Petit Paul comme tous les soirs demanda une histoire avant de s’endormir. C’est papa qui dut s’y coller aujourd’hui. Il saisit un illustré dans l’étagère.
— Non pas une histoire dans un livre. Invente.
Papa soupira. Il n’avait pas beaucoup d’imagination et surtout pas trop envie de se creuser la tête. De plus, une émission à la télévision l’intéressait et elle allait commencer. Il demanda plein d’espoir :
— Tu veux que j’appelle maman ?
Il était déjà debout, mais Petit Paul le rattrapa par la main.
— Non, toi !
Résigné, papa se lança. Quand Petit Paul avait une idée derrière la tête, inutile de tenter de le faire penser à autre chose.
— Il était une fois…
— Pourquoi une fois ? Tu ne peux pas changer, c’est toujours pareil que ça commence.
Le garçon bien assis dans son lit regarda plein d’espoir son père. Il avait tellement confiance en lui que celui-ci regretta d’avoir pu préférer le grand écran à son bonhomme de cinq ans. Il allait vraiment devoir faire un effort, car ce soir l’imagination lui faisait cruellement défaut.
— Alors ? insista le gamin.
— Il était… deux fois ?
— C’est nul papa. Commence par il était des fois que j’aimerais… avoir un chien. Tu vois, je t’aide.
— Ah d’accord, c’était donc ça ! Il était des fois un petit garçon qui n’arrêtait pas de répéter qu’il voulait un chien.
Papa sourit pensant que finalement le sujet de l’histoire était trouvé.
— Des fois que son papa changerait d’avis, continua Petit Paul plein d’espoir.
— Des fois que le petit garçon commençait sérieusement à énerver son papa.
— Des fois que le papa n’aurait pas bien entendu.
— Des fois que le petit garçon n’aurait pas compris que ce n’était pas possible.
— Des fois que le papa voudrait que le petit garçon ne soit pas malheureux, insista Petit Paul les larmes aux yeux.
— Des fois que le petit garçon jouerait bien la comédie avec ses yeux tout tristes.
— Mais je pleure vraiment…
— Des fois qu’il faudrait peut-être s’endormir.
— Des fois que tu ne m’aimes plus.
— Des fois que tu dis n’importe quoi.
— Non c’est pas vrai, sinon tu me l’achèterais le chien.
La patience de Papa avait quand même des limites.
— Petit Paul, ça suffit, tu te couches des fois que je me fâcherais pour de bon et que tu n’aurais jamais de toutou.
Le gamin releva la tête :
— T’as dit quoi ?
— Tu dors maintenant.
Papa l’embrassa et éteignit la lumière.
— Tu changeras peut-être d’avis hein papa, murmura Petit Paul, des fois que je serais vraiment sage et que je n’en parlerais plus jamais ? Et puis, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, même que c’est toi qui le dis.
Quand je relis mes chapitres, je me demande bien comment ça va finir cette histoire, pas toi ? 🧐
Chapitre 11
Coralie était chez elle, seule. Le commandant l’avait prévenue qu’il rentrerait plus tôt que prévu, voire une heure ou deux. Quand elle entendit la voiture, elle fut agréablement surprise. Il avait fait vite.
Occupée dans le bureau, elle termina son rapport et se leva pour l’accueillir. Il était déjà dans la cuisine. Il tendit sa joue. Elle éclata de rire.
— Tu ne m’embrasses pas ?
— Où ai-je l’a tête ! Désolé, je n’ai pas encore déconnecté du travail.
— Je pensais que tu allais revenir plus tard, ce n’est pas ce que tu m’avais dit ?
Il ne répondit pas immédiatement. Il enleva son manteau et alla l’accrocher dans l’entrée.
— Tu ne le mets pas dans le placard ?
— C’est pareil non ?
— Tu as rangé ton arme ? Je ne sais pas, d’habitude, tu as tout un rituel pour la cacher . D’ailleurs, tu n’as jamais voulu que j’apprenne où elle est exactement.
— Je dois vraiment être fatigué, je l’ai oubliée. Je retourne la chercher.
— Tu vas bien mon cœur ?
Il ne répondit pas, reprit son manteau, claqua la porte, laissant sa femme stupéfaite. Son portable vibra à ce moment-là.
Le visage de Daniel s’afficha à l’écran. Elle décrocha.
— Chérie, tu étais au courant que ton pote le toubib n’était pas marié avec le cadavre que tu es en train d’examiner.
Coralie ne sut quoi dire. Elle regardait la voiture de son homme qui disparaissait au coin du chemin.
— Daniel ? C’est toi ?
— Qui veux-tu que ce soit ? Tu es encore au boulot ou tu es déjà rentrée ?
****
Mais quel con ! J’ai failli être démasqué. Je ne sais pas comment je vais rattraper le coup. Il y a vraiment un bug dans la matrice !
Me retrouver face à toi m’a fait perdre tous mes moyens. J’avais l’occasion d’en profiter et j’ai foiré. Je suis trop impatient !
Dans les locaux de la police, Daniel restait perplexe.
— Alors ? Elle savait ?
Hugo et Esteban le regardaient interrogatifs.
— Apparemment non ! Finalement, je ne suis pas certain qu’elle ait eu des nouvelles de cet homme. Vous avez fait des recherches sur le type qui me ressemble et qui est venu chez les Marteau ?
— Oui et on n’a rien trouvé.
— Comment ça ?
— À part la voisine qui en parle, personne d’autre ne l’a vu. Remarque que les maisons ne sont pas orientées de la même façon.
— Pas de caméra de surveillance ?
— Non, rien.
— Sur la défunte ?
— Elle a une sœur. Je l’ai convoquée pour demain. J’ai aussi enquêté à la salle de sports où elle se rendait.
— Et ?
— Fille sans problèmes. Effectivement, la voisine venait souvent avec elle. Par contre, elle restait toujours en manches longues.
— Pour cacher des traces de coup ?
— Le coach qui la suivait lui avait déjà demandé de se mettre à l’aise parce qu’elle se plaignait d’avoir chaud, mais elle affirmait qu’elle préférait se couvrir pour perdre plus de calories.
— Interrogez la voisine. Elle a peut-être remarqué quelque chose. Vu qu’elle est curieuse comme une fouine…
Coralie était montée dans sa voiture et filait au centre médico-légal. Il fallait qu’elle parle à ses amis et collègues. Sophia et Vincenzo surpris la virent débouler dans les locaux à toute allure et passablement perturbée.
— Un problème ?
Vincenzo la regardait tandis que Sophia se rapprochait d’elle. Coralie les interrogea tour à tour.
— Lorsque vous êtes venus à la crémaillère, j’ai entendu avant de rentrer dans la maison que tu faisais remarquer à Daniel qu’heureusement qu’il était parti quand vous étiez arrivés. Je n’ai pas fait attention sur le moment. Tu pensais à quoi ?
Sophia et Vincenzo se regardèrent. Il hésita avant de répondre. Il ne voulait pas trahir le Commandant, mais Sophia réagit aussitôt.
— Nous l’avons croisé sur le chemin.
Vincenzo biaisa.
— Enfin, nous avons cru le croiser. En fait, ce n’était pas lui.
Sophia surprise se tut et le laissa continuer.
— Comment ça, ce n’était pas lui ?
— Nous étions distraits et regardions la mare. Avec le soleil de face, nous avons pensé que c’était le Commandant, mais quand nous lui avons demandé, il nous a répondu que c’était sans doute une erreur. Il parait qu’il arrive souvent que des livreurs se trompent d’adresse.
— Vous ne me cachez rien ? Vous êtes certains ?
— Pourquoi cette question ?
Sophia mal à l’aise se tordait les mains. Elle n’aimait pas mentir, mais Coralie reprenait.
— Il s’est passé un truc bizarre ce matin. Daniel est rentré à la maison. Je ne le trouvais pas comme d’habitude. La preuve en est qu’il ne m’a pas embrassée et avait oublié son arme au travail. Il est donc reparti aussitôt la chercher.
— Ne t’inquiète pas, ça peut arriver.
— Jamais, il ne ferait ça. Bref, ça, c’est une chose. Sauf qu’alors que la voiture filait au bout de l’allée, il m’a appelée des locaux de la police pour me parler boulot. Il ne savait pas si j’étais rentrée, ou encore ici.
Daniel ferma la porte de son bureau et demanda la discrétion absolue à ses deux collègues.
— Je trouve bizarre qu’une voisine pense que j’étais sur les lieux du crime. Une personne qui me ressemble veut me faire porter le chapeau. N’oubliez pas le corps qui avait disparu et qui était chez moi. L’équipe n’a pas remarqué que ce n’était pas moi qui étais venu le chercher. Heureusement que ma signature est très difficile à imiter, sinon j’étais bon pour finir derrière les barreaux et prendre une enquête de la police des polices sur le dos. Nous avons affaire à un malade qui veut se faire passer pour moi. Nous devons le trouver rapidement et je compte sur vous.
D’autre part, Vincenzo Zacchetti, le collègue de Coralie m’a inquiété sérieusement. Je n’en ai pas parlé à ma femme. Elle leur avait donné les clés pour qu’ils viennent voir la déco pour choisir notre cadeau. Ils m’ont croisé sur le chemin et ont été surpris que je ne m’arrête pas pour les saluer. Ce n’était pas moi. Il a ensuite fait allusion à de la musique qui s’est tue quand ils sont entrés. Du jazz.
— C’est grave ce que tu racontes. Tu devrais mettre une équipe de surveillance autour de chez toi.
— Je ne veux pas inquiéter Coralie.
— Quand même ! Imagine qu’il se fasse passer pour toi et qu’elle ne se rende compte de rien ?
Daniel haussa les épaules.
— Il ne prendrait pas ce genre de risques !
— Tu sais des malades, nous en voyons tous les jours, ce n’est pas à toi qu’il faut apprendre ça !
— Je préfère ne rien dire pour l’instant. Ouvrez l’œil, et tenez-moi au courant.
— Tu as tort Daniel ! glissa Hugo. Fais attention ! S’il peut rentrer chez toi comme ça…
— Mais non, c’était sans doute un truc connecté.
— Tu ne disais pas qu’une porte claquait souvent ?
— On sait pourquoi ! on l’a trouvée, c’est celle d’en haut.
Tu as vu que mon bégonia rouge est toujours fringant. En me promenant, j’ai découvert qu’il n’était pas tout à fait le seul 😉.
Regarde un peu mon azalée. Il est en boutons et une fleur ne va pas tarder à sortir. Peut-être que c’est parce qu’il est à côté du bégonia, il ne voulait pas être en reste 😊. D’ailleurs, je l’ai entendu lui glisser à l’oreille que lui aussi, il était capable d’être beau.
J’ai aussi cueilli la dernière rose, je ne l’avais même pas vue et pourtant, elle était bien là, toute belle avec son parfum subtil. Je pense que pour mon jeudi poésie, elle aura droit à son poème 💖.
Ici c’est ma sauge qui s’étend de plus en plus. Elle met une jolie note de couleur dans le jardin parce qu’il faut bien avouer qu’il n’y en a plus trop. Monsieur Chéri a taillé les arbres, a fait la dernière tonte, a nettoyé les cabanes à oiseaux. Il parait qu’on doit le faire pour que l’année prochaine, les mésanges reviennent, ça fait deux ans qu’elles font leur nid au même endroit.
Du coup en nettoyant, que voit-il ? Une pousse cassée d’une plante grasse qui s’étend elle aussi et qui fleurit jaune. Il a la main verte, il n’hésite pas une seconde, il la plante et nous découvrirons bien assez tôt si elle prend. Je t’en donnerai des nouvelles.
Je n’oublie pas le fuchsia à ma fenêtre de bureau qui fleurit encore.
Je crois que j’ai fait le tour de mon petit jardin. Face à moi, j’aperçois les kalanchoés qui sont en pleine forme. Bientôt en fleurs ? Affaire à suivre…
Michel Polnareff a repris la chanson Lettre à France et il sort un nouvel album le 18 novembre intitulé Michel Polnareff chante Polnareff .
J’aime beaucoup le clip, tu le découvriras ci-dessous ainsi que les paroles de cette chanson qui m’émeut toujours autant, quant au piano… tu le sais déjà, j’aime 💖.
Il était une fois Toi et moi N’oublie jamais ça Toi et moi
Depuis que je suis loin de toi Je suis comme loin de moi Et je pense à toi tout bas Tu es à six heures de moi Je suis à des années de toi C’est ça être là-bas La différence C’est ce silence parfois au fond de moi
Tu vis toujours au bord de l’eau Quelquefois dans les journaux Je te vois sur des photos et moi loin de toi Je vis dans une boîte à musique Électrique et fantastique Je vis en Chimérique La différence C’est ce silence parfois au fond de moi
Tu n’es pas toujours la plus belle Et je te reste infidèle Mais qui peut dire l’avenir de nos souvenirs Oui, j’ai le mal de toi parfois Même si je ne le dis pas L’amour c’est fait de ça
Il était une fois Toi et moi N’oublie jamais ça Toi et moi
Depuis que je suis loin de toi Je suis comme loin de moi Et je pense à toi là-bas Oui j’ai le mal de toi parfois Même si je ne le dis pas Je pense à toi tout bas
J’ai pensé que j’avais assez trainé comme ça pour vous partager la suite de mon thriller. Voici le chapitre 10 et les précédents sont ici, histoire de vous rafraichir la mémoire 😉
Chapitre 10
Les empreintes de Martine Marteau étaient sur le papier. Elle avait donc écrit ce mot avant de mourir. Voulait-elle en parler ? C’était peut-être pour cette raison qu’elle avait été assassinée. Quel était le rapport ?
Faventiny assis face à ses deux collègues saisit alors son portable.
— D’accord, j’arrive !
Le commandant ne prit pas de gants pour appréhender Frédéric Marteau à l’hôpital.
— Vous allez me suivre, toubib.
— Vous avez trouvé qui a assassiné ma femme ?
— Ce n’est pas le sujet pour l’instant.
— J’ai des rendez-vous.
— Ils attendront.
Institut — médico-légal
— J’espère que les empreintes sont fichées, parce qu’il y en a beaucoup et c’est toujours les mêmes.
— Tu veux dire qu’il n’y avait qu’une personne ?
— C’est évident.
— Je parie pour le mari, dit Vincenzo. Je ne le sens pas ce type.
— Non, ce n’est pas Frédéric Marteau.
— Comment peux-tu en être aussi certaine ?
— Parce que celles que je retrouve partout sur elle sont celles de Martine Marteau.
Sophia en laissa tomber son stylo et Vincenzo siffla entre ses dents.
— Elle se serait suicidée ?
— Ne dis pas de bêtises Vincenzo. Il faut être complètement folle pour se lacérer le visage, le corps et s’étrangler ensuite.
— L’assassin avait sans doute des gants, émit Sophia.
— C’est certain, et c’est bien la seule chose qu’on peut affirmer.
****
— Pouvez-vous me dire docteur ce que vous cachez derrière cette porte ?
— Un bureau.
— Pourquoi avoir mis une fermeture blindée ?
— Il s’agit de recherches, je ne voulais pas que n’importe qui tombe dessus.
— Il suffisait de donner un tour de clé.
— Il y a une femme de ménage qui vient deux fois par semaine. Je ne vous apprendrai pas que ce genre de personnes peut être très curieux. Mais si vous le souhaitez Commandant, je vous ouvre la porte sans problème. Votre équipe de bras cassés n’aura pas besoin de la démolir.
Il glissa la clé dans la serrure.
— Voilà, entrez ! Si vous devez fouiller, faites-le avec ménagement. Ne me perdez pas mes notes.
Esteban et Hugo passèrent devant lui. Rien de bien spécial. Un bureau avec des étagères, des classeurs, un ordinateur.
— Nous embarquons votre portable.
— Faites ! je compte sur votre discrétion.
L’équipe scientifique s’installa dans la pièce afin de relever les empreintes.
— Vous ne trouverez que les miennes, personne n’y vient à part moi.
— C’est ce que nous allons vérifier, docteur. Sortons et laissons-les travailler.
Une fois redescendu dans le salon, Faventiny montra le papier.
— Regardez ce que nous avons découvert ici, sous le canapé.
Frédéric lut ce qui était écrit. Surpris, il leva les yeux vers Daniel.
— De qui parle-t-on ? Cette adresse, je ne la connais pas.
— C’est la mienne.
— Il faut donc que je me méfie de vous ?
Faventiny ne réagit pas.
— C’est vous qui avez tué ma femme ?
Frédéric Marteau restait de marbre tout en accusant le commandant.
— Que dois-je faire ? Appeler la police ? Mais non, elle est déjà là.
Le ton ironique de Marteau faillit faire sortir de ses gonds Faventiny. Esteban le devança.
— Arrêtez vos conneries. Votre femme voulait peut-être parler de vous.
— Qui vous dit que c’est elle qui l’a écrit ?
— Ses empreintes.
— Donc, si je vous suis bien. Elle prétend qu’il faut se méfier de moi et elle ajoute l’adresse du Commandant ?
— Peut-être pour que j’enquête sur vous !
— Pourquoi n’est-elle pas allée vous voir directement ?
— Elle n’en a peut-être pas eu le temps.
— Cessez vos réflexions idiotes Faventiny. Puis-je retourner travailler ?
Ils n’avaient rien pour le retenir davantage.
— Allez-y, mais restez à notre disposition.
— Vous claquerez la porte en sortant. Il ne manquerait plus que je sois cambriolé.
Le chirurgien parti, Faventiny ordonna à ses deux acolytes de refaire une enquête de voisinage.
Esteban et Hugo se dispersèrent.
Daniel grimpa à l’étage et interrogea l’équipe scientifique.
— Qu’avez-vous trouvé ?
— Rien !
— Des empreintes ?
— Toutes les mêmes !
— Les siennes certainement. Tenez-moi au courant.
Il sortit et s’appuya contre sa voiture. Esteban discutait avec la plus proche voisine. Elle montra du doigt Daniel.
— C’est lui qui était là hier soir !
— C’est le commandant Faventiny, vous devez vous tromper.
— Ah ! c’est un flic ! N’empêche, c’est lui qui est venu, mais ce n’était pas cette voiture.
— Vous avez une idée de l’heure ?
— J’allais regarder ma série. Je dirais 21 h à tout casser, mais vous savez avec les pubs, ça ne commence pas toujours comme c’est prévu.
— Merci madame. Voulez-vous venir rencontrer le Commandant, ainsi vous pourrez nous dire si c’était bien lui ?
— Il ne va pas me faire d’histoires ? Après tout, qu’est-ce que j’en ai à faire moi !
— Pas du tout, au contraire. Si vous pouvez aider pour l’enquête !
Elle suivit Esteban et sans aucune discrétion détailla Daniel. Esteban expliqua la situation à son supérieur.
— Bonjour madame. Commandant Faventiny.
— Bonjour !
— Vous confirmez donc que c’est bien lui qui était chez Madame Marteau ?
— Martine ne s’appelait pas Marteau. Elle n’était pas mariée.
Daniel tiqua.
— Vous êtes certaine ?
— Sûre ! Martine venait souvent bavarder avec moi. Nous faisions en plus de la gym ensemble. Elle n’était pas en couple avec le docteur, c’était juste une copine.
Ceci pouvait expliquer pourquoi le chirurgien ne semblait pas si accablé par sa mort. Daniel reprit :
— Elle habitait ici ?
— Non, mais elle était régulièrement là. Je lui disais que je le trouvais bizarre moi cet homme, mais elle répétait que je me faisais des idées. En tout cas ça bardait hier soir. Surtout quand vous êtes arrivé, vous !
— À l’heure que vous avez indiquée, je ne pouvais pas être ici, madame. J’étais encore au bureau avec deux collègues qui pourront vous le confirmer. Je venais d’être appelé sur une autre affaire.
— Ah ben alors, vous devez avoir un sacré sosie. On raconte que chacun a le sien, le vôtre, il était là hier soir. Mais, maintenant que vous le dites, je n’en suis plus certaine, vous me paraissez plus grand.
— Comment pouvez-vous le savoir ?
Elle se mit à rire.
— Passez sous le panier de basket, là… oui… Allez-y !
Daniel soupira, mais fit ce qu’elle demandait. Instinctivement, il se baissa. La voisine affirma alors :
— C’est bien ce que je pensais, vous n’êtes pas de la même taille. Hier, le bonhomme qui vous ressemblait est passé dessous comme tous les soirs sans se baisser.
— Vous êtes une sacrée observatrice, madame.
— Une vraie curieuse oui ! c’est ce que mon mari me reproche. Pour une fois que ça peut servir.
— Mais vous ne deviez pas regarder votre série ? Si vous étiez devant votre fenêtre, vous risquiez de la rater.
— J’ai une télé dans ma cuisine comme ça je peux préparer les repas sans perdre de temps. J’ai entendu la voiture arriver, j’ai levé la tête. Je lavais les légumes dans l’évier et la fenêtre est au-dessus. Elle donne de ce côté. Tenez, vous n’avez qu’à vérifier.
Je t’emmène avec moi en compagnie de MaLou, Millie, Lou et Pilou.
MaLou a décidé d’embarquer Millie (9 ans), Pilou (8 ans) et Lou (4 ans) dans une promenade qu’elles n’ont jamais faite et aussitôt, elle est assaillie de questions auxquelles elle n’a pas le temps de répondre.
— C’est où ?
— C’est quoi ?
— C’est loin ?
— Il faut mettre les bottes ?
Dans tous les cas, elles sont déjà en train d’enlever les chaussons pour enfiler les baskets. Avec le scratch, Lou y arrive du premier coup, même si parfois, elle demande de l’aide en implorant :
— Tu serres bien le cratch !
Il fait encore beau, pas besoin de manteau et les voilà parties.
MaLou explique qu’elles vont aller sur l’allée du château. Les réactions sont différentes.
Millie s’empresse de rêvasser.
— Ce serait trop bien que tu habites là-bas (au château). Tu imagines ? Maman me laisserait au bout de l’allée et tu viendrais me chercher. PaLou aurait préparé une brioche et on pourrait goûter dans ton château. Ce serait trop bien.
Pilou n’a pas du tout la même attitude. Armée d’un bout de bois qui a office d’être un couteau magique, elle coupe à tour de bras tout ce qu’elle trouve sur son passage : fleurs sauvages, mauvaises herbes. Elle galope loin devant, on dirait un cabri, parle toute seule et s’invente des histoires. Elle ramasse tout ce qui l’intéresse, branchage, feuilles, qu’elle aimerait bien que je garde à la maison. Elle remplit ses poches de trésors. Elle revient de temps en temps vers moi pour me montrer comment son arme merveilleuse fonctionne.
— T’as vu MaLou comme il marche bien.
Je répète à tout va qu’elle pourrait rester avec nous, mais mes mots se perdent le long de l’allée, elle est déjà repartie.
— C’est encore loin ?
Lou la plus petite prend son temps et traine un peu la patte.
— J’ai mal aux jambes.
— Si tu veux, j’appelle PaLou. Il viendra te rechercher en voiture.
C’est immédiat, tout va bien et elle reprend sa route. Ô grand jamais, elle ne louperait l’allée du château. Heureusement pour moi, car je suis certaine que PaLou n’aurait pas sorti la voiture pour faire 1 km et encore je ne suis pas sûre qu’il y soit ce kilomètre.
La voilà enfin cette allée avec le château tout au bout. Il n’a rien de celui de la Belle au Bois dormant. Il est en travaux, il accueille l’été un food truck et la population du village pour regarder le cinéma en plein air, mais il a l’avantage d’avoir effectivement un très long chemin qui fait rêver et Millie ne s’en prive pas.
Sa main dans la mienne, elle imagine. Les chiens par-ci, les chevaux par-là, la grille qui s’ouvre à notre approche, moi, qui l’attend en haut du perron. Il ne manque que la calèche qui s’arrête devant moi (la voiture a disparu, finalement c’est mieux d’arriver comme ça).
Lou est devant nous et marche tranquillement, les mains dans les poches, le nez au vent. Parfois, elle se penche pour ramasser une fleur, un brin d’herbe, une chose qu’elle a trouvée belle et qu’elle m’offre avec son grand sourire charmeur.
— Tu le mettras dans l’eau à ta maison.
Pilou galope dans tous les sens, coupant par-ci, fauchant par-là avec son arme magique. Elle est la première à arriver devant la grille fermée avec des panneaux qui nous signalent qu’il y a des caméras et qu’il ne faut pas s’approcher.
Lou se colle aux barreaux et regarde la cour. Elle ne sait pas lire, elle s’en moque de ce qui est écrit. Pilou, la grande aventurière aurait bien envie d’entrer. Bien sûr que non, faisons demi-tour.
Elles sont ravies de la promenade. De hauts arbres se balancent au gré du vent et j’avoue que moi aussi, mon imagination s’envole et je suis prise en flagrant délit par Millie qui saisit ma main et demande :
— À quoi tu penses ? Tu vas écrire une histoire ?
— Quelle idée ! gloussais-je. Allez on repart les filles.
Et Pilou nous devance encore, Lou trainasse et s’arrête. Elle s’accroupit et contemple une fleur enfin à ce qui lui ressemble. Elle la regarde avec attention puis se relève. Millie tient toujours ma main.