Elsbeth-Isobel

Bonjour toi 😉

C’est mercredi et pendant le mois d’octobre, tu retrouveras ma sorcière chaque semaine. Ici est le dernier épisode.

Héloïse était dans le jardin quand elle aperçut un chat noir qui venait vers elle. La queue bien droite, il avançait nonchalamment, ses yeux verts plissés. Elle tendit la main pour le caresser, ilse frotta contre ses jambes en ronronnant.

— Tu es toute seule ?

Héloïse tourna la tête et découvrit, posé sur une corolle de fleur, un papillon ou ce qu’elle crut en être un.

— C’est toi qui me parles ?

Héloïse se pencha sur l’insecte.

— Mais tu n’es pas un papillon, s’exclama-t-elle.

— Chut ! Tu vas me faire repérer. Prends le chat dans tes bras.

Celui-ci se laissa faire quand Héloïse se baissa pour l’attraper, elle se retrouva aussitôt ailleurs.

— Tu m’as flanqué une de ces frousses ! tu ne pouvais pas le dire que c’était toi Elsbeth ?

Celle-ci contemplait Héloïse. Elle avait bien grandi, il émanait d’elle un charme certain. C’était normal que Straurius souhaite qu’elle devienne une véritable sorcière. Il était temps qu’elle apprenne ce pour quoi elle était née.

— Il faut que tu viennes avec moi.

Seulement, si Héloïse abordait l’âge de l’adolescence plus tôt que chez les humains, elle avait aussi pris du caractère et les histoires de magie ne lui plaisaient plus autant que ça. Charlie avait fait du bon boulot, sa fille ses sentait très bien dans son monde et n’avait aucune envie d’en changer.

Elle venait d’avoir dix ans et l’amitié avec Stefano s’était intensifiée. Le garçon avait maintenant douze ans et ma foi, elle le trouvait très beau.

Elsbeth qui avait hérité des pouvoirs de ses parents découvrit tout ça en peu de temps, car elle lisait en Héloïse comme dans un grand livre ouvert.

Elsbeth-Isobel en fut très peinée et imaginait déjà la colère de son père. Une sorcière était une sorcière et ne devait jamais le renier. Charlie était vraiment un cas à part, mais comment avait-elle fait pour que sa fille oublie tout. Pourtant, à chaque pleine lune, la jeune femme passait de l’autre côté et accomplissait ses rituels. Elsbeth-Isobel n’y avait jamais vu Héloïse.

— Je le répète que tu dois venir avec moi. Tu as devant toi, la future fée des eaux, si tu découvrais mon costume, tu…

— Ça ne m’intéresse pas Elsbeth, tu peux retourner dans ton monde. Les histoires dans les livres, j’ai passé l’âge !

Si la petite sorcière s’était imaginé l’appâter, elle en fut pour ses frais. Héloïse s’en allait sans un regard en arrière. Arthus, car c’était lui le chat noir, commença à faire sa toilette et de sa voix rocailleuse dit :

— Nous n’avons plus qu’à repartir… je ne sens pas de bonnes ondes.

— Que fais-tu ici ?

Elle se doutait bien que Charlie l’avait repérée. Elle ouvrit son esprit pour que Shearah comprenne ce que Straurius voulait. Elle en avait assez de devoir toujours plaider sa cause. Après tout si Héloïse avait fait son choix, elle n’allait pas l’obliger.

— Héloïse n’a plus de pouvoir.

— Mais…

Elsbeth-Isobel n’en revenait pas, ce n’était pas possible et d’un coup, elle comprit. Shearah soupira.

— L’adolescence arrive tôt chez les petites sorcières…

— Mon père…

Elsbeth-Isobel s’interrompit. Shearah lui posa sa main sur son épaule.

— Tu seras une très jolie fée des eaux Elsbeth-Isobel.

— Mais… vous êtes une grande sorcière… et… avec tout le respect que je vous dois, vous pourriez faire quelque chose pour Héloïse, elle…

Elsbeth-Isobel ne comprenait pas. Jamais une telle chose ne s’était produite dans son monde.

— Ton père avait raison, Héloïse aurait dû aller beaucoup plus souvent le rencontrer et suivre les rituels.

Elsbeth-Isobel eut peur. Une sorcière qui perdait ses pouvoirs était bannie à jamais et… celle qui l’avait engendrée aussi.

— C’est pour ça que personne ne doit savoir. La nouvelle lune arrive bientôt. Je viendrais et j’irais parler à… qui tu sais.

— Vous connaissez les pouvoirs de mon père et…

— Oui, mais si tu fermes ton esprit, il ne verra rien. Je suis une grande sorcière, ne l’oublie jamais.

— Mais… bredouillait Elsbeth, la personne que vous allez voir, elle est bannie elle aussi et je ne sais pas si…

— Moi, je sais. Pars maintenant et ne t’inquiète pas, Straurius sait qu’Héloïse ne viendra pas avec toi.

— Vous bravez mon père ! Personne n’a jamais osé le faire.

Elsbeth ne savait plus si elle devait l’admirer ou lui en vouloir. Elle se rappela alors les liens qu’elle avait découverts entre Shearah et Straurius. Soudain, elle eut peur. Elle comprit ce qu’allait demander Shearah. Straurius acceptera-t-il ? Reniera-t-il ses croyances pour elle ?

À suivre…

© Isabelle-Marie d’Angèle (octobre 2024)

À très vite…

Elsbeth-Isobel

Bonjour toi 😉

Tu n’es pas sans savoir que nous sommes déjà le 2 octobre et de plus, c’est mercredi, jour des enfants. Comme chaque année, ce mois-ci, je raconte une histoire de petite sorcière. Je retrouve donc Elsbeth-Isobel. Tu peux lire toutes ses aventures ici et ici pour celles d’Héloïse et Stefano.

C’est parti !

Depuis que je connaissais le secret de mon père, je faisais très attention à fermer mon esprit dès que j’étais en sa présence. Il ne devait jamais savoir.

Je devais avouer que rien chez lui ne me rappelait sa détresse lorsque Shearah avait disparu emmenant sa fille. Ma mère et lui continuaient de s’aimer comme auparavant et j’en venais à douter de ce que j’avais entrevu. Après tout, peut-être avais-je pris mes rêves pour une réalité.

Arthus faisait sa toilette sur mon lit quand la porte s’ouvrit brutalement. Une chance qu’il ne soit pas apparu comme par enchantement !

— Bonjour Elsbeth-Isobel !

Je m’inclinais aussitôt. Même s’il était mon père, Straurius était notre grand sorcier et je lui devais le respect comme tout le monde ici. Arthus cessa également de se lécher. Je retins un sourire, il semblait s’être mis au garde à vous. Oui, ça ne rigolait pas chez nous concernant les règles !

Mais il restait avant tout mon papa et il me prit dans ses bras pour m’embrasser. J’aimais ces moments où je sentais contre moi son cœur battre. Ils étaient rares, alors je profitais pleinement de l’instant qui d’ailleurs ne dura pas.

— J’ai une mission pour toi !

J’aurais dû m’en douter. Straurius avait mille choses à faire, il ne venait jamais dans ma chambre sans raison valable.

Je m’approchais de lui et Arthus sauta sur mon épaule, attentif tout comme moi.

— Tu sais certainement que la fée des eaux, Nymphaïa, ne pourra plus remplir ce rôle.

En effet, celle-ci avait été transformée à tout jamais en grenouille. At-on idée aussi de braver mon père. Elle avait jeté son dévolu sur Joe, le compagnon de la sorcière Shearah alias Charlie, la maman d’Héloïse, cela avait bien failli réussir, quand elle était devenue sirène et…

— Tu m’écoutes Elsbeth ?

Sa voix tonna et les rideaux s’envolèrent. Mon père ne supportait pas mes rêveries surtout quand il me parlait. Je m’excusais aussitôt.

— Tu comprends bien que les rivières et les torrents ne peuvent pas se passer de quelqu’un qui veille sur eux. Ta mère et moi avons pensé que tu pourrais remplir ce rôle.

J’ouvrais de grands yeux. Moi, sorcière des eaux ?

— Mais… je ne sais pas si j’en suis capable, je n’y connais rien.

— Tu es ma fille, tonna Straurius, je ne fais rien au hasard. Tu seras parfaite. Je vais convoquer les fées qui suivaient Nymphaïa, elles t’expliqueront tout.

— Ne vont-elles pas m’en vouloir de prendre leur place ?

— Elsbeth, dans notre monde, ces sentiments de jalousie et d’envie n’existent pas, tu le sais et je veille à ce que ça n’arrive jamais.

— Ouais ! marmonnais-je, pas sûr !

— Autre chose… Héloïse sera avec toi.

Je ne fus pas assez rapide pour fermer mon esprit. Il tonna :

— Et ce n’est pas pour revoir Shearah, oublie immédiatement cette idée. Cette gamine est une grande sorcière, elle approche les dix ans, il est bien temps qu’elle vienne ici. Tiens-toi prête et habille-toi correctement, je t’attends dans une heure dans mes appartements.

Il disparut d’un revers de cape.

Je me laissais tomber sur le lit et fixais le plafond.

— Tu as entendu ça Arthus ? Moi, la fée des eaux ? Je n’ai rien comme vêtement qui convienne ?

Je n’eus pas le temps de m’interroger davantage que c’était au tour de ma mère, la grande prêtresse Isaulya d’apparaitre. Son parfum se répandit immédiatement dans la pièce et instantanément je repris confiance en moi et me sentis apaisée.

— Je t’ai apporté ta tenue.

En un tournemain, une robe tout en voile me couvrit, mes cheveux se couronnèrent de fleurs assorties. Très surprise, je compris que deux ailes légères poussaient dans mon dos. Arthus miaula et je l’entendis me murmurer que j’étais magnifique.

Je me contemplais dans ma psyché et eus du mal à me reconnaitre.

Ma mère sourit.

— Tu seras une fée des eaux parfaite et majestueuse. Sais-tu que tu es la fierté de ton père ?

Elle posa sa main sur ma tête. Immédiatement, je réalisais qu’elle me confiait tous les secrets que je devais connaitre pour remplir mon rôle à la perfection.

— Il ne te reste plus qu’à aller convaincre Héloïse et sa maman. N’oublie pas ! dans une heure, tu dois retrouver Straurius ! Il n’aime pas les retards.

Elle disparut et seul son parfum me rappela qu’elle était venue.

À suivre…

© Isabelle-Marie d’Angèle (octobre 2024)

À suivre…

Héloïse et Stefano

Bonjour toi 😉

C’était le moment du petit déjeuner. Alors que Stefano et Héloïse picoraient dans leur assiette, Joe annonça :

— Je me suis arrangé avec Mathurin, nous partons quelques jours en camping-car.

Les enfants levèrent le nez en même temps.

— Vrai ? demanda Stefano les yeux brillants.

— On emmène Texas ? Héloïse caressait la tête du terre-neuve qui entendant son nom dressait les oreilles.

— Bien sûr, c’est vacances pour tous les quatre et lui.

— Je prépare les sacs, dit Charlie.

Branle-bas de combat, les gamins débarrassèrent la table, mais Joe les stoppa dans leur élan.

— Auparavant, je mets les choses au clair.

Tous trois le regardèrent.

— Je ne veux plus entendre parler de magie, de sorcier ou de fée qui se transforme en grenouille. Nous reprenons le cours de notre vie normale, je pense que nous en avons tous besoin. Est-ce bien compris ?

Stefano fit un grand oui de la tête. Joe fixa Charlie et Héloïse. La jeune femme vint entrelacer ses doigts aux siens.

— Promis !

Héloïse fit de même et lui murmura à l’oreille.

— J’aime bien quand on part en vacances, c’est magique aussi.

— Alors, c’est entendu.

Il ne fallut pas longtemps pour que les sacs soient prêts. Charlie décida qu’ils achèteraient le pain en route, elle ajouta deux paquets de pâtes, des œufs et du jambon, quelques fruits et yaourts et ils grimpèrent dans le camping-car. Le terre-neuve attaché se coucha aux pieds des enfants.

Joe savait parfaitement où ils s’arrêteraient. Il avait choisi un bord de lac. Les gamins ravis enfilèrent rapidement leur maillot de bain et le chien n’hésita pas à se jeter à l’eau. Joe lui lançait un bâton que l’animal partait chercher avec d’énormes éclaboussements. Quand il sortait pour le ramener à son maître, il ne manquait jamais de s’ébrouer ce qui déclenchait de grands éclats de rire chez les enfants.

Seule, Charlie peinait à se mettre à l’unisson. Elle n’avait pas osé dire que la pleine lune approchait, qu’elle devrait une fois de plus s’absenter et emmener avec elle sa fille. Elle tentait d’occulter cette part de magie de sa tête et parfois elle songeait même à renier ce don qui faisait d’elle la sorcière des oiseaux. D’ailleurs, Joe ne semblait pas avoir vu que depuis leur arrivée, les chants et les sifflements s’étaient intensifiés. Dès qu’elle levait les yeux, elle apercevait des vols très haut dans le ciel. La nature elle-même s’émerveillait de la venue de cette sorcière, mais elle était la seule à remarquer que les pâquerettes s’épanouissaient à son approche et que l’herbe frissonnait sous ses pas.

Elle se secoua et tenta une fois de plus de chasser ces pensées parasitaires.

— Regarde ce poisson !

Stefano appelait son père.

— Tu as pris ta canne à pêche ? C’est quoi, tu as vu sa couleur ?

Texas le terre-neuve sortit de l’eau et après s’être ébroué, se coucha dans le pré, le museau entre les pattes.

Surpris, Joe le taquina :

— Eh ben mon gros, déjà fatigué ?

Puis il se tourna vers son fils pour regarder le poisson.

Héloïse écarquilla les yeux et seule Charlie l’entendit :

— On dirait une sirène !

Elle n’eut pas le temps de réagir qu’un chant s’éleva, puis un cri venu du ciel lui parvint aux oreilles. Elle leva la tête et aperçut un aigle qui fonçait vers eux et tout s’enchaina à une vitesse fulgurante.

Le chien se mit à aboyer furieusement et courut vers son maitre. Joe écoutait la musique et marchait dans l’eau. Texas le suivit et l’attrapa par la chemise pour le retenir. Héloïse cria, Stefano sauta à son tour dans le lac. L’aigle plongea, Joe avait de l’eau jusqu’aux épaules et continuait d’avancer. Charlie leva les bras vers le ciel et une nuée d’oiseaux apparut, leur chant et sifflement couvrirent celui de la sirène, Joe qui avait maintenant de l’eau jusqu’au cou allait couler quand il s’éleva soudain dans les airs, l’aigle étant passé sous lui. Il le déposa délicatement sur l’herbe et s’envola. Le chant se tut, on n’entendait plus que les gazouillements familiers. Stefano et Charlie vinrent près de lui, alors qu’Héloïse disait au revoir à Senu qu’elle avait reconnu. Texas lécha son maître et laissa tomber le bout de bois à ses pieds.

— Alors mon chien, tu n’es plus fatigué ?

Comme si de rien n’était, Joe lança le bâton côté opposé au lac.

— Finalement, si on changeait d’endroit ? dit Joe. Et quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi je suis trempé ?

— C’est la faute à Texas répondit aussitôt Héloïse, regarde Stefano aussi est mouillé.

— Venez vous sécher les enfants, dit alors Charlie.

Alors qu’elle se dirigeait vers le camping-car, elle aperçut une grenouille qui sautait difficilement. Dès qu’elle vit Charlie, elle voulut se cacher dans les herbes, mais elle peinait à se déplacer.

— Te voilà bien punie Nymphaïa ou devrais-je t’appeler Gertrude ?

Texas arriva au galop du museau poussa le batracien qui roula sur le côté. Il s’en désintéressa aussitôt.

— Tu as vu comme elle est moche la grenouille, remarqua Héloïse. Elle n’a pas de chance, elle a dû faire une sacrée bêtise pour être comme ça.

Seule dans le camping-car, à la recherche des serviettes, Charlie prit le temps d’ouvrir son esprit pour remercier Straurius. Elle sut qu’il l’avait entendu, au léger souffle de vent qui vint lui caresser le visage.

© Isabelle-Marie d’Angèle (juin 2024).

Bon anniversaire à Monsieur Chéri 💗

À très vite…

Héloïse et Stefano

Bonjour toi 😉

Pour les épisodes précédents c’est ici

Pas facile de surveiller son père 24 h/24 h. Ce n’était pas encore les vacances, Stefano ne pouvait donc pas être avec lui tout le temps.

Quand il était avec lui, il ne lâchait pas et Joe commençait à trouver ça bizarre et pesant. Ce mercredi-là, il se mit presque en colère.

— Mais enfin, fils, qu’est-ce que tu as à me suivre partout comme ça ? Tu as quelque chose à me demander ?

Stefano ne savait pas quoi répondre ce qui eut le don d’agacer son père.

— Écoute, j’ai du travail, je dois encore aller faire une course à la coopérative, et…

— Je viens avec toi.

— Non, je n’en ai pas pour longtemps et…

— J’aime bien aller là-bas, ça sent bon le grain.

Joe soupira et accepta. Pendant le trajet, ils bavardèrent de tout et de rien. Stefano aimait bien être dans le 4×4 de son père. Il n’était pas de toute première jeunesse, mais il s’y sentait bien et avait l’impression de dominer la route.

La coopérative n’était pas loin. Stefano suivit son Joe dans les allées et le surveilla quand il salua les personnes qu’ils connaissaient. Le gamin ne trouva rien d’anormal à ce qu’il discute avec les caissières.

Ils reprenaient le chemin du retour lorsque Joe reçut un appel, il devait passer chez un copain pour récupérer un outil qu’il lui avait prêté.

— Tiens, la voisine fait du stop ?

Joséphine, la femme de Mathurin, était sur le bord de la route et lui faisait signe.

Joe s’arrêta et Stefano baissa sa vitre. Joe se pencha.

— Un problème avec ta voiture ?

— C’est idiot, je n’ai pas fait attention, je n’ai plus d’essence. Mathurin va se moquer de moi.

Joe sourit et répondit que ça pourrait aussi bien arriver à Charlie, elle ne vérifiait jamais le compteur.

— Je vais te remorquer, j’ai une corde dans le coffre.

Il descendit et trouva ce qu’il cherchait. Il attacha son 4×4 à la petite voiture de Joséphine et lui proposa de prendre le volant.

Stefano les rejoignit. Le portable de Joe sonna, c’était Mathurin.

— J’arrive !

Il se tourna vers Joséphine.

— C’est ton mari, je n’ai rien dit, mais je dois passer chez lui. Il a un problème avec sa clôture et son âne s’est sauvé, je vais l’aider.

— Ne t’inquiète pas, je lui raconterai tout.

— Roule doucement.

Joe s’installa au volant et ils arrivèrent rapidement chez Mathurin. Joséphine expliqua son erreur, son mari la taquina et il entraina Joe pour redresser les grillages.

— Je viens vous aider.

— D’accord, nous ne serons pas trop de trois.

Joe se tourna alors vers son fils :

— Préviens Charlie, je ne voudrais pas qu’elle s’inquiète.

Stefano acquiesça et prit le chemin de sa maison. C’est alors qu’il aperçut la Clio de Joséphine arriver. Elle s’arrêta près de lui.

— Tu es tout seul ?

Stefano ouvrit et referma la bouche. Comment était-ce possible ? Joséphine aidait son père pour la clôture et elle n’avait plus d’essence. Quelque chose clochait !

Il fit demi-tour et partit en courant retrouver Joe. Mathurin était seul dans le pré à redresser le grillage.

— Où est mon père ?

— Parti chez l’âne.

Il aperçut alors sa femme qui venait à sa rencontre. Il se gratta la tête. Il était pourtant certain qu’elle venait de partir avec Joe.

— Attends petit !

Trop tard, Stefano courait à perdre haleine dans le champ. Dans le ciel, un aigle poussa son cri. Stefano le vit et s’époumona pour que l’oiseau l’aperçoive.

— Mais qu’est-ce qu’il t’arrive fils ?

Son père était devant lui tenant l’âne par le licol.

— T’es tout seul ?

— Non, regarde qui j’ai trouvé ? C’est grâce à elle que j’ai récupéré l’âne.

Samy, parce que c’était bien elle, fit un clin d’œil à Stefano.

— Tu le savais qu’elle habitait de l’autre côté du pré ?

— Elle est où Joséphine ?

— Elle a eu la trouille d’un chat noir, elle a décampé à une allure.

Joe éclata de rire ;

— Quand je vais raconter ça à Mathurin.

Justement, il arrivait accompagné de Joséphine.

— Merci Joe !

Le fermier attrapa son âne et l’entraina avec lui. Joe s’approcha de sa voisine.

— Je ne savais pas que tu avais peur des chats noirs, tu es superstitieuse ?

Joséphine haussa les sourcils.

— Dans tous les cas, tu cours vite dis-donc !

Joe s’en alla en sifflotant.

Les deux gamins derrière eux se regardèrent en riant. Dans le ciel, l’aigle poussa son cri. Ils levèrent les yeux. L’oiseau fit un arc de cercle puis disparut.

Arthus contemplait Nymphaïa. Il était face à elle et avait doublé de volume. Il crachait et feulait.

La sorcière maugréa :

— Pas la peine de faire ton malin, j’ai compris la leçon !

Arthus de sa voix caverneuse dit :

— La prochaine fois, je préviens Straurius.

— Il n’y aura pas de prochaine fois.

— Je te connais trop bien, Nymphaïa, tu tenteras encore ta chance, mais cette fois-ci tu ne t’en sortiras pas.

Straurius soupira. Il aurait été si facile de retenir Arthus et d’envoyer Senu ailleurs…

© Isabelle-Marie d’Angèle (juin 2024)

À très vite

Héloïse et Stefano

Bonjour toi 😉

Tu trouveras toute l’histoire ici. N’hésite pas à aller tout découvrir 💗.

Samy se posta devant Stefano, les mains sur les hanches.

— Tu veux ma photo ? l’apostropha-t-elle.

Puis elle éclata de rire devant les yeux écarquillés de Stefano.

— Ne me demande pas pourquoi je suis là, je n’en sais rien. Je ne sais même pas où je suis en fait.

— Tu es dans le bouquin d’Héloïse, je n’y comprends rien, murmura Stefano, et puis j’en ai marre de toutes ces histoires, je veux que tout redevienne comme avant.

Il se laissa tomber sur l’herbe et fixa l’horizon sans plus s’occuper de Samy. Elle le rejoignit et le silence s’installa.

Un cri haut dans le ciel les fit lever les yeux en même temps. Un aigle royal tournoyait au-dessus d’eux. Stefano soupira alors que Samy disait :

— Voilà Senu.

— Évidemment, tu le connais, j’aurais dû m’en douter.

— Arrête de râler. Si on m’a envoyé ici, il y a certainement une raison et il faut trouver laquelle. Je peux peut-être t’aider.

Alors Stefano raconta tout et Samy fit de même.

— Tu vois, nous ne sommes pas du même monde qu’eux, mais nous faisons partie de l’histoire.

— Pourquoi mon père n’est plus comme avant ?

— Peut-être que la grenouille lui a jeté un sort ?

— Moi, je crois plutôt qu’il est tombé sous son charme. Elle était trop belle quand elle s’est transformée. La fée Nymphaïa, tu connais ?

Ils ne virent pas que l’aigle s’était bien rapproché. Il n’était plus qu’à quelques mètres d’eux.

— Non, je ne l’ai jamais vue. Elle n’était pas dans mon histoire.

— C’est une sorcière des rivières ou des eaux, je ne sais plus.

L’aigle se posa près d’eux et les fit sursauter. Samy se leva et prit Stefano par la main. Hypnotisé, il grimpa sur le dos de l’oiseau derrière la rouquine et enlaça sa taille. Senu s’envola. Stefano ferma les yeux.

La cascade coulait à flots et les fées virevoltaient autour d’elle. Nymphaïa était magnifique entourée de papillons.

Assise sur un rocher, elle profitait des gouttelettes pour se rafraichir. Une fée s’approcha d’elle et l’arrosa gentiment. Elles éclatèrent de rire et les sons cristallins se mêlèrent à la musique de l’eau.

— Comment était-ce dans l’autre monde ?

La curiosité de la fée fit sourire Nymphaïa. Elle savait que parmi ses comparses, certaines dont celle-ci, seraient ravies d’aller faire un tour de l’autre côté, mais elles craignaient la colère de Straurius et surtout la peur de ne plus pouvoir revenir, parce que même si elles mouraient d’envie d’aller voir ailleurs, elles savaient que l’autre monde ne serait jamais comme le leur, et elle ne le quitterait pour rien au monde.

— On raconte que tu as vu un bel homme et que tu aurais bien aimé le ramener. C’est vrai ? Qu’a-t-il de plus que nos lutins ou sorciers ?

Nymphaïa ne répondit pas immédiatement. Elle se souvenait de Joe. Qu’avait-il de plus ? Son sourire ? Sa voix ? Sa gentillesse ? Ici aussi, il y avait tout ça alors ? Peut-être et surtout le goût de l’interdit. Il était inaccessible, elle le savait bien. Il était l’homme de la grande sorcière Shearah. Pas touche ! Oui, mais, si elle repartait sous une autre apparence ?

— C’est une mauvaise idée, susurra sa comparse. Peut-être pourrais-je t’accompagner, ajouta-t-elle en minaudant ?

— Je dois réfléchir. En tout cas, ce sera amusant.

— Tu sais que tu ne pourras pas le ramener ici ?

Nymphaïa ferma les yeux et un sourire se dessina sur ses lèvres.

— Si, moi, je restais là-bas ? Shearah l’a bien fait, elle !

La petite fée battit des ailes, affolée.

— Tu ne peux pas faire ça. Qui s’occupera des rivières ? Tu en es la sorcière, Straurius t’a déjà punie parce que tu étais étourdie, alors imagine ce qu’il pourrait faire si tu disparaissais. De toute façon, il ne lui faudra pas longtemps pour se rendre compte de ce que tu mijotes.

— Oui, mais, si à ma place, Shearah revenait ? Sa sœur et lui seraient heureux, tu n’es pas d’accord ? Ne serait-ce pas une bonne idée ?

La petite fée s’envola en faisant non de la tête, en répétant qu’elle ne voulait plus rien savoir ni être mêlée à cette histoire.

Stefano sursauta. Il était complètement éveillé, Samy était allongée près de lui sur l’herbe. Elle se frotta les yeux à son tour.

— Tu as vu ? Elle va revenir et emmener mon papa. Il faut empêcher ça ! Tu vas m’aider ?

Elle lui tapa dans la main. Stefano n’était plus seul.

© Isabelle-Marie d’Angèle (juin 2024).

À très vite…

Héloïse et Stefano

Bonjour toi 😉

Comme c’est le jour des enfants, je continue l’histoire d’Héloïse et Stefano dont tu peux retrouver les précédents épisodes ici.

Straurius sonda le cœur de la grenouille. Celle-ci promit ! Elle ajouta pourtant, et seul le sorcier pouvait l’entendre :

— Je peux faire en sorte qu’il ne tombe pas sous mon charme, je ne ferai rien dans ce sens, mais je suis une sorcière et je ne peux pas empêcher mes pouvoirs d’agir.

Straurius la connaissait bien, il savait qu’il jouait un jeu dangereux. Charlie ne lui pardonnerait jamais si Joe souhaitait suivre la grenouille métamorphosée en Nymphaïa, sorcière des rivières.

Certes, il avait le pouvoir de lui supprimer ce don, mais il ne voulait pas rompre sa promesse. Nymphaïa avait été punie, et le deal était qu’elle redevienne comme avant si un mortel l’embrassait. Il n’avait jamais imaginé que ce serait l’homme de Charlie.

L’idée que Shearah alias Charlie revienne dans son monde pour chercher Joe l’effleura et le fit sourire. Après tout pourquoi pas ? Ce serait amusant et ça permettrait à Héloïse de continuer son enseignement sa mère à ses côtés.

Straurius prit sa décision, ce serait ainsi. Jo pouvait embrasser le batracien.  

— Tu es formidable papa Joe, je suis fière de toi.

Stefano n’était pas aussi enthousiaste. Joe s’approcha de la grenouille que tenait toujours Straurius et alors qu’il allait poser ses lèvres sur la bouche de l’animal, un cri retentit :

— Non !

Charlie debout à la porte de la grange contemplait la scène avec stupeur.

Straurius soupira. Il en avait assez. Il avait autre chose à faire que de régler ces histoires de mortels, c’était toujours pareil avec eux, il y avait souvent quelque chose qui clochait.

Il lâcha Gertrude qui s’écroula sur le sol et gronda.

— Pourquoi non ? N’as-tu pas confiance en ton mortel ?

— Ce n’est pas en lui que je n’ai pas confiance, mais en elle.

Elle désignait Gertrude, vexée de s’être ainsi retrouvée affalée par terre comme une crêpe. Héloïse intervint alors :

— Mais pourquoi ? Papa Joe est gentil de faire ça, la sorcière des rivières pourra redevenir comme avant et tout sera fini.

Elle attrapa l’animal et le tendit à Joe qui sans réfléchir et parce que lui aussi avait envie d’en terminer avec cette histoire à dormir debout, embrassa rapidement la bête. Rien ne se passa !

— T’es sûre qu’il ne fallait pas dire un truc, une incantation, c’est pas comme ça qu’on fait, maman ? Et toi, la sorcière des rivières ?

La gamine s’énervait et les larmes n’étaient pas loin. Déçue, elle lâcha Gertrude qui s’écroula au sol et… le miracle eut lieu. Des milliers de gouttelettes de rosée scintillantes tombèrent du ciel et enveloppèrent Gertrude qui peu à peu retrouva sa forme humaine.

Aussitôt, Straurius l’enveloppa dans un halo de lumière et ils disparurent tous les deux. Jo statufié regardait l’endroit où était apparue Nymphaïa, Stefano écarquillait les yeux émerveillés, mais Héloïse anéantie par ce qui venait de se passer, s’écroula en larmes.

— Je veux partir avec eux, je n’ai même pas eu le temps de voir comme elle était belle. Maman, fais quelque chose, je veux y aller.

Charlie allait poser sa main sur la tête de sa fille, mais celle-ci se rebella :

— Ah non, tu ne vas pas encore me faire tout oublier. J’ai compris ton truc maintenant. Je veux aller là-bas.

© Isabelle-Marie d’Angèle (mai 2024)

À très vite…

Héloïse et Stefano

Bonjour toi 😉

C’est fou comme mon imagination s’est mise en route dès que j’ai commencé à retrouver mes personnages. Me voilà partie dans le monde imaginaire de la grenouille…

Héloïse n’en croyait pas ses oreilles. Charlie lui avait raconté une drôle d’histoire. Elle se demandait même si elle n’avait pas rêvé.

La grenouille serait une sorcière des rivières ! Il n’en fallait pas plus pour que la petite fille s’imagine dans l’eau entourée de batraciens.

Gertrude s’appellerait Nymphaïa et serait étourdie, distraite et ferait pas mal de bêtises, ce qui plaisait bien à Héloïse.

Le problème était que Nymphaïa avait la responsabilité de respecter la pureté de l’eau et à cause de sa distraction, elle oublia la poudre de sorcière qui devait traiter les rivières. Celles-ci empoisonnèrent peu à peu les poissons et les plantes aquatiques.

Fort heureusement, Straurius, alerté par les foisonnements des mauvaises herbes, des plaintes des fées et lutins et le manque de floraison comprit rapidement la faute commise.

Il réussit à rétablir l’ordre de la nature ce qui prit un certain temps et occasionna des retards et engendra une baisse de moral générale dans le petit monde.

En punition, il obligea Nymphaïa à plonger dans l’eau croupie. Pour se faire pardonner de cette négligence qui avait rendu furieux le roi des océans, il autorisa celui-ci à la baptiser de ce prénom de Gertrude et la transformer en grenouille.

Straurius, pour ne pas la punir à tout jamais, l’informa qu’elle retrouverait sa forme normale à condition qu’elle embrasse un humain, ce qui n’était pas chose aisée.

Grâce à Arthus qui avait pitié d’elle, elle eut la chance d’aller dans l’autre monde, mais le chat n’avait jamais pensé qu’elle voudrait embrasser Joe.

Charlie, persuadée que Straurius avait imaginé ce plan dans le but qu’elle revienne pour toujours dans son monde était très en colère. Voilà pourquoi, elle avait tout raconté à sa fille, afin de briser la promesse faite au grand sorcier.

Sans faire de bruit, alors que la lune n’en était qu’à son premier quartier, Héloïse sortit de la maison. Elle avait bien fait attention que la porte ne grince pas. Elle se dirigea vers la grange. Les chèvres levèrent la tête et les deux vaches couchées cessèrent de mâchonner, surprises de voir quelqu’un débouler chez elle à cette heure de la nuit.

Héloïse appela doucement la grenouille, mais celle-ci n’apparut pas.

— Ce n’est pas la peine de te cacher, dit plus fort Héloïse. Maman m’a dit qui tu es et je suis certaine que tu m’entends de là où tu es.

— Ne fais pas autant de bruit, tu fais peur à tout le monde.

Gertrude arriva en sautant devant la gamine en pyjama.

— Alors comme ça, tu sais qui je suis. Génial, tu vas pouvoir m’aider.

— C’est vrai que tu ne fais que des bêtises ?

Héloïse se laissa tomber près de la grenouille.

— Moi, aussi, je suis distraite et étourdie. Heureusement que maman n’est pas autant méchante que ton sorcier. Tu sais, je l’ai déjà vu. Il est beau.

— Hum ! comment vas-tu m’aider ?

— Je vais parler de toi à Stefano, je suis certaine qu’il voudra.

Gertrude sauta sur une botte de paille et toisa la gamine.

— C’est ton frère ?

— Presque, si tu l’embrasses, ça va le faire ?

— Moi, je préférerai ton père.

— Papa Joe n’est pas mon père.

— Pourquoi tu l’appelles papa alors ?

— Parce que Joe tout court, ça faisait drôle. C’est presque mon papa.

— Vous êtes bien compliqué vous les humains.

— Tu ne crois pas que tu l’es aussi ? Quelle idée d’être en grenouille alors que tu es une sorcière des rivières ! Je serai à ta place, je ne la ramènerai pas. Donc, tu es d’accord ?

— Va pour le gamin en espérant que ça marche !

— Comment ça tu veux que j’embrasse la grenouille ? Ça ne va pas dans ta tête ?

Le lendemain matin, sur le chemin de l’école, Stefano n’en croyait pas ses oreilles.

© Isabelle-Marie d’Angèle (avril 2024).

À très vite…

Héloïse et Stefano

Bonjour toi 😉

Les épisodes précédents sont ici

— Non mais j’te jure, tu ne pouvais pas faire attention !

Arthus perché sur le rebord de la fenêtre fixait Gertrude.

— C’est qu’elle est très forte la petite sorcière, grommela de sa voix rocailleuse la grenouille. Et puis, je ne suis plus toute jeune et je n’avais pas mes lunettes, je ne l’ai pas aperçue tout de suite. Elle m’a surprise.

Le chat se fendait la poire en deux.

— Des lunettes ? Tu m’en diras tant ! tu es une sorcière toi aussi, tu es donc immortelle et le temps n’a pas de prise sur toi. Dis plutôt que tu es restée sous le charme de Joe.

La grenouille ne répondit pas et s’en alla clopin-clopant près du nénuphar qui était sa maison.

Arthus la rejoignit sur la rive et entreprit de faire sa toilette. Ils étaient tous deux dans l’autre monde et le chat qui avait suivi toute la scène depuis en haut, commençait à se demander s’il n’avait pas fait le mauvais choix.

— Ce n’est pas de ma faute si Straurius m’a jeté ce sort. Je suis condamnée à être cet animal jusqu’à ce…

— Un humain t’embrasse et évidemment tu as pensé à Joe. Quel crétin je suis ! Mais je n’avais que toi sous la main et j’imaginais que tu étais assez petite pour ne pas te faire remarquer. Je n’allais quand même pas envoyer Auguste.

Tous deux ricanèrent. Le dénommé Auguste était un âne, mais comme tous ceux de son espèce, il n’en faisait qu’à sa tête.

Héloïse tournait autour de Charlie qui faisait celle qui n’entendait rien.

— Puisque je te dis que j’ai vu une grenouille et qu’elle discutait avec papa Joe.

Charlie soupira. Elle ne devait absolument pas entrer dans le jeu de sa fille et surtout il fallait qu’elle oublie cette histoire idiote.

— Tu sais bien Héloïse que ces animaux ne parlent pas, à part leurs coassements ridicules qui me font peur.

— Je sais que tu en peur maman, mais je te promets que c’est la vérité. Peut-être que c’est une princesse qui attend le baiser d’un prince charmant pour redevenir une humaine.

Charlie qui dessinait stoppa son geste. Impossible ! il ne pouvait pas avoir fait ça ! Aussitôt, elle ferma son esprit, il ne devait pas savoir.

— Alors, tu me crois ?

Héloïse ne lâchait pas prise. Charlie capitula et demanda à aller voir cette petite bête.

— Elle a disparu, je n’arrive pas à la retrouver. Elle était dans la grange avec les chèvres, Papa Joe ne l’a pas revue.

— Lui a-t-il parlé ?

— Je crois que oui.

Charlie sourit à sa fille et abandonna ses dessins.

— Viens donc me montrer cette grenouille.

Gertrude quitta son nénuphar d’un bond.

— Alerte, Shearah m’a reconnue.

Arthus continua sa toilette comme si de rien n’était.

© Isabelle-Marie d’Angèle (mars 2024).

À très vite…

Héloïse et Stefano

Bonjour toi 😉

Jour des enfants, que se passe-t-il chez Héloïse et Stefano ? Ici tu retrouveras les épisodes précédents 😊.

Héloïse et Stefano partaient toujours tous les deux à l’école et ils revenaient ensemble. Alors que la petite fille ne cessait de bavarder, Stefano répondait par monosyllabe. Depuis qu’il avait découvert qui était vraiment Charlie et Héloïse et qu’en plus, il devait tenir sa langue, c’était compliqué pour le gamin de rester naturel en présence d’elles deux. Aussi, de peur de se laisser emporter par les questions, il parlait peu.

— Tu es fâché après moi ?

Héloïse s’était arrêtée au milieu du chemin et les poings sur les hanches, elle regardait le garçon.

Aussitôt, il répondit :

— Pourquoi tu dis ça ? Je réfléchissais aux devoirs que je vais avoir à faire, c’est tout.

Elle se contenta de la réponse et se remit en route. Ils étaient arrivés, l’une rejoignit sa maman et l’autre son père qui s’occupait de ses chèvres. Le chevreau né il y quelques jours se portait bien.

Alors que Joe embrassait son fils et demandait si tout s’était bien passé à l’école, une voix rocailleuse les surprit.

— Quand même, j’arrive à vous trouver tous les deux.

Ils se retournèrent en même temps, mais ne virent personne.

Un éclat de rire résonna dans la grange.

— Je suis à vos pieds et toute petite.

Sur le sol, une grenouille les contemplait de ses yeux globuleux.

— Je m’appelle Gertrude et je viens de la part d’Arthus.

Jo sourit. Charlie avait une peur bleue de ces batraciens, elle ne s’en approcherait pas.

— Ohé, où êtes-vous ?

Héloïse déboula en courant et stoppa net devant Stefano et Joe.

— Vous parliez avec qui ? J’ai entendu une drôle de voix.

Joe haussa les épaules.

— Peut-être le chevreau qui bêlait pour appeler sa mère

Aussitôt, un cri rauque retentit.

— Il est trop mignon.

Héloïse s’approcha de l’endroit où se tenait l’animal qui cherchait à téter.

Joe baissa les yeux et rencontra ceux de la grenouille qui à sa grande surprise lui fit un clin d’œil. Stefano faillit éclater de rire.

C’était sans compter sur les pouvoirs d’Héloïse qui même si elle était encore jeune, avait ressenti une présence magique.

— Où te caches-tu ? Je sais que tu es là. Qui es-tu ?

Gertrude disparut. Joe et Stefano regardèrent Héloïse fouiller partout.

— Je suis sûre qu’il y avait un animal que vous ne voulez pas me montrer.

Elle allait taper du pied quand un chat gris se faufila entre ses jambes.

— Mais d’où viens-tu toi ?

Il ronronna contre elle. Elle allait le prendre dans ses bras, mais il ne se laissa pas faire et s’enfuit.

— Encore le chat du voisin sans doute, ronchonna Joe. Il se cache souvent ici.

Héloïse courut après lui.

Les deux complices se regardèrent.

— Ouf, on a eu chaud, dit Stefano.

— Oui, heureusement que j’ai plus d’un tour dans mon sac.

Gertrude était réapparue.

— Ah ! je savais bien !

Ils n’avaient pas vu revenir Héloïse qui contemplait la grenouille.

— C’est toi qui parles avec cette voix bizarre ? Tu es trop mignonne. De quel monde viens-tu ? Es-tu un prince charmant ou une princesse ?

Elle voulut attraper Gertrude, mais celle-ci disparut à nouveau.

— Maman maman, il y a une grenouille qui parle !

Elle partit en courant.

— Et ben ça commence bien ! murmura Stefano.

© Isabelle-Marie d’Angèle (février 2024).

À très vite…

Héloïse et Stefano

Bonjour toi 😉

C’était la pleine Lune et comme elle l’avait promis, Charlie alias la sorcière Shearah, repartait dans son monde. D’ordinaire tout se passait bien. Elle faisait en sorte que les enfants et Joe soient allés se coucher.

Ce soir-là, les deux garçons participaient à un concours de belote. Joe avait initié son fils à ce jeu de cartes et le gamin aimait profiter de son père. Aussi, dès qu’au village cett manifestation avait lieu, ils y allaient. Charlie n’avait pu les empêcher de partir et du coup, elle n’avait pu les endormir pour qu’elle puisse s’envoler sans éveiller leurs soupçons.

Rien ne se passait comme prévu, Héloïse avait mal au ventre et ne voulait pas aller se coucher. Elle ronchonnait quand Joe et Stefano sortaient tous les deux, elle était un peu jalouse de la complicité entre le père et le fils. Depuis quelque temps, elle avait l’impression d’être mise à l’écart des jeux avec Stefano. Elle avait bien tenté d’en parler à sa mère, mais celle-ci lui avait répliqué qu’elle se faisait des idées, qu’elle n’avait rien remarqué d’anormal. Ce qui était faux. Charlie sentait bien que quelque chose clochait.

Charlie savait que si elle ne respectait pas sa promesse, elle pourrait provoquer la colère de Straurius. Aussi, elle ferma les yeux et l’invoqua. Elle espérait qu’il l’entendrait.

— Qu’est-ce que tu fais maman ?

Charlie sursauta. Héloïse s’était glissée près d’elle et la regardait. Elle n’eut pas le temps de fermebloquer son esprit et Straurius s’imposa à elle lui intimant de le rejoindre. Rapidement, elle répondit qu’elle ne pouvait pas laisser sa fille. Elle espérait qu’il comprendrait.  

— Rien, je me reposais un peu les yeux, répondit-elle à sa fille.

— Tu étais toute drôle !

Charlie ne releva pas. Un vent s’était levé.

— C’est quoi ce bruit ?

Charlie réalisa immédiatement que Straurius n’était pas content qu’elle rompe son serment. La voix de stentor du sorcier résonna dans son esprit :

— Une promesse doit être respectée, tu connais les règles. Ta fille dormira jusqu’à ce que tu reviennes.

Charlie n’eut pas le temps de réagir qu’Héloïse s’envolait pour s’installer dans son lit. La jeune femme ne put que revêtir sa tenue d’apparat et disparaitre.

**********

— Tu as vu ? s’exclama Stefano.

Le père et le fils avaient prétexté un concours de belotte, mais il n’en était rien. Cela faisait plusieurs jours que tous deux surveillaient Charlie et Héloïse et ils n’avaient rien remarqué d’anormal jusqu’à ce soir.

Joe entra en trombe dans la chambre d’Héloïse. Celle-ci dormait paisiblement. Il n’osa pas la réveiller, il retrouva Stefano qui l’attendait dans la cuisine.

— Je t’avais dit que c’était une sorcière !

Joe se gratta la tête, il ne croyait pas en ces choses-là. Pourtant, ce qu’il venait de voir dépassait l’entendement.

— Tu penses que ça a un rapport avec la pleine lune ?

Stefano était planté devant la fenêtre et contemplait l’astre qui s’étalait dans un ciel bien dégagé. Son père faillit éclater de rire. Un coup d’œil jeté à son fils le retint.

— Demain, nous irons tous les deux à la bibliothèque et chercherons un bouquin sur les sorcières et leurs rituels.

— Je ne te dis pas la tête que va faire la dame à l’accueil, tu n’y mets jamais les pieds et en plus quand tu t’y pointes c’est pour parler de sorcière. Elle va se moquer de nous. Je vais retrouver le livre d’Héloïse et…

— Ce n’est pas la peine !

Ils sursautèrent tous les deux. Un chat noir les regardait. D’où arrivait-il ? Est-ce lui qu’ils avaient entendu ?

— Je vais tout vous expliquer puisque vous êtes bien curieux !

Il leva sa patte et en un éclair, Joe et Stefano virent défiler le monde de Charlie, qui elle était réellement, ce qui s’était passé il y a quelques mois, la promesse faite à Straurius, la formation d’Héloïse qui était elle aussi une sorcière.

— Si je suis ici, c’est parce que la prêtresse Isaulya me l’a permis. Vous devez toutefois prêter serment sur ce livre, jamais vous ne devrez révéler ce que vous avez appris. Isaulya a pensé que tous deux en étaient capables.

— Si elle est sorcière, elle le comprendra immédiatement, murmura Joe qui sentait le mal de tête le gagner.

— Héloïse pareil ! renchérit Stefano.

— Fermez votre esprit, répliqua Arthus.

Il réalisa aussitôt que ça ne voulait rien dire pour les deux mortels à voir leurs sourcils se froncer.

— D’accord d’accord, je vous aiderai. Je vais vous envoyer un ami à moi, vous le découvrirez bien assez tôt, qui saura vous guider.

— Charlie le connait et Héloïse ? demanda le garçon.

Stefano et Joe jurèrent que le chat riait.

— Faites-moi confiance.

Il leva sa patte vers eux et disparut.

© Isabelle-Marie d’Angèle (janvier 2024).

À très vite…