inclina devant lui. Il restait le grand sorcier de notre monde, elle lui devait le respect.

Arthus sauta dans mes bras et se mit à ronronner de contentement. Machinalement, je le caressai.

Il devait être sacrément chamboulé Straurius pour laisser ainsi ouvert son esprit. Je captai aussitôt sa joie de retrouver Shearah… je sentis aussi leurs battements de cœur à l’unisson… ça ne dura qu’un instant, l’esprit se ferma à double tour. Je compris que c’était un secret et qu’il ne devrait jamais être dévoilé.

Shearah saisit sa fille, Stefano tombant de sommeil ne sut pas ce qu’il lui arrivait.

Straurius posa la main sur l’épaule de Shearah, leurs yeux se soudèrent, puis il murmura : va et n’oublie pas ta promesse. Nous t’attendrons.

Isaulya se joignit à son mari et Shearah disparut emmenant avec elle les enfants.

Je sentis la détresse de mon père, elle ne dura qu’un instant, mais assez pour que je la ressente. Il saisit les doigts de ma mère et les baisa.

FIN

© Isabelle-Marie d’Angèle (novembre 2023).

À très vite…

Elsbeth Isobel et Héloïse

Bonjour toi 😉

Je suivais avec appréhension l’arrivée de Senu. Arthus avait eu une merveilleuse idée. Il est vrai qu’il était ami avec l’aigle. Celui-ci ne pouvait rien lui refuser. Ce qui m’étonnait c’est que Straurius ne se soit aperçu de rien. Bizarre ! Rien ne lui échappait d’ordinaire.

Senu avait dit la vérité, les jours et les semaines s’étaient écoulés ici et Héloïse avait commencé son apprentissage de petite sorcière sous l’œil attentif de ma mère, sa tante. Une chose m’inquiétait pourtant, Héloïse n’avait plus dit un mot depuis son arrivée. Elle avait pleuré longtemps puis ses larmes s’étaient taries et elle était restée muette. Isaulya, toute grande prêtresse qu’elle était avait été très surprise de la résistance que lui présentait sa nièce, mais elle n’avait rien raconté à Straurius. Celui-ci suivait son éducation et j’étais certaine qu’il savait ce qu’on tentait de lui cacher, mais il se taisait.

À mon tour, j’avais fermé mon esprit à ma mère. Elle ignorait donc que Senu était en route. J’avais beaucoup progressé dans mes dons et je m’apercevais qu’Héloïse était plus forte que moi. À son âge, je n’aurais jamais pu dissimuler quoique ce soit à mes parents. Elle y réussissait à merveille.

Arthus et Charlie suivaient de la même façon le chemin de Senu. La sorcière Shearah avait réussi à fléchir Arthus. Joe devait savoir où était son fils, il était insoutenable à Charlie de le voir bloqué dans son espace-temps.

— Il ne souffre pas et ne se rend compte de rien, affirmait le chat.

Mais Charlie ne voulait plus rien lui cacher. Arthus avait dodeliné de la tête et avait cédé. Lui seul avait le pouvoir de casser l’envoutement, c’est ce qu’il fit.

Faire comprendre à Joe ce qui se passait ne fut pas une mince affaire. Lui qui ne croyait pas aux sorcières ni au surnaturel, fut obligé de se rendre à l’évidence en découvrant dans la boule de cristal de Charlie, son gamin sur le dos d’un aigle. Stefano ne semblait pas souffrir et son regard émerveillé devant les paysages de l’autre monde le rassurait un peu.

Ce qu’Arthus avait omis d’avouer à Joe c’est que Charlie était une très grande sorcière. Il lui suffit d’ouvrir à nouveau son esprit et elle retrouva rapidement l’incantation qui rendit muette sa fille. Elle réussissait ainsi à communiquer avec elle, faisant très attention à ce que Straurius ne se rende compte de rien. Lorsqu’elle était dans son monde, elle s’amusait souvent à le berner. Elle avait toujours admiré son beau-frère et c’était réciproque. Il n’y avait jamais eu d’équivoque entre eux, il était l’homme de sa sœur, mais leur complicité était connue de tous, ce qui expliquait sa colère quand elle avait choisi de partir. C’était lui qui l’avait instruit et donné de précieux conseils, Isaulya n’en avait jamais pris ombrage.

Charlie ferma les yeux et avertit Héloïse que Stefano était proche pour la ramener. Comme elle était muette, ce serait facile pour le petit garçon de ne pas lâcher un mot. Elle lui inculqua aussi comment faire pour parler à l’esprit de Stefano. Restait à savoir comment il réagirait. Elle ne pouvait malheureusement pas le prévenir. Senu pourrait s’en rendre compte et Charlie ne le connaissait pas assez pour lui faire confiance.

Senu était là, il s’arrêta sur le balcon de ma chambre. Je ne pouvais m’empêcher de l’admirer. Stefano posa les pieds au sol. J’ouvris la porte-fenêtre.

— C’est bien ce que je pensais !

Straurius, les bras croisés nous contemplaient.

À suivre …

© Isabelle-Marie d’Angèle (novembre 2023).

À très vite…

Elsbeth Isobel et Héloïse

Bonjour toi 😉

Le mois d’octobre est terminé mais pas l’histoire de mes sorcières 😁.

Elsbeth Isobel contemplait avec tristesse sa petite compagne affalée sur le lit qui pleurait à chaudes larmes. Elle ne cessait de répéter :

— Je veux maman. Où est ma maman ?

Toute sorcière qu’elle était Elsbeth Isobel ne savait que faire. Elle ne pouvait adoucir sa peine sans risquer de déclencher la colère de son père, Straurius. S’il ne tenait qu’à elle, elle la renverrait illico dans son monde, mais c’était impossible, ses pouvoirs seraient immédiatement contrecarrés par le sorcier.

Arthus qui était resté là-bas ne pouvait lui être d’aucun secours, lui qui avait toujours de bonnes idées aurait certainement pu la conseiller.

Mais soudain, la lumière se fit.

Elle fit apparaitre le livre qu’Héloïse lisait chez elle et dont son chat lui avait parlé.

— Pourquoi compliqué ? Un chat qui parle, dans mon monde, ça n’existe pas. Vous pouvez donc faire des choses bien plus complexes que nous envoyer près d’Héloïse non ? Je répète alors ma question : qu’attendez-vous pour nous envoyer là-bas ?

— Expliquez-lui, répondit nonchalamment Arthus, en regardant Charlie sans cesser de se lécher.

— Moi seule peux y retourner, toi et ton fils n’y avez pas votre place, vous êtes humains.

— Pourtant, Samy dans le livre y est bien allée, l’interrompit Stefano.

— C’est une histoire, ce n’est pas la réalité.

Joe haussa le ton :

— Parce qu’avoir une femme sorcière et un chat qui parle c’est la réalité peut-être ?

Arthus cessa sa toilette et les fixa de ses yeux verts, leur intimant de se taire. Assis bien droit sur la table de la cuisine, il semblait écouter. Soudain, il sauta sur le sol et sortit. Stupéfaits, Joe, Stefano et Charlie le suivirent. Le chat, le nez en l’air contemplait le ciel.

Stefano s’écria :

— Regarde papa, un aigle ! Il est magnifique !

Un superbe oiseau tournoyait très haut au-dessus d’eux en poussant son cri. Lentement, il amorça sa descente.

Stefano ne pouvait en détacher ses yeux et quand celui-ci se posa près de lui pour l’inviter à grimper sur son dos, il n’hésita pas une seconde.

—  Attends … Je m’appelle Senu, je vais t’emmener retrouver Héloïse et si tu me promets de garder le silence tout le long du voyage, tu pourras la ramener avec toi. Mais, souviens-toi, tu ne dois pas ouvrir la bouche, quoique tu vois. Notre monde est magnifique et tu vas découvrir le pays des fées, des lutins, des sorciers et une nature inconnue pour toi. Es-tu capable de respecter à la lettre ce que je te demande ? Pas un mot, pas un rire, pas même un oh ou ah de bonheur. Tu as juste le droit de respirer et de t’agripper à mon cou. Moi seul t’indiquerais les endroits que tu pourras admirer et surtout… quand tu apercevras Héloïse, n’oublie pas : tais-toi. Tu ne dois pas lui répondre, même pas lui demander de grimper avec toi. Seule, elle doit le comprendre. Chez nous, le temps n’est pas le même. Pour toi, il n’y a que quelques heures qu’elle est partie, pour elle, ça fait des semaines. Elle te semblera différente, mais dès qu’elle sera sur mon dos, elle redeviendra celle que tu connais. Tu es le seul qui puisse l’obliger à revenir ici, et crois-moi, la tâche ne sera pas facile, car notre monde est bien plus gai que le tien. N’oublie pas, pas un mot et tu n’as pas d’autre chance de te rattraper si tu échoues. Si tu acceptes, dès que tu seras sur mon dos, tu ne parleras plus. Tu n’auras ni faim ni soif ni froid ni chaud. Tu n’auras besoin de rien. Tu pourras à nouveau me parler quand je serai revenu ici au même endroit avec vous deux et que je me serai posé. Alors es-tu d’accord ?

Stefano regarda son père. Senu ajouta :

— Il ne me voit pas, seuls Arthus et Shearah ont suivi mes paroles et savent que je suis là.

Stefano sentit les larmes monter, il osa demander d’une voix tremblante :

— Papa va être malheureux, il ne va pas comprendre. Qui va lui expliquer ?

— Il ne saura pas que tu as disparu. Pour lui, le temps s’est arrêté. Alors ?

— Le voyage va durer longtemps ?

— Je te le répète, les heures, les minutes et les secondes n’existent pas chez nous, nous suivons le rythme des saisons.

Stefano prit une grande inspiration. Il regarda une dernière fois son père.

— Je peux l’embrasser ?

— C’est comme si c’était fait.

Stefano soupira, essuya d’un revers de main ses larmes et grimpa sur l’aigle. Celui-ci tourna la tête vers lui :

— Accroche-toi à mon cou et à partir de maintenant, plus un mot.

Arthus et Charlie les regardèrent disparaitre au loin. Seule, Charlie entendit le chat :

— C’était l’unique chance et Stefano est capable de réussir. Aie confiance en lui.

À suivre …

© Isabelle-Marie d’Angèle (novembre 2023).

À très vite…

Elsbeth Isobel et Héloïse

Bonjour toi 😉

Joe et Stefano se regardèrent abasourdis.

— Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Où est Héloïse ? demanda Joe, la voix tremblante.

Charlie était écroulée au sol. Il ne l’avait jamais vue ainsi. Il s’approcha d’elle et voulut la prendre dans ses bras. Elle le repoussa brutalement.

Surpris, il se tourna vers son garçon qui pleurait sans bruit recroquevillé dans un coin de la cuisine, le terre-neuve à ses pieds. Il s’accroupit près de son fils qui lui murmura à l’oreille :

— Ils l’ont emmenée dans leur monde. C’est un grand sorcier.

Puis, il cria sur Charlie :

— Dis-lui toi, c’est de ta faute avec ton livre. Je le savais que tu n’étais pas comme tout le monde, et Héloïse aussi. Montre le livre à papa.

Charlie se releva, les joues marbrées par les larmes. Elle jeta le livre sur la table. Joe le saisit et le parcourut rapidement. Effectivement, il crut reconnaitre les personnages qui étaient là, il y a quelques instants chez lui. Il se gratta la tête, il ne pouvait pas avaler ça. Pourtant, Héloïse avait bel et bien disparu. Il n’hésita pas une seconde et de sa voix grave, il demanda à Charlie :

— Comment fait-on pour aller là-bas ? Tu me raconteras tout plus tard Charlie, pour l’instant l’urgence c’est Héloïse.

Comme elle aimait cet homme ! comment lui dire qu’elle ne pouvait plus y retourner.

— Je vais vous aider !

Ils firent volte-face d’un bloc. Texas gronda, mais ne bougea pas. Arthus grimpa sur la table et s’y assit. Tout en se passant la patte par-dessus l’oreille, il continua :

— Ne me regardez pas comme ça ! Vous avez tous compris que des trucs bizarres arrivent aujourd’hui. Alors, oui je parle et je suis Arthus. Charlie est la sorcière Shearah et la sœur de la mère d’Elsbeth Isobel. Tout comme Héloïse, elle voulut connaître votre monde et elle tomba amoureuse. C’est une histoire toute simple, mais une sorcière ne peut pas rester dans le monde des humains. Par amour, elle choisit de rester ici, mais elle aurait pu revenir grâce à Isaulya. L’homme qu’elle aimait n’était malheureusement pas le gentil qu’il paraissait, mais il était trop tard. Shearah était enceinte, la colère de Straurius quand il l’apprit, fit qu’elle soit radiée à jamais. Grâce à Isaulya, sa sœur garda quelques pouvoirs qui lui permettaient de vivre heureuse ici. C’est aussi grâce à elle qu’elle fit votre rencontre. Ce que Isaulya ne savait pas c’est qu’Héloïse avait développé les dons de sa mère. Straurius refuse qu’une sorcière soit chez les humains, c’est pourquoi il a emmené votre fille. Il espère ainsi que vous reviendrez à la raison et nous rejoindrez. Il s’en est toujours voulu de vous avoir radié, vous êtes un cas unique.

Arthus se tut et continua de faire sa toilette comme tout chat qui se respecte.

La voix de Joe le fit sursauter :

— Et donc ? Qu’attendez-vous pour nous envoyer là-bas ?

Arthus se gratta l’oreille.

— En fait, c’est compliqué.

À suivre …

© Isabelle-Marie d’Angèle (octobre 2023).

À très vite…

Elsbeth Isobel et Héloïse

Bonjour toi 😉

Héloïse n’en revenait pas. La petite sorcière de son livre était là, elle allait entrer dans sa maison. Ce qu’elle n’avait pas prévu c’était que ses parents soient avec elle. À ce qu’elle en avait lu, le grand sorcier n’était pas facile. Elle réalisa alors que la tempête venait peut-être de lui.

Elle chercha sa mère des yeux, mais elle ne la trouva pas. Charlie avait disparu.

La porte s’ouvrit et elle entendit Joe les inviter à entrer.

—  Charlie ?

Stefano qui n’avait rien compris à l’attitude de la jeune femme, elle qui était toujours prête à aider les gens et ravie de recevoir, s’était éclipsée sans un mot, comme si elle connaissait ces personnes et ne voulait pas les rencontrer.

—  Elle doit être dans son atelier.

Joe fronça les sourcils, mais ne dit rien.

—  Je vous offre un café pour vous réchauffer ?

Un café ? Mes parents n’en consommaient pas, ça n’existait pas dans notre monde. Les seules boissons étaient le nectar des fleurs arrosées de différents parfums. Je regardais Héloïse. Qu’est-ce qu’elle était mignonne ! le garçon n’était pas mal non plus, mais il n’avait rien d’un sorcier. Je sentais en lui, une peur sourde. Son père, par contre, était très détendu. Les sorciers et les histoires surnaturelles lui passaient au-dessus de la tête et il n’y croyait pas du tout. J’espérais que Straurius en tiendrait compte.

Je pus m’approcher de la gamine grâce à Arthus qui m’échappa et alla se frotter contre ses jambes. Hélas, un énorme Terre-neuve déboula aussitôt et se planta devant lui en grognant. Mon chat se hérissa et doubla de volume en un clin d’œil.

J’eus la présence d’esprit d’éclater de rire, de saisir mon félin et de passer ma main sur le dos du chien, qui se calma immédiatement. Je captai alors le regard de ma mère qui me remerciait, j’avais évité le pire. Straurius ne tolérait aucun débordement dans le comportement des animaux. Chez nous, tous se côtoyaient sans haine.

Il prit d’ailleurs la parole de sa voix grave et posée.

— Nous n’allons pas vous déranger plus longtemps, merci de votre accueil. Elsbeth Isobel ?

Je n’eus pas le loisir de réagir, Stefano m’interrogeait et je sentis aussitôt sa peur.

— C’est ton prénom ? Comme dans le livre d’Héloïse ? Tu es la petite sorcière ?

Je vis sur son visage la stupeur puis la frayeur l’envahir. Il cria à son père :

— Vite, sauve — toi papa, ils vont nous faire du mal.

Heureusement que Joe eut la présence d’esprit d’expliquer aussitôt tout en attrapant son fils par le bras :

— Mon gamin a beaucoup trop d’imagination, excusez-le.

Il se tourna alors vers Héloïse.

— Ma compagne est arrivée dans nos vies avec sa petite Héloïse que voici et celle-ci adore raconter des histoires. Si vous n’habitez pas loin, Elsbeth Isobel pourrait venir partager un après-midi ?

— Ce serait une excellente idée en effet, mais je vous propose plutôt le contraire, Héloïse ? Veux-tu nous accompagner ? Je te promets de belles surprises.

Straurius avait changé de ton. Arthus coucha ses oreilles. Je vis Héloïse s’approcher du grand sorcier et saisir sa main, je compris qu’elle ne maîtrisait rien. En un quart de seconde, une magnifique femme apparut, les yeux horrifiés, elle tendait le bras pour la récupérer en hurlant, j’entendis le rire de mon père et… je me retrouvai dans mon monde, Héloïse à mes côtés.

À suivre…

© Isabelle-Marie d’Angèle (octobre 2023).

À très vite…

Elsbeth Isobel et Héloïse

Bonjour toi 😉

Je n’en revenais pas, Charlie la mère d’Héloïse était en vérité la sœur de la mienne.

— Mais comment est-ce possible ? Une mortelle  dans le monde des humains ?

Isaulya me fit taire d’un geste. Straurius nous rejoignit. Je me doutais bien que le cri d’Isaulya, lui, il l’avait entendu. Il n’y avait qu’à voir son regard et ses sourcils froncés pour comprendre qu’il allait l’interroger. Toute prêtresse qu’elle était, elle n’avait pas le droit d’invoquer notre Dieu.

Je ne bronchais pas. Isaulya sourit.

— C’est idiot, j’ai eu peur, ce mot m’a échappé.

Je faillis éclater de rire. Nulle, sa réponse, elle aurait pu trouver mieux. C’était quand même au grand sorcier Straurius qu’elle s’adressait. Il la sonda en un quart de seconde et il ne m’en fallut guère plus pour me recroqueviller sous ma couette. Arthus m’y rejoignit en feulant.

— Vous m’expliquez ?

Hou ! Ils se vouvoyaient, l’heure était grave. Je n’osais même plus respirer et c’est alors qu’en croisant les doigts, je me dis que je devais retrouver Héloïse, elle aurait peut-être la réponse. Arthus s’agrippa à moi, comme s’il voulait me prévenir de quelque chose, mais il était trop tard, je fus projetée dans l’autre monde sous un ciel noir où les arbres se tordaient sous la fureur du vent.

Joe avait attrapé Stefano par la main et l’entrainait aussi vite qu’il le pouvait vers la maison. Elle lui semblait bien loin, il choisit de s’abriter dans la grange. Il referma aussitôt la porte et s’adossa contre elle. Stefano n’en menait pas large. C’est alors qu’ils la virent.

— Qu’est-ce que tu fais là ? Remarque tu as eu raison d’entre ici, tu ne risques rien.

Joe s’approchait d’Elsbeth Isobel.

— D’où viens-tu ?

Stefano aperçut alors Arthus qui passait la tête de dessous la veste d’Elsbeth Isobel.

— Oh ! regarde papa, le chat ! Il est trop beau.

Arthus sortit tout à fait de sa cachette et se frotta contre ses jambes. Aussitôt, Stefano le prit dans ses bras et serra sa joue contre lui, ce qui déclencha chez Arthus un ronronnement des plus sonores.

Elsbeth Isobel ne savait pas quoi dire. Le vent s’était calmé.

Héloïse, le nez contre la vitre regardait le ciel. Les nuages se dispersaient et un peu de bleu apparaissait. Elle fronça les sourcils et remarqua dans le jardin, un couple. Elle n’eut pas le temps de les montrer à Charlie que celle-ci était déjà près d’elle, un doigt sur les lèvres.

— Pas un mot sur le livre.

Elle le fit disparaitre prestement.

— Mais… on dirait les parents de…

— Tais-toi Héloïse, je t’en supplie.

Devant l’air implorant de sa mère, elle comprit qu’en effet, l’heure était grave. Toutes deux virent la porte de la grange s’ouvrir.

Joe en sortit le premier, suivi de Stefano. Le gamin fila vers la maison alors que Joe apercevait les inconnus dans son jardin.

Tout sourire et la main tendue, il s’avança vers eux :

— Je parie que vous êtes venu chercher votre fille ? Vous aussi, vous avez été surpris par cette tempête ?

Joe ne reconnaissait pas l’homme et la femme, mais peu importait, sa porte leur était grande ouverte. Il remarqua la prestance du couple. Lui, un grand manteau, ses cheveux retenus par un catogan. Elle, une longue veste, les cheveux relevés en chignon.

Arthus qui avait rejoint Elsbeth Isobel, lui glissa :

— Straurius et Isaulya sont là, ça va barder. Il vaut mieux que tu te montres.

— Ils ne feront rien dans le monde des humains, tu le sais aussi bien que moi.

— Ah oui ? La tempête ce n’était rien peut-être ?

Joe venait la chercher.

— Sors donc de ta cachette, tes parents te cherchent. Tu n’as plus rien à craindre.

Straurius sourit à Joe.

— Je vous remercie, notre gamine est en effet, un feu-follet. Elle est partie à toute allure et nous n’avons pas pu la suivre. Heureusement, elle n’a rien.

Joe les invita alors à entrer chez lui.

À suivre …

© Isabelle-Marie d’Angèle (octobre 2023).

À très vite…

Elsbeth Isobel et Héloïse

Bonjour toi 😉

Tu trouveras toute l’histoire d’Elsbeth Isobel ici. Quand je l’ai relue, je me suis dit que j’avais une sacrée imagination quand même ! 😂 ! Et la suite m’est apparue aussitôt. Accroche-toi et bienvenue au pays des sorcières.

Je te rappelle qu’Héloïse ici aimerait changer l’histoire chez Marie-Sophie et qu’ Enzo croit qu’Héloïse est un ange gardien ici.

Il y avait longtemps que je n’avais pas fait de rêve aussi étrange…

Une petite fille m’appelait. Ce n’était pas Samy, elle était plus jeune. Dans tous les cas, c’était une mortelle. Mais comment pouvait-elle connaître mon nom ?

Je me souvenais de mon escapade dans leur monde. Je m’en étais sortie indemne grâce à ma mère, la grande prêtresse Isaulya, mais depuis j’hésitais à y retourner. Et puis, j’étais bien trop amoureuse pour m’en aller trop longtemps.

À nouveau, j’entendis la petite voix.

Héloïse avait retrouvé le livre que lui racontait Charlie. L’histoire de la sorcière Elsbeth Isobel qui avait décidé de venir faire un tour dans le monde des mortels. Héloïse pensait que Samy avait bien de la chance de l’avoir rencontrée. Si elle avait tout compris, Samy avait un don, c’était sûrement pour ça qu’avec la Elsbeth, elles étaient devenues amies.

De là à imaginer qu’elle était comme Samy, il n’y avait qu’un pas. Héloïse avait grimpé en haut de sa cabane dans le jardin, Stefano étant avec Joe, elle était tranquille.

Elle appela plus fort et en même temps, elle se demanda ce qu’elle ferait si la sorcière lui apparaissait.

J’hésitai. J’allais devoir changer physiquement et pire, devenir plus jeune que la dernière fois. Avant de prendre une décision, je me concentrai en posant mes deux index sur mes tempes et fermai les yeux.

— Réfléchis bien, tu vas encore te placer dans des situations pas possibles.

Je sursautai. Arthus, assis devant moi, me mettait en garde. Ses yeux verts me sondaient, ses oreilles bien dressées m’indiquaient qu’il n’était pas d’accord.

— Tu ne sais même pas ce que je veux faire, affirmais-je.

— Ah bon ? alors je vais te le dire. Héloïse souhaiterait que tu l’aides à devenir une sorte d’ange gardien.

Ébahie, je faillis éclater de rire.

— N’importe quoi !

— Son rêve est d’aller dans une autre histoire. Un petit garçon croit que c’est possible. Merci la télé.

— Ben voyons !

— Je te laisse tranquille avec elle, tu vas vite comprendre ce qu’elle souhaite.

— Elle n’est pas sorcière cette gamine, je ne vois pas…

Ma mère apparut devant moi.

— Que se passe-t-il ici ? Je ressens des sondes étranges comme…

Elle s’interrompit et porta ses mains à son front en s’exclamant :

— Mon Dieu !

Elle devait être sacrément chamboulée pour citer son nom. Nous n’avions le droit de le dire qu’en cas d’extrême urgence. Il ne se déplaçait pas facilement. C’était toujours Straurius qui réglait les problèmes.

Elle n’avait pas dû crier assez fort parce qu’il n’apparut point ou c’est qu’il avait autre chose à faire, fort heureusement pour nous.

Je n’avais jamais vu ma mère dans cet état de détresse, si je peux appeler ça comme ça.

— Avec qui parles-tu ?

Héloïse sursauta, Charlie passait la tête en haut de l’échelle de la cabane. Jamais, elle ne venait jusqu’ici, elle l’interpellait toujours d’en bas.

Charlie reconnut le livre. Lestement, elle franchit l’espace qui la séparait de sa fille et s’empara du bouquin.

— J’espère que ce n’est pas ce que je crois, Héloïse. Je t’ai dit que tu n’avais pas l’âge de faire ce genre de choses.

— Mais, le petit garçon avait l’air si malheureux, tu étais là, tu l’as bien vu.

— Donne-moi ce livre immédiatement.

Héloïse ne reconnut pas la voix de Charlie. Elle ne lui avait jamais parlé sur ce ton. Soudain, elle eut froid et sans qu’elle comprenne pourquoi le vent s’était levé.

Charlie saisit la main de sa fille et l’entraina rapidement avec elle. Héloïse n’avait jamais descendu aussi vite l’échelle. Elle eut peur. Le ciel s’était obscurci. Elle entendit au loin Joe qui criait, elle aperçut Texas, le terre-neuve, il revenait vers elles ventre à terre.

Est-ce parce qu’elle avait appelé Elsbeth Isobel ? Héloïse se promit que plus jamais elle ne désobéirait à sa maman. C’est sûr, un cataclysme allait se produire à cause d’elle. Elle venait d’apprendre ce mot à l’école et d’emblée elle avait pensé qu’elle ne l’aimait pas du tout.

À suivre…

© Isabelle-Marie d’Angèle (octobre 2023)

À suivre…

Héloïse change l’histoire

Bonjour toi 😉

— Dis maman, tu te souviens la dame qui était venue et qui sortait d’une autre histoire ?

Héloïse était dans la pièce préférée de Charlie. Celle où elle peignait, dessinait, et parfois recevait des personnes pour les soigner, mais ça fallait pas le dire. Joe ne serait pas content.

Aujourd’hui, Charlie cousait. Oui, elle avait des doigts de fée, Charlie ! D’un bout de tissu qui ne ressemblait à rien, elle en sortait une magnifique robe.

— Elle s’appelait Marie-Sophie. Tu crois que je pourrais aller la retrouver ? Peut-être que son ami boulanger fabrique des croissants meilleurs qu’ici ?

— Ne dis pas ça à Joe, il ne jure que par Toine. Paraît-il qu’il est le seul à des kilomètres à la ronde à faire du bon pain.

Héloïse repoussa la corbeille de fils et tissus multicolore et s’assit sans vergogne sur la table, face à sa mère.

— Allez maman, tu ne veux pas qu’on se projette dans son village ? On peut se faire passer pour des vacanciers ? J’aimerais bien voir Archibald, c’est comme ça qu’elle l’a appelé ?

— Ce n’est pas une bonne idée d’aller dans une autre histoire. Nous serions des intruses.

— N’empêche, ce serait chouette de pouvoir en changer le cours, ce serait même rigolo. Imagine dans le conte du Petit Poucet, la famille ne serait pas pauvre ?

— Il n’y aurait pas d’histoire Héloïse. C’est justement parce que les bûcherons sont pauvres et qu’ils ne peuvent pas nourrir leurs sept enfants qu’ils décident de les abandonner dans les bois.

— Je sais… il faut que j’aille dans une histoire pas terminée, comme ça, c’est moi qui fais la fin.

Charlie éclate de rire.

— Et comment vas-tu en trouver une ?

— Je suis sûre que chez Marie-Sophie, c’est comme ça. Elle a dit qu’elle était dans un cahier, elle n’est pas dans un livre. Si ça se trouve, elle raconte sa vie, alors si j’arrive dans sa ville, elle va parler de moi, obligée !

— Tu ne doutes de rien toi ! dit Charlie en lui ébouriffant les cheveux.

— On y va toutes les deux ?

— Et que va-t-on y faire ?

— On verra bien maman, je te fais confiance.

— Et si nous tombons mal, un moment de l’histoire triste par exemple ?

— Et ben, on change tout.

Je buvais mon café, assise sur la chaise de mon salon de jardin quand je les aperçus. Une femme et une gamine.

— Bonjour ? Vous cherchez Morgan ?

En effet, elles arrivaient de chez lui, j’avais pensé qu’elles étaient de sa famille. Célestine était toujours hospitalisée, peut-être qu’elles venaient prendre de ses nouvelles. Pourtant, la fillette me rappelait quelqu’un.

À leur air surpris, je compris rapidement que je faisais fausse route.

— Tu me reconnais pas ? Je suis venue dans ton histoire. C’est drôlement bien chez toi. C’est ça le Pays basque ?

Incroyable, elle arrivait la bouche en cœur, très à l’aise.

Enzo qui avait entendu du bruit et qui avait le sommeil léger apparut à la porte. Les cheveux tout ébouriffés, il contemplait la gamine avec surprise.

— T’es qui ?

— Héloïse. C’est drôle, tu ressembles un peu à Stefano mais en plus petit.

— C’est normal, murmura sa maman, la Plume qui nous a créés nous donne un air de ressemblance. Nous faisons partie de la même famille, celle de son imagination.

— Il est où Archibald ? J’aimerais bien goûter son pain.

Enzo tout sourire quand on parlait de son parrain répondit :

— Je suis son filleul. Viens, il a justement apporté des croissants tout chauds. Il se lève tôt pour les cuire, mais après, il nous en donne avant que la boulangerie ouvre. C’est ma marraine qui est derrière le comptoir.

Il montra Marie-Sophie.

— Je ne crois pas que nous ayons grand-chose à faire ici, dit Charlie à sa fille. Tu vois bien que tout roule comme sur des roulettes.

Je posais ma tasse et m’approchais.

— Que voulez-vous dire ? Vous pourriez changer l’histoire ?

— Ce serait trop bien, m’interrompit Enzo. Tu pourrais faire que Célestine ne soit plus malade ? Pépé Charles est trop malheureux et Morgan, c’est sa maman quand même !

Je vis Charlie (je me rappelais maintenant le jour où j’avais disparu de mon cahier et atterris dans leur jardin) serrer l’épaule de sa fille et lui dire d’une voix ferme :

— N’y pense pas, c’est trop compliqué. On ne peut pas changer le cours de l’histoire.

— Oui, mais s’il n’est pas encore écrit ?

La Plume, s’interroge. Va-t-elle donner raison à Héloïse ? Pour le savoir, il va falloir patienter… 😁

À très vite…

Héloïse n’aime pas l’école

Bonjour toi 😉

Les enfants différents, ça existe. Ici, c’est une histoire magique que j’ai voulu écrire. Héloïse a des dons particuliers comme sa maman Charlie. Il est évident que dans notre monde, c’est un peu compliqué…

Je prépare ainsi la venue du mois d’octobre avec mes petites sorcières.

— Je ne veux pas retourner à l’école. Les autres se moquent de moi, même la maitresse ne comprend rien.

Le mois de septembre était à peine commencé qu’Héloïse ne cessait de dire qu’elle n’aimait pas l’école. Les années précédentes, tout s’était relativement bien passé même si les maitresses signalaient régulièrement son inattention, son étourderie, sa tendance à rêvasser. Stefano entrait en CE1, Héloïse était en grande section de maternelle, elle s’y ennuyait. Elle déchiffrait les livres, elle soufflait quand il lui était demandé d’écrire son prénom, on croyait toujours qu’elle n’y arriverait pas, elle savait très bien le former en lettre attachée alors que les autres élèves peinaient à réussir la consigne.

Les deux établissements étant voisins, les deux enfants rentraient ensemble à pied. Les jours où il pleuvait, Joe ou Charlie venaient les récupérer.

Stefano avait donc l’habitude d’entendre sa sœur d’adoption se plaindre de tout. Lui, qui finalement avait retrouvé ses copains avec plaisir et oublié son vœu de ne plus retourner à l’école, ne la comprenait pas.

— Tu veux que je te raconte ? Aujourd’hui, j’ai dessiné un papillon. Il était vraiment joli et comme je ne voulais pas qu’il reste prisonnier sur ma feuille, je me suis levée et suis allée ouvrit la fenêtre. La maitresse m’a disputée parce qu’on ne doit pas faire ça dans la classe sans demander la permission, je lui ai expliqué. Elle s’est fâchée et m’a dit que je racontais n’importe quoi. Regarde, il est encore dans mon cahier, on le libère maintenant ?

Stefano n’osa pas la contredire, il arrivait souvent que la petite fille l’embrouille avec ses fantaisies. Parfois, il se faisait du souci pour elle, il pensait que peut-être elle était malade. Ce n’était pas normal d’avoir des idées comme ça.

Ils n’étaient pas loin de la maison, aussi le gamin proposa qu’elle fasse ça dans la cuisine avec Charlie.

Héloïse courut en criant :

— Maman, viens voir ! Tu vas comprendre pourquoi je ne veux pas retourner à l’école.

Charlie, occupée à dessiner pour une commande d’illustrés pour enfants, leva pourtant la tête et abandonna ses crayons.

Héloïse sortit son cahier et chercha le papillon.

— Tu sais bien que je ne peux pas le laisser prisonnier ?

Joe qui venait de les rejoindre regarda Stefano qui haussait les épaules.

— Tu ne dis rien Maman ?

Charlie éluda la question.

— Si tu veux bien ma chérie, nous ferons ça tout à l’heure, j’ai un travail à terminer. Vous n’avez pas envie de goûter ?

La jeune femme se leva et prépara en un tour de main, pain et confitures. Les enfants s’attablèrent, elle reprit son dessin et Joe après lui avoir piqué un baiser, s’en retourna dans le jardin.

C’est bien plus tard, au moment du câlin du soir, que Charlie serra sa petite fille dans les bras et murmura à son oreille :

— Tu veux bien que je regarde ton papillon ?

Aussitôt Héloïse sortit son cahier puis alla ouvrir la fenêtre.

Charlie s’approcha avec Héloïse et le tendit vers le ciel… L’insecte prit son envol d’un coup d’aile. Héloïse applaudit et se blottit contre sa maman.

— J’avais raison tu vois, la maitresse ne comprend rien.

Charlie posa la main sur la tête de sa fille et soupira. Ces pouvoirs venaient de la grand-mère de la jeune femme. Charlie ne pensait pas qu’Héloïse en aurait hérité aussi tôt…

© Isabelle-Marie d’Angèle (septembre 2023)

À très vite…