Je te propose de découvrir le chapitre 7. J’ai écrit le chapitre 10, tu vois je n’ai pas beaucoup d’avance 😏😁.
Chapitre 7
Je saisis le parapheur et lus rapidement la note avant d’apposer mes initiales.
— Figurez-vous que votre chef et moi, nous nous connaissons depuis longtemps, mais nous n’avions pas fait le rapprochement. Moi si, mais pas Angèle, raconta François.
Kawas se tourna vers moi, interrogatif. Je n’avais qu’une envie, envoyer au diable ce François Destrée.
Je maugréai en lui rendant le courrier :
— Je ne l’avais pas revu depuis plus de vingt ans, normal que je ne le reconnaisse pas.
Mais François n’en resta pas là.
— Je sais qu’elle s’entraine régulièrement et qu’elle est fan de tree climbing, j’ai pensé qu’elle pouvait s’occuper de mon chien qui va manquer d’exercice.
Je repoussai brutalement mon fauteuil à roulettes qui alla s’écraser contre le mur et lui indiquai la porte.
Kawas demanda :
— C’est quoi le tree climbing ?
— Traduisez qu’elle grimpe aux arbres ! Elle adorait ça quand elle avait neuf ans, apparemment, elle n’a pas oublié.
Il se leva alors que je l’invitai à sortir de mon bureau avant que je l’engueule sans façon.
Tuck en passant près de moi, me lécha la main ce qui eut le don de faire dire à Paco.
— Tu vois, il t’a adoptée. Je t’emmènerai dans les bois que nous connaissons bien.
Il salua le capitaine et sans attendre ma réponse, il s’en alla suivi de son chien. Je claquai la porte, déclenchant le fou rire de mon collègue.
— Raconte !
J’eus l’envie de lui dire d’aller se faire foutre. N’avait-il pas du travail en retard ? Je savais qu’il avait horreur de l’administratif, mais je m’assis face à lui et lui débitai, sans m’étaler, mes vacances avec cet homme.
— Tu l’appelais Paco ?
— Ouais et franchement, je trouve que ça lui allait mieux que ce François Destrée pompeux. Si ça me permet d’en apprendre davantage sur lui, je vais en profiter.
Théo Kawas appuya ses coudes sur mon bureau et me fixa droit dans les yeux.
— Que feras-tu au cas où tu comprends qu’il est ce Robin des Bois moderne ?
— Je le coffrerai, évidemment !
Je n’avais pas baissé mon regard, ma voix n’avait pas tremblé. Théo se redressa et m’avertit :
— J’espère bien. Tu as gagné la confiance de tes hommes ici, tu ne vas pas tout foutre en l’air pour des souvenirs d’enfance.
Il se leva et la main sur la poignée de porte, il se retourna et lança :
— Comment a-t-il su pour ton entrainement dans les arbres ? Je n’étais même pas au courant.
— Sans doute a-t-il lu l’article dans le journal.
— Fais gaffe, Angèle, s’il fait des recherches sur toi c’est qu’il a une idée derrière la tête.
Le bruit de ma moto avait alerté le chien qui aboyait derrière la porte-fenêtre. Tuck, debout sur ses pattes arrière, me regardait en grattant nerveusement la vitre. Soudain, il quitta son poste et François m’accueillit devant l’entrée en jogging noir. Tuck, à ses pieds ne bougeait plus.
— Je savais bien que tu viendrais.
Je n’avais même pas hésité. L’envie de courir avec un chien m’avait toujours tenté. Malheureusement avec Pistole, impossible d’avoir les deux animaux. Il était bien trop exclusif. Ce chat, je devrais plutôt dire ce bébé, je l’avais récupéré dans une poubelle. Ses miaulements m’avaient alertée alors que je passais devant. Depuis son sauvetage, il me vouait un amour inconditionnel.
J’enlevai mon casque et ma chevelure s’écroula. Je l’attachai aussitôt avec le chouchou qui ne quittait jamais mon poignet.
— Je te préférai quand ils étaient détachés, dit François en s’approchant.
Sans façon, il posa sa main sur mon épaule et m’embrassa sur les deux joues. Je captai immédiatement son parfum d’Eau Sauvage de Dior et les souvenirs affluèrent.
Ce matin-là, Paco avait renversé le flacon de son grand-père. Quand nous nous étions retrouvés, je m’étais moquée de lui, parce qu’il sentait la cocotte comme je disais. Furieux, il était reparti et j’avais dû courir après pour m’excuser.
— Salut François !
Tuck s’approcha et me lécha les mains.
— Si Pistole savait ça, il me ferait la gueule toute la journée.
François haussa les sourcils. Je le taquinai :
— Tu n’as pas fait de recherches sur Pistole ? Il est mon chat persan.
Il ne répondit pas et m’entraîna à l’intérieur.
— Où puis-je me changer ?
Il m’indiqua la salle de bains. En bon flic que je suis, je ne pus m’empêcher de balayer du regard la pièce qui ne m’apprit rien, si ce n’était que le propriétaire aimait l’ordre et la propreté. Tout était nickel chez lui.
Une fois prête, François m’entraîna dans la forêt proche de chez lui. Tuck connaissait les lieux, il gambadait devant nous. Soudain, il stoppa et aboya furieusement. Deux hommes s’approchèrent accompagnés de l’animal, ils saluèrent mon ami. Je ressentis aussitôt son raidissement.
— Salut Destrée. J’avais bien reconnu ton chien. Bonjour Madame.
Ils ne s’arrêtèrent pas et poursuivirent leur chemin. François n’avait pas répondu à leur bonjour, il tenait Tuck par son collier qui grognait sourdement.
Mon instinct de flic me dictait de l’interroger, mais tel que je le connaissais, il éluderait mes questions. Je gardai le sourire et préférai ne faire aucune réflexion.
Grâce à ma mémoire visuelle, je saurai les reconnaitre. D’autant plus, que j’avais repéré un véhicule garé dans une allée, machinalement sa plaque d’immatriculation s’était enregistrée dans ma tête.
François parla à l’oreille de son chien. Celui-ci s’approcha de moi et s’assit.
— Tu n’as plus qu’à lui donner l’ordre de te suivre. Il t’écoutera, courra avec toi et s’adaptera à ton rythme. Si tu veux, pour démarrer, tu prends ce chemin, je t’attendrai à la sortie de l’autre côté. Il y a un petit parcours de santé, j’y serai.
Je commençai mon jogging et j’eus l’agréable surprise de sentir Tuck sur mes talons. J’accélérai l’allure et le chien fit de même. Finalement, il se mit à côté de moi. La sensation d’avoir l’animal à mon écoute était grisante. Il y a quelques années, j’aurais pu suivre une formation dans la police et avoir un Berger allemand, je n’avais pas voulu de peur de trop m’y attacher et qu’il lui arrive un accident. Aujourd’hui, quand je vois Tuck m’accompagner, je le regrettais, c’était un régal.
Nous retrouvâmes François comme il l’avait dit. Tuck se coucha aux pieds de son maître. C’est alors que mon portable professionnel bipa. Je n’étais pas de garde, mais je devais toujours être joignable. Légèrement essoufflée, je pris l’appel et fronçai aussitôt les sourcils. J’observai François qui caressait son chien. Je le voyais grimacer quand il se penchait vers lui, ses côtes cassées devaient le faire souffrir.
Lorsque je raccrochai, il m’interrogea du regard.
— Un problème ?
— À toi de me le dire.
Je le contemplai les bras croisés.
— Un nouveau braquage vient d’avoir lieu à la banque. Promets-moi que tu n’as pas prémédité ça pendant que je courrais avec toi ?
Je compris immédiatement qu’il n’était pas au courant. Il n’avait jamais su mentir quand il était gamin et sa colère, certes fugace, qui était passée dans ses yeux, m’apprit aussi qu’il avait prévu que ce genre de choses arriverait.
Journée des enfants, je te laisse avec mes petits héros Héloïse et Stefano. Parfois au détour d’une phrase, la vérité sort de la bouche des enfants 😉😊.
C’était le grand jour, Papa Joe construisait la cabane de Stefano et Héloïse.
Les gamins s’étaient levés de bonne heure, pas de grasse matinée alors que c’était mercredi. Le petit déjeuner avait été avalé à une vitesse grand V. Charlie n’eut même pas de réflexions à faire, les mains étaient lavées, les bouches essuyées, les bols portés sur le lave-vaisselle et la table débarrassée. Joe fit un clin d’œil amusé à sa moitié d’un air de dire que si c’était tous les jours comme ça, ce serait merveilleux.
— Nous sommes prêts.
Héloïse en salopette, casquette sur la tête l’attendait de pied ferme avec un papier à la main. Elle lui tendit et du haut de ses six ans, elle interrogea Joe sérieusement :
— Tu vas suivre mon plan hein ? Je t’ai tout écrit là.
Elle indiqua sur sa feuille les différents dessins. Joe saisit ce qui ressemblait à un plan. Effectivement, une cabane était bien représentée. Il fronça les sourcils.
— Il n’était pas question qu’elle soit installée en haut d’un arbre.
Charlie s’approcha et posa son menton sur l’épaule du grand gaillard. Elle bouscula son chapeau pour mieux voir. Joe avait tout l’air d’un cow-boy même le matin de bonne heure.
Elle murmura :
— Ce serait dangereux non ?
Héloïse montra l’escalier.
— Ah parce qu’en plus, il faut faire des marches ? demanda Joe.
— Comment veux-tu qu’on y monte sinon ?
Les yeux grands ouverts de la gamine le fixaient. Il se sentit idiot d’avoir posé la question.
Stefano regarda son père en haussant les épaules d’un air de dire qu’il n’y était pour rien.
Charlie interrogea la fillette :
— Sur quel arbre avez-vous imaginé cette cabane ?
Les enfants se tournèrent l’un vers l’autre. Ils avaient de ces questions les adultes. N’empêche qu’ils n’y avaient pas réfléchi.
— Ok, j’apporte tout le matériel et on voit ensemble ce qu’on peut faire, proposa Joe qui n’avait quand même pas que ça à faire.
Charlie leur emboita le pas. Elle devait y mettre son grain de sel. C’était elle qui s’était occupée de l’achat du bois malgré les dires de son homme qui ne cessait de répéter qu’elle ne trouverait pas ce qu’il fallait. Pourtant, il la laissa faire. Charlie était la reine du bricolage, il avait déjà remarqué qu’elle avait des doigts de fée et que tout ce qu’elle touchait s’arrangeait sur l’heure.
Les enfants aidèrent Joe à porter les planches sur la remorque du tracteur. Il y déposa son énorme boîte à outils. Héloïse adorait la regarder. Elle lui faisait penser au grand sac de Mary Poppins en moins joli. Joe en sortait tout un tas d’objets qui servait tous à quelque chose. Quand il fouillait à l’intérieur, ça faisait un drôle de bruit et il n’en fallait pas plus pour que la petite fille s’imagine une histoire. Elle se demanda si Dame Tournevis et Seigneur Marteau étaient réveillés.
Ils grimpèrent à côté du siège, Charlie marchait à côté d’eux, accompagnée du chien Texas qui gambadait autour d’elle.
Héloïse désigna le platane qui trônait au milieu du pré peu éloigné de la maison.
— Là, papa Joe, la cabane sera bien.
Il fronça les sourcils. Il n’avait pas pensé à cet arbre, il le regarda mieux en s’approchant. Il n’avait jamais remarqué ses branches qui s’élançaient vers le ciel de cette façon.
— Tu vois, tu fais une échelle et hop !
Il grommela :
— Y a qu’à évidemment. Avec ton crayon, c’est toujours facile.
Mais, il arrêta son tracteur et descendit en sifflotant. Héloïse et Stefano sautèrent de l’engin très excités.
Heureusement que Charlie était avec eux, le travail avançait vite et la cabane prenait forme. Joe ne comprenait pas tout et surtout pas comment les enfants avaient de telles facilités pour emboiter les planches les unes aux autres. Charlie lui dit que le vendeur lui avait vanté ce matériau et qu’il était fait exprès pour le montage rapide de ce genre de construction.
Depuis que Charlie était entrée dans sa vie, Joe s’interrogeait tous les jours sur les dons qu’elle développait. Certes, elle était douée mais quand même ! Cartésien comme il l’était, des choses incompréhensibles pour lui le titillaient souvent, mais devant le sourire angélique de Charlie et son regard limpide, il baissait les armes et abandonnait la partie qu’il savait perdue d’avance.
La cabane était terminée… dans l’arbre. Joe n’en revenait pas. Charlie avait insisté pour la monter et la consolider au milieu du platane qui semblait s’écarter au fur et à mesure que l’habitation des enfants s’installait. Ne restait que l’échelle de corde à accrocher.
— Ah et il ne faudra pas oublier les poubelles pour le tri, dit Héloïse d’une voix ferme. Le Maître à l’école nous a bien expliqué.
— Ben voyons, et je vais les trouver où ? grogna Joe.
— Ne fais pas ton hérisson, répondit calmement Charlie. Regarde, j’avais prévu.
Elle montra les boites avec des couvercles de différentes couleurs. Elle désigna, la jaune pour le plastique, la verte pour les ordures, la bleue pour le carton, et le composteur pour les épluchures.
— Mais ?
Joe souleva son chapeau pour se gratter la tête et demanda :
— Parce que tu crois que les enfants vont manger ici et avoir besoin de toutes ces poubelles.
— C’est pour faire comme une vraie maison, lui répondit avec aplomb Héloïse.
— CQFD, ajouta Stefano.
— Merci Papa Joe.
Héloïse planta deux grosses bises sonores sur ses joues puis elle tapa des mains.
Elle regarda Joe accrocher l’échelle de corde, puis elle le vit retourner à son tracteur. Curieuse, elle le suivit.
— Oh, une balançoire !
Elle ne put réprimer sa joie et se mit à tourner comme une toupie, les bras écartés, pendant que Joe installait à une autre branche la balançoire. Il vérifia la solidité et invita les enfants à l’essayer. Stefano s’y assit le premier et s’élança. Héloïse en admiration le regardait, ébahie.
— Tu me pousseras au début, je ne sais pas trop faire encore.
Joe entoura les épaules de Charlie et tous deux contemplèrent les gamins dont les joues rouges et les yeux brillants exprimaient leur bonheur.
C’est alors qu’ils entendirent le camion poubelle s’arrêter devant la maison. Héloïse le regarda et dit :
— Bientôt, ils ne vont plus avoir de travail, on leur fait tout le boulot.
Et Joe ajouta in petto et en plus on paie plus cher ! Charlie lui fila un coup de coude pour le faire taire. Il sourit mais il n’en pensait pas moins.
Quand je relis le journal de Marie-Sophie, je me rends compte que depuis mars, je n’avais rien publié. C’était pourtant écrit. Je l’ai remanié et ajouté des choses. J’aime bien Marie-Sophie, avec elle, les pages de sa vie se tournent comme un livre 😊.
— Comment ça tu as embrassé Archibald ?
La lumière était allumée dans la cuisine de Morgan et comme j’en avais ras le bol de cette situation, j’avais frappé à la porte et dès qu’il m’avait ouvert je lui avais annoncé la nouvelle.
Il me regardait avec des yeux ronds et réitéra sa question.
— Tu as bien entendu, j’en ai assez que tu m’ignores. Je ne te crois plus, avoue que tu ne m’aimes plus, ce sera plus facile pour moi.
— Pourquoi viens-tu me dire ça ? Que veux-tu que ça me fasse ?
Je n’en revenais pas. L’accident l’avait complètement changé.
— Sérieusement Morgan, tu apprends que j’attends un enfant de toi, tu continues à faire comme si de rien n’était et…
Il gronda :
— Je ne te laisserai pas tomber pour élever cet enfant, même je le reconnaitrai. Comment faut-il que je te le dise que je ne me souviens de rien et que tu ne me rappelles rien ?
— Tu sais quoi Morgan, je n’ai pas besoin de toi, je me débrouillerai toute seule. Je ne te demanderai plus rien. Désolée de t’avoir dérangé.
Je tournais les talons et m’enfuis en courant.
Mélusine me vit débouler dans la cuisine, la rage au ventre. Je persiflai :
— Plus jamais, je ne veux lui parler. Tu te rends compte de ce qu’il vient de me dire ?
Je lui racontais tout. Archibald arriva au moment où je lui où je disais que je l’avais embrassé. Mélusine chercha le regard de notre ami, il fit non de la tête en soupirant et passa devant nous pour aller se doucher.
— Mais ? Parle Mélusine, tu me comprends au moins ?
— À propos de quoi ou de qui ?
Je soufflais et ne répondis pas. J’en avais assez de toutes ces histoires. Je changeai de sujet en racontant l’offre de Cybèle.
Soudain, j’eus mal au ventre et me pliais en deux. Affolée, Mélusine appela Archibald. Ils n’hésitèrent pas une seconde, l’un me prit dans ses bras et m’emmena dans sa voiture, l’autre conduisit Enzo chez pépé Charles.
— Je vous retrouve à l’hôpital cria Mélusine.
Je fixais Archibald, les dents serrées, il ne quittait pas la route du regard. Elle ne me parut jamais aussi longue. J’avais peur de perdre mon bébé. J’étais certaine que c’était à cause de Morgan que tout ça m’arrivait, il ne voulait plus vivre parce que son papa ne se souvenait pas de lui. Ma décision était prise, je l’aimerais pour deux. Exit Morgan !
Archibald appela Gabriel. Il était de garde comme souvent, il vint aussitôt à notre rencontre et je fus emmenée rapidement pour faire une échographie. Archibald m’accompagna. Il ne lâcha pas main pendant tout le trajet.
C’était un petit garçon et je l’avais perdu.
Même si le médecin m’affirmait que je pourrais en avoir d’autres, même s’il me disait que c’était la nature qui en avait décidé ainsi, pour moi, c’était parce que Morgan ne me reconnaissait plus.
C’est Archibald qui lui annonça la nouvelle puis à pépé Charles. Celui-ci se précipita aussitôt pour me serrer dans ses bras. Cela fit le tour du village en moins de temps qu’il n’en fut pour le dire.
Je sus par Archibald que Saverio avait passé un sacré savon à Morgan. Il n’avait pas mâché ses mots et lui avait affirmé qu’il avait tout foutu en l’air. Mais était-ce sa faute ? Il avait eu un accident, un point c’est tout. Seulement, le choc lui fit revenir la mémoire et Archibald me raconta que Morgan s’était effondré dans le bar de son ami.
C’est par écrit qu’il s’excusa, il ne se sentait pas le courage de me parler en face. Il s’éloignait pour quelque temps. Sa mère ne savait pas où il était parti, mais moi j’étais certaine qu’elle s’en doutait, elle respecterait le vœu de son fils, elle se tairait. Dans sa lettre, il me demandait de prendre soin de son chien, son chat, ses deux vaches, ses biquettes et si je voulais, je pouvais aussi continuer à faire les marchés, mais je n’étais pas obligée. Je pouvais abandonner son activité de bouquets de fleurs séchées si je ne m’en sentais pas capable. Il se rappelait qu’il m’aimait, mais il écrivait qu’il était trop tard et qu’il ne savait pas comment faire pour réparer ce qu’il avait cassé. Dans ses mots, j’entendais sa voix, je le voyais me dire les yeux dans les yeux, qu’il était très malheureux. Je l’imaginais dans ma cuisine, les bras ballants, me contempler et se taire. Il était comme ça Morgan, tout était dans le regard. Il me répétait qu’il m’aimait et qu’il m’aimerait toujours, mais que je devais l’oublier. Lorsqu’il reviendrait, c’est qu’il aurait accepté que nous puissions être amis.
Alors la vie continua sans lui. Les jours passèrent, les semaines puis les mois. J’organisais mon temps entre la boulangerie, les marchés, les animaux de Morgan. J’avais appris à traire les chèvres, il n’en avait que trois heureusement. C’est François qui s’investit pour fabriquer quelques fromages que j’allais vendre sur le marché. Morgan, notait tout dans un cahier. François suivit les recettes à la lettre. C’était du bricolage, mais je tenais à ce que les affaires de Morgan continuent sans lui et qu’il retrouve tout en bon état quand il reviendrait. Je récoltais le miel alors qu’il y avait quelque temps, j’avais une peur bleue des abeilles. Pour ses vaches, heureusement, il fallait juste les conduire au pré. Elles ne produisaient pas de lait. Au début, elles meuglaient à fendre l’âme, Morgan leur manquait, j’en étais certaine. Alors, je me suis mise à leur parler quand je les sortais de leur étable, je faisais de même en allant les rechercher. Le chien, dont je ne me souvenais plus le nom et personne ne sut me le dire, faisait son travail avec elles. Il accepta de dormir chez moi, je l’appelais en le sifflant. Je lui aurai bien donné le nom de Morgan, mais Archibald m’en dissuada. Le chat, très indépendant, mangeait les croquettes, mais il faisait sa vie, il avait tellement l’habitude de venir dans mon jardin qu’il ne remarqua pas l’absence de son maître, je tentais de m’en persuader. C’est Mélusine qui se prit au jeu des bouquets de fleurs séchées. Manuelle, comme elle l’était, ce fut pour elle un jeu d’enfants. Elle me remplaçait à la boulangerie lorsque je faisais le marché. Aussi le jour où Cybèle revint me voir avec son idée de food truck, je lui avouai que je l’avais complètement oubliée.
Mais Archibald, lui, n’avait pas laissé tomber l’affaire et il avait même bien organisé un planning. Quand j’entendis Cybèle tout me présenter, j’en restais sur le cul. Pourquoi ne pas vendre les fromages de chèvre et le miel dans le food truck ? Archibald avait élaboré des recettes de sandwich avec un nouveau pain. Pourquoi ne pas décorer le camion avec les bouquets ? Quelle entreprise ! Ils avaient pensé à tout.
Morgan était parti et la vie continuait sans lui. J’avais perdu un bébé, je n’étais pas la seule, c’était arrivé à bien d’autres femmes. J’en ai fait mon deuil. Archibald et Mélusine m’entouraient de toute leur amitié et Enzo, mon petit filleul, me comblait de câlins, il portait maintenant le nom de Gabriel. Je savais bien quand celui-ci venait le voir, qu’il recherchait aussi ma présence, mais je ne pouvais pas lui donner ce qu’il voulait. Mon cœur n’était capable d’offrir que de l’amitié. En étais-je vraiment certaine ?
Lorsque je contemplais Mélusine qui baissait peu à peu sa garde avec François, je me demandais quand moi, j’aurai la chance d’avoir ainsi un homme qui prendrait soin de moi ? Je l’avais eu, mais je n’avais pas su saisir le bonheur pourtant à portée de ma main. Peut-être que Morgan n’était pas celui qui m’était destiné. J’avais cette idée dans la tête quand Archibald déboula dans la cuisine.
C’est mercredi et pourquoi pas laisser parler mes petits héros, Héloïse et Stefano. Comme quoi, une question anodine peut en amener une autre 🙄.
Stefano et Héloïse ont grandi. Il approchait les sept ans alors qu’elle avoisinait les six. Comme c’était mercredi, ils revenaient ensemble à pied de l’école. Ce n’était pas loin, ils bavardaient en partageant leurs secrets.
Héloïse n’hésitait jamais à demander l’aide de son petit compagnon.
— Tu pourras me faire réciter ma poésie ?
Elle n’était pas sûre d’elle. Elle apprenait vite, mais elle craignait souvent que sa mémoire flanchât.
La conversation prit un tour inattendu.
— Et puis tu sais ma copine Tina, elle est tombée.
— Oui, et, c’est grave ?
— Elle a des bleus partout. Elle m’a dit qu’elle n’avait même pas pleuré.
— Elle est tombée comment ?
— Des escaliers.
Stefano regarda sa sœur d’adoption.
— Tu parles bien de Tina, celle qui habite dans les nouvelles maisons ?
— Mais oui, pourquoi tu demandes ça ?
— Pour rien.
Ils arrivèrent chez eux et la bonne odeur de cuisine les cueillit aussitôt. Joe était justement en train de se laver les mains et Charlie, le tablier autour de la taille, tendit sa joue. Texas, le terre neuve leur fit la fête.
— Mathurin a proposé que vous alliez voir votre poulain Célestin cet après-midi.
Joe regarde les deux enfants en s’installant à table.
— Vous vous êtes lavé les mains ?
Charlie ne transigeait pas, pour le repas, chaque menotte devait être propre. Les gamins le savaient.
Ils s’assirent et la jeune femme apporta la soupe de légumes sur la table.
— J’aime pas ça ! ronchonna Héloïse.
Charlie lui en versa tout de même une louche dans son assiette et Joe y alla de sa petite phrase toute faite :
— Il faut que tu manges pour devenir grande.
— Maman n’a pas dû en manger beaucoup, elle ne t’arrive même pas aux épaules.
— C’est parce que je suis très grand.
— Et que je n’ai pas mis mes talons.
Tout le monde éclata de rire, sauf Héloïse qui regarda d’un drôle le liquide verdâtre devant elle.
— C’est à quoi ?
— Haricots verts, courgettes et…
— Je déteste les haricots verts.
Charlie soupira. Sa fille faisait la difficile en ce moment. Stefano, avait déjà terminé.
— Elle est très bonne ta soupe. Tu devrais la goûter Héloïse.
Elle accepta de tremper ses lèvres.
— Alors ?
— Hum, ça va.
— Tina est tombée des escaliers et a des bleus partout, déclara Stefano.
— T’étais pas obligé de le dire, rouspéta Héloïse. C’est ma copine. C’est à moi de le dire.
Charlie et Joe se regardèrent.
— Tina ? Ton amie qui vient de déménager dans les nouvelles maisons ?
— Pourquoi tu demandes ça ? Stefano aussi a fait pareil tout à l’heure.
Charlie enleva les assiettes creuses, ainsi que celle de sa fille qui l’avait terminée, et apporta le gratin de macaronis.
Les deux enfants applaudirent. Elle les servit en les prévenant que c’était chaud, qu’ils fassent attention de ne pas se brûler. La bouche pleine de pâtes et de fromage qui filait, Héloïse reprit oubliant les recommandations de Charlie.
— Même qu’elle n’a pas pleuré. Pourtant, elle en a beaucoup de bleus. Moi, j’aurais pleuré, c’est sûr !
— Elle les a montrés à ta maîtresse ? l’interrogea Charlie oubliant de la réprimander.
— Ben non, y a qu’à moi qu’elle l’a dit. C’est pas un secret, alors, je vous le raconte.
— Tu les as vus aujourd’hui seulement ?
— Mais non ! ça fait longtemps. Elle tombe souvent en fait.
Stefano regarda son père.
— Je croyais qu’il n’y avait pas d’escaliers dans ces maisons-là.
— Dis aussi qu’elle ment !
Héloïse se mit à pleurer.
— T’es méchant Stefano. Elle raconte pas des histoires ma copine. Même qu’elle raconte que son papa, il la frapperait si elle mentait.
— Nous te croyons ma chérie.
Charlie lui passa la main dans les cheveux et soupira. Décidément…
Une fois la table débarrassée, la vaisselle dans la machine et les enfants partis dans la salle de jeux, Charlie demanda à Joe.
— Tu sais parfaitement comme moi que cette petite est brutalisée par son père non ?
— Hum !
— Et alors ? On laisse faire ?
Joe soupira.
— Tu veux que j’en parle à la femme de Mathurin, elle est assistante sociale.
— Joséphine ? Oui, c’est vrai. Elle est au centre d’action sociale. Mais…
Charlie se détourna. Joe savait bien à quoi elle pensait.
Dans la salle de jeux, Héloïse discutait avec sa poupée. Stefano lisait.
— Pourquoi tu me fais mal ?
— Je ne te fais pas mal, je te frappe parce que tu as fait des bêtises.
— Oui, mais tu me fais mal.
Stefano leva la tête.
— Mais pourquoi tu fais ça à ta Barbie, Héloïse ?
— C’est pas grave, il faut bien, elle n’est pas sage. Tu sais, mais tu ne le répètes pas, mon papa, il faisait ça à maman. Elle croit que je le sais pas, mais j’ai tout vu. C’est pour ça qu’on est là. Elle avait peur qu’il me fasse du mal. Heureusement que ton papa, il n’est pas comme ça, et tu as bien de la chance !
Stefano resta muet. Héloïse n’avait pas l’air perturbé. Depuis qu’elle était arrivée avec Charlie, elle n’avait jamais fait allusion à cette histoire. La petite fille leva la tête et sourit :
— Tu voudras qu’on se marie quand on sera grands ?
— Tu as de ces questions Héloïse ! Comment veux-tu que je le sache ?
— Moi j’en suis certaine. Et toi ?
— Bah si tu en as envie.
— Sérieux ?
Héloïse lui sauta au cou.
— Viens, on va le dire à maman et papa Joe.
— Attends, il n’y a pas urgence !
— Ça veut dire quoi urgence ? C’est quand on va à l’hôpital ? Mais je ne suis pas malade.
— Non, Héloïse, ça veut dire que ce n’est pas pressé de les prévenir tout de suite.
— Pressé comme un citron ? Je ne comprends rien à ce que tu racontes. Moi, je veux le dire à maman.
Elle se leva et dévala l’escalier, faillit rater une marche, et fut cueillie par Joe qui la rattrapa de justesse.
— Combien de fois faudra-t-il te dire de ne pas courir dans les escaliers ?
Joe avait pris sa grosse voix.
— Je voulais dire quelque chose d’urgent à maman même si c’est pas pressé comme un citron. Mais je peux le dire à toi aussi. Avec Stefano on va se marier.
Le gamin qui descendait regarda son père. Celui-ci faillit éclater de rire devant la mine penaude de son fils.
— Félicitations les enfants ! Vous avez choisi une date ?
Héloïse répondit très sérieusement :
— Tu as de ces questions papa Joe ! Comment veux-tu que je le sache ?
Il semble que ces nouveaux héros te plaisent 😊, tu m’en vois ravie 😊et en même temps, tu me mets la pression 😏,parce que je t’ai prévenu, je ne sais pas du tout où mes personnages vont m’embarquer 🙈 (tu remarques l’émoji ? j’avance les yeux fermés 🤣)et j’espère que ça va tenir la route, je fais confiance à ma plume 🤪.
Voici donc le chapitre 6 👇
Chapitre 6
Kawas m’attendait dans mon bureau et il capta aussitôt ma mauvaise humeur. Il me tendit un café et me demanda :
— Comment va Destrée ?
— Deux côtes cassées.
Je m’assis et posai mes jambes sur le bureau. Théo prit place en face de moi et contempla mes santiags.
Je sirotai le breuvage noir les yeux dans le vague. Je réfléchissais à Paco. Comment diable allais-je me sortir de ce guêpier. Il avait raison finalement après tout, si je ne savais rien.
— À quoi penses-tu ?
Je sursautai ce qui fit rire le capitaine. Je repris mon sang-froid. Hors de question que mon collègue se doute de quelque chose.
— Qu’il faudrait mettre un agent devant sa porte. Imagine que le meurtrier veuille recommencer ?
Il me fixa et me demanda mi-figue mi-raisin :
— Tu y crois vraiment ?
J’enlevai mes pieds du bureau, jetai le gobelet en plastique dans la poubelle et répondis sèchement :
— Je ne peux pas faire comme s’il ne s’était rien passé.
— Nous sommes en sous-effectif, dois-je te le rappeler ?
— Il ne va pas rester longtemps hospitalisé.
— Et ? Tu vas le faire suivre ?
— Bon Kawas qu’est-ce que tu essaies de me dire ? Tu m’énerves !
— Tu sais parfaitement que c’est un coup monté cette histoire, Destrée avait certainement en face de lui celui qui voulait qu’il se casse la figure. C’était un règlement de comptes pour ses vols, point !
Il fit le tour de mon bureau et se planta devant moi.
— Et tu l’as compris immédiatement. Tu n’as plus qu’à coffrer Destrée maintenant et l’affaire est terminée. Mais… tu ne veux pas, parce qu’il te plait bien ce Robin des Bois moderne. Je me trompe ?
Je fulminai et refusai la vérité.
— Mais qu’est-ce que tu racontes ? Tu fais bien vite le raccourci parce qu’il tire à l’arc et qu’il est un champion d’escalade et…
— Et qu’il est un grand défenseur des bois et des forêts. Je te fais marcher Angèle et tu cours ce matin. Je te connais, si tu savais quelque chose, tu ferais le nécessaire. Tu es bien trop droite dans tes bottes ! Alors que faisons-nous commandant ?
François Destrée quitta l’hôpital rapidement et rentra chez lui. Jordan était venu le chercher.
— Ne t’inquiète pas pour moi, dit-il à son collègue, ce n’est pas ces deux côtes cassées qui vont m’obliger à me terrer à la maison. J’ai des réunions et des rendez-vous.
— Tu vas te tenir tranquille maintenant ?
— Jusqu’à nouvel ordre, je te le promets.
Jordan le salua et le laissa seul.
François alluma son ordinateur et fit une recherche sur Merlin. Elle était fan de moto, ça, il le savait. Elle n’avait que de bons états de service, il s’en doutait. Il fouilla un peu plus dans sa vie. Apparemment, elle n’avait pas d’homme et même si ce n’était pas ce qu’il cherchait en premier lieu, il était content. Il fit défiler les informations et trouva enfin ce qu’il voulait et ça, elle s’était bien cachée de lui en parler.
Il se laissa aller contre le dossier de son fauteuil ce qui lui arracha une grimace de douleur. Aussitôt Tuck, son berger australien d’une trentaine de kilos, vint poser son museau sur ses cuisses.
— Tout doux mon beau ! Je ne suis pas près de galoper avec toi et ça va te manquer ! Mais je sais qui pourrait s’occuper de toi en attendant que je puisse le faire.
Tuck le regardait de ses yeux bleus. Âgé d’un an, François l’avait dressé comme il le souhaitait et n’avait jamais cédé à la facilité. Ils couraient ensemble dans les bois, l’animal patientait au pied des arbres quand il grimpait. Il lui arrivait même de tenir la corde. Très affectueux et intelligent, il avait vite compris que son maître était un grand sportif et un amoureux de la nature. En général, Jordan était avec eux et il surveillait Tuck afin qu’il ne mette pas en danger François. Quand celui-ci descendait en rappel et qu’il atterrissait à ses pieds, ses léchouilles étaient une vraie partie de plaisir pour tous les deux.
— On va se balader ? J’ai quelqu’un à te présenter ?
Aussitôt Tuck partit en courant chercher sa laisse. Toujours pendue au même endroit, il savait la trouver. Il sauta pour la décrocher et la rapporta fièrement à son maître.
Un braquage dans une pharmacie, c’était tout ce que j’avais à me mettre sous la dent. Alors, quand je vis apparaître dans le hall de mon commissariat, mon ami d’enfance, je m’avançai vers lui heureuse de pouvoir me changer les idées. Un superbe berger australien tricolore l’accompagnait. Je caressai le chien qui me regardait avec ses yeux bleus magnifiques.
— Je te présente Tuck.
Je ne pus m’empêcher de penser à Frère Tuck dans Robin des Bois. Décidément, Paco alias François Destrée avait beaucoup d’humour.
Kawas nous aperçut et vint le saluer. Il en profita pour lui demander si ses côtes ne le faisaient pas trop souffrir.
— J’avoue que tenir la laisse de mon chien n’est pas une mince affaire, mais Tuck a compris.
— Tuck ?
Le capitaine éclata de rire.
— Où avez-vous trouvé un nom pareil ?
Apparemment mon collègue n’avait pas fait le rapprochement avec Robin des Bois et c’était tant mieux.
J’entrainai mon ami dans mon bureau avec Tuck et je l’apostrophai.
— Tu ne peux pas débarquer ici comme ça ! Je n’ai pas envie que mon équipe sache que nous nous connaissons ?
— Pourquoi ?
J’avais oublié que Paco avait horreur de la dissimulation.
— Je ne vois pas où est le problème. Tu as honte de dire que gamins, nous avons passé des vacances ensemble ? Il y a prescription non ? Le fait d’être flic t’empêche d’avoir une vie privée ?
Avec vingt-cinq ans de plus, il était resté le même. Il ne transigeait sur rien. Il ne me laissa pas répondre et attaqua bille en tête.
— J’ai besoin de toi Angèle. Je ne vais pas pouvoir faire courir mon chien pendant quelque temps. Peux-tu t’en occuper ?
Il s’était assis face à mon bureau sans que je l’y invite. Son animal s’était couché à ses pieds.
Je baissai les stores, signe que je ne voulais pas être dérangée. Kawas allait me poser des questions, je n’avais pas l’habitude d’agir ainsi. Depuis que Paco était revenu dans ma vie, je faisais tout de travers.
Je pris le temps de faire le tour de mon bureau pour m’asseoir en face de lui. Il se mit à rire.
— Ce n’est pas la peine de t’agiter comme ça, Angèle, je sais parfaitement que ma venue te dérange. Tu t’en moques de tes collègues et tu es leur commandant, ils n’ont rien à dire.
Je sentis la moutarde me monter au nez. Comme lorsque nous étions gamins, il avait le don de me faire sortir de mes gonds. Il reprit :
— Je ne te demande pas grand-chose, juste de courir avec lui une heure par jour. Ce sera ton entrainement quotidien, voilà tout. Tu dois bien garder la forme ?
Il me regardait droit dans les yeux.
— Tu crois que je n’ai que ça à faire ?
— Le week-end approche, tu travailles ?
Je faillis répondre que ça ne le concernait pas quand Kawas frappa à ma porte. Il entra sans attendre.
— Désolée de vous déranger commandant, j’ai besoin d’une signature.
Le thriller Un héritage empoisonné est terminé, tu peux le trouver ici où tu auras l’intégral . Te souviens-tu de mon histoire du voyou au grand cœur ? Tu retrouveras les 4 premiers chapitres ici. Je te propose de continuer leur histoire. C’est un challenge pour moi, mais j’aime les défis d’écriture parce qu’il est loin d’être terminé et surtout, je n’en connais pas l’issue 😂.
Alors c’est parti, je te propose donc le chapitre 5. J’ai écrit 9 chapitres qui ont l’air de tenir la route, j’ai fait quelques modifications. N’hésite pas à me dire ce que tu en penses.
Je te fais ci-dessous un récap des personnages en images.
Angèle Merlin, commandantSon chat PistolePaco alias François DestréeSon chien Tuck
Chapitre 5
Je me réveillai en sursaut et repoussai brutalement le bras de Luc qui reposait sur moi. Il avait débarqué la veille au soir, je n’avais pas eu le courage de le mettre dehors.
Le message de Kawas m’avertissait que Destrée avait eu un accident d’escalade.
Je m’habillai rapidement et le moteur de ma moto rugit. Je stoppai devant la salle de sport alors que l’ambulance l’emmenait déjà. Son collègue, Jordan Calamine répétait en boucle que ça devait arriver.
Je m’approchai de lui et lui demandai pourquoi il avait cette intuition. Il se tut aussitôt et bougonna :
— Faut pas m’écouter, je radote parfois. C’est que je l’aime bien ce gamin, je le connais depuis des années.
Kawas vint à ma rencontre et me glissa à l’oreille qu’il ne s’agissait pas d’un accident. Je m’éloignai pour l’interroger.
— François Destrée s’en serait rendu compte si sa corde avait été endommagée non ?
— Ce n’est pas elle, c’est le mousqueton.
— C’est robuste ces machins-là !
— À croire que celui-là était défectueux.
Je restai dubitative. L’habitué s’en serait aperçu. Je rejoignis Calamine.
— Excusez-moi, c’est vous qui préparez le matériel ?
— D’habitude oui.
Il se tordait les mains, il n’était pas à l’aise et ses yeux me fuyaient.
— Pas aujourd’hui ?
— Il ne m’avait pas prévenu qu’il viendrait s’entrainer. Nous nous étions engueulés hier.
Il baissa la tête. Il s’en voulait, c’était évident. Il reprit en me regardant droit dans les yeux.
— Je ne comprends pas qu’il ne se soit aperçu de rien. Il est tellement maniaque avec ses affaires. De plus, je ne les reconnais pas. Ce n’est pas celles qu’il utilise.
— Je crois que le mieux est de l’interroger, il pourra certainement nous expliquer les raisons de son choix.
L’homme haussa les épaules puis il reprit.
— Heureusement qu’il n’avait pas décidé de s’entrainer dans la forêt. La chute aurait pu être bien plus grave.
Je lui demandai de rester à notre disposition et l’invitai à rentrer chez lui. Nous n’avions plus besoin de lui.
— Savez-vous où ils l’ont emmené ? J’aimerais aller le voir.
Mon collègue lui donna les informations souhaitées et nous le regardâmes s’en aller la tête basse et les épaules voutées.
— Dès que ce sera possible, nous irons nous aussi l’interroger.
Un message de mon médecin légiste abandonné dans mon lit apparut et je compris qu’il n’était pas content de se retrouver tout seul chez moi. Je rangeai mon portable et n’y pensai plus.
François Destrée avait repris connaissance et il s’en tirait avec deux côtes cassées. Jordan était près de lui et lui racontait que la commandant Merlin l’avait interrogé.
— Je m’en doute et elle ne va pas tarder à rappliquer ici.
— Qu’est-ce que tu vas lui dire ?
— Rien ! C’était un accident.
— Tu sais bien que ce n’est pas vrai.
— Si j’avais vérifié mon équipement comme je le fais d’habitude, je l’aurais vu que ce mousqueton était bizarre. Je raconterai que je n’ai pas fait attention.
— Arrête François, elle ne te croira pas. Tu es fou d’escalade, jamais tu ne prendrais le risque d’avoir un matériel défectueux.
— Mais si elle me croira. Je sais être convaincant quand il le faut. Rentre chez toi et oublie tout ça.
— C’est facile, maugréa le pauvre homme.
Pourtant il s’en alla sans se retourner et croisa Merlin qui venait aux nouvelles. Elle n’avait pas perdu de temps. Il voulut l’intercepter pour lui conseiller de prendre soin de François parce que peut-être il était danger, mais il pensa qu’elle se moquerait de lui. Il lui fit alors un signe de tête et lui indiqua le numéro de sa chambre.
François la vit entrer et même si ses côtes cassées le faisaient souffrir, il afficha un léger sourire.
— Ce n’était pas la peine de vous déplacer, commandant.
Dans un lit d’hôpital, il était toujours aussi craquant.
— Je fais mon boulot. J’imagine que vous savez que votre matériel était défectueux et que quelqu’un souhaitait qu’il vous arrive un accident ?
Je le regardais afficher le même sourire. Je plissai les yeux et je me revis à neuf ans face à ce garçon qui me narguait avec ce rictus moqueur.
— Paco ?
Il sursauta, haussa les sourcils et murmura :
— Ah quand même, tu m’as enfin reconnu ? Moi, depuis le premier jour où tu es apparue dans mon bureau, j’ai su qui tu étais. Comment vas-tu depuis le temps ?
Cela faisait vingt-cinq ans que je n’avais pas eu de ses nouvelles, mais force est de constater que je n’avais jamais oublié mes vacances avec lui. Pourtant, je n’avais pas fait le rapprochement immédiatement avec ce gamin, amoureux des arbres et des forêts.
Je grondais :
— Ne me dis pas que c’est toi le Robin des Bois moderne dont tout le monde parle !
— Je ne te le dis pas.
Toujours ce sourire narquois sur ses lèvres. Je n’avais plus neuf ans et s’il m’agaçait à l’époque, aujourd’hui c’est un tout autre sentiment qui m’envahissait.
— Paco, tu…
— François, s’il te plait ! Paco c’est du passé.
— Quelqu’un t’en veut, tu le sais n’est-ce pas ?
— Mais non, c’est une erreur de débutant que j’ai commise.
J’éclatais de rire.
— Pas à moi François, tu n’as rien d’un débutant.
Il tenta de se redresser et grimaça.
— De toute façon, je ne suis pas près de regrimper, je ne risque rien.
— Tu peux m’expliquer ?
— Quoi ? Que je ne supporte pas qu’on abatte des arbres ?
— Tu sais que je suis commandant de police ?
— C’est ce que tu voulais faire. Souviens-toi quand on jouait aux gendarmes et aux voleurs, c’était moi le voleur, dit-il en riant.
— Je te courais après, je t’attrapais et te mettais en prison, lui rappelais-je.
— C’est parce que je me laissais faire, juste pour sentir tes mains sur les miennes.
Je secouais la tête.
— Pas de ça avec moi François, je suis flic, t’as oublié ?
— Et alors ? Tu vas m’enfermer ? Qu’est-ce que j’ai fait de mal à part prendre l’argent à ceux qui en ont trop et le redistribuer à ceux qui n’en ont pas assez ?
— Tu n’as pas le droit de faire ça et tu le sais très bien.
— Fais comme si tu n’étais pas au courant.
Je soupirai, alors il saisit ma main.
— Angèle, s’il te plait !
Ses yeux me fixèrent et tout comme à neuf ans, je me revis lui pardonner toutes ces bêtises comme lorsqu’il jetait des clous sous les roues des voitures sous prétexte que les propriétaires avaient laissé leur reste de pique-nique dans les bois.
Je tentais de gagner du temps.
— En attendant, une enquête va être ouverte. Quelqu’un a essayé de te tuer.
Il haussa les épaules.
— N’exagère pas, celui qui a fait ça souhaitait me faire peur, c’est tout. Il savait que je m’en sortirais.
— Pourquoi n’as-tu pas vérifié ton matériel ?
— Laisse tomber Angèle.
Le ton de sa voix m’alerta.
— Ne me dis pas que tu connais qui t’a fait ça !
— Je ne te le dis pas.
Une fois de plus, son regard enjôleur me chopa et je m’y laissais prendre.
— Tu ne souffres pas trop ?
— J’aime quand tu te préoccupes de moi.
Qu’il m’agaçait cet homme et j’étais furieuse parce que je sentais bien qu’un sentiment bizarre m’envahissait. Je n’avais pas l’envie d’y succomber.
Comme tu vas le constater, il ne s’agit ni d’une histoire avec Lundi, ni d’une chronique.
Je remercie du fond du cœur Christine ici, qui m’a permis de me servir dans sa galerie pour alimenter mes textes. Au contraire de Christine qui peint d’après un texte, je fais le contraire. J’ai choisi ce tableau pour ce lundi de Pâques, pourquoi ? Il m’a fait penser à des enfants déguisés qui découvraient des œufs dans le jardin rien à voir avec le texte de Christine que j’ai lu après, sinon ce n’était pas du jeu 😂. Mystère de l’imagination.
Voici que se termine mon thriller. Je suis ravie d’avoir pu mener l’histoire au bout. N’hésite pas à me dire en commentaires ce que tu en as pensé. Je sais qu’il y a de véritables fans qui attendent avec impatience le dénouement.
Je te laisse donc avec mon dernier chapitre.
Chapitre 35
Le colonel n’en revenait pas. Un clone ? Il avait beaucoup de mal à imaginer que sa belle-fille avait pu se laisser berner par une machine, parce qu’on était bien d’accord, pensait-il, c’était une machine.
Effectivement, le super héros dont les gamins rêvaient existait bien et il les narguait dans cette sale où il avait été relégué comme une pièce à conviction.
L’enquête était close ! Incroyable ! Ce toubib de la plastique s’en sortait encore. Les traces d’ADN sur le masque avaient une explication. Frédéric Marteau l’avait essayé plus d’une fois pour se contempler dans le miroir. Il l’avait écrit dans ses notes.
Ce que le colonel ne comprenait pas c’est pourquoi la machine ne fonctionnait plus depuis que le chirurgien avait disparu. Il avait pourtant affirmé qu’il ne la guidait pas, qu’elle s’était enfuie toute seule sans être commandée. Pourquoi ne le faisait-elle plus aujourd’hui ?
Gérard Faventiny s’approcha du clone. Il le regarda dans les yeux. C’était du très beau travail, il fallait le reconnaitre.
La porte s’ouvrit derrière lui, c’était son fils.
— Mets-toi à côté, ordonna le colonel.
Il contempla la machine et le commandant.
— Incroyable !
Il ne cessait de répéter ce mot.
— Et pourtant je n’y crois pas une seconde.
Il fusilla Daniel du regard.
— Ce putain de masque que la femme de ménage a trouvé dans la poubelle ne me raconte pas qu’il a ruiné tant d’années de travail comme ça, c’est du délire. Je suis certain que c’est lui qui se faisait passer pour toi.
— Nous n’avons aucune preuve papa.
— L’ADN bordel ! ça ne te suffit pas ?
— Il le portait, je te l’ai déjà dit.
— Pourquoi cette machine ne fonctionne plus ?
Daniel haussa les épaules.
— Elle peut marcher, il m’a laissé les codes, mais je n’ai pas du tout l’envie de m’en servir. J’ai tout archivé dans les scellés. Je ne veux plus entendre parler de cette histoire.
— Et les meurtres ? Ah j’oubliais, c’est ce robot ! trop facile ! Daniel, tu ne me caches rien ?
Ils s’affrontèrent du regard et le commandant ne broncha pas devant l’air inquisiteur du colonel.
— De toute façon, je te connais, tu ne me diras rien et vu comme tu as su berner tout le monde avec ton amnésie, tu n’avoueras rien même sous la torture. Et si je te faisais passer un test de vérité ?
Daniel se mit à rire.
— Arrête papa ! pour quelle raison ? Le procureur souhaite classer l’affaire.
Daniel Faventiny le poussa vers la sortie.
— Nous allons enfin pouvoir profiter de notre maison tous ensemble. Vous n’allez pas repartir tout de suite n’est-ce pas ?
Le colonel grommela que sa femme désirait rester avec son fils quelque temps et comme il ne savait rien lui refuser, il avait accepté.
— Tu me promets de ne plus enquêter ? D’ailleurs, je vais prendre quelques jours de congés. Coralie également. Comme ça, tu ne seras pas tenté de fouiner.
— Fouiner ? Décidément, les bonnes manières se perdent, à mon époque, jamais je n’aurais parlé ainsi à mon supérieur.
Daniel éclata de rire.
— Tu n’es pas mon colonel et encore moins en service.
— Ouais !
Quelques jours plus tard, entourés de leurs équipes respectives, Daniel et Coralie bavardaient dans le salon. Ses parents partiraient le lendemain. Les vacances du commandant et du médecin se terminaient et chacun allait reprendre le cours de sa vie habituel.
Hugo discutait avec Sophia, Vicenzo racontait les potins du commissariat avec Esteban et ils tentaient de renseigner Daniel et Coralie sur les dernières enquêtes. Gérard et Anne-Marie Faventiny contemplaient le malinois qui dormait au pied de son maître.
Soudain, il se redressa et gronda. Une porte claqua.
Daniel et Coralie se regardèrent alors que leurs collègues se mettaient à rire.
— C’est juste une porte mal fermée, ne vous inquiétez pas commandant.
Le colonel fixa son fils. Celui-ci avait saisi la main de sa femme. Tous deux avaient pâli, mais Daniel se reprit rapidement.
— Portons un toast, annonça gaiement Daniel en levant son verre, que nos équipes s’entendent toujours aussi bien, n’est-ce pas Hugo ?
Celui-ci sourit à Sophie, puis il bafouilla :
— Oh ça va commandant, nous sommes juste amis.
— Que ça dure encore longtemps, alors !
— C’est pas tout ça, reprit le colonel. Maintenant que cette enquête est terminée, je compte sur vous pour continuer à bien bosser, je suis à la retraite, je ne vais pas m’éterniser ici.
Tous éclatèrent de rire en levant son verre, ils savaient tous que le colonel n’attendait que ça, revenir sur une enquête. La retraite c’était bien, mais le terrain lui manquait.
Tout le monde va bien à ce que je vois. Daniel a bien compris le message, Coralie ne sera pas inquiétée. Ils savent tous les deux que je reviendrai, mais ils ne connaissent ni le jour, ni l’heure, ni sous quelle forme.
Tous deux pensent avoir les codes pour mettre en route la machine, mais moi seul peux la commander, enfin peut-être…
L’homme ouvrit l’armoire. Le visage de Faventiny apparut. Il le caressa et sourit.
Comme c’est le jour des enfants, je partage avec toi, le conte écrit pour Pâques avec mes personnages Héloïse et Stefano. Tu vas retrouver Joe et Charly les parents et toute l’ambiance un peu magique de cette famille. Ici c’était Noël 😉.
Je sais que Pâques n’est pas encore là, mais mercredi prochain il sera trop tard 😉.
Je t’embarque avec moi dans mon univers 😉.
— Tu crois qu’ils vont penser aux œufs de Pâques ?
Héloïse tourne en rond dans le jardin. Elle est face aux clapiers de Joe et discute avec les lapins. Si Stefano l’entendait, il se moquerait encore d’elle en lui répétant qu’elle n’est plus un bébé. Sauf qu’Héloïse n’est pas une enfant comme les autres. Très sensible, elle sent les choses et aujourd’hui plantée devant la lapine qui vient d’avoir des petits, elle lui parle. Elle l’a baptisée Hermine.
— Je sais bien que l’histoire des cloches qui déversent les œufs dans les jardins, ce n’est pas possible, mais moi je voudrais bien y croire quand même. Tu penses que tu pourrais m’aider ?
Hermine de couleur marron la regarde de ses grands yeux noirs tout en mâchonnant son brin de luzerne.
— Moi j’aimerais bien que les animaux parlent comme dans les livres. Tu n’en aurais pas envie toi ?
— Avec qui tu bavardes ?
C’est Joe, toujours affublé de son chapeau qui s’approche d’elle.
— Ne l’embête pas ! Elle doit s’occuper de ses lapereaux, n’y touche pas surtout, sinon elle pourrait les abandonner si elle sent ton odeur.
Héloïse soupire.
— D’accord, je m’en vais.
Joe qui descendait de son tracteur l’attrapa gentiment au passage quand elle passa devant lui.
— Attends, je ne t’ai pas demandé de partir, seulement de ne pas la toucher. Je t’ai déjà expliqué. Elle sent ton odeur et c’est étranger pour elle.
— Je sais, je ne l’ai pas caressée.
— Tu es toute triste, qu’est-ce qu’il t’arrive encore ?
— Rien !
Et elle le planta là. Joe soupira. Il avait bien compris que quelque chose la tracassait, mais il avait du travail, il haussa les épaules et remonta sur son engin.
— Et si j’allais voir les poules ? Peut-être qu’elles pourraient m’aider !
Stefano l’aperçut alors qu’il faisait du vélo dans le parc. Il vint à sa rencontre.
— Tu joues avec moi ? On fait la course ?
— Non, j’ai autre chose à penser.
Il éclata de rire.
— Ah oui ? Et à quoi ?
— Arrête de te moquer de moi, tu verras bien.
Il haussa les épaules et reprit son vélo. Les filles c’était d’un compliqué !
Héloïse entra dans le poulailler déclenchant des cot cot indigné de la basse-cour.
— Ne faites pas tant de bruit, j’ai besoin de vous.
Les volailles se turent aussitôt, comprenant qu’elle ne leur voulait pas de mal. Elles continuèrent leur balade nonchalante dans l’herbe.
— Vous pourriez vous arrêter de picorer quand même ! J’ai quelque chose à vous demander ! Pourriez-vous me faire de beaux œufs de Pâques colorés ? Et les disperser dans le jardin ?
Les bestioles ne relevèrent même pas la tête.
— D’accord, vous ne m’écoutez pas ! S’il vous plait votre attention !
Héloïse claqua les mains, ce qui pour effet de stopper net le picorage. Le coq majestueux se demanda alors ce qu’il se passait et vint à la rencontre de la petite fille. Il tendit le cou et s’approcha plus près.
— Elles ne te répondront pas, elles n’ont pas de langue.
Héloïse sursauta et se reprit aussitôt.
— Parce que toi tu en as une peut-être ?
— Moi je suis le maître ici, ce n’est pas pareil.
— C’est ça, fais le malin !
— Dis donc, tu pourrais me demander pourquoi je te parle au lieu de me faire un cours d’anatomie.
— Écoute Victor, je sais que tu es le chef de la basse-cour, mais…
— Comment m’as-tu appelé ? Victor ?
Il gonfla le jabot, sa crête rougit de plus belle et il se tourna vers ses poules.
— Vous avez entendu ? Je suis Victor.
— Il n’y a pas de quoi pavoiser, rétorqua une poulette plus délurée que les autres, au cou dégarni, une houppette ébouriffée sur la tête.
— Tu vois qu’elles parlent aussi !
Héloïse tapa des mains.
— Je vais vous demander de faire une surprise. Mais c’est un secret. Promis, vous tiendrez votre langue ?
Elles répondirent toutes ensemble.
— On n’en a pas de langue, on ne peut pas la tenir !
Elles caquetèrent de plus belle comme si elles avaient pris un fou rire. Gagnée par leur bonne humeur, Héloïse se mit à sauter partout dans le poulailler.
— Venez à côté de moi, je vais vous dire à quoi je pense.
— Tu sembles bien guillerette ce matin Héloïse ! c’est parce que les vacances sont là ?
Charlie regarde sa fille avec amour. Sa frimousse est barbouillée de chocolat.
— Tu as bien dormi !
— Oui ! J’ai une surprise ! Mais je ne te le dirais pas.
— Alors pourquoi en parles-tu ?
Stefano la taquine.
— Je suis certain que tu ne sauras pas tenir ta langue.
Héloïse en profite pour lui tirer justement. Comme elle est pleine de chocolat et de miettes, ce n’est pas très joli, et elle se fait remonter les bretelles par Joe qui n’admet pas qu’à table les enfants se comportent mal.
Une fois le petit-déjeuner débarrassé, Héloïse file s’habiller en vitesse. Stefano est surpris de la voir redescendre et courir vers le poulailler. Joe sourit.
— Je ne sais pas ce qu’elle mijote, mais ça la met de belle humeur. Je suis content. Il y avait quelques jours qu’elle semblait triste non ?
— Tu connais ma fille, elle est à fleur de peau.
— Hier, elle bavardait avec les lapins.
— Elle adore les animaux.
Stefano n’a pas attendu la fin de la conversation et il est parti la rejoindre. Qu’elle n’est pas sa surprise de l’entendre discuter avec le coq, les poules autour de lui ne bougent pas une aile. Le gamin n’ose pas faire de bruit.
— Alors, faites-moi voir ?
Les volailles s’écartent et Héloïse s’avance à l’endroit où elles se retrouvent toutes pour pondre. Dans la paille, elle découvre des œufs multicolores. La petite fille est ébahie.
— Vrai ! c’est vous qui avez fait ça !
Le coq se rengorge. Il a bien commandé ses femmes. Dans les différents nids, il y en a des bleus, des roses, des rouges, des jaunes, celui-là avec des traits verticaux, d’autres horizontaux, d’autres encore imitant des vagues.
— Et ce n’est pas fini, demain, ça recommence !
— Oui, mais ce n’est pas du chocolat qu’il y a dedans ? Si ?
Les poules caquettent à qui mieux mieux, comme si elles riaient.
— Goûte ! Tu verras bien !
Héloïse n’en croit pas ses yeux, elle a devant elle une douzaine d’œufs en chocolat. Elle en casse un petit bout et c’est rudement bon.
Stefano qui s’est approché ne comprend rien. Héloïse s’est accroupie et a cogné un œuf doucement par terre, et elle le met à la bouche, comme ça, alors qu’il n’est même pas cuit.
— Mais ça ne va pas Héloïse ! Tu vas être malade !
La fillette surprise lâche son précieux cadeau. Il s’écrase au sol et le jaune s’étale à ses pieds.
— Regarde ce que tu as fait, Charlie ne va pas être contente et Joe encore moins.
Héloïse contemple ses chaussures, les poules et Victor le coq qui hausse ses plumes. Il embarque ses volailles sans se retourner.
— Tu as tout gâché !
Héloïse se mit à pleurer. Stefano ne comprenait pas.
— Mais Hélo… Tu ne peux pas casser les œufs comme ça !
— Je ne les cassais pas, c’était ça ma surprise ! Ils sont en chocolat !
Stefano se gratta la tête.
— Regarde tes chaussures Héloïse, ce n’est pas du chocolat là !
— Tu comprends rien !
Elle le bouscula et s’enfuit en courant.
Hermine, la lapine, surveillait de son clapier ce qu’il venait de se passer. Elle se mit à glapir et aussitôt Victor le coq s’approcha.
— Tu as vu ? Fais quelque chose ! Moi, je suis enfermée, je ne peux rien faire. J’ai mes petits que je ne peux pas laisser.
— T’inquiète pas, je gère !
— Ah oui ? Et comment ?
— Je vais rentrer dans la maison et parler à Charlie.
— Ben voyons ! Tu vas te faire sortir à coup de balai sûr !
Victor gonfla le jabot, devint tout rouge et lança un cocorico tonitruant.
— Jamais personne ne me fera de mal, compris !
— Qu’est-ce qu’il se passe ici ?
Charlie est face à eux. Hermine se planque dans son clapier et Victor ne bouge pas d’un pouce.
— Répondez-moi !
Joe qui venait chercher son tracteur éclate de rire.
— Tu parles au coq ? Décidément, ta fille et toi vous ressemblez vraiment beaucoup.
Victor cligna de l’œil et de sa démarche fière repartit trouver ses poules.
Charlie éluda la question de Joe et ouvrit la porte de la cage pour nourrir la lapine. Elle disposa un peu de grains dans la mangeoire et mit un peu de luzerne sèche près d’elle, veillant bien à ne pas la toucher.
Celle-ci s’approcha des mains de la jeune femme et couina doucement. Charlie chuchota :
— Attends que Joe soit parti, je ne peux pas te parler.
Une fois seule, Charlie ouvrit la porte du clapier.
— Sors Hermine et fais ce que tu as à faire.
— Mes petits ?
— Ne t’inquiète pas pour eux. Fais attention de ne pas te faire surprendre par Joe.
La lapine détala.
Stefano rejoignit Héloïse dans sa chambre.
— Je suis désolé si je t’ai fait de la peine, mais je ne comprends rien à ce que tu racontes.
— Tu ne peux pas comprendre !
— Je sais tu me l’as déjà dit. Explique-moi alors !
— J’ai demandé aux poules de pondre des œufs de Pâques et ne ris pas !
Stefano s’assit sur le lit.
— Et donc ?
— Regarde !
Héloïse sortit de sa poche, deux œufs qu’elle avait réussi à emporter.
Stefano n’en crut pas ses yeux quand il les vit décorés.
Le lendemain matin, les enfants avalèrent leur petit-déjeuner à toute allure. Joe avait à peine terminé de boire son café qu’ils avaient déjà détalé, n’oubliant pas de débarrasser leurs bols.
— Quelle mouche les pique ce matin Charlie ? Tu es au courant de quelque chose ?
— Pas du tout, ils ont sans doute des choses à faire, des trucs de gosse.
— Je suis heureux qu’ils s’entendent aussi bien.
Il se leva et embrassa la jeune femme.
Héloïse entra en trombe dans le poulailler. Les poules affolées se mirent à courir dans tous les sens. Victor arriva les calmer.
— Allons les poulettes !
Héloïse se baissa pour caresser le coq. Stefano ouvrit de grands yeux.
— Alors, elles en ont pondu combien ?
— C’est un peu tôt encore, mais allons voir.
Stefano murmura à l’oreille de son amie :
— Mais qu’est-ce que tu fais ?
— Chut !
Émerveillés, les deux enfants contemplèrent les différents nids où des œufs bariolés étaient disposés.
— Tu pourras remercier Hermine qui a fait tout le travail.
— Pourquoi ?
— Regarde, elle a trouvé de jolis paniers et avec ses copines, elle a attaché des rubans. Tu pourras présenter tes surprises dedans. Mais, jusqu’à samedi, tu vas encore en avoir. Mes poulettes sont à fond.
— Merci, je t’adore !
Stefano ébahi vit Héloïse attraper Victor par les ailes et se mettre à danser avec lui dans l’herbe. Les volatiles ravis du spectacle caquetèrent en cadence.
— Mais qu’est-ce qu’il se passe là-bas, maugréa Joe qui allait quitter la cuisine. Tu entends ce boucan ?
— Ne t’inquiète pas, les volailles ont sans doute perçu un bruit bizarre. Tu sais ces bestioles ne sont pas très intelligentes.
— Tu parles c’est les gamins ! Stefano n’y est jamais autant allé que depuis qu’il connait ta fille.
— C’est un reproche ?
— Mais pas du tout, je suis heureux qu’il ait retrouvé le sourire. Mais je vais quand même y aller faire un tour.
— Laisse-les donc s’amuser !
— Non, je ne veux pas qu’ils fassent des bêtises.
Il mit son chapeau et à grandes enjambées, il partit rejoindre son fils et Héloïse. Charlie, à la fenêtre, siffla.
La porte d’un clapier s’ouvrit, Hermine se faufila à l’extérieur.
— Alors les enfants, que faites-vous encore dans le poulailler ?
Héloïse répondit aussitôt.
— Rien !
— Stefano ?
Il ne réagit pas.
— Je te parle gamin !
Stefano prit la main de la petite fille et l’entraina.
— Rien, papa. Je t’assure.
— Tu as ramassé les œufs ?
— C’est trop tôt, tu sais bien.
Joe sourit.
— Alors que faites-vous là ? Vous ne voyez pas que les poules sont affolées par votre présence ?
— Ben non, regarde !
En effet, le coq picorait tranquillement dans un coin, et ses comparses en rond autour de lui faisaient de même.
Plus loin, une lapine emportait un panier rempli d’œufs multicolores.
Enfin, le week-end arrivait. Héloïse était très excitée. Allait-elle avoir sa surprise et surtout, comment sa maman et Joe le prendraient-ils ? Elle se leva la première. Stefano dormait encore. Elle ne devait pas faire de bruit. Elle enfila un gros pull sur son pyjama, ses bottes en caoutchouc jaune à pois et hop, elle partit rejoindre ses amis dans le poulailler. C’était la grande effervescence. Hermine, debout sur ses pattes arrière plaçait les œufs colorés dans les paniers. Victor surveillait ses comparses qui étaient sagement installées sur leur nid.
C’était parfait. Héloïse tapait des mains tellement elle était heureuse. C’était magique. Elle seule pouvait voir ça. Seule… pas tout à fait.
— Tu es contente ?
La petite fille sursauta. Charlie était derrière elle.
— C’était une surprise, tu ne devais pas savoir.
— Je jouerais le jeu ne t’inquiète pas ma chérie.
— Tu n’es pas fâchée ?
— Bien sûr que non ! mais je ne voudrais pas que Joe se doute de quelque chose.
— Stefano n’a rien compris et n’a rien vu.
— Hum !
La jeune femme tapa dans ses mains et aussitôt Victor se mit presque au garde à vous devant elle.
— Je vous remercie. Vous avez bien travaillé. Je m’occupe du reste. Hermine, tu peux rejoindre ton clapier. Joe ne va pas tarder à venir, vous savez ce que vous devez faire.
En quelques secondes, la lapine se faufila dans l’herbe pour retrouver ses petits. Victor lança un tonitruant cocorico annonçant ainsi l’aube naissante, les poules se mirent à chanter et à sortir de leur nid, en s’ébouriffant.
Charlie ramassa les œufs bariolés, les paniers, et tout redevint comme avant. Elle saisit la main d’Héloïse dans la sienne et toutes deux reprirent le chemin de la maison pour préparer le petit-déjeuner comme si de rien n’était.
Le jour de Pâques, les enfants furent réveillés par un rayon de soleil coquin qui leur balaya le visage à travers les rideaux. L’odeur de chocolat chaud leur chatouilla les narines. Stefano, le premier, posa les pieds par terre et se frotta les yeux. Héloïse s’étira, un sourire sur les lèvres. Texas, le terre neuve monta l’escalier et doucement poussa la porte de la chambre. Il mit ses pattes sur la couette et murmura :
— Tu viens ?
Héloïse ébahie, demanda :
— Mais… tu parles ?
— Victor, le coq, ce volatile dressé sur ses ergots le fait bien lui, pourquoi pas moi ?
La fillette enserra de ses petits bras la grosse tête du chien et enfouit son visage dans la fourrure.
Une cloche retentit alors.
Joe qui préparait le café sursauta. Charlie posa une main sur son épaule. Elle appela les gamins. Une cavalcade résonna aussitôt et Texas ne fut pas le dernier à débouler dans la cuisine. Charlie ouvrit la porte et un doigt sur la bouche, les invita à contempler le spectacle.
Une pluie d’œufs tombait doucement du ciel.
Elle tendit aux enfants les paniers pour les récupérer. Ils partirent en courant dans le jardin, en riant aux éclats.
— Mais…
Joe ne pouvait pas croire ce qu’il voyait. Son caractère cartésien l’empêchait d’imaginer que des cloches pouvaient lâcher dans sa prairie des œufs en chocolat. Pourtant c’est ce qu’il se passait. Les enfants, excités, fouillaient l’herbe autour des arbres, débusquaient des trésors derrière les pots de fleurs. Certains, plus téméraires, s’étaient même posés sur la margelle du puits.
Charlie entrelaça ses doigts à ceux de son homme.
Victor lançait des cocoricos à tout va, les poules l’accompagnaient de leur cot cot heureux. Hermine, dans son clapier glapissait en cadence, et Texas, poussait de sa truffe, les œufs bien cachés.
— Joyeuses Pâques mon chéri !
Les enfants les rejoignirent émerveillés, les paniers pendus à chaque bras, bien remplis.
Texas aboya, Joe posa sa main sur sa tête. Stefano se glissa de l’autre côté et se serra contre lui. Héloïse se colla contre Charlie.
— J’ai faim, on prend le petit-déjeuner ?
C’était un dimanche tout à fait ordinaire finalement.